DE LA RAGE, OU HYDROPHOBIE RABIQUE
La rage est une maladie virulente qui est toujours communiquée à l'homme par certaines cs|)èce8 d'animaux, s|)écialement par le genre canis. Elle est surtout caractérisée |)ar l'Iiorreur que la vue seule des liquides produit, par un état de spasme des muscles respiratoires, |)ar un crachotement presque continu , et souvent par des accès coîivnisifs.
L'horreur que les malades éprouvent pour toute espèce de boisson, ^l Y\mi^sibilité de les srahr étant uû des symptômes /prédominants, ou dësÎKIlftMraL^'eul^al
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rage sous le noui iV Injdrophobie (de O-^wp, eau^ et yo-îoc, itotrew), Tuutefois, comme l*horrcur des li(|uidcs est un phénomène qu*ou peut constater dans le cours de plusieurs autres maladies, il est nécessaire, lorsqu'on veut l'appliquera dénommer celle dont nous allons parler, de lui ajouter la qualification de rabique.
Historique, — Connue de Dioscoride , et même d'après quelques érudits , d'Âristote lui-même, la rage est une maladie qui depuis huit siècles a le plus excité ratienlion des médecins. La description que Cœlius Aurelianus ea a donnée {Acut. morb,, lib. IH) est la plus complète que l'antiquité nous ail laissée. C'est dans le siècle dernier que parurent sur cette redoutable aiïection les travaux les plus considérables. Sans parler du mémoire de Me^d, inséré dans le recueil de ses œuvres, et de l'article remarquable que Van-Swieten lui a consacré dans ses Aphorismes, nous devons mentionner d'une manière spéciale le livre d'AndiT, l'excellente dissertation d'£naux et C haussier (1), et l'article inséré par MM. Villeroié et Trollié dans le grand Dictionnaire des sciences médicales. Nonobstant tous ces travaux, on peut dire que l'histoire de la rage est encore fort incomplète ; car les recherches entreprises jusqu'à ce jour n'ont pu nous éclairer, ni sur son siège et sa nature, ni sur les moyens de la combattre.
Anatomie pathologique, — La rage ne laisse sur les sujets qui eu ont été victimes aucune lésion à laquelle on ])uisse rapporter les désordres observés pendant la vie; c'est ce que Mead et Van-Swieten ont remarqué, et c'est ce que nous avons noté nous-même dans les cinq ou six autopsies que nous avons faites ou vu faire h l'Hôtel-Dieu. Il est pourtant quelques lésions trouvées sur les cadavres qui sont l'eiïet de quelques-uns des symptômes prédominants pendant la vie. Ainsi, les poumons sont généralement congestionnés et souvent emphysémateux ; la muqueuse laryngo -trachéale a fréquemment une coloration violacée, mais elle n'offre aucune altération de consistance ni d'épaisseur ; les méninges sont souvent injectées ; le tissu sous-arachnoïdien est infdtré de sérosité, et les sinus sont gorgés de sang: mais toutes ces lésions sont évidemment consécutives à la gène qu'éprouve la respiration pendant les accès convulsifs que nous décrirons plus tard. Les organes digestifs, depuis la l)ouclie et Tes glandes salivaires jusqu'au rectum, ne présentent communément aucune altération sensible. Quelquefois on trouve seulement les papilles de la base de la langue un peu plus grosses ; mais, quoi qu'on ait dit, il n'y a jamais de pustules b la base de l'organe. La muqueuse du pharynx est parfois sèche, rouge et luisante. Cet état, aussi bien que le développement des papilles linguales, s'explique par les efforts, par les contractions spasmodiques des muscles du pharynx pendant la vie, et par la privation absolue de boisson pendant presque toute la durée de la maladie.
Le sang examiné pendant la vie ne nous a offert non phis rien à noter dans son aspect extérieur; mais celui qu'on trouve sur le cadavre est généralement noir et fluide comme il l'est chez les asphyxiés.
£n résumé, chez les individus qui succombent à l'hydrophobie rabique, on ne trouve que des lésions variables et purement accidentelles : il en est de même chez les animaux. Les observations publiées jusqu'à ce jour i)our prouver que dans la rage il y a une inflammation de la muqueuse des voies aériennes et digestives, ou des centres nerveux, ne peuvent inspirer aucune confiance ; on peut d'ailleurs se convaincre qu'il a sofii aux auteurs de rencontrer une congestion passive des organes pour admettre l'existence d'une phlogmasie.
(1) Mkheék de traiter leê morsures des animaux, Paris, i785.