‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 33 sur 265 · DE LA PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

DE LA PUSTULE MALIGNE

I application du \inis jusqu'à la manifestation des premiers accidents, ce qui comprend un espace variant entre une heure et six jours, et même davantage. Cette période est« en effet, d'autant plus courte que le virus est plus actif, et Tépiderme plus mince, ou que la peau sur laquelle on le dépose est ou non le siège d'une so« lution de continuité.

Première période, — Le début de cette période est marqué par un prurit ou {lar un picotement vif et passager sur le }X)int qui a été en contact avec le poison. Bientôt il s'y développe une vésicule du volume d'un grain de millet, qui s'ouvre «spontanément, ou que les malades déchirent eu se grattant, et de laquelle s'échappe une sérosité grisâtre.

Deuxième période. — Dans la seconde période de la maladie, un petit noyau dur, lenticulaire, sans saillie, se développe dans l'épaisseur de la peau. Celle-ci ne présente aucun changement de couleur, excepté au niveau de la vésicule, où le corps muqueux et le derme offrent une coloration livide ou citronée : le prurit devient plus incommode ; il s'y joint un sentiment de chaleur, de cuisson et d'érosion ; la peau voisine s'engorge : elle est tendue, luisante ; une aréole se dessine autour du point central : elle est pâle, rougeàtre ou livide, ou bien orangée, nuancée de diverses couleurs, et parsemée de phlyctènes isolées, puis réunies, qui sont remplies d'one sérosité rougeàtre et acre. L'induration centrale devient alors brune, el prend tous les caractères d'une escarre complète. Cette période, qui quelquefois persiste (>lnsieurs jours, ne dure ordinairement que quelques heures. La maladie, déjà suffisamment caractérisée, fait alors de nouveaux progrès; c'est en ce moment que la iroi>ième période commence.

Troisième période. — Le point gangreneux s'étend en profondeur et surtout en surface, toujours précédé par une aréole saillante formant bourrelet, ce qui fait paraître l'escarre comme enfoncée. Ce l)ourrelet est formé par un engorgement mollasse, comme œdémateux, du tissu cellulaire. La partie malade s'engourdit et devient pesante ; la peau qui la recouvre est tendue; l'enflure est résistante, élastique, mais sans cré|)itation emphysémateuse ; des traînées rougeâtres se dessinent sur les membres et se dirigent vers les ganglions lymphati([ues. Jusqu'ici la maladie est restée à peu près locale ou dumoinsil n'existe encore aucun symptôme fâcheux. Si elle doit avoir une heureuse issue, souvent la gangrène se borne, et au l)out de quelques jours l'escarre se détache ; mais dans les ciis les plus graves, surtout si l'issue doit être fatale, la gangrène continue ses progrès; il se développe des symptômes généraux très fâcheux, qui sont les mêmes (|uc ceux qu'on observe dans les formes adynamique et ataxi(}ue des fièvres typhoïdes |es plus graves. Le délire, signalé comme à peu près constant par tous les auteurs, n'aurait au contraire lieu qu'exceptionnellement d'après M. le docteur Bourgeois. La maladie est alors {)arlenue à sa quatrième période.

La pustule maligne ne présente pas pourtant dans tous les cas cette succession d'accidents. Quelquefois, en effet, la maladie a une marche tellement rapide que les quatre |)én(xies semblent se confondre, ou du inoins leur durée n'est qu'éphémère, car en dix-huit ou vingt-quatre heures, les malades succombent avec une gangrène étendue el les accidents généraux les plus graves. AiUfmrs, sous l'intluencc d'un traitement convenable ou des s(;ules forces de la nature, la maladie se limite et ne franchit pas la deuxième ou la troisième période. Kn général, la pustule mahgne a une durée de douze à (juinzc jours, non compris le tem[)s néces- ^ire pour la cicatrisation de la plaie, qui auccùdc à Ja chute de rescuvre*. cvî^VV^ plaie, d'ailleurs, qmud elle ost trop ricmluv, pvul épuiser les malades paiv Ya\^viV\-

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dancc de la suppuration; elle peut en oulre être suivie de cicatrices diiïorines, d'adhérences contre nature, etc.

D'après la description précédente, je ne dirai rien de quelques variétés de formes que présente la pustule maligne, suivant les points du cofps qu'elle envahit ; je dois seulement ici appeler l'attention sur une forme de la maladie que M. Bourgeois a plusieurs fois observée dans la Beauce, et qui consiste dans un gonflement pâle d'abord, ou bleuâtre, demi-transparent, et rarement rosé, des paupières. Il n'existe aucune douleur locale ; à peine le malade ressent-il une légère démangeaison ; au bout dedeux, quelquefoisde trois jours, des vésicules, puis des escarres, se montrent sur ces voiles membraneux ; enfm tout l'appareil symptomatique, tant interne qu'externe, de la pustule charbonneuse la plus franche se développe. M. Bourgeois croit que, dans ce cas, le virus a dû êtpe absorbé par la muqueuse oculaire, bien que celle-ci ne présente aucune trace de bouton.

Diagnostic, — La pustule maligne a des caractères tellement tranchés qu'à dater de la seconde période, il est impossible de la confondre avec aucune maladie, notamment avec un érysipèle, un phlegmon, un clou, un anthrax, ou avec la piqûre d'une guêpe ou d'un cousin. Cardans le furoncle il y a une tumeur pointue, rouge ou bleuâtre, très dure et très douloureuse, et sans vésicules ni escarre. L'anthrax est remarquable par le volume, la dureté, la couleur de la tumeur, qui oiïrc l'image de plusieurs clous réunis. La piqûre d'une guêpe, par le gonflement qui l'accompagne, pourrait simuler une pustule maligne, si l'on n'avait, pour s'éclairer, outre la connaissance des circonstances qui ont précédé le mal, la rapidité avec laquelle le gonflement s'est déclaré, l'absence de vésicules ou d'escarres, l'existence d'une petite tumeur dure, blanchâtre, arrondie, un peu saillante, au milieu de laquelle on peut quelquefois apercevoir l'aiguillon de l'animal. M. le docteur Bourgeois a plusieurs fois été frappé de l'analogie qui existe entre les accidents produits par le venin de la vipère et le virus charbonneux ; cependant dans le premier cas il y a rarement des escarres, et les phénomènes morbides ont une marche plus rapide. Le véritable caractère de l'œdème malin des paupières, décrit par M. Bourgeois, est diflBcile à reconnaître avant la manifestation des phlyctènes et des escarres. La profession des individus, les maladies régnantes, peuvent faire émettre quelques doutes, mais on ne saurait avoir aucune certitude.

Pronostic. — La pustule maligne est une maladie très fâcheuse; la gravité du pronostic est en rapport avec l'étendue de l'aflection. La pustule maligne qui occupe la tête et le cou est plus grave que celle qui siège aux membres. Dans le premier cas, les paupières et les yeux sont fréquemment détruits ; dans le second on voit les sujets périr avec des symptômes de dysphagie et de suffbcaiion par suite de la compression que les parties molles tuméûées exercent sur rœso[)liage et sur la trachée. jSécropsie, — On a peu de détails précis sur les lésions qu'on trouve chez les sujets qui «ont emportés par la pustule maligne : leur cadavre se putréfie rapidement ; autour de la pustule, le tissu cellulaire offre une infiltration gélatiniforme qui lui donne de la ressemblance avec une tranche de citron. L'escarre n'intéresse parfois que la peau ou ne pénètre guère que de quelques millimètres au delà de cette membràrfie. On ne sait presque rien sur l'état des viscères: on dit les avoir vus gangrenés ; Reydel prétend même avoir trouvé une pustule maligne dans le côlon, et M. Bonnet a vu des plaqueis gangreneuses dans l'estomac.

Traitement. — Quelques personnes, trompées par l'appareil inflammatoire qui existe autour de la vésicule, ont conseillé les antiphlogistiqucs et Tapplication des émollients; mais ces moyens sont inutiles et souvent nuisibles. Il est reconnu au-

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