DE LA MORVE AIGUË
des solipèdes àriiomme, et présentant comme caractères spéciaux : un cor^'za particulier avec sécrétion purulente et sanguinolenie assez abondante, une éruption pustuleuse de la peau, et souvent aussi des tumeurs purulentes ou lymphatiques et gangreneuses à la surface du corps.
Cette maladie peut eiister chez Thomme, comme chez le cheval, à 1 eiat aigu ou à l'état chronique. I«a morve algue est la plus commune ; c*est aussi celle que nous décrirons d'abord.
Historique. — Quoique dès Tannée 1812 il fût prouvé que le farcin pouvait se communiquer du cheval à l'homme, ce ne fut guère qu'en 1821 qu'un chirurgien de Rcrlin ( Shilling ) publia la première observation de morve aiguë dans l'espèce humaine. I depuis cette époque , des faits semblables furent observés en gran4 nombre en Allemagne, en Italie, en Angleterre, où Ëlliotson publia d'importants travaux sur la maladie. Cependant, en France, nous ne possédions encore aucune notion précise sur elle, lorsque, en 1837, M. Rayer communiqua à l'Académie de mt^ecine l'observation d'un malade qui avait succombé, à son hôpital, avec tous les symptômes de la morve aiguë. En rapprochant ce fait de ceux déjà connus, M. Rayer composa un travail extrêmement important, inséré dans le tome VI des Mémoires de l'Académie de médecine, l/atteution une fois éveillée, on acquit bientôt la triste certitude que la morve n'était pas une alîection très rare à Paris. Depuis 1837, en effet, on en a observé assez régulièrement chaque année trois ou quatre cas dans la population des hôpitaux civils. La morve est donc aujourd'hui une maladie parfaitement établie. M. Vigla dans sa thèse (1839), et Ollivier d'Angers dans le Dictionnaire de médecine^ ont présenté sur cette affreuse maladie un tableau très fidèle, qui nous a beaucoup servi iM)ur la rédaction de cet article.
Anatomie /yaihologique. — Chez les individus emportés par la morve aiguë, ù^ "* trouve beaucoup d'altérations du côté d'un grand nombre d'organes. Ainsi, sm!:'^ « divers (wints de la peau, on rencontre plusieurs sortes d'éruptions, savoir: des ptr" pules rosées accompagnées de l'épaississement et de l'injection de la portion corres- |)ondante du derme ; dans un degré plus avancé, Tépiderme est soulevé par un petit dépôt de lymphe plastique, tandis que le derme est excorié et aminci. Ailleurs on \oit une ou plusieurs pustules, les unes petites, les autres grosses comme des bulles de rupia : elles contiennent un liquide purulent ou sanieux, elles sont opaques ou violacées ; au-dessous d'elles le derme est infdtré de pus, ses mailles sont écartées, ou bien le tissu est épaissi et quehfuefois gangrené. L'altération gagne s«)uvent le tissu cellulaire, qui est lui-même infdtré de pus ou d'un liquide gélatiniforme, ou bien mortifié, plus souvent encore parsemé d'abcès. Mais c'est dans les fosses nasales qu'on trouve une des lésions les plus remarquables et les plus caractéristiques de la maladie. La pituitaire, couverte d'un mucus grisâtre, puriforme, strié de sang, est généralement rouge, injectée, épaissie et comme bour- Mmflée ; on distingue sur divers points de sa surface des petites élevures jaunâtres, arrondies, isolées ou groui>ées, et d'un volume variant entre celui d'une tête d épingle et celui d'un grain de millet. (;es tumeurs incisées, on reconnaît qu'elles sont formées par un dépôt de pus ou de lymphe plastique ; en se ramollissant, elle:» donnent naissance à dtis ulcérations arrondies, régulières, à l>ords découpés, a fond lisse et brillant. Ces ulcérations s'agrandissent lunlôl par le progrès ulcératif, ailleurs |>ar le développement sur leurs bords de nouvelles papules ou de nouvelles pustules qui s'ulcèrent à leur tour. Dans d'autres points, la lUCVwUv^vvî muqueuse i-st ramollie, ganj^reure, et su dvtaclw par lambeaux ; \es cîiyùVvX^^^ f'i les w ùéuudéif bouiwjccivs, cariés: la cloison peut cire pevîovte. V>s AV^-
rations peuvent être bornées au nez, plus souvent elles envahissent aussi les cornets, les inférieurs surtout : on peut les rencontrer jusque dans les os frontaux et les os maxillaires.
Ces mêmes aUéralions, mais Téruption surtout, se remarquent assez fréquemment à la partie postérieure du voile du palais et sur les parois du pharynx. Un peu d'injection des amygdales et de la langue, et dans quelques cas rares la mortification de la muqueuse palatine, sont les seules lésions qui existent du côté des organes digestifs. Sur la face postérieure de l'épiglotte et sur les replis aryléno-épiglottiques, on voit la même éruption pustuleuse que dans les fosses nasales; elle est assez confluente parfois pour déterminer un gonflement considérable des tissus, et par suite un rétrécissement de la glotte, qui produit Tasphyxie. La même éruption et sou;Fent des ulcérations multiples existent dans le larynx et la trachée ; enfin dans les poumons on rencontre constamment des hépatisations lobaires ou lobulaires au deuxième ou au troisième degré, et le plus souvent des abcès métaslatiques. On ne trouve communément aucune altération notable du côté de Tappareil circulatoire; le sang lui-même ne diffère point quant à son aspect de celui qu*on trouve sur la plupart des cadavres. Dans quelques cas rares on a constaté une phlébite d'une ou plusieurs veines des membres ; cette lésion même, d'après M. Vigla, se rencontrerait fréquemment au voisinage des foyers pm-ulents et gangreneux. Les veines et les vaisseaux lymphatiques peuvent et doivent être souvent enflammés lorsque la morve a été transmise par inoculation. Les ganglions lymphatiques du cou, ceux des aines, des aisselles, quoique généralement intacts, sont parfois rouges et tuméflés; enfin chez presque tous les sujets on trouve des abcès dans plusieurs ipuscles, spécialement dans ceux des membres ; du pus existe aussi fréquemment l^ns une ou plusieurs articulations.
Symptômes, — Lorsque la morve a été contractée par infection, dit M. Vigla, ^.tks prodromes sont ceux d'une affection aiguë ; quelquefois ce sont ceux d'une fièvre grave : il y a du malaise, de la courbature, des frissons, divers symptômes gastriques, des douleurs générales ou bornées à quelques régions du corps, comme la tête, les hypochondres, le thorax, le dos, mais surtout les membres supérieurs ou inférieurs ; presque toujours la faiblesse est extrême ; les malades se plaignent de céphalalgie, souvent ils ont de la diarrhée. Lorsque du pus morvcnx a été inoculé par une plaie, par une piqûre, etc., ces symptômes ont été précédés par une in- ^ammation locale (érysipèle, lymphite, engorgement des ganglions lymphatiques voisins) qui a débuté elle-même de deux à huit jours après l'inoculation. Enfin, il n'est pas rare de voir la morve éclater brusquement dans le cours d'un farcin chronique, ainsi que nous l'établirons plus tard. Quel que soit son mode d'invasion, bientôt les douleurs musculaires et articulaires s'aggravent ; le pouls se développe, la chaleur de la peau s'élève. Ces douleurs, qui constituent alors le phénomène prédominant, ressemblent tout à fait à celles du rhumatisme aigu, et presque toujours le médecin les regarde comme telles. Sauvent générales au début, elles ne tardent pas à se fixer sur une ou plusieurs grosses articulations ; elles y acquièrent une grande intensité et résistent à tous les calmants. Au bout de quelques jours une articulation douloureuse, ou un point quelconque de la face (jamais peut-être le tronc), devient le siège d'une inflammation érysipélateuse qui se couvre bientôt de vésicules et de taches gangreneuses; ailleurs c'est une éruption de tubercules, de phlyctènes ou de pustules qu'on a comparées à celles de la variole ou de la varioloîde ; elles se dessèchent lentement et peuvent être suivies d'ulcéraf/on3' qui ont de la tendance h s'agrandir. La fièvre alors continue ; mais souvent le
DE LA MOnVE AFGUE. 93
pouls est déjà inoîiis développé; la langue esl rouge à la pointe et sale à la base ; il y a de la diarrhée ; la respiration est accélérée, anxieuse ; Tair circule difficilement à travers les fosses nasales, par suite du gonflement de la muqueuse. Les malades sont enchifrenés; ils ont une petite toux sèche et rare: des raies sibilants, muqoeux et sous-crépitants sont disséminés dans la poitrine. Pendant que la gangrène sëtend, de nouvelles tumeurs, ou seulement des taches rouges, s'étendent sur d autres parties du corps avec tendance manifeste vers la même terminaison. Un flux muqueux, sanieux ou puriforme, jaunâtre, grisâtre, visqueux, strié de sang, abondant et fétide, s'établit par les narines. Si Ton examine alors les fosses nasales, on trouve ordinairement la muqueuse rouge, excoriée, ulcérée ; la cloison peut être perforée. La peau de la face, celle des extrémités se couvrent de nouvelles pustules et de bulles gangreneuses ; la gangrène marche plus rapidement à la face qu'aux membres. Des collections purulentes circonscrites se forment dans le tissu cellu* lairc sous-cutané, surtout dans l'épaisseur des muscles ; elles ne s'accompagnent d'aucun changement de couleur à la peau. Les malades sont alors très accablés ; ils ont des pressentiments sinistres; leur sommeil est agité par des rêves; la plupart présentent déjà du subdelirium ; la respiration s'accélère ; la toux est plus fréquente; souvent ils rejettent des crachats rouilles et sales ; le pouls s'accélère et se déprime ; la langue se dessèche, noircit ; la gorge est douloureuse ; des points gangreneux se remarquent à la voûte palatine, et il existe des selles nombreuses et fétides. Celles-ci sont bientôt rendues involontairement avec l'urine ; la prostration est alors extrême; le délire est continu ou bien il alterne avec le coma ; l'écoulement nasal est plus visqueux; les pustules cutanées, la gangrène et les tumeurs purulentes se multiplient; le malade exhale une odeur fétide, cadavéreuse; la respiration s'embar* « . rasM* ; enOn la mort arrive. -•*^\.
Marche^ durée, terminaisons, — La maladie, une fois déclarée, marche en gé^*jkV néral d'une manière rapide vers une terminaison funeste; elle peut quelquefois pourtant débuter lentement : c'est ainsi qu'on voit des malades éprouver seulement {Mandant un mois ou six semaines du malaise, de la fièvre et quelques douleurs dans les membres ; puis tout à coup les symptômes prennent une grande intensité. I^ mort a été jusqu'à.ce jour la seule terminaison de la morve; elle arrive communément du quinzième au vingtième jour, quelquefois plus tard (le trentième), rarement plus tôt (huitième ou douzième). MM. Vigla et Tardieu s'accordent à dire que la morve consécutive au farcin a une marche plus aiguë que celle qui est primitive : ainsi , tandis que dans la première la mort n'arrive que du quinzième au vingtième jour, elle a lieu le plus souvent , dans la seconde , du cinquième au dixième, et l'on peut évaluer à sept jours la durée moyenne de i affection.
Diagnostic, — La mone aiguè, surtout quand elle survient par infection, débute presque toujours d'une manière insidieuse. La prédominance de certains symptômes peut faire croire h l'existence de maladies diverses : ainsi les douleurs musculaires et articulaires donnent l'idée d'un rhumatisme fébrile ; d'autres fois des frissons, de la fièvre, on peu de dys)mée, la tonx et une douleur thoracique, appellent l'attention du a>té de la poitrine; ailleurs les premiers symptômes locaux le remarquent du côté de la gorge, et l'on croit aussitôt à l'existence d'une angine ; mlin fréquemment la céphalalgie, les vertiges, l'accablement, la diarrhée, etc., donnent à penser qu'une fièvre typhoïde débute. Dans une période p\us3i\3L\\ctç^ la ninrf e ressemble beauroi//? è Vinfecthn purulente qui succède aii\ v\c\\\Yes à«& ua\(misic9 oa à celle qui sarvient après /e« phlébites ; enfin on povitraîl encwe
9/i DES EMPOISONNEMENTS.
Iruuver certaine ressemblance entre la morve avec gangrène et là pustule maligne. Mais (le toutes les maladies que je viens d'énumérer, et de toutes celles anxciuclles . l'homme est sujet, il n'y a que la motive qui, au milieu d'un appareil de symptômes graves, détenuine l'éruption et l'écoulement nasal que nous avons décrit, et sur la peau l'éruption pustuleuse dont nous avons parlé. Ajoutons qu'à l'autopsie cette éruption et les ulcérations du nez et du larynx forment avec les abcès musculaires le véritable caractère anatomiquede la maladie. Cependant, comme les symptômes caractéristiques (écoulement nasal et éruption) ne surviennent qu'à une époque plus avancée, il faut, pour établir le diagnostic dès le début, avoir égard à la physionomie particulière des accidents, à leur mode de succession et aux commémoratifs du sujet ; mais, en réunissant toutes ces données, on ne pourra le plus souvent émettre que des soupçons jusqu'à l'apparition des symptômes qui seuls sont caractéristiques. Nous devons ajouter pourtant que l'éruption peut manquer; cela a lieu peut-être à peine sur un vingtième des cas. Disons aussi que quelquefois la sécrétion nasale est tellement peu abondante, qu'il n'existe aucun écoulement, soit que la matière se concrète dans le nez, soit qu'elle s'écoule dans la gorge. Mais il suffit alors de faire souffler eu moucher les malades pour déterminer l'expulsion d'une certaine quantité de mucus puriforme; l'inspection des fosses nasales fera aussi reconnaître le plus souvent l'éruption et les ulcérations morveuses.
Pronostic. — La morve est une des maladies les plus terribles qui puissent affecter l'homme ; car jusqu'à ce jour on n'a pu encore observer aucun cas de guérison. Chez le cheval, au contraire, la morve aiguë guérit quelquefois : cette cir-
, |: constance doit nous faire espérer que la maladie n'est pas radicalement incurable i ^^ dans l'espèce humaine.
• •#^** Étiologie, — La morve ne paraît pas pouvoir se développer primitivement et spontanément chez l'homme; elle lui serait constamment communiquée par des solipèdes qui en sont affectés. Cependant M. Tessicr, de Lyon, a rapporté en 1852, dans la Gazette médicate^ l'histoire d'un cas de morve qu'il suppose avoir été spontané. Ce fait, recueilli avec soin par un observateur distingué, mérite d'être pris en sérieuse considération. Quoi qu'il en soit, à supposer que la maladie puisse être spontanée chez rhomme, elle n'aurait cette origine que très exceptionnellement. Prescpie toujours, sinon toujours, la morve lui est transmise par certains animaux. Jusqu'à présent celle grave affection n'a guère été observée que chez des palefreniers, des cochers, des maquignons, des cultivateurs, des cavaliers, des vétérinaires, c'est-àdire des individus qui avaient été en rap))ort plus ou moins longtemps avec des chevaux morveux. Le plus souvent peut-être la maladie se communique parce que la matière qui s'écoule des naseaux de l'animal est mise en contact avec quelque solution de continuité existant surtout aux doigts. Cependant, dans un grand nombre de cas, il ne paraît pas qu'il y ait eu inoculation, et la voie par laquelle le virus a alors pénétré reste inconnue : la contagion doit être ici médiate; c'est ainsi que beaucoup d'individus contractent la morve pour avoir seulement couché dans les inûrmeries de chevaux morveux. Il est aujourd'hui démontré par six ou sept exemples, et notamment par un fait observé, il y a peu d'années, par M. A. Bérard, à l'hôpital Necker, que la morve aiguë est transmissible d'hoiimie à homme : on vil, en effet, succomber à ce mal un élève des hôpitaux qui était chargé de panser un sujet farcincux. On peut aussi, en inoculant l'écoulement du nez et le pus recueilli ijans les abcès de l'homme à des solipèdes, comme le cheval ou l'âne, déterminer c/jez eux tous les symptômes de la mone aiguë. M. Keuault, professeur à Alfort, a
DU FAnClN AIGU. 95
prouvé que Talisorptioii du virus morveux était excessivement prompte, et qtf ime cautérisation faite une heure après riiiserlion du poiso:» était déjà trop tardive pour en prévenir les effets. (Académie des sciences, séance du 18 décembre 18'i9.)
Traitement. — Noos ne pouvons conseiller aucun traitement contre la morve, car tous ceux qu*on a employés jusqu'à ce jour ont échoué ; tels sont : les saignées générales ou locales, les toniques, les chlorures, les excitants difîusibles, les mercurianx, les sudorlfiques, les purgatifs, etc.
yature. — La mone aigué est une maladie virulente, résultant de l'introduction dans Téconomie d'une substance délétère fournie par les solipèdes atteints de morve , et existant dans la sécrétion des fosses nasales , dans le pus des abcès, et peut-être aussi dans le sang. D*après la cause qui la produit et les symptômes qui l'accompagnent, on doit -regarder la morve aiguë comme une affection générale ; les altérations locales qui la caractérisent ne sont point la cause des accidents , mais elles sont l'expression de f'état général. La morve aigué de l'homme est identique avec celle du cheval ; on observe, en effet, chez ce dernier, les mômes douleurs rhumatiques, le même flux nasal, les mêmes éruptions et ulcérations des fosses nasales, les mêmes inflammations pulmonaires, les mêmes abcès nmsculaires, les ménies éruptions pustuleuses de la peau, ainsi que des gangrènes. La seule différence un peu remarquable consiste dans l'altération des ganglions lymphatiques sous-maxillaires: ceux-ci sont constamment malades, chez les solipèdes, tandis qu'ils le sont rarement ou à un faible degré chez l'homme. Mais, comme on le voit, ce ne sont là que des nuances qui sont même moins marquées qu'on n'aurait pu le croire à priori y eu égard surtout à la différence d'organisation.
Du farein Iligii.
On donne le nom de farein à une maladie du cheval, ayant une marche aiguë on chronique, caractérisée surtout par des tumeurs inultiples, développées sur le trajet des vaisseaux et dans les ganglions lymphatiques, tumeurs qui suppurent, et dont la matière inoculée reproduit ou une maladie identique, ou des accidents de morve aigué. Le farein a, en effet, le même contagium que la morve ; s'il existe quelque différence entre les deux maladies, celle-ci tient uniquement au siège ; en effet, dans la morve, la lésion des fosses nasales est constante, tandis qu'elle manque dans le farein.
Symptômes, — On commence par observer les accidents locaux que produisent les piqûres anatomiques, c'est-à-dire une angioleucite ou une inflammation phleg- UMHieusc, ou bien une phlébite et l'engorgement douloureux des ganglions lymphatiques. Ces accidents s'accompagnent de fièvre; ils peuvent diminuer et se terminer par la guérison : dans ce cas , la maladie ne dilÏÏTe point par sa marche et ses symptômes des accidents qu'aurait produits une simple piqûre anatomique ; mab lorsque le virus, pénétrant profondément, infecte l'économie entière, on voit sunenir, beaucoup plus souvent qu'après de simples piqûres de dissection, des alKès multiples dans divers points ; on note surtout l'éruption pustuleuse et gan gréneuse de la morve aiguë. Ce dernier accident secondaire , qui apparaît du deuxième au quatrième septénaire , sépare nettement le farein aigu de l'homme des piqûres anatomiqu(*s et des autres formes de résorption purulente. La maladie a presque toujours eu jusqu'à présent une issue funeste.
Diagnostic, — Ltwïence du fJax nasal et d'une éruption puslukuse daLivs\^« narinef et le bryiix dJsiingue là mor\e aiguë du farein ; toutefois, comme VoVwcn^
M. Rayer, la morve aiguë se inonirant toujours, chez Tbomme, avec les caractères extérieurs de la maladie qu'on désigne chez le cheval sous le nom de morve aiguë farcineuse, l'analogie du farcin aigu avec la morve est des plus frappantes.
Pronostic, — Le farcin, quoique extrêmement fâcheux, est pourtant moins nécessairement mortel que la morve.
Traitement. — Son traitement local est le même que celui des piqûres anatomiques; son traitement général est aussi incertain que celui de la morve aiguë.
De la morve et du feroin ohrooiqnei.
La morve et le farcin peuvent exister h Fétat chronique chez l'homme comme chez les solipèdes. Ces affections , qui , jusqu'à ce jour, étaient moins connues qu'elles ne le sont dans leur forme aiguë, ont été il y a douze ans l'objet d'un travail important de la part de M. Tardieu (Thèse de Taris, 18ù3, n° 15). C'est à Texcellenle monographie de ce médecin que nous allons emprunter la plupart des détails qui vont suivre.
1" Farcin chronique, — Le farcin chronique est caractérisé chez Tbomme par des abcès multiples, par des angioleucites si)écifiques, par des douleurs articulaires et musculaires, amenant une altération profonde de la constitution et se terminant le plus ordinairement par la morve aiguë.
Le farcin chronique peut exister seul ou accompagner la morve chronique ; il est, dans tous les cas, plus fréquent que celle-ci.
Le farcin chronique n'a pas toujours le même mode d'invasion. Quelquefois l'inoculation s'étant faite directement par une piqûre ou par le contact de la matière virulente avec une surface dénudée, on observe d'abord les accidents locaux d'une angioleucitc ou d'un phlegmon; d'autres fois il n'existe point de désordres locaux, mais les malades sont pris tout à coup de symptômes généraux, tels que fièvre intense, continue, rémittente, ou à accès réguliers, céphalalgie vive, vomissements, délire; puis, au bout de trois ou quatre jours, ces accidents se calment, cessent même, et Ton voit se former des points de suppuration dans diverses parties du corps. Cependant presque toujours la maladie débute lentement et d'une manière insidieuse : ainsi un individu, après être resté longtemps en contact avec des chevaux morveux ou farcineux , éprouve de temps en temps des douleurs dans les jointures et dans la continuité des membres, simulant sous tous les rapports un rhumatisme chronique ; en même temps les forces déclinent, et souvent l'embonpoint diminue; puis, au bout d'un mois ou six semaines, des abcès se forment. Ceux-ci surviennent parfois dans une partie qui a supporté quelque violence extérieure, le plus souvent ils se déclarent spontanément. Ils occupent plus fréquemment les membres, et surtout les membres inférieurs, spécialement dans le sens de la flexion. Ces tumeurs sont toujours indolentes et fluctuantes dès le début : ainsi du jour au lendemain on voit se former, sans souffrance aucune, sur un iM)int du corps, une tumeur fluctuante qui parfois se résorbe -en aussi peu de temps qu'elle en a mis pour se former ; plus rarement les abcès farcineux parcourent les phases des engorgements phlegmoneux. Enfin nous avons vu chez un malade presque toutes les collections purulentes être précédées pendant quelque temps par des noyaux d'induration ayant le volume d'une noisette, d'une noix ou d'un petit œuf : ils siégeaient presque tous dans l'épaisseur des muscles et ])arai8gaient être constitués par des foyers apoplectiques. Quand on ouvre ces abcès, il s'en écoule rarement un pus phlegmoneux ; mais le liquide qu'ib foumissf^nt est
DE LA MORVE ET DU FARCI N CHnONIQUES. 97
presque toojoors formé fwir un pus séreux , grisâtre , sanieux , et parfois par du swg pur. loocalée aux solipèdcs, celle matière reproduit chez eux le farcin ou la morve. Ces abcès, très Tariables sous le rapport du nombre, ne le sont pas moins quant à ieur Toiome ; les plus gros qu'on ait vus renfermaient jusqu'à 500 grammes de liquide ; mais c'est là un fait fort rare. Ils sont presque toujours mal circonscrits et diflfus à leur base. (iOntrairement ù ce qu'on observe chez le cheval, on voit dans le farcin chronique de Thominc les ganglions Iym[)liatiques ne se prendre que secondairement et dans un petit nombre de cas seulement ; les engorgemenls ne siègent guère que dans l'aisselle ou à l'aine, et sont toujours consécutifs à des angioleucites locales ou à la présence d'un abcès déveloj)pé dans les régions voisines. Ces engorgements n'ont d'ailleurs jamais un grand volume ; ils sont h peine douloureux, se résolvent facilement et ont peu de tendance, quand ils persistent, à se terminer par suppuration. En résumé, dit M. Tardieu, l'engorgement ganglionnaire, au lieu d'ôtre, comme chez les solipèdes, le signe principal du farcin, ne constitue dans le farcin de l'homme qu'uii symptôme assez rare, ton* jours secondaire, et qui indique même presf|uc toujours chez lui l'existence de la diaihî*sc scrofuleuse. Ces abcès, plus ou moins nombreux, simultanés ou succès* sifs, sont souvent, avec im peu de faiblesse ou d'anorexie, le seul signe de la maladie. Cependant, à mesure que les abcès se multiplient, on voit les forces décliner davantage; ce qui, joint aux douleurs des muscles et des jointures, empêche les malades de se livrer à aucune espèce de iravaM ; souvent aussi les digestions se troublent, et il y a de temps en temps des vomissements et de la diarrhée. Parmi les abcès qui se forment, les uns, comjne nous l'avons dit, se résoi'benl ; la plupart s'ouvrent et suppurent longtemps ; quelques-uns s'accom))a;^neiit de décolle* ment de li peau ou se transforment en ulcères sanieux. Dans cet état, l'amaigris^ Bernent fait des progrès rapides ; la peau devient aride ; il y a des frissons ; la fièvre hectique t'allume : quelques malades ont alors une toux sèche, des points douloureux dans la poitrine et des sueurs nocturnes, sans que l'exploration révèle aucune lésion des poumons. Enfin, après plusieurs mois ou plusieurs années de souffrance, ces individus succombent épuisés et dans le dernier degré de marasme.
Le farcin chronique met un temps très long à parcourir ses différentes périodes^ Les symptômes d'invasion, quand ils sont aigus, dit M. Tardieu, ne durent que qtielques jours, ou deux ou trois septénaires au plus. Les abcès commencent à se développer du troisième au treizième jour; il arrive quelquefois alors qu'on observe one rémission dans les accidents : ainsi les abcès se résorbent, les plaies se cicatrisent, et il ne se montre plus d'autres collections purulentes; mais, en général, au bout d'u:i temps assez court, les mêmes accidents reparaissent, et presque toujours alors la maladie marche sans relâche vers une terminaison fâcheuse. Celle ci a lieu tautôt lentement par suite de l'alTaiblissement progressif de la constitution; mais plus souvent peut-être les malades sont emportés par une mone aiguè qui éclate tout d'un coup, 5 une époque plus ou moins avancée ; ailleurs encore la terminaison fu* ttesie est accélérée, parce que le farcin s'accompagne de morve chronique. Cependant la nwrt n'est pas la terminaison constante de la maladie : ainsi nous avons eu occasion d'observer un cas de guérison, et, d'après M. Tanlieu, il en existerait six autres observations dans la science ; mais il n'est |>as certain que dans toutes la gué« risoD se soit bien soutenue et ait été définitive.
Chielle que soit l'issue du farcin chronique, la durée de la maladie est toujours très longue ; elle varie de quatre mois h plus de trois ans; le plus oixlinairement file est de dix à quinze mois (Tardieu).
T. II. — €• fcoif, •]
2" Morve chronique, Anatmnie pathologique. — Il pai*aU que les altérationi des fosses pasales sont aussi constantes dans la morve chronique qu'elles le sont dans la morve aiguë. Elles consistent en un boursouflement^ puis en un épaissîssement delà membrane de Schneider, altération qui peut être portée au point d'oblitérer les cavités nasales. La muqueuse pituitaire est violacée, sa consistance peut être diminuée ; ailleurs existent des abcès sous-muqueux, qui sont souvent la cause, le point de départ d'ulcérations pouvant pénétrer jusqu'aux cartilages et aux os; ceux-ci sont alors altérés ou détruits. D'aprèsM. Tardieu, ce serait exclusivenoenldans la morve chronique qu'on aurait observé la perforation de la cloison : « Si cette lésion, dit-il, a été notée dans la morve aiguë, c'est parce que celle-ci serait survenue dans le cours d'une morve chronique. » La voûte palatine, la base de la langue, les amygdales et le voile du palais peuvent être le siège d'ulcérations grisâtres, irrégulières, plus ou moins larges et profondes ; la muqueuse de ces parties est violacée. Il peut exister une perforation de la voûte palatine, faisant communiquer entre elles les cavités buccale et nasale. La muqueuse du larynx et de la trachée peut aussi être plus ou moins gravement altérée ; elle est souvent pâle et ramollie : on a quelquefois vu des abcès sous-muqueux. iMais les ulcérations sont les lésions que l'on rencontre le plus^fréquemment : elles paraissent siéger de préférence dans la portion sous-glottique du larynx et dans la trachée ; elles peuvent acquérir une étendue très considérable, plus grande qu'aucune autre espèce d'ulcération des voies aériennes. « On les a vues, dit M. Tardieu, labourer toute la surface interne de la trachée et se prolonger jusque dans les bronches; elles détruisent profondément la muqueuse et les tissus subjacenls, mais de même que celles des solipèdes, elles ont une tendance remarquable à se cicatriser spontanément La profondeur de l'ulcération et sea étendue donnent à ces cicatrices des caractères très tranchés. La ipuqueuse qui s*est reproduite est très adhérente ; elle est généralement pâle, presque blanche en certains points, sèche et transparente; des brides fibreuses, très résistantes, disposées en lignes nombreuses interceptées, étoilées, réunies de mille manières, constituent un réseau aréolaire qui occupe toute l'étendue de la surface ulcérée,. La formation de ces brides a pour effet de rapprocher et de fixer les uns aux. autres les anneaux cartilagineux : de là résultent le raccourcissement et la déformation consécutive de la trachée ; quelques anneaux perdent leur forme circulaire : ils sont aplatis ou dévies, et le calibre du conduit aérien se trouve ainsi plus ou moins retirée!, quelquefois sur plusieurs points, de manière à présenter des resserrements et des renflements successifs. La même disposition peut exister dans les bronches (Tardieu). Les poumons ont quelquefois présenté, soit dans la morve, soit dans le farcin chroniques, des ecchymoses ou de petits noyaux sanguins^ purulents ou fibrineux, formant parfois pourtant des masses qui occupent une assez grande étendue, (^es altérations sont à peu près les mêmes que l'on rencontre chez les solipèdes ; on voit qu'elles diiïèrent fort peu de celles que nous avons notées à l'état aigu. Enfin disons, pour terminer, que dans la morve farcineuse on trouve sous la peau et dans les muscles des foyers purulents, souventavec carie, nécrose des os et engorgement des ganglions lymphatiques, surtout dans l'aisselle et aux aines. Les ganglions bronchiques peuvent être augmentés de volume, et suppures dans les cas où le larynx et la trachée sont le siège d'ulcérations.
Si/mptumes, marche. — La morve chronique est rarement primitive; presque
toujoui's, en efl'ct, elle est précédée par le farcin. Quand il n'en est pas ainsi, dit
M, Tardieu, les malades, exposés depuis un temps plus ou moins long à la C4>nta-
g/oa, qui n'est jamais alors immédiate, ressentent du malaise, de la fatigue, de