DE LA SYPHILIS, OU MALADIE VÉNÉRIENNE
isolés dans des infirmeries spéciales, ou même qu'ils soient abattus dès qu'il est dé* montré que leur maladie est iucurable.
De la f jph'lîs, on maladie vénérienne.
S<ms le nom de syphilis ou de maladie vénérienne^ on comprend une foule d'altérations d'une nature spécifique, produites par un virus particulier qui, étant appliqué sur une partie du corps, peut, se reproduire, se multiplier, et exercer son action localement, et plus tard sur toute l'économie, après avoir été absorbé. C'est en raison de ces deux modes d'action qu'on a établi dans la syphilis une division très importante. On nomme syphilis primitive, et l'on désigne sous les noms de symptômes primitifs tous les accidents qui surviennent sur les points mêmes où le virus a été déposé, tandis qu'on nomme consécutifs ou constitutionnels ceux qui se déclarent à une époque plus ou moins éloignée, et souvent dans divers points du corps à la fois, lorsque le virus absorbé a infecté toute la masse du sang.
Histoi*îque\ — On a beaucoup discuté sur l'origine et l'ancienneté de la maladie vénérienne : les uns, comme B. Bell et MM. les docteurs Cazenave et Raynaud, ont prétendu qu'elle existait chez les anciens peuples ; beaucoup même en font une forme on une dégénérescence de la lèpre ; d'autres , en plus grand nombre , font de la syphilis une maladie d'origine moderne, car ils fixent sa première apparition en Europe de 1 ^9^ à 1695. Ceux qui adoptent cette dernière opinion la font naître, les uns à Naples, lors du siège de cette- ville par l'armée française, tandis que d'antres croient avec Oviédo qu'elle nous fut importée du nouveau monde par les compagnons de Christophe (iOlomb. Âstruc, qui, dans son Traité des maladies vénériennes , z discuté cette question historique avec une grande supériorité, a défendu l'origine américaine de la syphilis, et il a en outre essayé de démontrer, à l'aide d'une grande érudition, que la maladie était tout à fait inconnue des médecins et des historiens qui ont écrit avant la fin du xv* siècle , qu'elle n'était pas et qu'elle ne pouvait être une dégénérescence de la lèpre. Cependant cette opinion, réfutée avec une grande supériorité par Sanchez, ne nous paraît pas être bien exacte. Si l'on consulte, en effet, tous les documents réunis par le docteur Cazenave, dans rintroduction de son remarquable Traité dr-s syphilides , on trouve que depuis le Lévitique de Moïse jusqu'aux auteurs du xv« siècle , il existe une foule de descriptions qui semblent caractériser quelques-uns des accidents de la syphilis primitive. En 1866, M. Littré a publié dans la Gazette médicale un article très intéressant , prouvant que la syphilis existait chez nous dès le xiii* siècle , et qu'elle affectait alors une forme très analogue à celle qu'elle a encore aujourd'hui. Enfin, divers règlements de police, ceux qui étaient en vigueur à Londres dès le xii* siècle (en 1162), à Venise en 1302, et ceux qui furent établis plus tard à Avignon par la reine Jeanne, sont tout autant de preuves irrécusables qui démontrent qu'antérieurement à l'époque où l'on dit que la syphilis aurait fait invasion en Europe , les hommes qui fréquentaient les lieux de débauche étaient exposés à contracter par les parties génitales une maladie contagieuse (1). On a pensé, il est vrai, que rette affection contagieuse était différente de la syphilis, et qu'elle n'entraînait
(i) Le A* article du Statut de Jeanne I", reine des Deux-Siciles et comtesse de Provence, promulgué en 13^7 pour autoriser l'établissement d'un lupanar à Avignon, est ainsi conçu s • La reine Tcut que tous le« «Mimedis la supérieure et un barbier envoyé par les consuls visitent toutes les filles clébauckées qui seront au bord..., et s'il s^en tfonve quelqu'une (\u\ «ÀV\em%\ icngeor de paillardise, que etlie fil/e soJt séparée et logée à part, afin que un) l^Ç \tt COlWiTjVîKe^ fOur éwUerfe ma/ çife /a jeimetse pourrait prendre, 9
jamais après elle d'accidents constitutionnels. Quoi qu'il eu soit, on peut dire avec M. Ricord, que ce qui a manqué aux observateurs et aux historiens de la férole des premiers temps, c'est une connaissance plusexactede la filiation des symptômes, des
' rapports et de la genèse âék accidents primitifs et des accidents constitutionnels. Si la maladie vénérienne existait avant la un du xv* siècle^ il est du moins incontestable que ce fut vers cette époque qu'elle devint plus générale. Quant à la terrible épidémie de iU9l\i doit-oo la rapporter exclusivement à la vérole, ou bien y voir surtout les traits de la morve aigilë ou du farcin? C'est un doute que M. Ricord a exprimé eu considérant le mode de transmission des accidents^ leur gravité, la prédominance de l'infection constitutionnelle sur les phénomènes locaux qui manquaient ou qui du moins passaient inaperçus.
. I^ syphilis a été, dès le début, ce qu*elle est encore de nos jours ; si elle paraît avoir été plus grave autrefois qu'à présent, il faut probablement s'en prendre bien moins à l'activité plus grande du virus qu'à la manière de traiter la maladie.
Le nombre des ouvrages publiés sur la syphilis est innombrable ; nous ne pourrions ici donner la liste de tous ceux qui méritent d'être distingués, cependant nous ue saurions nous dispenser de nommer tout d'abord Fernel, qui, vers le milieu du xvr siècle , reconnaît la spécificité de raffection , sa transmissibilité, en décrit les effets avec une rare perfection et inaugura , pour ainsi dire , Tère vraiment scientifique de la syphilis. Citons encore Astruc , qui , dans le dernier siècle , a résumé dans un livre célèbre toutes les doctrines de ses devanciers. Cependant, le livre qu'on doit placer tout à fait hors ligpe , et que nous considérons comme un chef-d'oéuvre d'observation , est celui qu'on doit à J. Hunter. Plusieurs auteurs contemporains, sans égaler peut-être ce grand maître, ont néanmoins produit plusieurs travaux estimables: on distinguera surtout le livre de M. Lagneau, qui a joui ongteu^ps d'une réputation méritée ; puis les articles divers insérés par Cullcrier oncle et neveu dans le grand Dictionnaire des sciences médicales et dans le />ictiontmire de médecine et de chirurgie pratiques ; le Traité de M. Raynaud, celui de M. Bertherand, le Précis historique et pratique de M. Baumes, ouvrage excellent et indiquant un observateur consommé; enfin nous mentionnerons, pour terminer, les travaux plus récents de MM. Ricord et Vidal. M. Ricord a exposé ses doctrines dan^ son traité , dans son iconographie ainsi que dans des lettres pleines de verve et d'esprit et insérées dans le journal V Union médicale des années 1850 et 1851 ; M. Vidal a exposé dans un traité riche de faits, des doctrines souvent différentes, moins exclusives, et que nous ferons connaître plus tard.
Virus ou poison syphilitique. — On conçoit à peine qu'on ait jamais osé nier l'existence du virus vénérien.: cependant plusieurs médecins ont, au commencement de ce siècle , défendu cette opinion ; mais elle est universellement abandonnée de nos jours, d*ailleurs à aucune époque elle n'a eu beaucoup de défenseurs.
Le virus vénérien est regardé comme propre à l'espèce humaine; Hunter, et récemment MM. Ricord et CuUerier ont vainement tenté de l'inoculer aux animaux. Ce|)endanl, un ex|)érimenleur zélé, M. Auzias-Turenne, prétend avoir pu transmettre le chancre à des singes ; le pus pris ensuite sur ces derniers, et, transporté sur l'honmie, y aurait reproduit le mOme accident primilif. Mais celte expérience n*a pas convaincu tout le monde; M. Cullericr surloul, a objecté que le pus virulent fourni par ranim:il pourrait bien n'être que celui qui a été dé|)osé
dans la plaie. Cependant un chirui^ien distingué de L^ou, M. Didav, a récemment