‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 38 sur 265 · DE LA SYPHILIJS, OU MALADIE VÉNÉRIENNE · texte numérisé non relu

DE LA SYPHILIJS, OU MALADIE VÉNÉRIENNE

mis hors de doute la transmission de la syphilis aux animaux ; il a inoculé avec succès des chats et des lapins, et s*iuoculant ensuite avec le pus recueilli sur un de CCS aoimaox, il a reproduit le chancre sur lui-même (1).

Nous ignorons absolument les conditions sous l'influence desquelles le virus syphilitique s'est primitivement développé. Tout porte à penser qu'il a dû naître dans les organes génitaux ; c'est ce qui explique la facilité de sa transmission.

Le virus syphilitique, semblable à tous les virus, ne peut être isolé du pus ou de h matière puriforme qui lui sert de véhicule. Appliqué sur les tissus, on le voit après quelques jours d'incubation les ulcérer; parfois, dit-on, il se bornerait aies enflaminer. Pendant celte période où le virus est à Tétat latent , les individus ne peuvent communiquer la maladie dont ils portent le germe, excepté pourtant héréditairement aux enfants qu'ils procréent ; mais dès que l'action vénérienne est établie, c'est-à-dire dès qu'une sécrétion morbide existe, celle-ci trasme). Taffection par contact

Le pus vénérien semble être toujours identique avec lui-même ; les effets plus ou moins graves qu'il produit ne dépendent probablement pas de son degré d'acrimonie ou de virulence et de son plus ou moins d'abondance, mais plutôt de l'état coostitutionnel et de la prédisposition des sujets. Il est des personnes assez privilégiées pour n'être jamais infectées en cohabitant avec des individus contaminés; mais* chez la plupart, cette immunité n'est que passagère et tient peut-être moins au sujet qu'à quelque circonstance fortuite qui aura empêché le contact ou l'ah* sorplion du virus.

Le poison syphilitique est un, sa nature est toujours la même; cependant on admet encore assez généralement qu'il peut influencer différemment les tissus avec lesquels on le met en contact. Pour ne parler que des parties génitales, tantôt il se bornerait à enflammer la muqueuse qui les revêt, et produirait à leur surface une sécrétion muco-purulente (blennorrhagie) ; d'autres fois il déterminerait sur les méines tissus une ou plusieurs ulcérations spécifiques (chancres). Si dans ces deux cas ia maladie diffère par son aspect extérieur, par la lésion anatomique, beaucoup admettent néanmoins qu'il y a identité de nature entre ces deux affections en a|)* parence si distinctes: si, en effet, on les néglige, on verra, dit -on, survenir plus tard dans l'un et l'autre cas les mêmes accidents constitutionnels, accidents qui ne peuvent reconnaître d'autre cause que l'infection vénérienne. Parmi les médecins contemporains , les uns avec Hernandès et Benjamin Bell ont cru à l'existence de deux virus, l'un bleunorrhagique, l'autre vénérien ; d'autres ont fait de la blennorrhagie une simple affection inflammatoire, et cela à cause de l'impossibilité qu'il y aurait à ce que l'un des accidents déterminât l'autre : ainsi la blennorrhagie , pourvu qu'elle soit simple, c'est-à dire non compliquée de chancre, ne produirait jamais que la blennorrhagie, et le chancre un chancre. Cette ophiiou, à la défense de laquelle iM. Hicord a déployé mi grand talent, est assez universellement vraie ; mais cependant n'est-elle pas un peu absolue? C'est ce <|ue nous serions porté à croire. Non-seulement quelques expérimentateurs qui méritent contiance ont vu aœ blennorrliagie simple ou une balano-posthile être suivie d'accidents constitulioonels (syphilides, ulcères à la gorge, exostose, etc.); mais ou prétend même avoir pu produire un chancre en inoculant avec la lancette le niuco-pus hleniiorrhagique. N'y a-t-il pas eu ici ou erreur de diagnostic ou erreur d'expérimentation? C'est ce que M. Ricord pense. Cependant nous n'oserions en pareille occuircucAi v^Vt^

M affirmatif que lui.

fl) Ca£^ff€ mtWira/e. année i85i, p. 809.

Beaucoup des questions Ie$ plus ardues de la syphilis ont été éludiéos ù l*aide de rinoculalion , opératiou consistant dans l'insertion sur le malade de la matière Tlnilcntc prise sur lui-même. Cependant nous craignons qu*on n'ait quelquefois abusé de ce moyen que nous ne proscrivons |)as, mais que nous voudrions voir employer avec plus de réserve. D'ailleurs Tinoculation pratiquée dans le double but de prouver que la syphilis est virulente, et que tel ou tel symptôme est ou n'est pas syphilitique, est moins utile qu'on ne dit. Car, relativement à la première question, nous obsenons tous les jours tant de faits qui établissent la virulence de la syphilis, qu'il n'est certes pas besoin de recourir encore à une démonstration expérimentale. L'inoculatioii a-t-elle de la valeur comme moyen de diagnostic? Incontestablement oui dans quelques cas ; cependant certains accidents syphilitiques peuvent ne plus être ou ne pas être inoculables : de sorte que , dans les cas où l'inoculation échoue, on ne peut en conclure qu'il n'y a pas de syphilis. Si, par contre, l'inoculation reproduit le symptôme primitif, celui-ci se traduit déjà presque toujours par des caractères tranchés, par une physionomie et une marche toutes spéciales, qui fixent le praticien sur la nature de ^altération qu'on observe; l'inoculation est donc alors inutile. Si je recoidmande une grande prudence, c'est que ce mode d'expérimentation présente de graves inconvénients. £n multipliant le nombre des accidents primitifs , on augmente , en eiïet , les chances d'infection ; et d'ailleurs ces accidents locaux , ces chancres que l'on produit ainsi , sont par eux-mêmes une maladie nouvelle qui peut se compliquer de gangrène, d'abcès et de décollement de la peau. Dans son état de simplicité, l'ulcération qu'on détermine ne guérit communément qu'après vingt-sept jours , et laisse souvent à sa suite des cicatrices plus on moins incommodes : voilà pourquoi nous n'hésitons pas à dire que l'inoculation du virus vénérien est une pratique dangereuse qui ne peut être autorisée que dans des cas excessivement rares (1).

Que dirons-nous de la syphiiisation^ méthode consistant à inoculer successivement un grand nombre de chancres, ou bien à un sujet sain pour le préserver de la vérole comme le vaccin préserve de la variole ; ou bien à un vérole pour le saturer et le guérir, pour ainsi dire, par l'excès du mal? Cette bizarre pratique, proposée par M. Auzias et suivie en Piémont par M. Sperino, a justement soulevé dans les Académies et dans la presse une réprobation à peu près unanime.

Le virus vénérien étant presque toujours sécrété par les parties génitales, c'est le plus ordinairement pendant les rapports sexuels qu'il infecte les individus sains; mais la contagion |)eut s'opérer sur d'autres parties lorsque celles-ci sont accidentellement en contact avec la matière virulente. C'est ainsi que des accidents primitifs se remarquent fréquemment du côté de l'anus et du rectum, ou dans la bouche, dans la gorge et les oreilles, chez des individus qui ont eu des rapports contre nature ou se sont prêtés à certains désirs déréglés. Le pus vénérien aiïecte facilement la peau et toutes les muqueuses accessibles; son contact avec ces membranes peut être sans eiïet si elles sont intactes, mais l'action est immanquable si elles sont le siège d'une solution de continuité quelconque. Le pus vénérien , ingéré dans l'estomac, y est digéré et n'agit ni localement sur ce viscère, ni constitutionnellement : Hunter a cité à ce sujet des observations concluantes; les faits contraires sont tous apocryphes.

(I) Consultez un ciccllcnt travail de M. de Castrinau sur Tinulililé et les dangers de Tinocu- /^//o/t {Pnr.n, iSii), uin>i que rinlroduclion de M. Caienave à son Traite des iyphilides^ & §Mrtir de la imgo 77,

DES GHàNCRES PRBIITJFS. 105

De la syphilis primitive.

Les accfdems qoe nous allons étudier comme propres à la syphilis primilive sont : le chancre^ la blennorrhagie et le bubon.

]>es tthanerei primitifj, ou ulcères vénériens primitifs.

On nommo chancres primitifs, ou ulcères vénériens primitifs, une solution de cootinoité produite sur une partie quelconque du corps par le simple contact ou rinocQhtion artificielle du pus syphilitique. Les chancres primitifs , contracté» presque toujours pendant Tacte vénérien , siègent le plus ordinairement , chez rhomme, sur le gland, près du filet, sur -la couronne, sur le prépuce, dans la fosse lUTÎcolaire, sur la peau de la verge et du scrotum; chez la femme, on les observe spécialement sur la muqueuse qui tapisse l'entrée des parties génitales externes (grandes et petites lèvres, fourchette, origine du vagin); il n*est pas rare non plus d'eo trouver sur toute la longueur de ce conduit, et parfois encore sur le col utérin lui-même. Enfin , chez les individus de l'un et de l'autre sexe , on reconnaîtra quelquefois des chancres primitifs sur des oi*ganes qui ont été en contact avec des parties infectées : tels sont surtout l'anus et le rectum chez les pédérastes ; la bouche, le pharynx , chez ceux qui se livrent à des baisers lascifs ; les mamelles chez les nourrices qui allaitent un enfant infecté, etc. , etc.

Début, — C'est ordinairement du troisième au huitième jour qui suit un coït impur qu'on voit le chancre se développer, llunter cite quelques faits où ce développement se serait eiïcctué au bout de sept semaines, et d'autres fois au bout de vingt-quatre heures; mais des cas pareils sont excessivement rares. On considère généraiement cette période où le virus existe à l'état latent comme la période d'incubatioii de la maladie, quelques-uns même supposent que l'économie est infectée aussitôt après l'inoculation virulente, et que la manifestation du chancre en est la conséquence, l'expression. M. Ricord a, dans son enseignement et dans ses écrits, cherché à battre en brèche cette opinioq. S'appuyant sultout sur ses expériences d'inoculation, il a nié qu'il y eut pour le chancre une période d'incubation. Lorsqu'en efFet on inocule avec la lancette du pus syphilitique, on voit la partie rougir bientôt, devenir saillante ; son sommet est soulevé par de la sérosité qui se trouble et devient puriforme , et ces phénomènes divers se succèdent sans interruption , sans temps d'arrêt d'une heure à l'autre, d'un jour à l'autre. M. Ricord conclut donc que, dans les cas où la contagion s'opère naturellement, le pus mis en contact avec des surfaces non excoriées a besoin d'un certain temps pour les altérer et pé- ■ètrer dans leur tissu. Retenu souvent dans un pli du vagin, de la vulve, du prépoce oo dans un follicule, il agirait donc comme irritant avant d'agir comme spécifique.

Cette opinion, très habilement présentée, ne nous paraît pas pourtant être iondée ; il ne saurait en effet y avoir parité entre l'inoculation avec la lancette et celle qui, pour ainsi dire physiologique, s'opère |)ar contact. D'ailleurs, on sait que l'inoculation est une loi commune pour tous les virus, cl l'on ne concevrait i)as à priori pourquoi le virus syphilitique n'y obéirait point.

Le cliancre n'est-il d'abord qu'une affection locale qu'on puisse éteindre sur place? (/est là une question délicate qui divise beaucoup les médcc^^^*, ce)^e\\^^u\. îl est difficile, eu comwïiùnt }es tâwoJgnages et les hiis, de ne\Vis «c ptow^wc^t d'une W9DJè/v négative.

106 DBS EHPOlSONHBlIEliTS.

Le chancre ne commence pas toujours de la même manière, souvent il débute par un point rouge légèrement tuméfié qui devient ordinairement le siège d'une douleur cuisante ou prurigineuse ; Tépiderme est soulevé par une sérosité qui devient bientôt opaque, purulente; c*est une petite pustule d*ecthyma du volume d'une lentille, d'une pièce de 25 centimes au plus. A la pustule succède parfois une croûte brunâtre ; si on la détache on si avant qu'elle se forme on crève la pustule qui la précède, on découvre une ulcération qui gagne rapidement en surface et en profondeur, et peut acquérir l'étendue d'une pièce de 25 à 50 centimes et plus encore, car elle finit paiîbis par envahir la totalité du gland et du prépuce. La véaicule on la pustule qui constitue le premier degré ou la première période du chancre manque toujours lorsque la matière virulente est mise en contact avec ttne partie préalablement déchirée, excoriée ou ulcérée ; alors on voit tout aussitôt k solution de continuité changer d'aspect et revêtir tous les caractères de l'ulcère vénérien. M. Ricord, dont l'autorité en pareille matière est si grande, pense même qile, dans les cas les plus ordinaires, le chancre commence par une ulcération d'em^ Uée superficielle ou profonde. Ce célèbre syphilographe admet encore que le chancre débute parfois par un abcès; cela arrive, par exemple, lorsque du pus viraient inoculant le fond d'une piqûre de sangsue sans en inoculer les bords, qui se cicatrisent, ceux-ci enclavent le vims; puis un abcès se formant, il en résulte après •on ouverture un foyer qui présente tous tes caractères du chancre. Disons enfin que, lorsque le chancre se développe sur un point où l'épiderme est plus dense que imr le prépuce, par exemple quand il naît sur la verge ou sur le scrotum, la vésicule se dessèche promptement ; la croûte est généralement enlevée par le froUemetit ou arrachée : puis il s'en forme une nouvelle plus large que la première par suite de l'agrandissement rapide de l'ulcération.

Il n'ètiste souvent qu'un seul chancre, ou bien il y en a plusieurs ; quelqueibiti te gland et le prépuce en sont comme criblés; leur dimension est, en général, en raison inverse de leur nombre ; souvent deux ou trois de ces ulcérations se téuni»^ sent par leurs bords pour ne plus former qu'un ulcère unique.

Caractères et martihe du chancre. — Qe quelque manière que le chancre débute et quelle que soil la partie ^r laquelle il se développe, une fois établi, il présente ordinairement les caractères suivants. Il est plus ou moins exactement arrondi ; son fond, qui repose sur le tissu cellulaire, est dur, inégal, et recouvert d'une couenne, d'une sorte de pseudo-membrane diphthéritique, grisâtre, d'aspect lardacé , et qu'on ne peut détacher. Les bords de l'ulcération sont durs, coupés perpendicuhîrement ou un peu obliquement; ils sont souvent dentelés, décollés et entourés d'une aréole d'un rouge brun ou cuivré. Le pus sécrété est ordinairement mal lié^ sanguinolent, et tend, en se répandant sur les parties voisines, à y faire naître d0 nouveaux chancres.

C'est sous cette forme que se présentent, peut-être quarante-neuf fois sur cinquante, les ulcères vénériens primitifs. Ces caractères» parfaitement tracés par Huftter, ont fait donner à ces chancres le nom de chancres huniëriens. Ils sont surtout remarquables, et je dirai presque caractérisés, par l'induration du tissu qui les accompagne; cette induration, qu'on finit par retrouver plus tard sur toute la surface de l'ulcère et tout autour de lui, a une élasticité particulière; elle est ordinairement bien circonscrite et ressemble assez, comme le disait Bell, à la moitié d'un pois sec qui serait placé sous l'ulcération. Cependant elle n'a pas toujours a) celle forme, ni celte intensité; quelquefois, en effet, elle est superficielle et ne cause au loucher que la sensaliou d'une doublure de. ^rclv^mm ; c'est l'induration

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Itorchemiuée de Ricord. Ces dernières ulcérations, si Ton n'y prenait garde, seraient lâciieQient confondues avec de simples écorchures. L'induration, qui le pli(s souvent peut-être occupe à la fois et la surface et les bords du chancre , peut être liomée seulement h ces derniers et affecter une forme annulaire.

Les ulcérations Ténérienhes primitives ne se présentent pourtant pas toujours avec les caractères précédents. Les auteurs ont admis, en-efTet, deux autres es^ pèces de chanrn>s, qii'ils désignent par les épithètes de simples et de phayédéniques. Les premiers ne consistent qu*cn une légère ulcération superficielle sans indaraiion des bords et de la surface, et qu'il serait impossible ordinairement de différeiicier des ulcérations ou excoriations accidentelles si elles ne s'accompagnaient le plus souvent d'engorgements ganglionnaires. Ajoutons qu'ils ont une marche lente, et que la plupart finissent, soit spontanément, soit après un écart de régime fin une application irritante, par offrir la couleur grisâtre et l'induration du foiid et des bords. Il faut rapprocher de cette forme le chancre élevé (ulcus elevatum)^ offrant une sorte de boursouflement ou d'état fongueux de la surface ulcérée sans induraiînn des bords et sans douleur concomitante. Enfin il est un chancre, nommé jihagédénique^ dont le fond n'est jamais induré, mais qui |)résente une sorte de détritus brun ou grisâtre cnmtne dans la pourriture d*hôpital ou dans certaines inflammations diphthéritiques de la gorge ; ou bien encore sa surface est grenue, fongueuse et saignante. Le chancre phagédénique a des bords plutôt œdémateux que réellement Indurés; il est tantôt indolent et tantôt il est le siège de douleurs ^ives. On le nonime aussi rongeant, parce qu'il détruit les tissus qu'il aflecte; c'est ainsi qu'on voit quelquefois le frein, le gland et jusqu'au canal de l'urètre être rongés et détruits dans une plus ou moins grande étendue. Si l'ulcère n'est rongeant que sur un de ses côtés, tandis qu'il se cicatrise sur le bord opposé, on dit alors qu'il est serpigineux. Il n'est pas rare de voir les chancres phagédéniques se !?angrener sur une partie ou sur toute l'étendue de leur surface. Cette mortifies-^ lion est rarement l'effet d'un excès d'inflammation, mais elle dépend plutôt d'on état constitutioimel ou d'une disposition inexplicable de la partie malade. Le pus formé par le chancre phagédénique est généralement séreux, sanguinolent et ti'Cs acre ; il est inoculable comme l'est le |)us du chancre huntérien ou celui d'un chancre simple. L'ulcère phagédéni(|uc et gangreneux est souvent primitif; d'autres fois il succède au chancre induré.

Ces diverses variétés du chancre ne tiennent pas aux qualités du virus lui-même, mais à des conditions spéciales et tout individuelles. C'est ainsi que des chancres simples s'enflamment, deviennent même le siège d'une gangrène franche lorsque les individus se livrent à des excès, surtout à des excès alcooliques. De même l'état phagédénique du chancre trouve parfois son explication dans les conditions hygiéniques des individus, dans la inisi*re, les privations, le défaut de soin, dans les pau- STînents et dans le mauvais état de la constitution.

L'induration est un caractère important de certains chancres. Pour M. Vidais au contraire, tous les chancres seraient plus ou moins indurés, et l'induration se ferait sfiDultanément avec l'ulcération et ne lui serait pas consécutive, comme le croient un grand nombre. L'induration du chancre, parfaitement décrite déjà par Huntef , l»ar Bell et |>ar la plupart des syphilographes, a ûxé plus |)articulièrement l'attention du docteur Ricord. I)'apri*s lui, ce serait dans le cours du premier au deuxième septénaire, jamais peut-être avant le troisième jour, qu'un chawcvç! s'\tidure ; celui qui existe sans imhiration pendant pins de trois semaines no \>v(i*<iuxrmtjaiMM, d'êprùs m aateut, celle cowplicatioih L'induration cnftu çsV, çoM^t

lui, uno (M'cuiC ccrlaine, absolue, de l'infection constilulionnclie : ce serait le passage de raccidcnt primilif à Taccidcnl secondaire.

La lésion dont nous parlons réside dans Tépaisseur de la peau et des muqueuses, et dans le tîl>su cellulaire subjacent ; mais il semble en outre à M. Ricord que les capillaires lymphatiques seraient son siège de prédilection. Cette opinion pourtant est loin d*êlre démontrée.

Les chancres des parties génitales 8*accompagnent de bubons quatre-vingt-treize fois sur cent (Baumes) ; lorsqulls siègent en certain nombre sur le prépuce et le gland, ils y produisent un gonflement, un état inflammatoire qui détermine souvent la pi*oduciion d'un phimosis ou d*un paraphimosis. L*excrétion de Furine peut être gênée lorsque Tulcération , située vers le méat urinaire , détermine un gonflement des parois qui oblitère le canal. EnGn, il existe souvent aussi une urétrite, une balanite, une posthilc, des érections douloureuses, etc.

Les chancres des organes génitaux de la femme présentent les mêmes caractères et les mêmes variétés que chez Thomme ; ils s'accompagnent souvent d'un gonflement considérable, d'inflammation ou d'œdème de la vulve, et d'écoulement; ceux qui sont phagédéniques peuvent perforer et détruire les grandes et les petites lèvres, la fourchette, etc. Ceux qui siègent sur le col utérin sont rarement douloureux ; mais ils déterminent communément la plupart des accidents que développent les autres ulcérations ou les engoi^ements du col de l'utérus.

Les chancres, dit M. Ricord, à quelques variétés qu'ils ap|)artiennent et quel que soit leur siège, ont deux périodes : l'une qu'on peut appeler spécifique ou de progrès, l'autre qui est celle de réparation. La première commence au moment où la cause a agi, et se prolonge tant que l'ulcération, soit qu'elle s'étende, soit qu'elle reste stationnaire, fournit un pus inoculable ; cette période peut durer de un à quatre septénaires. La seconde période, dite de réparation, est marquée d'abord par la disparition de l'aréole, puis par l'aflaissement des bords, qui prennent une teinte d'un gris pâle et qui se recollent; bientôt le fond de l'ulcère se détergc, prend une teinte pâle, gris-perle, et se couvre de bourgeons charnus ; il olTre alors les caractères d'une plaie simple, et le pus qu'il fournit, lié et de bonne nature, cesse dès lors d'être inoculable. La cicatrice qui lui succède peut être plus saillante ou bien être de niveau ; plus souvent encore elle est déprimée , elle peut être indélébile ou bien s'eiïaccr tout à fait Elle reste pour toujours blanche, inégale, déprimée, si l'ulcère a été phagédénique et gangreneux.

Le chancre peut subir des recrudescences plus ou moins nombreuses pendant son évolution. Il peut à une certaine époque changer d*<ispect , se couvrir, par exemple, de végétations lorsqu'on ne réprime pas à temps les bourgeons charnus; il peut, en se transformant sur place, présenter les caractères des pustules plates, accident syphilitique dont nous parlerons plus tard ; mais cependant la cicatrice une fois formée, le chancre ne récidive plus, et si une nouvelle ulcération fournissant un pus inoculable se montre, il faut en conclure qu'il y a eu une nouvelle contagion (Ricord).

Les chancres peuvent être suivis de plusieurs infirmités, telles que fistules urinaires, rétrécissements urétraux, adhérences du prépuce, etc.

Diagnostic. — Une surface grisâtre, inégale et indurée ; des bords durs, arrondis,

taillés 5 pic, comparés surtout aux circonstances commémoratives et aux accidents

concomitants, caractérisent suflisarament le chancre. Maison rencontre parfois

i\i^ ulcérations d'origine vénérienne qui, n'ayant aucun des caractères précédents,

ressemblent à (les ulcérations simples ; elles oui, en effet, uac forme irrégulière, et

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rindaraiion uianque toat à fait. Le lémoignage dos malades, toujours suspect d*ailleurs, égare souvent le médecin. Le mercure, dont on fait la pierre de touche par excellence, trompe souvent en aggravant des ulcères vénériens et en uVmpéchant point la cicatrisation d'ulcérations qui n'ont rien de spécifique. Dans ces cas d*na diagnostic si difficile, il y aurait avantage de recourir à une inoculation artificielle sur l*iodividu lui-même, afin que, fixé sur la nature de la maladie, on pût loi opposer un traitement efficace, et, dans le cas de syphilis, prévenir |:ar Vadmi- DÎstratioD du mercure les symptômes consécutifs. Cependant Tinoculation est loin d*êlre infaillible; il est en effet des chancres dont le pus ne sinocule point.

Le chancre, suivant la région du corps qu'il occupe, pourrait être confondu avec phisîears maladies : ainsi, nous avons vu qu'il pouvait simuler l'herpès ;;nr/)2//ia/f> et l'herpès mUvaire^ et nous avons indiqué la manière de l'en distinguer. (Voir tomel, l'article Herpès,) Il faut savoir aussi que l'orifice du conduit excréteur de la glande vulvo-vaginale, que les recherches récentes de M. Huguier ont presque tirée de l'oubli, peut s'ulcérer. Alors on voit une petite cavité infundibuliforme dont le pourtour est érodé, rouge, et qui donne issue à un liquide puriforme assez abondant, surtout si l'on exerce une pression sur le trajet du conduit. Un chancre, par ses bords taillés à pic, par sa surface bosselée et indurée, par la matière ichoreuse, qu'il foomit toujours en petite quantité, ne pourra pas être confondu avec l'altération que nous venons de décrire, et qui paraît être assez commune. Les chancres des mamelles, siégeant sur le mamelon ou sur l'auréole, pourraient être pris pour des crevasses; mais les premiers sont ronds ou allongés, souvent indurés ou taillés à pic, les ganglions axillaires sont engoi*gés, enfin des ulcérations analogues existent le plus souvent sur les lèvres du nourrisson. Les chancres de l'anus, en raison des plis longitudinaux de la peau de cette région, sont souvent allongés et pourraient être pris pour une fissure ; mais le fond grisâtre, les bords indurés, leur étendue plus grande, les douleurs moins vives, surtout pendant l'acte de la défécation, permettront d'établir le diagnostic différentiel. Les chancres du rectum ne pourront être reconnus qu'à l'aide du spéculum ani. Ceux qui siègent sur la langue et les lèvres ont les caractères propres à ces ulcérations; ils s'accompagnent souvent de l'engorgement des ganglions sous-maxillaires ; ils ne pourraient guère être con-* fondus qu'avec les ulcères mercuriels ; mais nous avons établi précédemment le moyen de distinguer entre elles ces diverses solutions de continuité. (Voir tome I, l'article Stomatite mercurielle,)

Pronostic. — Les chancres phagédéniques, rongeants, serpigineux, sont les plus graves, en raison des désordres qu'ils produisent. Les chancres gangreneux sont moins fflcheux ; souvent même la gangrène marque l'époque où la maladie cesse ses progrès ; l'eschare tombée laisse ordinairement à nu une plaie simple , qui marche promptement \ers la guénson. Les chancres indurés sont plus graves que ceux qui ne s'accompagnent pas d'induration : non-seulement leur guérison se fait, en effet, plus longtemps attendre, mais ils sont en outre un signe certain de l'infection constitutionnelle, et si on les abandonne à eux-mêmes, ou peut être certain que divers accidents constitutionnels surviendront sous peu. Contrairement à ce que pensent beaucoup d'auteurs estimables, M. Ricord ne redoute pas les mêmes tSels du chancre qui n'est point induré : celui-ci se compliquât il de bubon tapparé, et le pus inoculé déterminat-il un chancre, on ne devrait point, d'aprcs loi, redouter l'infection. Nous ne saurions sur ce point avoir la même stcvmv(i.

Traitement, — On a reconnu depuis longtemps qu'on pouvait ta\re avorVet ùu chancre \tson débat ea le cautérisant ou en l'extirpant. Celle mé\\\oàc , VA^mfe^

IIP DES EMPOISONNEMENTS.

par Swédiaur, rejetéc par M. l.agneau, par Dupuytren et par M. Vidal, a peiitêlre aiijourd*hui la grande majorité des praticiens, depuis surtoul (pfelie a élé préconisée par fJunter, par MM. Hibes, Ricord et Baumes. On a surtout blâmé cette pratique parce que le chancre était considéré couime Texpression d*un étal constitutionnel et môme comme un émonctoire utile pour réiiminaiion du virus. Qn Ta accusée de favoriser les bubons et Texplosion des accidents secondaires ; mais M. Ricord a depuis longtemps réfuté ces diverses accusations. La cautérisatiop par le nitrate d'argent est généralement préférée à l'extirpation ; car la plaie qui succède à celle-ci revêt souvent les caractères du cliancre, et elle ne prévient pas l'empoisonnement. On devra cautériser indistinctement tous les chancres qui débutent, et quelle que soit leur forme. M. Ricord soutient qu'il n'y a pas d'observations authentiques d'ulcères qui, détruits avant les cinq premiers jours qui suivent un coït infectant, aient donné lieu ensuite à des symptômes secondaires. Cette proposition est contestée suiiout par M. Vidal , et c'est avec raison. D'ailleurs, quand on étudie les effets des autres virus, quand on voit iM. Renault, d'Alibrt, cautérisant le |)oint par où il avait inoculé la morve douze heures av^ut ne pas prévenir l'infection , quand nous voyons M. Bousquet détruisant le bouton vaccinal dès son apparition ne pas empêcher la vaccine d'être efficace, on se prend k douter que la Giutérisation de la pustule du chancre puisse mettre les sujets à Tabri de toute infection. NonobsU^nt cela, je crois la cautérisation utile au début, pour faire avorter le chancre ; faite plus tard elle peut en abréger la durée ; mais quelque avantageux qu'en soient les résultats, nous regardons comme indispensable de faire un traitement spécifique pour prévenir l'explosion d'accidents ultérieurs.

Ainsi donc, lorsque, à la suite d'un coït suspect, on voit survenir sur les parties génitales un point vésiculeux ou pustuleux, il faudra sans attendre de pouvoir établir un diagnostic rigoureux, percer la petite tumeur, et cautériser pmfoudément, car il faut, comme dit M. Ricord, si l'on yeul que la cautérisation soit eflicace, qu'elle soit complète, c'est-à-dire qu'elle dé|)asse le champ de Tinflammation spécifique. M. Ricord semble établir que, pour être eflicace, la cautérisation devrait s^étendre dans une étendue double de celle de l'ulcération et en traversant toute l'épaisseur des tissus ; or, la chqse n'e^t pas toujours |>ossible, aussi échoue-t-on souvent. Le nitrate d'argent est le caustique généralement adopté, cependant M. Ricord regarde son action comme trop superficielle et il lui préfère le caustique de Vienne.

La cautérisation terminée, on bassinet a souvent la partie avec de l'eau fraîche ou avec de l'eau de guimauve contenant une petite quantité d'extrait de Saturne, ou bien on se bornera à appliquer un plumasseau de charpie fine et sèche, qu'on laissera en place pendant douze ou vingt-quatre heures.

Si l'ulcère est déjà établi , on cautérisera sa surface, non pour le faire avorter, mais dans le but d'en abréger la durée en modifiant son mode de vitalité. Si le virus engagé dans un follicule y a produit une induration ou un petit abcès dont l'ouverture serait bientôt suivie d'un chancre, il faut exciser ou fendre la tumeur, et cautériser ensuite profondément. Dans tous les cas, si le chancre, bien que cautérisé une première fois, continue sa marche, ou si l'escliare ci) lomb^til laisse à nu une surface grisâtre, on devra renouveler la même opération dcu3^ ou trois fois et plus, jusqu'à ce que l'ulcère perde ses caraclèies spécifiques, à moins que des symptômes inflammatoires ne se déclarent.

Si la cautérisation échoue ou si elle ne peut être faite, un se bornera à panser

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