DES CHANCRES PRIMITIFS
coaf enablemeot les ulcérations. Si celles-ci ne sont pas trop enflammées, on les lotioooera plusieurs fois par jour avec du vin aromatique ( formule du Codex), et leur surface sera couverte d'un petit plumasseau de charpie fine, légèrement humectée avec le même liquide. Si la suppuration continue aussi abondante, M. Ri«cord. reoiplace le vin aromatique par une décoction vineuse de tan ou par une dissolotioD de 10 grammes de tartrate de fer potassique dans lUÛ grammes de véhicule. M. Baumes donne la préférence à une solution vineuse de sucre candi [k grammes pour 30 grammes de vin). Ces liquides conviennent encore dan;^ les cas où les ulcérations sont douloureuses, pourvu toutefois qu'on les additionne d*opium (^0 à 50 centigrammes pour 32 grammes de véhicule). On devrait néan? moios remplacer les topiques aromatiques et astringents par les émollients, tels que de Teau de guimauve et de têtes de pavot, ou par une solution d'extrait gommeux d*opium (10 centigrammes pour 3U grammes d'eau) , si la surface de l'ulcère était sèche, douloureuse et très enflammée ; en pareil cas, les corps gras sont nuisibles. L'irritation étant calmée, on revient de nouveau à l'usage du vin aroma-!> tique* et lorsque la cicatrisation s'opère, on la rend régulière en réprimant à propos avec le nitrate d'argent les bourgeons exubérants. Les pansements que nous ve* nous de conseiller seront renouvelés toutes les douze heures. La plupart des chaiiT cres siégeant vers le filet, les malades sont obligés, à chaque pansement, de tirof le prépuce enarrière, ce qui produit souvent, quelque précaution qu'on emploie, des tiraillements douloureux. Ces inconvénients ont inspiré à M. Baumes un traitement sur l'efficacité duquel l'expérience n'a pas encore suffisamment prononcé. Dans les cas dont nous parlons, le chirurgien de Lyon défend de retirer le prépuce eo arrière, et il se borne, pour tout pansement, à injecter, quatre ou cinq fois par jour, entre le gland et le prépuce, une solution de nitrate d'argent (de 1 à 5 décigrammes et plqs dans 30 grammes d'eau distillée). Celte méthode lui a paru très efficace contre les chancres indurés et enflammés. Il veut que dans l'intenalle des injections la verg^ soit maintenue relevée, et entourée d'un cataplasme émoUient arrosé de laudanum : cette pratique mérite d'être expérimentée. Ajoutons pourtant avec M. Baumes qu'elle ne convient pas dans les cas de chancre phagédénique, et toutes les fois qu'il importe de suivre la marche rongeante de l'ulcère. Ces chancres pbagédéniques réclament une cautérisation profonde : il faut parfois renogtveler celle-ci deux fois par jour ; on les, panse ensuite avec le viu aromatique. Cependant, lorsque l'inflammation est vive, on devra préalablement recourir aqx émollients, aux bains, aux cataplasmes de fécule, aux sangsues qu'on n'appliquerg jamais sur les ulcères, ainsi que quelques personnes l'ont conseillé, mais sur les parties voisines. La force du pouls et de la constitution pourra également nécessiter l'ouverture de la veine; on devra enfin s'évertuer à combattre toutes les complications, car en les détruisant on modifie souvent Taspect de l'ulcération.
Il y a des chancres qui sont excessivement douloureux, sans être pourtant très enflammés. Si l'exagération de la sensibilité paraissait dépendre d'un état particulier de la surface, il ne faudrait pas hésiter à en modifier la vitalité par une caur térisation profonde : ce moyen est plus efficace et soulage bien plus rapidement que les topiques narcotiques, auxquels on a le plus généralement recours.
Cependant il est des chancres rebelles qui, résistant à tous les traitements déjà indiqués, continuent à s'étendre au loin. M. Ricord veut qu'alors on applique sur l'ulcération un vésicatoire, ou bien qu'on la saupoudre de cantharides, et qu'on revienne au bout de vingt-quatre heures au vin aromatique; par ces moyen^^ là sorbce soppuraote ne tarderait pas à se détei^ger. Enfin , si ce Iraîlemeul x^sS^
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encore sans eiïct, M. Ricord propose de recourir au caustique de Vienne. Mais heureusement il est assez rare que la maladie résiste avec autant d'opiniâtreté. D'ailleurs, dans ces cas d'ulcérations si rebelles, on devrait, avant d'en venir à des moyens violents, se hâter de recourir au traitement spéciOque : ainsi les chancres seraient pansés avec la pommade mercurielle ou saupoudrés de calomel, et l'on donnerait à l'intérieur le sublimé en liqueur ou en pilules (voir plus bas). Le traitement mercuriel sera encore très efficace pour combattre les indurations qui persistent si souvent après la cicatrisation des chancres. D'ailleurs, M. Ricord, qu'on n'accusera pas d'abuser des mercuriaux dans le trailcment des maladies vénériennes, reconnaît que le mercure est l'agent le plus puissant et le plus sûr pour triompher des chancres indurés qu'on ne peut cicatriser, ou de l'induration qui persiste après que la cicatrisation est complète. Bien que tous les chancres ne Boient pas suivis d'accidents constitutionnels , quoique quelques-uns , beaucoup peut-être, guérissent par un traitement local, nous croyons pourtant que dans tous les cas, et quels que soient l'aspect du chancre et la marche qu'il suive, les mercuriaux devront toujours être administrés sinon comme moyen curatif de l'ulcère, du moins comme complément du traitement et dans le but d'empêcher les acci-^ dents consécutifs. La durée du traitement mercuriel sera mesurée, d'après M. Ri* cord , non sur le plus ou moins de rapidité de la cicatrisation du chancre , mais bien sur la disparition plus ou moins prompte de l'induration. Je sais bien que la pratique que je conseille ici est blâmée aujourd'hui par beaucoup d'auteurs, mais je la crois bonne et elle est dictée par la prudence. L'induration , qui est un des caractères si remarquables de certains chancres, est souvent considérable; elle est en eff'et parfois presque cartilagineuse, et comme elle résiste dans quelques cas avec une opiniâtreté désespérante , il importe d'avoir eu son pouvoir plusieurs moyens à lui opposer. Nous citerons comme utiles, après le traitement mercurieli les onctions avec les pommades iodurées , les lotions avec une décoction d'écorc^ de chêne ou avec une solution de chlorhydrate d'ammoniaque (16 grammes pour 30 grammes d'eau) ; enfîn , la compression , toutes les fois que la disposition des parties en permettra facilement l'application.
Nous avons dit que les chancres occasionnaient souvent un phimosis par suite du gonflement qu'ils déterminent, et un paraphimosis lorsque le prépuce, tuméfié et étroit, est ramené derrière le gland qu'il étrangle. Dans ce dernier cas on essaie de réduire le gland; si c'est impossible, on débride l'anneau préputial. S'il existe un phimosis et si le gonflement est médiocre , on se borne à l'emploi des émollients et des antiphlogistiques; mais si les chancres sont phagédéniqucs; si le prépuce, distendu par le gonflement du gland, par la production de végétations, menace de tomber en gangrène , il faut se hâter de le fendre longiludinalement pour mettre les parties à découvert. Si le prépuce est long , et si les chancres siègent h son orifice, on pourrait même opérer la circoncision. Knrm, lorsque les chancres cicatrisés ont laissé l'ouverture prépulialc étroite et dure, on rendra à la partie sa souplesse par des lotions émollientcs et par des frictions morcurielles. Les chancres phagédéniqucs, serpigineux, amènent parfois de larges décollemenis de la peau ; si celle-ci est amincie et bleuâtre, il y aura intérêt à l'exciser. Enfin plus fréquemment on voit des chancres perforer le frein. Dans ces cas, on conseille de couper celui-ci et d'exciser les lambeaux, puis on en cautérise la surface ; celte pratique hâte beaucoup la guérison.
Ce que j'ai dit plus haut s'applique à tous les chancres, quelle que soit la région sur laquelle ils se développent. Ajoutons pourtant que, lorsque l'ulcération
DE LA nLENNORRHAGIE AIGUË G11KZ L^HOMME. 113
occope Tonûce do canal , il faut introduire dans celui-ci une petite mèche pour empêcher le contact des lèvres du méat, pourvu toutefois que les malades la supportent sans douleurs. Si le chancre occupe l'intérieur du vagin ou le col, il faut à chaque pansement le mettre à découvert ù l'aide du spéculum pour le cautériser et appliquer à sa surface les topiques qui sont indiqués. Pour les chancres du rectum, il faut recommander une propreté extrême , et faciliter les garderobes par des lavements.
Se la blennorrhagîe.
StWVTMib. — GoBttThét, cbandepitse, nrJtrUo oa urtflfarile chet fboiniDfl; vti|ihile, nrélro-vn^iUt^, ckea la femme, etc.
Le mot blennorrhagie^ employé d'abord par Swédiaur, sert à désigner aujourd'hui tous les écoulements muqucux ou puriformes qui ont lieu à la surface de l'urètre, du prépuce chez l'homme , et 4u vagin chez la femme. Ces écoulements, très rarement spontanés, sont presque toujours produits ou par l'action du virus syphilitique, ou par rap|)licalion de toute autre matière irritante.
Divisions, — Dans l'étude de la blennorrhagîe , il faut établir plusieurs divisions importantes : ainsi la maladie doit être distinguée en virulente et en non virulente, eu aiguë et en chronique; enOn elle devra être séi)arément étudiée chez rhomme et chez la femme , en raison des diiïérences capitales qu'elle présente dans les deux sexes, eu égard à son siège , à ses symptômes , à sa marche et à ses complications.
Historique. — Quelque opinion qu'on adopte sur l'origine de la syphilis, on ne saurait contester pourtant qu'il n'ait existé des écoulements blennorhagiques dès k plus haute antiquité. Les indications précises qu'on trouve sur ce sujet dans le Lémtique de Moïse ne laissent aucun doute que cette affection n'ait été commnoe chez les Juifs, et l'on peut conclure des précautions hygiéniques prescrites par le grand législateur de ce peuple, que les écoulements urétraux étaient alors amiagieux. Nonobstant cela, les auteurs qui, avec Oviedo et Astruc, donnent à la syphilis une origine américaine , n'ont vu dans ces écoulements qu'une aiïecxiou catarrhale, et n'ont fixé le début de la blennorrhagîe virulente qu'en 15^0 ou même 1565, c'est-à-dire plus de quarante ans après l'époque qu'ils assignent à l'invasion de la syphilis. Signalée alors par Brassa vole (1551), par Fernel (1555) et par Fallope(i560); considérée tour à tour comme un symptôme de la syphilis, par d'autres comme étant l'effet d'un virus spécial, par plusieurs comme une in* Oammation simple de la muqueuse, elle occupe une place importante dans tous les traités des syphilographes ; mais nul n'eu a mieux parlé que Swiédaur et Hunter. Les pages qu'ils ont consacrées à l'étude de cette affection sont des modèles d'exactitude ; si l'on y joint la lecture des travaux importants de MM. Lagneau, Ricord, Vidal c^ Baumes, on aura le complément de tout ce qu'on sait de positif iur l'histoire de la blennorrhagîe.
9m la blemorrhagia aiguë ebet rhomme.
Caractères anotomiques. — Les recherches cadavériques faites de])uis iMorgagni ont pitKivé que, dans la blennorrhagic aiguë de l'homme, la membrane muqueuse du canal de l'urètre était, dans sa totalité et plus souvent encore dans une patlk &e MNi étendue, îojeclée, rouge, bleuâtre ou brunâtre, épaissie par places el tràVAft»
T. II. — â' àmr. «
Les follicules muqucux sorU également injectés, indurés, et les sinus de Morgagiii sont rouges, tantôt agrandis, plus souvent ils sont rétrécis, oblitérés ou niênie détruits. Chez quelques individus pourtant , la phlegmasie a élé tellement siiperficielle qu'elle laisse à peiue après la mort des traces de son existence; on-trouve alors la muqueuse seulement plus humide ou plus sèche; d'autres fois, au contraire , TinflammatioB étant plus intense et s'étant propagée aux tissus subjacents; il existe des noyaux d'induration qui quelquefois ne font aucun relief dans l'urètre, mais qu'on sent distinctement à l'extérieur de ce canal. Ces indurations sont de plusieurs sortes : 7es unes dépendent uniquement de l'épaississement de la muqueuse ; la plupart sont l'eiïet de l'engorgement du tissu cellulaire subjacent ; cet engorgement gagne quelquefois l'urètre en entier et peut se propager aux corps caverneux eux-mêmes. Tous les médecins ont reconnu aujourd'hui que, dans l'urétiite aiguë, la membrane muqueuse de l'urètre était très rarement ulcérée ou excoriée; Hunter, dans trois autopsies de pendus atteints de blénnorrhagie ; M. Philippe fioyer, dans un cas, n'ont trouvé aucune solution de continuité dans la muqueuse urétrale. Plusieurs fois pourtant on a constaté la présence d'une on de plusieurs ulcérations , soit que celles-ci résultassent uniquement du travail inflammatoire (chose fort rare), soit plutôt qu'elles fussent l'effet de l'action spécifique du virus. Ainsi M. Ricord a recueilli et figuré dans sa Clinique iconO' graphique de l'hôpital des Vénériens deux pièces pathologiques présentant des chancres urétraux à différentes profondeurs, ulcérations qui avaient été reconnues pendant la vie par les résultats positifs fournis par l'inoculation.
Chez les sujets qui succombent avec une blénnorrhagie, on peut trouver diverses altérations ordinairement de nature inflammatoire dans la prostate, dans la vessie, dans les vésicules séminales, dans les testicules, etc. Nous en parlerons en traitant des complications.
Siège, — Les recherches cadavériques, et l'étude des symptômes surtout, ont démontré que, dans la grande majorité des cas, la blénnorrhagie occupait la fosse naviculaire, partie qui a été soumise à l'action de la cause virulente. L9 phlegûiasié peut y rester circonscrite pendant assez longtemps, plusieurs mois', par exemple : cependant, pour peu que Turétrite soit intense et qu'elle se prolonge, l'inflammation se propage à une plus ou moins grande profondeur, comme 6 ou 10 centimètres; il n'est même pas très rare de la voir envahir jusqu'aux portions bulbeuse et prostati(|ue. Il est une autre variété de blénnorrhagie étrangère à l'urètre, dans laquelle l'inflammation occupe exclusivement, soit le gland {balanite), soit le prépuce {posthite): on la désigne communément sous le nom de blermofThagie fausse ou bâtarde; elle ne diffère de l'urétrite que par le lieu qu'elle occupe.
Symptômes, — Lorsque la blénnorrhagie est virulente , elle se déclare communément de quatre à huit jours après le coït. Des auteurs dignes de foi, et notamment J. Hunter, citent des cas où il se serait écoulé un mois et même six semaines entre le moment où la contagion a pu se faire et l'explosion de la maladie; d'autfes fois, au contraire, les premiers symptômes de l'urétrite se seraient déclarés un jour, et parfois même peu d'heures après le coït. On dit que dans ce dernier cas, la blénnorrhagie est rarement de nature vénérienne , mais qu'elle résulte presque toujours alors du simple contact d'une matière acre et non virulente. Tous les auteurs considèrent cette période de santé apparente qui sépare la cause de l'effet comme étant la période d'incubation de la maladie. Telle n'est pas l'opinion de M. Ricord, qui assimile cette époque, non à l'incubation des maladies contagiemes, mais à l'espace qui existe presque toujours entre l'action d'ane cause et