DE LA BLENNORRHAGIE AIGUË CHEZ L*HOMME
Papparition de phénomèues morbides, entre un refroidissement, par exemple, et nue phlegmasie. Cette assimilation ne noiis semble pas exacte. Quoi qu*il en soit, le premier symptôme qui fixe l'atteritioh des malades est une démangeaison qu'ils éprouveot , surtout pendant Témissibii des dernières gouttes d*urine. Le prurit siège ài ToriBce de l'urètre et se propage quelcjnefois à toute la surface du gland ; leslèrres de rorifice Urétrâl sont rouges» un i)eu tuméfiées; collées entre elles, tantôt sèches et luisantes, plus souvent humides. Si Ton presse alors au-dessous du ghnd, d'arrière en avant, on détermine Texpulsion d'une goutte de matière blaifchitre, plus ou moins épaisse et visqueuse. Cependant le prurit, qui pour quelques malades constitue une sensation agréable, et qui provoque des érections, des rêves lascifs et une grande propension aux plaisirs vénériens, lie tarde pas à se transformer en une véritable douleur cuisante qui se concentre dans la fosse navicuhire, et que les malades ne ressentent guère que*duratlt l'émission de l'urine. Le gland est alors tuméfié; sa surface est tendue, lisse, d'un rôuge qui rappelle la conleor de la cerise mûre (J. Hunter); elle est souvent conime excoriée, et sécrète one matière puriforme. Quand l'urétrite est très aiguë, toute la verge est tuméfiée et dans an état de demi- érection ; le passage de l'urine produit dans une partie ou dans toute la longueur du canal une sensation de chaleur, de cuisson, et parfois de brâlore, qui persiste ensuite pendant plus ou moins longtemps, ce qui fait qu'un grand nombre de malades résistent le plus longtemps possible au besoin d'uriner. Le jet de l'urine est toujours moins gros qu'à l'ordinaire, ce qui dépend du rétrécissement du canal, produit par l'engorgement général delà verge, du gonflement de la muqueuse et de la contraction spasmodique de l'urètre. EnfTn , comme l'observe Hunter, indépendamment de ces modifications matérielles, la crainte du malade, tandis qu'il urine, contribue à diminuer la grosseur du jet; celui-ci est en outre brisé, il s'éparpille en sortant, ce qui provient de l'altération de forme que le canal a subie. Là pression exercée sur l'urètre est généralement douloureuse, surtout au voisinage de la fosse tiaviculaire, et souvent aussi au périnée. Le canal est plus ou moins tendu , et souvent on sent sur son trajet de petites tumeurs que Hunter a toes parfob acquérir le volume d'une noix. Les douleurs, généralement peu vives, et parfois nulles, dans l'intervalle de l'émission de l'urine, peuvent devenir atroces quand ce liquide traverse le canal ; quelques malades poussent alors des cris et sont dans une agitation extrême. La douleur occupe non-seulement alors toute l'étendue de l'arètre; mais elle retentit encore dans les testicules, dans les aines, dans les cuisses, à l'hypogastre , et jusque dans les reins. Les crises qui marquent chaque émission d'urine sont souvent très rapprochées; cela se remarque lorsque la vessie enflaimnée, ou seulement surexcitée, et ne pouvant se laisser distendre, se eontracte aussitôt qu'elle contient une petite quantité d'urine. Les malades sont en outre tourmentai, surtout pendant la nuit, par des érections violentes, continues, et qui s'élèvent presque jusqu'au priapisme chez quelques sujets. Ces érections augmentent toujours les souffrances; mais elles deviennent intolérables loraciiie l'urètre, ne pouvant plus suivre l'allongement des corps caverneux, pai suite de sa tuméfaction et de son induration , forme une corde qui tire la vergi et b recourbe en bas ou sur un des côtés : on dit alors que la chaudepisse est cordét.
Dans la blennorrhagie, quelle que soit d'ailleurs son intensité, il existe toujour. on écoulement dont l'abondance et les qualités varient beaucoup. Au début, c'es. on floide blanchâtre et d'aspect muqueux, ou bien il est séreux et parfois s^r^saBgainolent. A mesure que l'inflammation s'accroît , la matière de Vécoukm^w
est épaisse, blanchâtre, jaune ou vcrdâtre, non filante; elle a une odeur fade ou fétide; elle ressemble plutôt au pus qu'au mucus; elle est parfois tellement irritante qu'elle enflamme et excorie les parties qu'elle touche, comme le prépuce, la verge et la partie interne des cuisses. La quantité de muccT-pps qui est excrétée varie suivant les époques de la maladie : ainsi, au début, il n'y a qu'un léger suintement ou seulement quelques gouttelettes que la pression pratiquée d'arrière en avant fait sortir; mais plus tard, c'est-à-dire du sixième au dixième jour, la quantité du fluide exhalé devient très considérable. La plupart des malades sont alors obligés de se garnir, et c'est à cette époque que l'écoulement présente ces variations de coloration blanche, jaune, verte, dont nous avons parlé. Les deux dernières nuances n'indiquent pas toujours que la phlegmasie est plus intense : on les rencontre, en effet, dans les urétrites très bénignes; mais elles nous semblent plutôt résulter, ainsi que le pensait Hunter, du mélange avec le muco-pus d'une quautité variable de sang exhalé dans le canal. Ce sang sort quelquefois pur : il est communément en petite qucintité; mais parfois on Ta vu, surtout dans certaines cbaudepisses cordées , s'écouler assez abondamment pour constituer une hémorrhagie véritable. Cet accident, qui d'ailleurs n'est jamais grave, dépend souvent d'une érosion ou d'une déchirure du canal. La quantité de l'écoulement est généralement proportionnée à l'intensité de la phlegmasie ; toutefois, il n'est pas très rare de voir des urétrites très intenses produire un écoulement tellement peu abondant, que quelques médecins les nomment alors sèches. On cite des cas de blennorrhagies très violentes et cordées, presque sans trace d'écoulement, c'est-à-dire qu'on ne voit alors que quelques gouttes de liquide s'échapper de temps en temps, et d'une manière accidentelle, de l'urètre, lorsqu'on presse celui-ci ihi peu fortement : cependant il est commun alors de voir l'écoulement devenir de plus en plus abondant au fur et à mesure que la phlegmasie diminue d'intensité.
Dans l'urétrite bénigne, les malades peuvent conserver toutes les apparences de la santé et vaquer à tous leurs travaux; mais si l'inflammation est vive, il peut exister de la fièvre, ou tout au moins un grand malaise, de l'inappétence et de l'insomnie. La fièvre d'ailleurs a toujours peu d'intensité, et si alors on saigne les malades, on trouve rarement le sang couenneux (J. Hunter).
Marche et durée. — L'état aigu peut s'accroître ou rester stationnaire pendant une, deux, trois ou quatre semaines; puis les symptômes décroissent; les érections sont alors moins fréquentes, moins pénibles; les douleurs, en urinant, de moins en moins vives, ne consistent bientôt plus qu'en une chaleur et en une cuisson supportables et qui souvent ne se révèlent qu'au commencement et à la fin de l'excrétion. L'écoulement diminue d'abondance; il est blanc, épais; bientôt il ne consiste plus qu'en une mucosité visqueuse qui agglutine entre elles les lèvres du méat ; enfin la sécrétion morbide se tarit tout à fait à une époque variable. On peut dire pourtant que rarement l'écoulement blennorrhagique cesse avant trois, quatre ou six semaines; souvent il se prolonge pendant deux, trois, six mois, un an, plusieurs années. La maladie est alors passée à l'état chronique, et on la désigne sous le nom de blennorrhée : nous eu parlerons plus tard.
L'urétrite aiguë peut présenter d'ailleurs dans sa marche de grandes irrégularités : c'est ainsi qu'on voit souvent du matin au soir l'affection s'aggraver ou s'amender suivant que les malades se fatiguent, commettent quelque excès, ou restent dans le repos et observent un régime sévère. D'autres fois, au lieu de diminuer progressivement , la blennorrhagic est subitement arrêtée , coupée par l'invasion d'une maladie intercurrente, qui détermine une forte révulsion sur une des sur-
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(kes tégamentaires : telles sont les fièvres éruptives et certaines Gèvres intermittentes qui se jogent par des sueurs abondantes. La maladie peut guérir spontané* ment par le repos.
Rechutes et récidives. — Les malades guéris d'une blennorrhagie éprouvent souvent des rechutes qui dépendent le plus ordinairement de quelque excès de table, et surtout de ce qu'ils ont repris trop tôt les rapports sexuels. La gnérisoa devenue définitive, il parait bien prouvé, contrairement à Topinion de Hunter, que les individus sont d*autant plus aptes à contracter de nouvelles blennorrhagies, qu'ils en ont déjà été atteints un plus grand nombre de fois. Ces personnes, pour la plupart, ont la bonhomie de rapporter à la première chaudepisse toutes celles qu'elles conlracteot dans le courant de leur vie, quoique souvent il y ait eu entre chaque répétition plusieurs années de santé complète. Il est inutile de réfuter ici une pareille erreur, qu'il faut pourtant rarement combattre vis-à-vis des malades, pour ne pas troubler leur repos ou détruire leurs illusions sur la fidélité des femmes avec les* quelles ils ont eu les derniers rapports. Une circonstance remarquable, et que je ne dois pas manquer de signaler ici, c'est que l'individu convalescent d'une blennorrhagie, qui contracterait aisément un nouvel écoulement s'il cohabitait avec une femme malade, pourrait, dit-on, avoir impunément des rapports avec celle qui l'a récemment infecté, bien qu'elle ne soit pas encore guérie. Mais si cet homme, ajoute-t-on, cesse ses relations pour ne les reprendre que plusieurs mois plus tard, il aura ordinairement perdu l'immunité dont il jouissait, et il contractera alors une nouvelle blennorrhagie aussi facilement que le premier venu.
Complication. — La marche de la blennorrhagie peut être entravée par une foule de complications qu'il importe de connaître ; nous ne mentionnerons ici que celles qui résultent de b maladie elle-même. Ce sont : 1" les hémorrhagies urétraies ; T l'inflammation de la prostate, de la vessie et des reins ; 3*^ celle des glandes de Cowper ; k* l'inflammation des testicules ; 5" celle des vaisseaux des organes génitaux; 6* l'inflammation de diverses muqueuses; 7Mes phlcgmasies articulaires*
i* Urétrorrhagie, — L'hémorrhagie de l'urètre est un accident assez rare de la blennorrhagie. Il peut survenir spontanément sans cause, le plus souvent c'est par suite de quelque violence, comme après le coït ou lorsque les individus atteints de chaudepisse cordée s'ciTorcent de redresser la verge. Dans presque tous les cas rhémorrhagie est peu abondante, et elle s'arrête spontanément.
2* Jnflanimation de la prostate^ de la vessie et des reins. — Lorsque l'inflammation de l'urètre gagne la prostate, les malades accusent de la pesanteur au périnée et à l'anus; ils éprouvent de fréquents besoins d'aller à la selle; ils ne pissent qu'avec peine, souvent ils ne peuvent plus expulser l'urine, quelque effort qu'ils fassent ; la sonde, introduite dans l'urètre, ne peut franchir la i)ortion prostatique de ce canal ; enfin^ le doigt |)orté dans le rectum fait constater l'augmentation de \olnme de la prostate. Celte phlegmasie se termine presque toujours par résolution; on Ta vu néanmoins quelquefois être suivie d'abcès. On sera averti que l'inflammation gagne la vessie aux douleurs hypogastriqucs, au ténesme, à la dysurie, aux besoins incessants d'uriner, qui tourmentent les malades. Très rarement on voit rinflamination se propager aux reins; on diagnostiquera cette con>plication par la douleur des lombes, augmentant parla pression, ainsi que par les modifications sunenucsdans la quantité et la qualité des urines (voy. Néphrite, t. l). Dans tous Ifs cas, il faut éviter de prendre |X)ur signe de né]>hrite les douleurs lombaires, qui sont tn*s communes dans le cas de blennorrhagie, et qui ne sontsouveulCYu'uii ( 0ct syra|)atliique de la maladie.
3" Inflammation des glandes de Cwvper, — Les glandes de Çowper s'epflamment quelquefois pendant les blennorrhagies. C'est on général dans le cours du troisième ou du quatrième septénaire d'une blennorrhagie.phlegmoneuse, plus tô( ou plus tard, que cette complication survient. En général, une seule glande est prise, et la gauche Test plus souvent que la droite , d'après Ricord. Le malade éprouve au périnée de la dojuleur et des élancements que le toucher et la pressiqq du pantalon exaspèrent. A Texamen, la régjon présepte une tuméfaction san^ changement de couleur ; on sent profondément une petite tumeur bien limitée, allongée, ovoïde ou piriforme, dont la grosse extrémité regarde l'anus, tandis que la pointe répond au bulbe avec lequel elle se confond. Cette tumeur, grosse comme un haricot ou comme la moitié d'une petite noix, est latérale par rapport au raphé médian et elle a son siège entre le muscle transyerse et le bulbe. Les jours suivants, la phlegmasio franchissant les limites de la glande, la peau rougit, la tumetir se ramollit, et le gonflement, devenu considérable, s'étend parfois jusqu'à l'origine des bourses. J.-L. Petit et Swédiaur ont dit que la strangurie était un accident inhérent à l'inflammation des glandes de Cowper ou de Mérj', en raison ae la proéminence que fait la glande dans l'intérieur du canal. Mais M. Ricord croit plutôt que la strangurie tient alors, non à la maladie de la glande, mais aux complications qui l'accompagnent ( cystite du col , boursouflement de la muqueuse, etc.) (1).
h? Inflammation des testicules, ou orckite. — On voit fréquemment survenir dans le cours des blennorrhagies un gonflement inflammatoire du testicule ; c'est cet accident qui est vulgairement désigné sous le nom de chaudepisse tombée dans les bourses. On l'observe le plus communément dans le cours des écoulements qui datent déjà de trois, quatre, cinq, ou six semaines, qui, par conséquent^ ont diminué, et sont souvent à peine marqués. La constipation, lès violences extérieures, la marche, et surtout le défaut d'usage d'un bon suspensoir, sont les causes qui provoquent le plus communément la complication dont je parle. Celle-ci est plus fréquente lorsque l'inflammation gagne les parties profondes de l'urètre. M. Ricord a trouvé que le testicule gauche se prenait plus souvent que le droit. L'iuQanimation se propage de l'urètre au testicule, tantôt par sympathie ; d'autres fois elle gagne de proche en proche, et alors les tissus intermédiaires s'engorgent : il ne parait pas que, dans aucun cas, le testicule s'aiïecte par répercussion ou par métastase. L'épididyme est la partie de l'organe qui se prend la première, souvent inême la phlegmasie reste bornée dans ce point. En général, un seul côté est afleclé; quelquefois les deux le sont simultanément ou successivement ; mais il est assez rare que la maladie passe brusquement d'un côté à l'autre: ceci, d'ailleurs, ne se remarque guère que dans les cas où l'épididymite se développe sympathiquement. Le corps du testicule participe rarement, ou du moins participe à peine au gonflement. En efl'et, la tumeur volumineuse qu'on trouve dans les bourses, et que beaucoup de i)ersonnes regardent encore de nos joui^ comme formée par le testicule, est surtout constituée par un épanchcmenl séreux ou séro-sanguinolent dans la tunique vaginale, ainsi que le démontrent la fluctuation et la transparence plus ou moins parfaite qui existe à la partie antérieure de la tumeur. L'épanchement dont nous parlons se fait toujours très promptement. Dans l'épididymite blennorrtiagique, l'écoulement diminue ordinairement d'abondance, mais sans être com-
(1) Voir une excellente thèse de M. Giiblcr, Sur l'anatomicj la physiologie et la pathologie de$ glandes de Covrper ou de Méry, année 18Â9. n*> 172.
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plécement sopprioié : c'est ce qui s'explique par la forte révulsion que la nouvelle phlegmasie détermine. La complication dont nous parlons s'accompagne le plus sou- Tent de douleurs îives, quelquefois atroces, qui s'irradient dans les lombes : on peut même obsenrer des hoquets, des vomissements et la plupart des phénomènes sympathiques des étranglements herniaires. La fièvre est alors très vive. Les accidents sont surtout violents lorsque l'inflammation s'empare d'un testicule qui n'a pas encore entièrement franchi l'anneau inguinal, ou qui est encore renfermé dans l'abdomen. M. Rlcord parait avoir observé deux cas de ce genre. Presque toiyours la maladie se termine par résolution : celle-ci s'opère d'abord par la tunique vaginale, dont l'épanchement se résorbe ; le corps du testicule reprend ensuite son volume ; enfin, ce n'est qu'en dernier lieu et d'une manière beaucoup plus lente que Tépididyme revient à son état naturel ; cet organe reste parfois longtemps induré. L'inflammation peut aussi se terminer par suppuration, mais le cas est fort rare, à moins pourtant de dégénérescence tuberculeuse des testicules. .
5* Inflcanrnotion des vaisseaux du pénis et des ganglions inguinaux,---- On voit quelquefois sunrenir sur le dos du pénis des lignes rougeâtres flexueuses, formées par l'inflammation des lymphatiques; plus rarement il existe sur la face dorsale de la verge un cordon dur, douloureux, s'accompagnant d'œdème du prépuce ef du gland : c'est une phlébite qui ne paraît pas avoir jamais été suivie d'une issue funeste. Beaucoup plus fréquemment on voit les ganglions inguinaux devenir douloureux; ils se tuméfient un peu, mais rarement on ol)servc de véritables bubons; et quand 11 s'en forme, il est rare qu'ils suppurent. Cependant il ne faut p^ oublier que quelquefois la blennorrhagie est symptomatique d'un chancre dans le canal; dans ce cas on voit assez fréquemment les ganglions inguinaux se tuméfier et suppurer.
6* Inflammations de diverses membranes muqueuses. — L'ophthalmie est une des complications les plus graves delà blennorrhagie ; on l'observe surtout pendant l'hiver et dans les temps humides. L'inflammation de la conjonctive paraît quelquefois se développer spontanément ; mais presque toujours elle est produite par une inoculation directe, lorsque, par exemple, des malades malpropres se frottent les yeux avec leurs doigts imprégnés de la matière virulente ; cet accident ne se remarque guère ({ue chez les hommes. Les deux yeux peuvent être atteints isolément ou simultanément, ou bien l'un après l'autre. Cette espèce d'ophthalmic est remarquable par l'intensité des accidents et par la rapidité de sa marche. Les douleurs sont atroces; la muqueuse est gonflée, rouge, et funnc un chémosis volumineux; la conjonctive et les i)aupières sécrètent un muco-pus jaune, verdàlre, abondant, et plus ou moins analogue à celui de l'urètre; il y a de la fièvre. En ^ingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures, l'œil peut être définitivement perdu par suite de l'opacité de la cornée, ou entièrement détruit lorsque la cornée ramollie se perfore, ou lorsque l'inflammation a envahi toutes les membranes de l'œil et les a confondues.
Quelques autres membranes, notamment la pituilaire et la membrane du conduit auditif, peuvent, dit-on, être afîectées du même écoulement blennorrhagique que la conjonctive; toutefois on ne possède encore à cet égard aucun renseignement précis. Il n'est pas rare non plus de \oir la muqueuse du rectum être le siège d'un écoulement semblable à celui de l'urètre chez les individus sodomisés; quelquefois aussi le liquide virulent qui s'échappe des parties génitales, en allant baigner la marge de l'anus (chose commune chez la fcnune), |)eut déterminer dans ce [)oint une inflammation avec sécrétion d'un écoulement blennorrhoïde.
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7* Arthrite. — On voit quelquefois survenir des artliritcs dNiiw le cours de la blennorrhagie ; cet accident a été, dans ces derniei*s temps, parfaitement étudié par le docteur Foucart, dans le Journal de médecine de Bordeaux (1B46). Les genoux, les pieds, les coudes et les poignets sont les articulations qui sont le plus ordinairement affectées. Les premières le sont plus fréquemment que toutes les autres. Ainsi sur dix-neuf cas d*arthrite blennorrhagique analysés par M. Foucart, on voit que les genoux ont été pris quatorze fois. La complication dont nous parlons est parfois spontanée ; mais elle est surtout déterminée par Timpression du froid humide, par la fatigue et là marche. Il est difficile d'expliquer ici comment agit Turétrite pour déterminer les accidents articulaires; la doctrine de la métastase, mise en avant par Swédiaur , ne peut en rendre compte dans tous les cas, puisque Taffectioii articulaire n'est pas, chez le plus grand nombre, précédée par la diminution de l'écoulement. Quoi qu'il en soit, ces gonflements articulaires diffèrent du rhumatisme ordinaire par leur peu de mobilité ; en général, la maladie est bornée à une ou deux articulations : aussi y suit-elle la marche propre au rhumatisme fixe. (Voy. plus bas l'article Rhumatisme,)
Accidents consécutifs. — La blennorrhagie peut laisser à sa suite divers accidents; les principaux sont: les rétrécissements de l'urètre, l'hypertrophie de la prostate, la cystite chronique, l'engorgement des testicules ou l'atrophie de ces organes, les pertes séminales, ou l'impuissance, lorsque, par exemple, l'orifice des conduits éjaculateurs est obstrué, oblitéré par suHe de quelque cicatrice, ou bien lorsque, dirigé en arrière, le sperme se trouve projeté dans la vessie, au Keu de suivre la direction du canal. (Voy. Spermatorrhée.) Quelquefois tout écoulement ayant cessé , le canal est le siège de douleurs vives et rebelles ressemblant tout à fait à des douleurs névralgiques. Pour terminer enfin, disons qu'à la suite de beaucoup de blennorrhagies se déclarent divers accidents de syphilis constitutionnelle.
Des dlfférenies espèces de McnBorrhaifle ehes rhomme et de leur dln-
CBostie différentiel. — Tous les écoulements blennorhagiques de l'homme n'ont pas une origine virulente et ne surviennent pas toujours après le coït. Il en est, en effet, qui semblent tout à fait spontanés, et qui se déclarent sans qu'aucune cause irritante ait manifestement agi sur Turètre. Ces écoulements se lient alors à un état général ou sont sympathiques delà souffrance d'un organe plus ou moins éloigné. C'est ainsi qu'on a vu l'urètre devenir tout à coup 1c siège d'un flux muqueux ou puriforme pendant le travail de la dentition, et plus souvent chez les adultes affectés de rhumatisme, de goutte, de dysenterie, ou qui présentent des signes d'inflammation du côté de quelques autres membranes muqueuses. Ces sortes de blennorrhagies catarrhales ont régné quelquefois épidémiquement D'autres fois la blennorrhagie reconnaît une cause toute mécanique : c'est ainsi que l'introduction des sondes dansTurètre, les manœuvres de la masturbation, les contusions de l'urètre et les excès de coït ont quelquefois enflammé le canal et provoqué un écoulement muqueux ou puriforme. L'ingestion de certaines substances parait avoir quelquefois produit le même effet chez des individus prédisposés : ainsi il paraît constant que des hommes ont eu des blennorrhagies pour avoir bu en abondance certaines espèces de bière. Convenons pourtant que les faits de ce genre sont excessivement rares. Les causes que nous venons d'énumérer ne déterminent certainement pas la millième partie des bicnnorhagies que l'on observe. Dans la presque totalité des ca^, cette maladie se contracte dans l'union sexuelle, et par suite du contact de
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l'orècre avec aue mttîùre morbide exhalée par les organes génitaux de la femme. On parle d*iiidivjdus qui seraient assez malheureusement organisées pour con« tracter des Uennorrhagies plus ou moins inflammatoires toutes les fols qu'ils ont des rapports avec des femmes qui ont leurs règles ou qui sont affectées d'écoulements teocorrhéiqoes simples et nullement syphilitiques. La blennorrhagie s'expliquerait ici par les propriétés irritantes du fluide qui est mis en contact aVec l'iurètre, et dont i'âcreté est telle, qu'il rougit et excorie quelquefois la vulve et la partie interne des caisses de la femme elle-même. Les blennorrhagies contractées dans ces conditions sont-elles susceptibles de se transmettre à des femmes saines? C'est ce qu'on ignore. Mais, quoi qu'il en soit, elles constituent des affections toujours locales, et quelles que soient leur intensité et leur durée, elles ne sont jamais suivies d'accidents de syphilis constitutionnelle. Mais il y a d'autres blennorrhagies qui , contractées de la même manière que les précédentes , sont susceptibles de produire tous les symptômes d'infection : c'est la blennorrhagie virulente proprement dite. Celle-ci est essentiellement contagieuse, mais on n'est p^s d'accord sur sa nature. Les uns, avec Tode, B. Bell, flcrnandès, en font une affection distincte de la syphilis, et ayant un virus spécial M. Baumes, par contre, regarde la bien- Dorrbagie virulente comme une sorte de dégénérescence du chancre, pouvant comme lui donner lieu à une infection constitutionnelle syphilitique, mais moins grave pourtant que celle qui est la conséquence du chancre ; incapable d'ailleurs de reproduire celui-ci, soit par inoculation , soit par le simple contact Quelques autres médecins, parmi lesquels on doit surtout compter Astruc, Hunter, Hufeland, Swédiaur, M. Lagneau, prétendent, au contraire, que la blennorrhagie est produite par le^ même virus que le chancre. Ces derniers regardent alors les deux affections (chancre et blennorrhagie) comme étant identiques et ne différant entre elles que par leur forme primitive, due elle-même à leur siège particulier et aux conditions anatomiques et physiologiques des tissus affectés ou à l'idiosyncrasie des sujets, ou bien encore à la différence d'intensité dans l'action de la cause spéci- 6que, etc.
La solution de cette question a exercé la sagacité d'un grand nombre de médedns, mais nul peut-être n'a produit autant de documents que M. Ricord. Ce chirurgien distingué a conclu d'expériences nombreuses que la blennorrhagie dont le muco^pus inoculé ne donnait pas naissance à un chancre ne reconnaissait pas pour cause le virus syphilitique ; ce ne serait alors qu'une phlegmasie de l'urètre pouvant reconnaître les causes les plus variées. Aux auteurs qui citent des cas de blennor* rhagie suivis d'accidents constitutionnels, à ceux qui disent avoir vu des écoulements urétraux donner lieu à des chancres, il objecte que la blennorrhagie était ■écessairement alors symptomatique d'un ou plusieurs chancres. Aussi l'inocubtiou qui, dans les blennorrhagies simples, ne donnerait que des résultais négatifs, pratiquée dans les casque je suppose ici, reprofluirait constamment un chancre. HM. Ricord et Baumes se sont , en effet , convaincus que toutes les fois qu'une femme qu'on supposait atteinte d'une blennorrhagie simple avait communiqué des chancres ^ un homme, l'inspection à l'aide du spéculum faisait toujours constater Texistence d'un où de plusieurs chancres dans le vagin ou sur le col de l'utérus. La même démonstration ne peut être faite chez l'homme, en raison de la disposition des parties; toutefois il arrive encore fréquemment, d'après M. Ricord, que d» individus qu'on croit atteinis d'une simple blennorrhagie, et qui ont communiqué des cliancres à une femme, ou, ce qui revient au même, les individus chei i<^uels l'inoculation de répou|cinpnt urviràl a pivduii on chancre, rm\ssenlb\ea\»\.
par présenter uu ulcère spécifique qu'on aperçoit par l'écartement des lèvres du méat urinaire, ou , s'il reste profondément caché dans le canal, on distingue dans un point plus ou moins circonscrit une induration particulière ; d'autres fois le canal est perforé par le travail ulcératif ; enfin, s'ils succombent, comme M. Ricord l'a vu deux.foi^, en trouve des chancres urétraux à une profondeur variable ; parfois même, il faut les chercher jusque dans la vessie.
. M. Ricord conclut des faits précédents : que la blennorrhagie dite virulente n'est qu'un chancre caché dans l'urètre on le vagin, reconnaissant d'une manière absolue une cause spécifique, ne se montrant souvent que sous les apparences d'un écoulement blennorrhoide, mais n'existant qu'en vertu d'une ulcération qui, seule, peut donner lieu à une infection générale : aussi M. Ricord nie absolument qu'une blennorrhagie sans complication de chancre puisse jamais produire une syphilis constitutionnelle. Cette opinion , déjà mise en avant par Benj. Bell , Duncan , Kierqan, <et pour.la défense de laquelle M. Ricord a déployé un grand talent, esl irès généralement vraie ; mais n'est-elie pas un peu trop exclusive, et beaucoup de faits ne pourraient-ils pas être invoqués contre elle? Un homme dont le témoignage est d'un grand poids pour nous en raison de sa grande expérience, de sa bonne foi et de son jugement éclairé, M. Baumes, a vu en effet des symptômes de syphilis constitutionnelle se produire après des blennorrhagies simples, et ce qui ôte matière à toute discussion, après des blennorrhagies limitées au gland et au prépuce* c'est-à-dire dans des cas où il avait été facile de se convaincre qu'il n'avait existé aucune ulcération. Des praticiens non moins expérimentés et d'une grande autorité en pareille matière, MM. Lagneau et Vidal ont vu beaucoup de cas semblables. Ces faits démontreraient donc d'une manière indubitable que le chancre et la blennorr)iagie pourraient être deux affections identiques quant à leur mode d'origine ; qu'elles seraient parfois l'une et l'autre l'expression d'une même cause spécifique, puisqu'elles seraient capables d'infecter l'économie de la même manière, c'est-à-dire de produire également des syphilides vers la peau , des ulcérations spéciales vers les membranes muqueuses , des douleurs ostéocopes, etc. , affections que le virus syphilitique seul peut produire et dont le mercure est le spécifique. Les expériences d'inoculation, l'impossibilité où l'on est de produire toujours un chancre avec la matière blennorrhagique, ne sauraient infirmer absolument ces résultats.
Tout le monde comprendra combien il serait important de pouvoir distinguer la nature des divers écoulements urétraux; mais ce diagnostic différentiel est reconnu à peu près impossible par les hommes les plus expérimentés. Les caractères distinctifs que quelques personnes ont cru trouver dans la couleur, la consistance et l'abondance de l'écoulement, dans la douleur plus ou moins vive qui accompagne l'émission des urines, dans la marche de la maladie, dans le temps plus ou moins long qui s'écoule entre l'action de la cause et la manifestation de la blennorrhagie, n'ont point la valeur absolue que beaucoup leur attribuent. On devrait toutefois, d'après la plupart des auteurs, se méfier des blennorrhagies qui ne débutent qu'âpre plusieurs jours d'incubation, qui suivent pendant quelque temps une marche progressivement ascendante et s'accompagnent d'inflammation assez intense. M. Ricord, par contre, regarde comme plus suspects les écoulements qui sont les moins violents et les moins douloureux. Il croit aussi que les plus tenaces ne sont pas ceux qui doivent faire le plus redouter l'existence du chancre urétral ; il attache une grande importance à la nature de la sécrétion. Celle qui est le résultat d'une ulcération urétrale serait, d'après lui, plus purulente que muqueuse; elle serait ordinairement sanicuse, rouillée« Mais pour que la présence du sang ait toute la