DE LA BLENNORBIIAGIE AIGUË CHEZ L*HOMME
^^ar qn*il ]ni attribue, M. Ricord veut que le malade n*ait pas fait anlérieurement uiie injection caustique, qu'aucun cor(3s étranger n*ait été introduit dans le canal, que celui-ci n*ait pas été blessé, ainsi que cela arrive dans la chaudcpissc cordée, et que surtout la matière sanguinolente u*ait pas été expulsée avec les dernières gouttes d'urine, ce qui, dans ce cas, serait plutôt un signe de la cystite du coL Le canal de riu*ètre sera en même temps examiné avec un grand soin à Tcxtérieur en exerçant une pressiop de haut en bas de la face dorsale à la face inférieure, comme si Ton voulait faire bâiller le méat urinaire. En exerçant cette manœuvrq, 00 sent, dit M. Ricord, une corde plus ou moins tendue, et il est facile, ajoute-(-il, dans le plus grand nombre des cas , de constater sur quel côté du canal sié^e PnlcératîoD. 4Jputon$ enfin que dans les blennorrhagies simples il est rare que les ganglions s'engorgeât, et surtout qu'ils suppurent.
Cependant il n'y a di|ns aucune des circonstances qui précèdent, même lorsqu'elles existent réunies, rien qui puisse caractériser d'une manière certaine une blennorrhagie d'origine vénérienne. L'inoculation pourrait seule, dan» la doctrine de M. Ricord, éclairer le diagnostic ; cependant, même dans le cas de chancres nrétiaax, elle ne donne pas toujours des résultats positifs, soit parce que le chancre est parvenu à l'époque de réparation quand on inocnle , soit quç , coexistant avec une Ueonorrhagie simple qui fournit un écoulement très abondant, celui-ci peut fort bien ne pas être inoculable, tandis que d'autre part le chancre ayant une surlace très peu étendue, ne fournit presque aucune suppuration.
Nous n'avons traité jusqu'à présent que des blennorrhagies urétrales, mais noua avons déjà mentionné plusieurs fois une variété de blennorrhagie assez commun^ et consistant dans l'inflammation du prépuce, du gland ou de ces deux parties à la fois ; elle reconnaît les mêmes causes et elle se contracte de la même manière que la première ; mais si l'on excepte l'ophthalmie, elle ne paraît point s'accompagner dans aucun cas des accidents qui compliquent si souvent l'urétrite. Cette espèce de blennorrhagie , produisant souvent un gonflement considérable du prépuce et du gland, s'accompagne fréquemment de phimosis. Les parties sont souvent excoriées et offrent l'aspect d'une surface dénudée par l'application des cantharides. Cette blennorrhagie bâtarde peut persister vingt, trente et quarante jours ; somme toute pourtant, elle a communément une durée moins longue que la blennorrhagie urétrale. Elle peut, comme celle-ci, être suivie d'accidents constitutionnels.
Pronostic, — La blennorrhagie n'est presque jamais une affection inquiétante; le pronostic n'a de gravité que lorsque la muqueuse oculaire se prend ou lorsque la prostate ou la vessie s'enflamme. Toutes choses égales d'ailleurs , la blennorrhagie virulente est plus grave que la blennorrhagie simple, attendu que celle-ci n'est jamais suivie d'accidents d'infection.
Traitement. — Lorsqu'un individu s'est livré à un coït suspect, il devra s'asireindre aussitôt à un régime doux ; il évitera toute excitation du côté des organes génitaux ; il marchera peu, usera d'une nourriture douce, et ne boira ni vin, ni liqueurs, ni aucune boisson qui, comme la bière, peut par elle-même produire la maladie. M. Ricord conseille aussi à ces individus de ne pas prendre de bains rhauds, car ceux-ci favorisent souvent le développement de l'écoulement
Lorsqu'on est consulté |)ar le malade, dès le début de la blennorrhagie, c'està-dire dans l(*s vingt-quatre ou quarante-huit premières heures , et lorsqu'il n^existe encore qu'un peu de cuisson, de chaleur en urinant et un léger suintement, on s'efforcera de faire avorter la phlegmasic de l'urètre. On a conseillé, (ianh ce iHit, les purgatifs drastiques les p]m violents, comme la coUK^umlQ ; vwrà
leur emploi pouvant amener de graves accidents, il est prudent de s*en abstenir. Les révulsifs cutanés et les anliplilogistiques, que d*autrcs ont préconisés, n*attcignent jamais le but qu*on se propose. Cependant, si la douleur est vive et le malade vigoureux, il sera avantageux de pratiquer une saignée générale, ou de faire une forte application de sangsues au périnée, aux aines ou au pubis (jamais sur la verge), non comme moyen curatif , mais seulement à titre d'adjuvant En même temps on administrera à 1 intérieur une très forte dose de copahu'(30 ou 60 grammes en vingt-quatre heures), ou bien on modifiera directement l'état du canal en injectant une forte solution de nitrate d'ai^ent (10 décigrammes^ ik U grammes pour 32 grammes d^eau). Les deux moyens peuvent être simultanément employés, et ils ont souvent pour effet de tarir les écoulements en trois ou quatre jours. Le traitement abortif réussit surtout dans les écoulements indolents , ou qui ne produisent qu'une faible douleur, tandis qu'il échoue souvent dans les cas contraires, même en ayant recours préalablement ou simultanément aux antipblogistiques. M. le professeur Schutzenberger, dans la Gazette médicale de Strasbourg (18/ii), et M. Del)eney, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales (i8/i3), ont cité beaucoup de faits en faveur du traitement abortif. Le premier préfère les antiblennorrhagiques, le second a recours, à l'exemple de Garmichaêl de Dublin, aux injections de nitrate d'argent. Mais nous pensons, avec M. Serre de Montpellier, que ces dernières conviennent surtout lorsque l'inflammation est à peine naissante ou qu'elle est sur le point de s'éteindre, et qu'il faut s'en abstenir flans les btennorrbagies bien établies. M. Vidal, qui n'est guère partisan de la méthode abortive, ne la croit applicable qu'au début, dès les premières manifestations, c'est-à-dire & une époque où presque jamais le médecin n'est consulté. Nous ajou* terons encore que, si après trois ou quatre jours de l'emploi de cette méthode on ne voit pas une amélioration survenir, il faut y renoncer. On doit , dans tous les cas, procéder avec prudence; car il est avéré que la méthode abortive, surtout parles injections, peut être suivie d'accidents. On sait, par exemple, que M. Venot, chirurgien de Bordeaux, a vu survenir, après leur emploi, des orchiles, des posthites , des abcès urétraux , des bubons , etc. {Annales de la chirurgie française de 18/!ii^), et tout le monde a signalé les rétrécissements urétraux.
Lorsque le médecin est consulté trop tard, ou que le traitement abortif n'a eu aucun résultat ùlile, il faut combattre ou modérer l'état aigu par le repos, les bains généraux et locaux tièdes, une altmenlalion douce, peu abondante, l'usage d'une •boisson mucilagineuse ; on conseillera de porter un suspensoir pour prévenir l'en goi^ement des testicules; enfin, s'il y a de la fièvre, si le sujet est pléthorique, on ouvrira la veine une ou plusieurs fois. Si les douleurs sont vives, s'il existe beaucoup de tuméfaction, si la cliaudepisse est cordée, on ordonnera une forte application de sangsues au périnée, aux aines ou à la racine de la veq;e, mais jamais sur cet organe lui-môme, si l'on veut éviter des gonflements œdémateux , des érysipcles, des ecchymoses et (|ucIquefois la gangrène. Il faut, même après la chute des sangsues, et dans les joui^ qui suivent, garantir les piqûres du contact de la matière de l'écoulement; car, sans cette précaution, on pourrait voir les petites plaies se transformer en ulcères vénériens.
Il est des accidents qui réclament des moyens spéciaux : ainsi on combattra les
érections douloureuses qui tourmentent les malades pendant la nuit par l'emploi
combiné du camphre et de l'opium en lavement (camphre, 3 à 5 décigrammes;
opium, 5 à 10 centigrames) ou en pilules; on a aussi recommandé depuis peu d'an-
néesle îupuYm h )a dose de 1 à 5 grammes à prendre dans la soirée en une ou plusieurs
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fois. L'hémorrbagie du canal, rarement spontanée, survient surtout chez les individus atteints de chaudepisse cordée, et qui, sous prétexte de redresser la verge, de rompre la corde, comme ils le disent, placent Torgane sur un plan horizontal, et frappent dessus à coups de poing. Cette pratique barbare produit souvent des déchirures et une hémorrhagie qui, si elle était abondante, nécessiterait Tapplication autour de la verge, au périnée, sur les cuisses et aux aines, de compresses froides ; en même temps on donnerait des lavcmenls froids et des boissons acidulés; enfin , dans les cas extrêmes, on exercerait une compression sur l'urètre. On ne devra pas hésiter de pratiquer le cathétérisme dans tous les cas de dysurie« Si des abcès urétraux se formaient, on les ouvrirait de bonne heure/
Dès que la période aiguë de la blennorrhagic s'est calmée, il faut diminuer la quantité des boissons et cesser les bahis, qui souvent entretiennent récoulcment^ pais commencer prudemment J'usage desantiblennorrhagiques (copahu et cubèbe). Si leur emploi déterminait une recrudescence des accidents inflammatoires, on les suspendrait pour recourir de nouveau aux antiphlogistiques. De tous les antibleu'norrbagiques, le copahu est le plus efficace; il agit infiniment mieux par la bouche qa*en lavement : on le prescrit à la dose de 5 à 16 gk*ammcs, dans les vingt-quatre heures, liquide, comme dans la potion de Chopart, ou solidifié avec de la magnésie* avec de la conserve de rose, avec du cubèbe, etc. , ou mieux encore on le donne enveloppé dans des capsules gélatineuses (capsules de iMothes) ou de gluten (capsule de Raquin) ; il est alors moins répugnant pour les malades et plus facilement supporté par Testomac. Toutefois ces modes d'administration du, médicament n*ont pas l'avantage, comme on l'a prétendu, de prévenir les renvois du copaiia, qui sont insupportables pour (quelques malades. Le cubèbe est loin d'avoir l'efficacité du copahu ; on le donne , comme celui-ci , en bols , à la dose de 16 à 60 grammes par jour; quelquefois on le porte dans le rectum. L'huile de térébenthine, qu'on a également préconisée, n'occupe pour l'efficacité que le troisième rang. Quand on a coupé l'écoulement, on doit continuer pendant quelque temps l'usage des remèdes, si l'on ne veut pas le voir reparaître tout aussitôt.
Lorsque l'écoulement résiste aux moyens précédents, ou si l'état de l'estomac n'en permet pas l'emploi , on aqra recours aux injections de nitrate d'argent (10 centigrammes pour 2.'>0 grammes d'eau); on les fait cinq ou six fois par jour avec une seringue de verre; on évitera autant que possible de les pousser dans la vessie. On peut également faire usage , à la fin de la bicnnorrhagie , mais avec moins d'avantage, d'injections avec l'acétate de plomb (1 à 2 grammes pour 60 d'eau), avec le sulfate du cuivre (3 décigrammes), l'alun {idem), le tannin (5 dé« cigrammes), le sulfate de zinc {U décigrammes), l'eau vineuse, la liqueur de Van Swiéten, l'iodure de fer (5 centigrammes à 1 gramme), la teinture d'iode (1 à 10 gouttes). M. Vidal préfère de beaucoup les injections astringentes aux injections caustiques. Les injections ne méritent pas les reproches, que beaucoup de personnes leur adressent, de rétrécir l'urètre. Dans la balanite et la postbite, il faut, d'après l'avis de M. Kicord, cautériser les parties malades avec le nitrate d'argent et d*une manière superficielle; puis on les couvre d'un linge fin, et on les lave fréquemment avec .une décoction émoliiente ou avec de Teau satumée. Huuter voulait qu'à la fin des écoulements urétraux gagnés par le coït on administrât les mercuriaux peudantoin certain temps. Nous persistons à croire que cette pratique* qoi est également recommandée par Astruc, par Swédiaur, par Monteggia, par CnUerier et par M. Lagneau , est bonne ; il est donc prudent d'y avoir recours*
Les complications qui surviennent dans Je cours de la blennorr\iag,ie « el c\UA
126 DBS EMPOISONNEMENTS.
nous avons précédemment décrites , réclament des moyens divers. Ainsi, à Turétrorrhagie on oppose le repos et les laissons acidulées. Si Thémorrhagic était considérable, les i^éfrigérants et la compression de la verge seraient spécialement indiqués ; et si TéciDnlement sanguin coexistait avec une violelite urétrite, c*cst avant tout aux antiphlogistiques (saignées générales et locales) qu'on aurait récours. Ces derniers moyens sont d*ailleurs spécialement indiqués contre la plupart des complications de la blennorrhagie. Ainsi l'inflammation de la vessie et celle de la prostate, exigent Tapplication de nombreuses sangsues à Thypogastre ou au périnée, r usage de bains émollients et de cataplasmes fréquemment renouvelés; la saignée générale seiait réclamée, si la fièvre était violente.
Ces mêmes inoyens conviennent lorsqu'il survieùt une orchite. Le repos horizontal est indispensable. L'organe sera maintenu relevé et recouvert de fomentations; des sangsues, au nombre de 15, 20 ou 30, seront appliquées une ou plusieurs fois siir les bourses et sur le trajet du cordon. Les malades serotit niis éii bain, et Ton en prolongera la durée pendant plusieurs heures ; en même temps on prescrira tous les deux ou trois jours un purgatif huileux ou salin. Beaucoup conseillent aussi, dans la période la plus aiguë de la maladie, d'enduire la partie nialdde d'une couche d'onguent napolitain, non comme un spécifique, mais comme moyen résolutif. On a également recommandé les applications stupéfiantes; les uns recommandent de recouvrir Torgane de compresses imbibées de laudanum, d'autres, avec M. le professeur Bouisson, emploient le chloroforme. Des linges imprégnés de ce Uiquide entourent le testicule; puis on les recouvre d'tm taffetas gommé et oU les renouvelle toutes les trois heures. Cette méthode provoque parfois des douleurs assez vives, la peau rougit et il peut même y avoir vésication. L'éther cMorhfdrique chloré n'aurait peut-être pas le même inconvénient.
Dans une communication faite le 2 mai 1856 à l'Académie de médecine, AL Bonnafont a conseillé de traiter les orchites les plus aigulîs en recouvrant i'organè malade d'ude couche de coUodion élastique. Il a expérimenté cette méthode sur *55 malades, il aurait vu un soulagement survenir une demi-heure après ; au bout de vingt-quatre heures l'intumescence serait moindre et la guérisoh serait effectuée en trois ou quatre jours. MM. Yelpeau, Ricord et Robert se sont au contraire prononcés contre cette méthode qui aggraverait parfois les douleurs dont le testicule est le siège. Cette question de thérapeutique est encore à l'étude aujourd'hui
Lorsque les moyens précédemment indiqués ont échoué, lorsque la tension des parties est extrême et que les souffrances sont intenses, M. Vidal n'hésite paâ à débrider le testicule étranglé par son enveloppe fibreuse à l'aide d'un bistouri trèè aigu ou d'une lancette; il fait à la tunique albuginée, dans l'étendue de 1 centimètre 1/2, une ponction qui amène toujours un prompt soulagement. M. Vidal n'a jamais vu d'accidents survenir à la suite de cette opération qu'il a faite déjà plus de quatre cents fois.
Lorsque la tuméfaction et la douleur ont beaucoup diminué, les émissions sanguines cesseront d'être employées, à moins d'une recrudescence dans les accidents ; on commencera alors l'usage des topiques fondants et résolutifs : tels sont, outre l'onguent napolitain, les pommades avec l(À iodures de plomb et de potassium, les emplâtres de ciguë, de Vigo cum mercurio et de savon. Plus tard, ou pourra essayer une compression méthodique avec des bandelettes de diachylon ; mais la compression est difficile à exercer et elle est d'ailleurs in8ut>portable lorsque l'état aigu persiste encore. Dans cette forme de l'orchite, on insistera toujours sur les révulsiis intestinaux; le testicule sera exactement suspendu; les malades