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DU BUBON

bobon ; mais souvent eUes ont eu un effet contraire. La compression leur est préférable ; elle sera faite à l*aide de bandes et de compresses, mais elle ne sera jamais assez forte pour exciter de la douleur. D*autres auteurs vantent les incisions sonscutanées, les sètons et la cautérisation avec le fer rouge, ou avec les caustiques potentieb; maïs ces moyens sont irrationnels au début de la maladie, et presque toujours imi^aissants. M. Malapert, et plus tard M. Raynaud, ont préconisé une méthode moins barbare et plus efficace. Elle consiste à mettre au centre du bubon un vésicatoire de la grandeur d'une pièce d*un ou de deux francs, puis à appliquer sur la sarface du derme dénudé un plumasseau trempé dans une solution de sublimé (1 gramme iO centigrammes pour SO grammes d*eau) : ce plumasseau est laissé deax heures en place, et lorsque Teschare est bien formée, on le remplace par un cataplasme émollient et laudanisé. L*eschare tombée, on réitère la même application si la chose est nécessaire. En général, on ne tarde pas à voir le bubon se résondre ; toutefois M. Ricord n*a pas obtenu par cette métliode les succès que d*autres Ini ont attribués : aussi lui préfère-t-il la compression, dont nous avons déj^ parlé, et les mercnriaux, lorsqu'il n'existe aucune contre-indication à leor emplm. Depuis Swédtaur et Hunter, tont le monde à peu près reconnaît que les friôions foites \ la face interne des cuisses ou au voisinage des parties malades sont le meilleur mode d'administration des thcrcuriaux pour combattre les bubons ingninanx. N. Ricord se loue aussi beaucoup, lorsque les bubons sont indolents et peu Inflammatoires, de l'application sur la tumeur même d'un vésicatoire, qu'il panse deux fois par jour avec 2 grammes d'onguent mercuriel double; il recouvre le font d'un cataplasme de farine de seigle.

Cependant un grand nombre de bubons offrant dès leur début un caractère pUegmonenx, on doit recourir d'abord aux antiphlogistiques; les sangsues, les haîns, les cataplasmes émollients jouent le principal rôle. Il importe beaucoup de mettre les sangsues, non sur la tumeur, mais sur un lieu plus ou moins voisin , sortoat lorsque le bubon est sur le point de se terminer par suppuration ; car, s'il est f imlent, il arrive souvent qu'aussitôt ouvert, le pus s'inocule dans les piqûres des sangsnes, et les transforme en chancres.

Dès que la suppuration est bien établie, quelques personnes essaient à l'aide de la compression à faire résorber le pus ; mais la plupart se bâtent d'évacuer le fluide Borbîde. Les uns ouvrent le foyer largement ; d'autres, à l'exemple de M. Vidal, font avec un bistouri à lame étroite ou bien avec la lancette plusieurs ponctions maintenues béantes par la charpie, ponctions à travers lesquelles le pus s'écoule lentement Dans ces derniers temps, un chirurgien des plus distingués de la luariae. 11. JnlesRoux, a proposé (Archives de 18/!i6) de ponctionner les abcès dont MMS parlons soit avec un trois-qnarts très effilé, soit avec une sonde cannelée ter- ■rinéeen fer de lance; puis, après avoir vidé le foyer, d'injecter dans son intérieur ■•e solution iodée (eau distillée, 60 grammes ; teinture d'iode , 30 grammes). H. Roax affirme que non-seulement sa méthode n'entraîne aucun accident, mais ^'il modifie par elle l'inflammation de telle sorte, qu'en quatorze jours il obtient la cfcatrisatioa des parties. Ces résultats méritent d*ètre pris en considération. Il y a beaucoup de médecins qui, pour l'ouverture des bubons suppures, donnent la préttreace anx canstiqnes: les uns emploient la potasse ou la poudre de Vienne ; îl'iatrcs, en pins grand nombre, préfèrent la cautérisation avec de petits cautères et kr rovgis à blanc MM. Malapert et Raynand ont aussi préconisé leur méthode pnr laquelle ib affirment pouvoir produire la résorption du pus ou son issue par nne sorte et transpiratiou.

136 DES EMPOISOiNNEULNTS.

M. Ricord couseiiie, lorsqu'on soupçonne la nalure virulente du bubon, de rinciser ou de ponctionner plus tôt que plus tard. Si le foyer est peu étendu, une ponction suffît ; s*il est grand, et si la peau est épaisse, plusieurs ponctions peu^ vent être nécessaires ; mais s*ii y a décollement de la peau, si celte membrane est amincie, il peut être utile de la détruire avec le caustique de Vienne. On pourra avoir alors une cicatrice moins irrégulière que si Ton avait abandonné les ulcérations à elles-mêmes.

Le bubon induré et indolent devra surtout être traité par les vésicatoires et les mercuriaux çn pilules, en frictions, en emplâtres, moyen qa*on remplace plus tard par la compression. M. Raynaud donne même la préférence à celle-ci ; à Texemple du docteur Ilenrotay, d* Anvers, il Texerce avec des briques chaudes, c'est-à-dire avec des briques chauffées jusqu'au point où les malades puissent les supporter. On les entoure d'une compresse, on les maintient avec un bandage approprié , et on les renouvelle au bout de quelques heures, car on a reconnu que la chaleur était une condition très importante pour la réussite.

Dans cette variété du bubon, qui pour M. Ricord est syroptomatique du chancre induré et constitue un accident constitutionnel, le traitement local sera peu utile, à moins de quelque complication, le traitement mercurlel général étant la condition unique de leur guérison.

Il est pourtant de ces engorgements ganglionnaires qui résistent à tous les trai* teraents rationnels qu'on emploie contre eux ; il faut alors rechercher s'ils ne sont pas entretenus par une diathèse, spécialement par la diathèse scrofnleuse; lors* qu'il en est ainsi, on emploie les pommades iodées sur la tumeur, et à l'intérieur les amers, les toniques, et un régime approprié. Ceux qui sont réfractaires à tous les moyens fondants, résolutifs, doivent être enlevés avec l'instrument tranchant , ou détruits avec les caustiques, notamment avec la pâte de Vienne : cependant on n'emploiera ces moyens que dans les cas extrêmes, en raison des cicatrices vicieuses qui en sont le résultat. Il faudra, avant d'y recourir, essayer le traitement vanté dans les cas pareils par M. Baumes: il consiste dans l'emploi de pilules de calomd et de poudre de ciguë (de chaque 2 grammes avec savon médicinal ; faire 36 pilules, qu'on donne de 3 à 12 par jour), aidées des frictions et emplâtres fondants.

Je n'ai pas parlé du développement des chancres à la surface des bubons , car le traitement que nous avons conseillé pour les chancres primitifs leur est applicable.

De la syphilii eonititationaelle (Inet veaerea ).

Le virus syphilitique absorbé^ porté dans le torrent circulatoire, et retenu dans l'économie, peut, au bout d'un temps plus ou moins long d'incubation, déterminer différents accidents désignés sous les noms génériques de syphilis consécutive^ de vérole confirmée ^ ou mieux encore , de syphilis constitutionnelle. Ces accidents très nombreux se remarquent surtout du côté de la peau et de quelques membranes muqueuses, sur lesquelles se dévelop))ent des éruptions diverses, des ulcérations et des végétations; du côté du tissu cellulaire, dans lequel naissent des abcès multiples; du côté des tissus fibreux, qui se gonflent et suppurent; du côté du tissu osseux, qui devient le siège de douleurs particulières, d'exostoses, de carie et de nécrose. Enfin, il est des organes vers lesquels le virus syphilitique se porte d'une manière spéciale : ce sont surtout les amygdales qui se tuméfient et s'ulcèrent ; le testicule qui se gonfle et durcit, l'iris enfin qui s'enflamme. Il paraît certain aussi que le virus syphilitique parfois détermine des altérations graves ^ur plusieurs or-

DK LA SYPHILIS CONSriTUTIONiNtLLC. 137

guies importants, comme les poumons et le foie ; on a prétendu également que le firos pcavait altérer l'estomac, les reins, le cerveau, les vaisseaux, et le cœur luimême. Ainsi, 00 a rapporté à cette cause certaines végétations Gbrineuses des valvules cardiaques. Ces productions, il est vrai, ont tout à fait Taspect de tumeurs qoe la syphilis produit sur les parties génitales et à la marge de l'anus; mais il n'y a entre ces lésions et les végétations cardiaques qu'une re^emblance grossière.

Les lésions qoe la syphilis peut produire vers quelques viscères, exagérées par les anciens , ont été définies et décrites par quelques contemporains, et c'est presque exclusÎTement chez les enfants nouveau-nés qu'elles ont été constatées. Ainsi M. le professeur Dubois a produit, dans la Gazette médicale de 1 85(Jl, quelques faits semblant établir que l'infection vénérienne chez le fœtus pourrait être révélée par des abcès multiples du thymus. M. Depaul a présenté la même année , à l'Académie de médecine, un travail pour démontrer que la syphilis pouvait avoir chez les nouveau-nés sa principale ou son unique expression dans les poumons qui offraient alors tantôt des noyaux d'induration et tantôt des abcès disséminés. Enfin, M. Gubler a découvert dans le foie une altération analogue sur laquelle je donnerai plus tard quelques détails.

Ces faits sont intéressants et doivent fixer l'attention des médecins, mais ou n'est pas encore bien fixé sur les désordres que le virus vénérien peut produire dans les viscères; c'est là un beau sujet d'étude à poursuivre. 11 est très contestable pour nous que le virus syphilitique puisse, ainsi qu'on l'a prétendu, jamais manifester ses effets par des troubles seulement fonctionnels graves sans altération appréciable des tissus : tels siéraient l'amaigrissement , la débilité et la fièvre hectique Pour nous, ces accidents ne surviennent guère que chez des individus qui portent des lésions graves des solides, notamment des ulcères et des caries, qui entretiennent des suppurations al)ondantes et qui les épuisent. Ces causes d'affaiblissement, unies souvent à la longueur d'un traitement mercuriel, finissent par produire un état cachectique {cachexie syphilitique)^ c'est-à-dire l'amaigrissement, la décoloration, les ecchymoses, TinGltration des membres, l'affaissement moral, accidents qui, réunis à des altérations étendues, à des déformations d'organes, ou à des mutilations, donnent à ces individus un aspect hideux, repoussant.

Pour que la syphilis constitutionnelle se déclare, il faulquH y ait eu absorption do virus vénérien. D'après M. Ricord, cette absorption ne pourrait avoir lieu qu'à la surface d'une ulcération : aussi admet-il que le chancre est l'antécédent nécessaire, obligé, de la syphilis constitutionnelle. Un grand nombre d'auteurs, tant anciens que modernes, se sont inscrits contre l'opinion exclusive de M. Ricord. Nous avons dit, en effet, précédemment, que d'après des témoignages, qu'il est difficile de suspecter, la blennorrhagie urétrale ou préputiale, non compliquée de chancres, pouvait être suivie d'infection ; nous avons parlé aussi des bubons d'emblée admis par un grand nombre ; enfin on a même prétendu que le pus vénérien pouvait pénétrer dans la constitution et l'infecter sans produire aucun effet primitif. On rencontre, en effet, assez fréquemment dans la pratique des adultes atteints de syphilis constitutionnelles sans qu'ils paraissent avoir jamais eu d'accidents de syphilis primitive. Ne doit-on pas ajouter fui au témoignage des malades, lorsque ce sont des individus soigneux, habitués à observer, et qu'un soupçon de mensonge ou de dissimulation ne saurait même atteindre? M. Ricord n'a aucun égard pour ces preuves morales; il nie donc résolument la vérole d'emblée comme il nie le bubon d emblée, et il croit que dans tous ces faits qu'on invoque contre sa doctrine, il \ a eu nécessairement un chancre comme a/)témlent; mais l'ulcérallon, occupauV.

parfois des places très insolites, a dû, suivant lui, passer inaperçue des noalades. Il faut, en eiïet, reconnaître que le chancre existe souvent ailleurs qu'aux parties sexuelles; la marge de Tanus, rintérieur du rectum , la bouche , le pharynx , le mamelon, Tombilic, les paupières, les joues, les doigts, etc., etc., peuvent en être le siège. Ce n*estdonc pas à la légère qu*on devra croire à une infection d'emblée. Cependant est-on suffisamment fondé à en contester tout à fait la possibilité? Nous n'oserions être ausçi affirmatif , surtout en présence de l'imposante autorité de Hunter. Mais en supposant que ces faits soient réels, il importe de redire encore qu'ils sont extrêmement rares, et, comme le dit Hunter, pour un sujet ((ul contracte rinfection générale sans jamais avoir d'accidents primitifs, il y en aura Cent qui la contracteront après une gonorrhée ; et pour un qui se trouverait dans ce dernier cas, il y en aurait cent qui auraient un chancre comme antécédent.

Plusieurs chancres déterminent-ils plus sûrement la vérole qu\in seul ? La raison le dit, quelques autorités le confirment Cependant M. Ricord avance que l'infection constitutionnelle n'est pas en raison du nombre, de l'étendue, du siège et de la durée absolue du chancre, mais seulement en raison des caractères de l'ulcération : le chancre induré serait, en eiïet, le seul qui serait suivi d'infection.

Tous les individus ayant yn chancre n'étant pas fatalement atteints d'accidents constitutionnels , on s'est demandé si cette différence tenait à une idiosyticrasfe spéciale, à quelque influence individuelle ou extérieure, ou à une différence radicale de virus. Al. Bassereau s'est prononcé pour cette dernière opinion (i) : il croit à l'existence de deux virus distincts, l'un toiijours local, l'autre facilement diflosible; le premier correspondrait au chancre simple, l'antre produirait le chancre induré. M. Bassereau retad cette opinion quelque peu vraisemblable par un exposé historique des plus complets. Il établit que de toute antiquité on a connu et décrit les chancres simples, tandis que les chancres suivis d'accidents constitutionneb n'ont apparu que vers l/!i9^. Ces deux chancres d'abord distingués par les médecins du XY* siècle furent plus tard confondus, et ils le sont aujourd'hui comme expression d'une infection identique. Quelque nombreuses que soient les preuves accumulées par M. Bassereau, nous ne saurions encore admettre la réalité de deux virus ; car si M. Bassereau n'a jamais vu le chancre simple infecter consécutivement l'individu qui le porte et ceux auxquels il l'si transmis, beaucoup de médecins ont vu le contraire. Nous croyons donc que l'immunité dont certains sujets jouissent peut dépendre d'une foule de circonstances accidentelles qui sur l'individu peuvent s'opposer à la diffusion du virus syphilitique, comme on les voit d'ailleurs mettre obstacle aux autres intoxications virulentes.

On a beaucoup discuté pour savoir par quelle voie le virus syphilitique pénétrait dans Téconomie , et de quelle manière il influençait celle-ci avant de déterminer les accidents consécutifs. On a fait à ce sujet beaucoup d'hypothèses qu'il est inutile de rappeler et de combattre. Nous dirons seulement que le virus, probablement absorbé par les veines et surtout par les lymphatiques, se mêle ensuite au sang , l'altère d'une manière inconnue, et le rend apte à produire successivement ou simultanément sur plusieurs organes des accidents différents par leur fbrme, mais d'une nature identique : c'est ce qui constitue la diathèse syphilitique. Nul doute alors que le principe toxique ne puisse être éliminé par quelque émonctoire ; c'est ce qui explique pourquoi tous les individus atteints de chancre, et mal traités, ne sont pas atteints plus tard de syphilis constitutionnelle. Cependant, dans la plupart des cas, celle-ci se manifeste sur un ou plusieurs points du corps. Il est probable

/J) Affecùoos de la peau s^mptomatiques de la sjrpbilis.

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