DE LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE
alors que des causes accidentelles ont excité la diathcse à se révéler par quelque signe: c'est ainsi qu'on voit parfois des accidents syphiiiliques se déclarer à la suite d*une maladie aiguë , de fatigues excessives et d'un trouble quelconque survenu dans la constitution, nubien encore lorsque les conditions hygiéniques ont changé brusquement ; ainsi be^rucoup de véroles se manifestent chez des personnes qui quittent des climats chauds pour venir habiter des pays humides et froids etthex celles qui tombent dans l'indigence ou qui éprouvent des chagrins. D'autres foif un mouvement fluxionnaire, qui s'établit spontanément sur un organe ou un tissu, appelle la diathèse à se inanifester sur ce point. Combien de fois, en effet, n'a-t-^li pas tu un coryza ulcéreux succéder à un coryza simple; une entorse, un coup, faire naître des périostoses, des exostoses, dès caries vénériendes, etc. !
Nos organes, nos tissus sont d'ailleurs très inégalement atteints de syphilis constitutionnelle : c'est ce dont on ne peut se remdre compte par aucune particularité d'organisation ; mais Hunter l'explique par l'influence du froid. Ce grand chirurgien a remarqué, en effet, que les parties qui contractaient le plus facilement et le plus prompiement l'action vénérienne étaient celles qui étaient le plus rapprochées du contact de l'air extérieur : c'est ainsi qu'il expliqîie pourquoi la peau, les amygdales, le pharynx, le nez, la bouche, sont plus souvent affectés de syphilis que les parties profondes, comme le périoste et les os. La manière dont celles-ci se prennent l leur tour vient confirmer la justesse de l'opinion de Hunter : ainsi l'action morbide s'exerce d'abord sur les os les plus superficiels, tels sont les os crâniens, sur ceux du nez , sur la clavicule , le cubitus, etc. Ces diverses parties ne se montrent même pas affectées dans tous leurs points h la même époque, mais elles le sont d'abord sur ceux qui sont les plus voisins de la surface extérieure , et sur lesqueb l'application du froid à la peau exerce l'influence sympathique la plus puissante. Cependant l'explication que donne Hunter pour se rendre compte de la fréquence des symptômes vénériens dans les parties superficielles n'a peut-être pas toute l'importance qu'il lui attribuait ; car l'enfant qui est infecté dans le sein maternel , par conséquent dans des circonstances telles qu'il est à Tabri de toute influence extérieure , éprouve surtout des accidents du côté de la peau , parfois aussi du côté des membranes muqueuses, comme chez l'adulte : ce qui ix)rterait à penser qu'il y a dans ces tissus une prédisposition particulière à être influencés par le virus, indé- (lendamment des circonstances extérieures. C'est en raison de cette inégalité dans |a susceptibilité de nos tissus à être atteints par la syphilis constitutionnelle que J. Hunter a admis deux périodes dans la maladie : dans la première, la vérole occupe les parties superficielles (peau et muqueuses), ce sont à proprement parler les accidents secondaires ; dans la seconde période , phis compliquée et plus grave, l'affection s'étend aux parties profondes , aux os, aux tissus cellulaire et fibreux, etc. Ces derniers accidents sont nommés tertiaires par M. Ricord, parce qu'ils apparaissent , presque toujours , longtemps après un symptôme primitif (chancre, blennorrhagie, etc.), et postérieurement aussi à la manifestation des accidents secondaires, qui ont pour siège la peau, les muqueuses et leurs annexes.
M. Ricord a déterminé avec une rare précision suivant quel ordre apparaissaient les divers symptômes caractérisant la syphilis constitutionnelle ; c'est aussi ce que nous allons exposer d'après ses travaux.
Vn des premiers effets de la diathèse serait cette altération du sang qu'on observe dans la chloro-anémie, c'est-à-dire une diminution plus ou moins consW'raVAo &» 'f^loboles. Souvent ou observe en même temps divers accidents plus ou uioim Vii-
i/lO . DES EUPQiSONNËMËNTS.
solitcs, coiimic troubles de la vue, douleurs névralgiques de la (élc, douleurs rhuQiaioIdes des membres s'exasi)éraul la nuii, irrégulières dans leur siège et leur intensité ; ailleurs, c*est uue simple courbature.
Une manifestation fréquente, presque caractéristique de cette période, ce sont des engorgements ganglionnaires ayant comme siège de prédilection la région cervicale postérieure et cervico-céphalique ; il est beaucoup plus rare, dit M. Rîcord, qu*on en trouve autre part. Ces engorgements sont indolores, ils n'acquièrent jamais un grand volume , ils ne suppurent pas, ou s'ils abcèdent , le pus n*est jamais inoculable.
On regarde généralement l'alopécie on la chute des cheveux comme un symptôme de syphilis ancienne ; il n'en est rien pour M. Ricord, qui considère par contre cet accident comme un des symptômes les plus précoces de l'infection.
Bientôt pourtant la peau et les muqueuses sont affectées. Elles le sont d'abord très superficiellement. Pour la première ce sont des éruptions exanthémateuses, pour les secondes ce sont des altérations de couleur, un état papuleux ; puis des plaques muqueuses. Cependant, à mesure que la vérole vieillit, les lésions deviennent plus profondes, la peau et les muqueuses s'ulcèrent, et le tissu cellulaire est envahi; puis enfin le périoste, les os, et les muscles sont frappés.
Les accidents de syphilis constitutionnelle sont-ils contagieux? Cette question a beaucoup divisé les médecins depuis Hunter. Ce dernier a contesté la transmission des accidents secondaires, et de nos jours , M« Ricord et son école, professent la même opinion. Mais il y a évidemment ici erreur d'observation. M. Vidal, dans son excellent livre , a cité des faits recueillis par lui et par d'autres , par MM. Cazenave, de Castelnau, Richet, Bouley, où l'on voit le pus d'accidents secondaires (ecthyma; ulcérations) inoculé, donner lieu à des accidents caractéristiques. Ces faits sont, il est vrai , peu nombreux ; ils prouvent par conséquent que les accidents secondaires sont incomparablement moins transmissibles que les accidents primitifs; mais qu'importe, ils le sont dans certaines circonstances, ils le sont à un certain degré.
On admet communément que la période d'incubation, c'est-à-dire que le temps qui s'écoule entre les symptômes primitifs et la manifestation des accidents consécutifs est très variable; elle pourrait n'être que de quelques semaines, et souvent alors les signes d'infection se déclarent avant la guérison des accidents prinrîtifs. Le plus souvent pourtant il y aurait un intervalle de plusieurs mois ou de plusieurs années. On a même dit qu'il pouvait s'écouler dix , vingt et trente ans entre l'accident primitif et la manifestation secondaire. M. Ricord ne croit pas à ces faits quasi merveilleux ; il pense qu'on attribue alors à une blennorrhagie ou à une ulcération d[uiie époque lointaine des accidents qui résultent d'une infection récente, et dont le point de départ a été ou méconnu ou dissimulé ; il établit comme axiome, comme une loi fatale sans exception aucune , qu'avec un chancre induré abandonné à lui-même, il ne se passe jamais six mois sans qu'il survienne des manifestations de r intoxication syphilitique. Six mois seraient même le terme extrême, car le plus souvent ce serait du quatrième au sixième septénaire, et souvent du deuxième au troisième mois que les accidents secondaires se déclareraient Sa proposition nous parait être beaucoup trop absolue.
Dans les cas surtout où l'incubation a été très longue, on s'est demandé ce qu'était devenu le virus syphilitique et dans quel point du corps il s'était logé ; mais ce sont là des questions oiseuses qui ne doivent pas nous arrêter. Il est bien cùrïs^n que le virus re^tc alors dans le sang : c'est ce qui explique pourquoi la
DE LA SYPHrLIS CONSTITLTIONNF.IJJ!. \f\i
femme qui conçoit pendant llncubation peut transmeltre la syphilis coiistilutionnelle ^ Tenfant. On a pensé également qu*un homme ainsi infecté pouvait, sans rien transmettre à sa femme , procréer liii fœtus vérole par suite d'une sorte d1n~ toxication qne le sperme aurait subie. Ce fait, à la possibilité duquel Hunter ne croyait pas, est malheureusement très réel ; M. Cazenave, entre autres, en a rapporté plusieurs exemples. On a même cru que le fœtus ainsi vérole par le père, poQTait infecter consécutivement sa mère. Mais c'est 15 un point de doctrine qu'on n'a encore nullement établi sur des faits incontestables.
Syphilis des nouveau-nés, — Le fœtus étant infecté , on voit tantôt l'action vénérienne s'exercera une époque plus ou moins éloignée de la conception. Souvent le fœtus succombe dès les premiers mois, puis il est expulsé. L'avortement est en effet une des conséquences les plus ordinaires de l'infection vénérienne. Si l'enfant arrive à terme, il peut naître affaibli , amaigri et avec des accidents manifestes de syphilis ; presque toujours , pourtant , ce n'est qu'après un mois que les accidents se révèlent, il y en a môme chez lesquels les manifestations tardent jusqu'après le troisième mois. On a supposé que la syphilis )X)uvait rester des années entières à l'état latent et ne se révéler même que dans l'âge adulte, mais rien n'autorise à adopter une doctrine si contraire à ce que la science sait sur révolution des virus.
Sauf les cas très rares ou le fœtus s'infecte au passage, ou bien lorsque l'enfant gagne la syphilis après sa naissance, on peut dire que le chancre et les bubons sont des manifestations syphilitiques presque inconnues dans le jeune âge. La peau est le siège le plus ordinaire des accidents syphilitfques , ce sont surtout des plaques muqueuses sur la peau des bourses , de l'anus , des cuisses, ou sur les membranes buccales et sur celles des organes génitaux. Souvent aussi ce sont des pustules d'impétigo ou d'ecthyma ou des bulles de pemphygus, siégeant à peu près exclusivement à la plante des pieds ou à la paume des mains , accident signalé par M. Paul Dubois , et que les enfants apportent communément tout formé dès leur naissance ; cependant beaucoup contestent encore l'origine syphilitique de cette affection de la peau.
La S3rphilis chez le nouveau-né se traduit encore quelquefois par un coryza opiniâtre caractérisé par un écoulement saiiieux, par des gerçures, des pustules et des croûtes qui occupent l'intérieur du nez, les narines et envahissent souvent les lèvres et les ailes du nez. Il est presque sans exemple que la syphilis affecte, chez le nouveau-né, les systèmes osseux, fibreux et musculaire; mais contrairement aussi à ce qn*on voit chez fadulte, la syphilis produit du côté de quelques viscères des lésions que les observateurs contemporains ont parfaitement étudiées. Ainsi .11. Paul Dubois a rattaché à l'infection vénérienne la suppuration du thymus (1), M. Depaul à décrit comme ayant la même origine dans les poumons, des indurations plus ou moins nombreuses et jaunâtres, se ramollissant plus tard et formant de petits foyers purulents; c'est une sorte de pneumonie lobulatoire (2). Enfin, M. Gubler a décrit dans le foie d'un grand nombre d'enfants atteints de syphilis héréditaire, une lésion fort curieuse ; l'organe est augmenté de volume, il est globuleux, dur, il crie sous le scalpel, on ne distingue plus les deux substances, et en le comprimant , an lieu d'en exprimer du sang on ne fait suinter qu'une sérosité jaunâtre. C'est un tissu fibro-plastique développé dans le foie, comprimant les cellules hépatiques, les vaisseaux de l'organe, et empêchant ainsi la sécrétion de la
(i) Cazttte mMkaU, %vntti850. '^{S) Même reeveil, année 4851.
bile qu*on trouve dans la vésicule de ces sujets, fluide et incolore (i). M, Gubler fait de cette induration un accident tertiaire analogue au sarcocèle syphilitique ou aux tumeurs sous-culanées, nommées gommes.
De toutes les aiïections viscérales que nous venons d*indiquer, la lésion du foie est la seule qu'on puisse diagnostiquer pendant la vie, cependant les signes eu sont peu tranchés; ce qui ajoute encore à la difficulté, c*est qu'ils ne précèdent que de peu de jours la terminaison fatale. Quoi qu'il en soit, c'est la palpation qui, en faisant connaître l'intumescence et l'induratipn du foie, mettra sur la voie pour instituer une thérapeutique rationnelle.
Enfin, pour terminer la nomenclature des lésions viscérales que la syphilis peut produire chez le non veau -né, disons que M. Simpson a signalé la péritonite comme une des expressions de la diathëse syphilitique (2), mais cette opinion n'est nullettient établie. D'ailleurs, parmi toutes les lésions que nods venons d'étudier, aucune n*est peut-être pathognomonique, il y a des présomptions que les abcès du thymus et du poumon, que les indurations du foie sont de nature vénérienne, mais là démonstration à cet égard n'est pas encore tout à fait complète.
D'après ce qui précède, on voit que la syphilis constitutionnelle est héréditairement transmissible au fœtus. Mais après sa naissance peut-elle jamais être communiquée par l'enfant à la manière des accidents primitifs, c'est-à-dire par le contact ou par l'inoculation ? Cet enfant né vémlé peut-il , par exemple, infecter sa notirrice ? peut-il infecter un enfant avec lequel on le couche ou qu'on met en contact avec lui d'une manière quelconque ? Cette grave question a été diversement résolue. Jusqu'à Hunter ou a cru à la transmission de la vérole héréditaire; mais cet auteur, ayant cm à la non-contagion des accidents secondaires, ne fait aucune exception pour ceux qui étaient contractés par la voie d'hérédité. M. Ilicord a pensé de même. Cependant nous verrons plus tard que la contagion des pustules plates est un fait aujourd'hui parfaitement établi. Rappelons aussi que M. Vidal a cité dans son excellent livre des observations recueillies par lui-même et par d'autres médecins, notamment par M^f Cazenave, Richet, Bouley, où du pus fourni par des symptômes secondaires (ulcérations, ecthyma,) a reproduit des accidents caractéristiques. Ainsi donc, la vérole constitutionnelle est inoculable, mais elle Test à un degré infiniment moindre que les accidents primitifs.
Cette question de la transmission des accidents secondaires de l'enfant à la nourrice , ou de celle-ci à son nourrisson , a été étudiée dans ces derniers temps par M. le docteur Cullerier (3). Ce médecin distingué a conclu à l'immunité complète des symptômes secondaires entre les nourrices et les enfants, et il pense que l'opinion commune qui a si longtemps prévalu est fondée sur un défaut d'observation. Mais les quelques faits négatifs , recueillis par M. Cullerier , ne sauraient infirmer les cas de transmission parfaitement authentiques. On a vu nombre de fois des enfants héréditairement infectés d'accidents secondaires , transmettre la syphilis à la nourrice, à des enfants dqnt ils partageaient les jeux ou le lit, à des domestiques qui leur donnaient des soins. M. Diday a récemment epcore, dans son Iraité de la syphilis du nouvequ-né, réuni de nombreux témoignages en faveur de cette contagion qui me parait incontestable.
La plupart des humeurs naturelles et morbides d'un sujet vérole, comme le pus, la salive, les sueurs, la bile, ne peuvent contaminer les tissus sur lesquels on
(i) Gazette médicale ^ année 1852. — (2) Edinburgh medi and surg. Journal y n<> 137. — p) Bulletin de C Académie de médecine, L XVI, p. 165.
DE U SYPHIUS CONSTITUTIONNELLE. \ko
les dépose; leur inoculation ne donne égalcinoni que des résultats négatifs. On a établi dps exceptions pour le sang, pour le sperme et le lait. Ainsi Waller posséderait deiix cas de contagion par le sang (1). On cite d*autre part des nourrices qui , étant infectées , mais sans phénomènes extérieurs, ont transmis néanmoins la lérole à leur nourrisson. Tous ces faits n'ont pas la rigueur qui permette de les accepter sans contestation. U n*en est pas de même pour ce qui concerne le sperme ; ainsi nous avons tout à Theure parlé de ces pères qui ont eu jadis la syphilis, et qui, guéris en apparence, ont néanmoins procréé des enfants qui naissent véroles. Il semblerait d j^riori qu*un iiidividu qui est affecté de syphilis constitutionnelle ne pât pas être atteint localement par des accidents primitifs ; mais ce serait là une erreur, car des faits nombreux démontrent, au contraire, qu*un homme atteint de syphilis consécutive est apte à contracter une blennorrhagic ou des chancres, et que Tinoculation a chez lui les mêmes résultats que chez les sujets bien portants. Il est également remarquable que TafTcction récente suit, chez ces individus,^ sa marche accoutumée, et que les accidents consécutifs en sont rarement aggravés.
Disons en terminant que, d'après MM. Ricard et Diday, on ne serait apte qu'une seule fois à contracter la syphilis constitutionnelle. Par conséquent , lorsque, guéri de celle-ci , on vient de nouveau à contracter un accident primitif, i|n chancre, celui-ci resterait local, ne sMndurerait point et n'infecterait jamais Tindividu. C'est à ^observation de vérifier une proiX)sition que peu de personnes admettent encore aujourd'hui.
Traitement, — La syphilis constitutionnelle peut guérir spontanément; toutefois la chose est assez rare, et Ton peut établir en règle générale que les accidents qui la caractérisent se perpétuent indéfiniment et s'aggravent sans cesse, si l'on ne les combat par des moyens appropriés. Le traitement antisyphilitique doit être commencé le plus tôt possible ; car, en le retardant, on diminue les chances de guérison ; il faut pourtant , avant de l'ordonner, que l'individu ne soit atteint d*ancane' maladie aiguë ou chronique, que le traitement spécifique aggraverait. L'état de grossesse, même avancée, loin d'être un obstacle, exige au contraire plus de promptitude ; car il ne faut pas oublier que, plus on tarde, plus il y a de chances pour que le fœtus soit infecté; il en résulte souvent dussi, comme nous l'avons dit, des avortements ou des accouchements prématurés.
A part quelques rêveurs dont le nom ne saurait faire autorité, tout le monde reconnaît que le mercure a une grande eQicacité contre les accidents syphilitiques constitutionnels. On peut mêitie affirmer que, parmi les médicaments vantés contre la vérole, te mercure est, avec l'iodure de potassium, presque le seul qui soit vraiment ip^t/f^. C'est donc lui qu'on devra employer dans tous les cas de syphilis, en observant pourtant certaines règles pour son administration. Ainsi, autant que possible, on devra donner le mercure à l'intérieur, et l'on adoptera les préparations qui sont le plus solubles. Lorsque l'état des voies digestives s'oppose à ce que le médicament soit donné par la bouche, on l'introduit dans l'économie par là peau. On se sert alors de l'onguent mcrcuriel double en frictions sur les membres. iMaîs cette méthode incommode et sale a en outre le grave inconvénient d'exciter plus qu'aucune autre la salivation. Quelle que soit la préparation qu'on choisisse, et de quelque manière qu'on l'introduise dans l'économie, il fauttoujourscommcncer par de faibles doses; car il est reconnu que de fortes doses agissent peu sur îc virus, et beaucoup plus sur la constitution, qu'elles altèrent. Après avoir ttUé la susceptibi-
(1) ÀnmâUM dêê malaiNw é$ la peau êi dé U êypkiiù^ U IIL
it\l\ DES KMPÔISONiNEMEiNtS.
Iké du sujet h raction du mercure, on augmentera la dose ; celte augmentatloo ne doit guère se faire que tous les sept ou huit jours ; il faut même, lorsque les accidents s'amendent, s'arrêtera la dose qui les a diminués et ne donner une plus grande quantité de remède qu'autant que la maladie reste stationnaire. Si le mercure produit la salivation, il faut aussitôt le suspendre et n'en reprendre Temploi qu'après la cessation complète de cet accident: souvent alors, pour prévenir le m^me inconvénient, il pourra être utile de modifier le mode d'administration du mercure ou d'adopter une autre préparation. Il est à remarquer que chez quelques individus la constitution s'habitue à l'action du remède : celui-ci alors n'agit plus sur les accidents, qui restent stationnaires, bien qu'on augmente la dose du mercure. Il faut, en pareil cas, suspendre le médicament pour en reprendre plus tard l'emploi , ou mieux encore changer de préparation , remplacer, par exemple, le sublimé par l'iodure ou par le mercure soluble d*Hahnemann, etc.
Si aucune préparation mercurielle ne peut modifier la marche des accidents, il faut tenter l'emploi de quelque autre médicament. Ainsi l'on a vanté l'hydrochlorate d'or et de soud^, qu'on administre surtout en frictions sur la langue, sur les gencives et à la face interne des joues, en commençant par une petite dose, comme 3 i 6 milligrammes, mêlé à une quantité double de poudre inerte ; on augmente progressivement jusqu'à 6, Sou lU milligtammes. Ce remède, prôné parChrestlen, n*a pourtant qu'une efficacité très douteuse; il en est de même des sels d'argent et de platine, qui ont été beaucoup préconisés par M. le professeur Serre, de Montpellier (1).
Des faits nombreux , recueillis par une foule de médecins, ont prouvé que l'iodure de potassium était le meilleur succédané du mercure, pourvu qu'on le donne non contre les accidents primitifs ou secondaires, mais exclusivement contre ceux qui sont tertiaires, c'est-à-dire lorsque le virus atteint les tissus osseux, fibreux et cellulaire. On donne ce médicament à la dose de 50 centigrammes dans une potion qui est prise en trois fois (eau distillée, 9U grammes; iodure de potassium, 50 centigrammes; sirop de pavot, 30 grammes) ; on augmente de 50 centigrammes tous les dix jours, jusqu'à ce qu'on ait atteint 50 décigrammes, dose qu'on doit rarement dépasser. En effet, on ne tarde pas à voir apparaître des signes de saturation, qui se révèlent par des signes de subinflammation de quelques muqueuses, par un coryza incommode, par un boursouflement et une rougeur de la muqueuse oculaire, par de la sécheresse et de l'ardeur à la gorge, par tin ptyalisme plus ou moins abondant, sans altération appréciable pourtant de la muqueuse buccale. M» Ricord conseille de combiner le mercure et l'iodure de potassium, de faire un traitement mixte toutes les fois qu'il y a des accidents secondaires tardifs contre lesquels le mercure est souverain, et alors qu'il eipste en même temps des accidents tertiaires.
' Lorsque le mercure et l'iodure échouent ou lorsqu'ils ne peuvent être administrés, on ne doit espérer quelques bons efl'ets que de l'emploi d'une boisson sudorifique, comme une infusion de salsepareille ou une forte décoction de gaïac, de squine, de sassafras, sucrée avec le sirop de Cuisinier ; on peut également conseiller le rob de Laffecteur, les tisanes de Feltz et de Polliui, qui ont souvent opéré des merveilles dans quelques syphilis invétérées.
(4) On a souvent remarqué, en commençant Tadministralion des préparations d*or, que les accidents sypliilitiques s^agi^ravaient, et qu*il en paraissait même de nouveaux. Ces pliénomènes ne doivent nuHemenl inquiéter , car, peu de jours après leur manifestation, on voit, dit-oa, la maladie suivre une marche rapidement rétrograde.