PROPHYLAXIE DK LA SYPHILIS
moyens ooovieanent dans les éiostoses. Si ]a tarie e( la oécrose suivieuoeot ; il iaut se comporter comme lorsque ces lésions sout produites par d'autres causes^r On devra toujours se hâter d'extraire les séquestres. Les iodures de fer et de po^ tassinm sont spécialement indiqués contre les accidents syphilitiques du système QMeui.
VropkyUisi» de la fypfailis.
Si roo réfléchit anx désordres qne la syphilis produit, on reconnaîtra que celui qui titMiTeraU un préservatif certain contre cette^aladic aurait, certainemeut, au<^ tant de droit à h reconnaissance des hommes que Jeuuer pour avoir trouvé la faccine. Il est à souhaiter que quelque homme honnête se dévoue désormais k cette œafre glorieuse } car les temps ne sont plus où une morale rétrograde et des préjugés religieux faisaient regarder la vérole comme un juste châtiment du libertinage, ou comme étant immoral et contraire aux vues de la Providence de s'occUr per des moyens propres à prévenir la contagion.
On pourrait presque éteindre la syphilis si les sujets infectés avaient assez de prudence ou de sentiuKnt d'honneur pour s'abstenir de tout rapport sexuel jiisqn*à leur entière guérisona mais malheureusement il n'en 6st rien, et trop souvent les individus mabdes se livrent au coït dès que le plaisir peut l'emporter sur la douleur. Le aiéd«cin prudent défendra les rapports sexuels k tous les hommes portant un écoulement urétral, quelque faible et quelque ancien qu'il soit, toutes les fois qu'il sera optque» Jaunâtre, puriforme. On devra même agir ainsi pour ceux qui sont moqueux, filants, transparents. Ce que je dis s'applique aussi à la femme. Si pourtant un individu encore suspect se trouvait dans telle circonstance où il se crût forcé d'avoir des rapports avec une personne saine, et si, malgré l'éuumération qu'on lui (ait des malheurs dont il sera inévitablement la cause, il persiste dans sa fatale résolution, on devra du moins lui recommander la plus grande propreté, lui conseiller des lotions sur toutes les parties externes de la génération et des injections dai^ les parties profondes, faites peu avant le coït, avec <ies liqueurs chloruréea, alcalines, astringentes, aromatiques, c*est à-dire avec des substances qui peuvent agir en abstergeant les surfaces, en modiûant la sécrétion, et peut-être en altérant le p^s. Si la personne porte un chancre, il faut cautériser celui-ci largement et profondément. Quand un individu s'expose à un coït suspect, il deiTa avant tout constater s'il n'existe pas sur les parties génitales quelque solution de OQQtinuité; s'il y trouve la moindre écorchure, il la cautérisera. I^s rapports sexoeb, ainsi que le recommandait Nicolas Massa, ne devront pas être volontairement prolongés, l'éjaculation signalée par quelques personnes comme uut! circouftaocequi favoriserait l'infection, la préviendrait plutôt comme le ferait nue puissante injection poussée d'arrière en avant. On devra aussi se lotiouner avec des substances astringentes et toniques (vin, chlore, acétate de plomb, tannin, alun), quit en fortifiant les tissus, ont souvent garanti certaines personnes qui s'infectaient jusqu'alors avec une très grande facilité. Ces substances agissent peut-être aussi en altérant le pus qui cesse d'être alors inoculable. £nûn tout le monde connaît, dans ces cas, la ressource dn condom, moyen qui, comme on l'a dit, n'est qu'une toile d'araignée contre le danger. En effet, cette faible enveloppe, souvent poreuse^ perméable, se déchire parfois pendant l'acte du coït; d'ailleurs, elle ne garantit qu'une partie de la verge, et n'empêche pas la contagion de se faire par la racine de cet organe, par les bourses, les aines et les cuisses. Dans ces cas de coil su^^mm^I, on devra se lotiouner aussitôt après et avec un graod soin, puis s'injecicr daus Vurèv
16^ DES EliPOISO.NNBMENTS.
tre (les liquides chlorurés OU de Feau savonbeusc, se cautériser toutes les petites excoriations qu'on aurait pu se faire ; enfin on tâchera d*uriner pour balayer le canal le plus complètement possible.
Si une femme enceinte est affectée de syphilis, on préviendra Tinfection de l'enfant par un traitement mercuriel, et si au moment de Taccouchement 11 existe des accidents primitifs do côté des parties sexuelles, il faut, si ce sont des chancres, les cautériser exactement, et s'il y a une blennorrhagie, I)adigeonner tout le vagin avec une solution concentrée de nitrate d'argent. Enfin, pour prévenir la syphilis constitutionnelle, nous voulons qu'on revienne aux anciens errements; et, quelle que soit Fespèce de symptôme primitif, qu'on administre un traitement mercuriel comme prophylactique de l'infection.
. Pour terminer ce qui concerne la prophylaxie de la syphilis, disons un mot des mesures à prendre pour diminuer le plus possible le nombre des malades, surtout dans les grandes villes. Il faut par des mesures sévères, détruire autant qu'on lé peut la prostitution clandestine, et soumettre à des visites rigoureuses toutes les fiUes publiques. L'exploration faite au spéculum devrait être renouvelée non pas une fois par semaine, mais tous les trois jours, ainsi que M. Ricord le recommande, n faudrait aussi que des soins de propreté excessifs fussent exiges dans les maisons publiques. On sait que du pus virulent déposé dans les organes génitaux peut y rester quelque temps en réserve (1). Pour prévenir donc l'infection de l'homme qui aura des rapports sexuels dans ces conditions, il faudrait qu'après chaque rapport sexuel des irrigations fussent faites dans le vagin avec un des liquides dont j'ai parlé plus haut ; l'eau pure est insuffisante, car le pus très étendu, mais non altéré, reste contagieux, témoin l'expérience de M. Puche, qui a pu produire des chancres avec une goutte de pus mélangé à un demi-verre d'eau.
Ha pian, oa IrambcMÛi.
I^ maladie appelée en Amérique pian ou epian est celle qu'on homme dans la Guinée yaws, et que Bateman a décrite sous le nom de framàasia. Tantôt primitive, tantôt consécutive et éminemment contagieuse, elle siège communément aux parties géniules externes, k Tanus, aux aines et aux aisselles. Elle est caractérisée, d'après les uns par des pustules, suivant d'autres par des éminences comme papnleuses, précédées par des taches d'une rouge obscur. Ces tumeurs ont un relief de 3 à 7 millimètres; elles ont de 11 à 18 millimètres de diamètre, et laissent écouler à leur surface un fluide ichoreux. Elles existent en nombre plus ou moins considérable ; elles sont en général discrètes ; le plus communément on en voit une plus large, plus élevée que toutes les autres, surtout plus difficile à guérir, et qu'on nomme mère des pians ou mama pian. Dans la plufKirt des cas, les tumeurs se couvrent, les unes soit de squames, soit de croûtes noires ; sur les autres se forment des excroissances rouges, granulées, ayant la grosseur et la fonne d'une mûre ou d'une framboise, et c'est de cette ressemblance que vient le nom de frambœsia qu'on a donné à la maladie. Les parties qui avoisinent les surfaces où siège l'éruption sont endaraes et comme calleuses. Souvent des ulcérations se forment ; il s'en exhale alors un fluide sanieux et fétide, qui se concrète et forme des croates très
(1) M. Cullerier, ayant déposé du pus virulent dans le vagin, Py a laissé si^jouruer pendant un temps assez long. Ta repris sur une laneetle, l'a inoculé avec résultats posilin?, el le Tagin, soumis seulement ù des Injections, n*a pas été inFecté (Ricord >.
DU l»lA^. 165
épiisses. Cette maladie peut durer un temps infini sans altérer la constitution ; elle goérit quelquefois spontanément : les végétations sont alors détruites par un travail ulcératif, pois ks solutions ^e continuité guérissent en laissant à leur place des dcairîces indélébiles. Ce n*est que dans des cas excessivement rares qu'on a vu des frambcBsia, gagnant en profondeur, atteindre Fos et les cartilages.
Diagnostic. — Le framboesia' oiïrc des caractères trop tranchés pour pouvoir être confondu avec aucune autre affection . Pronostic, — C^ette maladie ne paraît pas être dangereuse par elle-même. Étioiogie, — Le pian est une maladie qui règne dans les Antilles et en Guinée. Son développement est souvent spontané. Pouvant affecter tous les âges, on Tobsfrve néanmoins plus souvent chez les enfants que chez les adultes et les vieillards. Les iodividasjde la elaase nègre, ainsi que les mulâtres, y sont plus spécialement njets ; la maladie est même fort rare chez les blancs ; elle atteint surtout les sujets faibles, racintîques, mal nourris, habitant les lieux humides, malsains. Le pian est cootagieux, il se communique par le contact immédiat; on a dit aussi que les insectes pouvaient le transporter à distance lorsqu'ils se sont imprégnés de la matière sécrétée par les surfaces malades. Quelques personnes ont prétendu que les indhidos ne pouvaient en être atteints qu'une seule fois dans leur vie.
Traitement. — Le mercure est l'agent thérapeutique qu'on a le plus vanté contre le frambonia; d'autres ont, au contraire, tout à Oaiit contesté l'utilité de ce médicament. Les malades étant |X)nr la plupart affaiblis et d'une constitution débile, on devra essayer de les tonifier par un bon régime, auquel on associe les amers, le Idna et les iemigineux. M. Cazenave serait porté à employer à l'intérieur les solutions arsenicales de Fowler ou de Pearson ; mais c'est surtout par des applicatioqs extérieures qu'H convient d'attaquer la maladie ; on a proposé surtout les pommades au proto et au deuto iodure de mercure. Si les tubercules ne se résolvent pas, on les détruira avec un caustique énergique. Enfin les bains simples, alcalins, sulfureux, les bains de vapeur et les douches, pourront seconder les moyens précédents. yature. — Beaucoup d'anteurs font du frambœsia une affection de nature syphilitique; d*autres, et M. Cazenave notamment, n'admettent point cette étioiogie, et croient que le pian est une affection spéciale, et distincte de la syphilis. Cette opinion est celle que nous serions tenté d'adopter, puisque le frambœsia n'attaque probablement qu'une fois la même personne, puisqu'il n'atteint guère que les individus de la race nègre et qu'il peut être spontané. Ajoutons enfin que le pian se distingue encore dcs^ maladies vénériennes par sa marche, par sa durée indéterminée, par l'aspect constamment fongiforme des ulcérations, et par l'ineflBcacité ou du UMins par l'utilité très contestable des préparations mercurielles.
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SEiPTiÈME CLASSE DE MALADIES.
BBS I4ESIOIV» DB IVIITRITIOM.
U est une cluse importante de maladies renfermant toutes les affections dans lesquelles on ne peut saisir qu'une altération du travail nutritif. Cette altération peut porter : l'sur le nombre, tantôt plus, tantôt moins considérable des. molécules qui doivent constituer un organe ou un tissu ; 2** sur le changement de consistance des molécules)* ce qui rend certains organes ou certains tissus tantôt plus durs, tantôt plus mous que d'ordinaire; 3« la nutrititm peut ôire pervertie au point qui certains organes ou certains 1 tissus se détruisent et disparaissent tout àr fait Nous allons donc étudier dans autant de sections , et comme autant de genres distincts des lésions de nutrition ; 1** V hypertrophie ; 2* V atrophie; V Y induration; U* le ramoliiêtement ; 5° la gangrène ; 6' V ulcération , altérations que nous étudierons dans quelques organes en particulier. EqGn , dans une septième section', nous passerons en revue certaines altérations qui sont le plus souvent consécutives 1 quelques-unes des lésions qui précèdent; tels sont : 1** les rétréciuemenii et oMttératiùns des organes creux ; 2** leur dilatation; S^ les ruptum^ déchiruret 9t perforatioM.
DE L'irrrEBTBOI^BUI.
Le mot hypertroplùe , de création moderne, sert à désigner Taugmentation •anormale de nutrition d'un organe quelconque (de vfrèp, mr^ et rpot^ii, nourriture). L'hypertrophie est une des ahéràtioiis de nutrition les plus communes; elle peut atteindre presque toutes les parties du corps. Un tissu ou un organe hypertrophié a généralement un volume plus considérable ; son poids et presque toujours au»i sa consistance augmentent ; sa coloration peut indifféremment rester la môme, on devenir au contraire plus vive ou plus pâle ; enfin la forme des parties est presque toujours modifiée, mais cette altération est rarement portée au point de changer tout à fait la configuration propre de l'organe. Nonobstant tous ces changements, on reconnaît encore dans les parties hypertrophiées la même organisation, la même structure que dans l'état normal. Tous les éléments anatomiques, dit I\I. P. Bérard, s'y trouvent dans leurs rapports respectifs et avec les traits qui les distinguent; tous seulement peuvent acquérir un surcroît de développement qui quelquefois devient énorme , et peut déceler ou rendre plus manifeste la structure de ces organes. On sait, par exemfile, que la texture musculaire de l'utérus n*est évidente que dans la grossesse, c'esl-à-dtro lorsqu'il y a un excès d'activité dans le mouvement nutritif de Forgane. L'hypertrophie de la tunique musculcuse de l'estomac, des
D£ l'HYPEHTROPHIE. 167
iotestins, permet aussi de suivre exactement la direction des fibres, cequ*il es^ difficile de faire dans le plus grand nombre de cas de Tétat physiologique. £n géné~ rai, dans tout organe hypertrophié, les vaisseaux acquièrent un volume plus considérable ; mais il n'est pas prouvé qu'il en soit de même des nerfs. L'hypertrophie peut envahir on oi^^e en entier ou être limitée à une de ses portions plus ou moins étendoe. Si Torgane est complexe, formé de plusieurs tissus distincts, l'altération n'affecte souvent qu'un de ses éléments , tandis que les autres sont dans leur état normal oa.£ont mêifte atrophiés, ce qui fait que souvent alors le volume total de rorgaoe reste le môme; parfois il est plutôt diminué qu'augmenté. Cette diminotioo oa cette conservation du volume normal peut se remarquer encore quand rhypertmphie envahit l'organe dans sa totalité et dans tous ses éléments, pourvu cepeodant que cet organe soit creux. Il en est ainsi toutes les fois que l'hypertrophie se fait suivant un mouvement concentrique, c'est-à-dire de dehors ea dedans» et aux dépens de la cavité , laquelle se trouve alors plus ou moins dimî^ ■née ; c'est ce que nous observons notamment pour le cœur. L'hypertrophie est une altération qu'on reconnaît presq,ue toujours très facilement ; cependant, lorsqu'elle n'envahit qu'un des tissus d'un organe , et qu'elle y est portée à un haut degré, elle peut modifier l'aspect des parties à un tel point, qu'il peutétre^d'abord difficile de déterminer si c'est plutôt un tissu hypertrophié, un accroissement insolite de nutrition, qu'une production accidentelle. C'est ainsi que l'hypertrophie considérable du tissu cellulaire des parois de l'estomac ou des intestins peut simuler une dégénérescence squirrheuse.
M. le professeur P. Bérard dit avec raison que l'influence la plus générale de l'hypertrophie sur l'action des organes est l'accroissement de cette action. Contenue dans certaines limites et lorsqu'elle affecte certains organes, l'hypertrophie ne fait que développer avec plus d'énergie les mouvements physiologiques : telle est l'hypertrophie qui atteint les muscles de la vie de relation. Ailleurs ce vice de nutrition devient une lésion incommode ou grave par le poids que l'organe acquiert et par la gêne qu'il apporte à l'accomplissement de certaines fonctions : ainsi le corps thyroïde hypertrophié peut, en comprimant l'œsophage et la trachée, gêner la déglutition , et produire des accidents d'asphyxie s'il s'oppose à rentrée de l'air. Enfin, si l'organe hypertrophié est chargé de fonctions importantes, comme le sont le cerveau ou le cœur, il en résulte une perturbation très grande dans l'économie. Cependant, même dans ce cas, l'hypertrophie a peu d'action sur la nutrition et sur l'état général ; bien différente encore en cela de la plupart des lésions organiques, surtout des productions accidentelles , qui, quel que soit leur siège , retentissent bien vite sur toute la constitution. M. Andral a prouvé en outre , récemment, dans ses recherches à' hématologie y que l'altération de nutrition qui produit l'hypertrophie, dragée de toute complication, n'entraîne aucun changement dans le chiffre de la fibrine du sang ; Taugmentation de ce principe a lieu seulement dans des cas particuliers et au milieu de symptômes qui rappellent ceux des maladies inflammatoires.
Beaucoup d'hypertrophies ne reconnaissent d'autre cause qu'un surcroît d'activité habituelle dans les fonctions d'un organe. C'est ainsi que lorsqu'un des poumons ou un des reins , ayant été détruit ou comprimé , ne remplit plus ses fonctions, l'organe congénère y supplée en redoublant d'activité : de là l'hypertrophie du tissu. Mais ce n'est point là, à proprement parler, une lésion, car elle n'entraîne après elle aucun trouble fonctionnel. D'autres hypertrophies , eu p\u«^ petit nombre, sont consécutives à une phlegtïiasic aiguë ou chronu^ue; Va\VèraLV\nia
168 UES LÉSIONS DK NUTniTlON.
atteint alors tantôt l'organe enflammé , tantôt une partie contign^ tels sont les cas d'hypertrophie dn tissu cellulaire consécutivement à une inflammation de la peau ou d'une membrane muqueuse, ou bien encore l'hypertrophie des parois du cœur à la suite d'une endocardite ou d'une péricardite. Cependant, dans la plupart des cas, il est impossible de saisir la cause qui a agi pour le développemept de l'allération. C'est alors que quelques auteurs avides d'explication ont cherché à s*en rendre compte en supposant une irritation nutritive ou une augmentatim de la force assimiiatrice ordinaire^ expressions qui, ne représentant à l'esprit rien qui soit démontré, ne doivent point être employées. Il faut de bonne heure s'habituer, dans l'étude si difficile de la médecine, à ne hasarder aucune explication dont on ne puisse donner la démonstration , en raison surtout de. la tendance qu'on a généralement à déduire de ces hypothèses des préceptes thérapeutiques. Nous croyons que là où il ne nous est pas permis de remonter è la cause, il faut nous borner à constater le fait matériel. D'ailleurs, notons, ainsi que l'a fait avant nous M. Andral, que parmi ces hypertrophies dont il ne nous est pas démontré que la cause soit une stimulation antécédente ou actuelle de l'organe qui en est le siège, les unes ne consistent qu'en une action -purement locale , les autres semblent intimement liées au mouvement nutritif général ; celles-là sont une des expressions saillantes qui révèlent les modifications profondes qu'a subies dans toute molécule du corps ce mouvement nutritif. Tel est le cas de ces scrofuleux qui présentent parfois une hypertrophie simultanée de divers organes, comme le cerveau, le corps thyroïde, la face, la langue, les lèvres et plusieurs parties du système osseux.
Quand un organe est hypertrophié, on doit le soumettre au repos, et, si on ne le peut, en modérer l'action le plus qu'il sera possible. On évitera toutes les causes de stimulation , on cherchera à diminuer le mouvement nutritif, on activera en même temps l'absorption interstitielle; c'est dans ce but qu'on emploie le régime, la diète, les saignées locales et générales, la compression, et certains médicaments, tels que le mercure et l'iode.
DE l'hypertrophie DU CERVEAU.
Historique, — Vaguement signalée par Morgagni, l'hypertrophie du cerveau ne fut guère décrite pour la première fois qu'en 1806 par Laênnec dans le journal de Corvisart, Leroux et Boyer ; depuis lors, rencontrée maintes fois à l'hôpital des Enfants par MM. Jadelot et Guersant, elle a fixé l'attention de plusieurs obsenatcurs habiles : ainsi MM. Scoutetten (1), Dance (2) , Mériadec Laênnec (3), Burnet (U)j Riiliet et Barthez (5), M. Andral (6), et surtout le docteur Calmeil (7), ont publié sur cette grave altération du ceneau des faits et des considérations d'un grand intérêt.
Anatomie pathologique, — Dans l'hypertrophie cérébrale, le ceneau offre à peu près l'aspect qu'il a chez beaucoup de ceux qui succombent aux accidents cérébraux saturnins. Ainsi, en enlevant la voûte osseuse du crâne, on constate une tension extrême de la dure-mère, qui ne peut être pincée. A Pincision de cette membrane, le cerveau se précipite au dehors ; les circonvolutions , devenues plus
(I) Archives de m^denn«, année 1825. — (2) Répertoire d*anatomie, publié par Breschet, année 4828. — (3) Revue médicale, année 1828. — (h) Journal hebdomadaire^ année 1829. — (5) Maladies des enfants^ t. I* — (6) Clinique médicale, t. V. — (7) Dtetionnaire de médecine, arïiclc £5ciPjiALE.
DE l'hypertrophie DU CERVEAU. 169
grosses, août apbdes ; les ca?ités ventrrculaires sont diminuées. li n'existé nulle part de sérosité; la pulpe est presque exsangue; les vaisseaux et lés sinus sont presque vides : mais on n'observe point ici de teinle jaunâtre. La consistance du tissQ est toujours augmentée ,^ on croirait même parfois qu'il existe une altération de tellure : car, comme le dit M. Galmeil , avec la densité et Télasticité du blanc d'œaf dord par la coclion ou de la pâte de guimauve desséchée , le tissu nerveux offre quelque ressemblance avec la matière du cartilage. Dans un cas rapporté par le docteur Rumet , le cerveau , qui était deux fois plus pesant qu'il nedevait être, avait une consistance telle qu'il résistait légèrement ao tranchant du scalpel , et donnaîc à la coupe une surface nette, pâle, polie et luisante.
SymptâmeSj marche , terminaisons, — La céphalalgie est un des symptômes les plus Gonstaols de l'hypertrophie cérébrale ; elle est violente, continue , exacerbante , et arrache souvent des cris. Les facultés intellectuelles sont ordinairement obtuses ; parfois même les malades tombent dans un véritable état d'idiotie. Quelques-uns pourtant conservent jusqu'à la un leur raison intacte et n'éprouvent des troubles de l'esprit que de temps en temps, par exemple durant Texacerbation des douleurs de tête ; ou bien encore à la suite des accidents convulsiiis ou épîleptiibrmes, qui, au dire de M. Galmeil, sont un phénomène à peu près constant. Ces convulsions, d'abord éloignées, unissent par être presque continues; elles redoublent par crises, s'accompagnent de coma ou n'amènent pas de perte de connaissance ; quelquefois elles éclatent subitement par accès et inspirent la plus grande terreur aux malades. Quelquas-uns de ces individus tiennent diflBcHement le corps et les membres en équilibre, et semblent affectés d'un commencement de paralysie générale ; l'état des sens est très variable ; les fonctions de la vie organique sont peu ou point troublées (Calmeil). .
L'hypertrophie cérébrale a une marche chronique. On voit les malades, après un temps plus ou moins long de souffrance, succomber, les uns graduellement avec les signes d'une hydrocéphale, les autres tout à coup dans une syncope ou emportés par un accès convulsif. On ne peut rien dire de positif sur la durée de la maladie, qui parait néanmoins pouvoir se prolonger pendant plusieurs années ; dans ces cas, les paroxysmes reviennent à des intervalles plus ou moins éloignés.
Diagnostic. — Le diagnostic de l'hypertrophie cérébrale est extrêmement obscur. M. Galmeil fait remarquer pourtant qu'eu égard à la longue durée de la maladie, à sa marche lente et graduelle, à l'absence de fièvre, de paralysie locale, à la manière dont la céphalalgie, les lésions de l'intellect et les phénomènes convulsifis, qui sont presque constamment généraux, s'enchaînent, on ne pourrait confondre celte affection cérébrale ni avec l'encéphalite ou la méningite, ni avec le ramollissement local, ni avec une hémorrhagie ou un abcès enkysté. Le tubercule , le squirrhe , toutes les tumeurs, ajoute M. Galmeil, lorsqu'elles occupent un espace circonscrit, finissent presque toujours aussi par déterminer des lésions spéciales et limitées dans les mouvements des membres, et qui doivent éloigner le soupçon d'une hypertrophie des deux hémisphères cérébraux. Mais dans l'épilepsie, dans les phlegmasies lentes des méninges et du cerveau, dans les ras où un produit accidentel lentement formé comprime une partie du cerveau placée sur la ligne médiane ou les deux moitiés de cet organe à la fois, on peut noter des douleurs de tête, des convulsions générales, la perte graduelle des facultés intellectuelles, sans que le volume de la masse nerveuse contenue dans le crâne soit augmenté. On doit donc au lit du malade mettre d'autant plus de réserve à diagnostiquer l'hypertrophie du cenreau, (\u^cel&UX latbologiqne est vériiablemenl p)as rare.
. Pronostic. — Il est à craiodre que l'hypertrophie de Tencépbale ne soit une affection toujours mortelle.
Etiologie. — L'hypeirtrophie, très rare après quarante ans, est une maladie qui atteint ^ peu près également les enfants, les jeunes gens et les adultes. Les bommet y semblent beaucoup plus prédisposés que les femmes. Ses causes sont absolument inconnues ; dans quelques cas , l'hypertrophie cérébrale est pne affection congénitale.
Traitement* — On ae sait encore rien sur le traitement qu'il conviendrait d'op^ poser à l'hypertrophie cérébrale. M. Galmeil voudrait qu'on pratiquât de fréquentes saignées locales, qu'on établit \ la buse du crâne et sur les membres plusieurs foyers de suppuration , qu'on astreignit les individus à un régime sévère. Il serait peut-être aussi convenable d*unir à ces moyeps l'usage des préparations mercurielles et iodées.