‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 56 sur 265 · DE L'JIYPERTROPHIE DO COEUR · texte numérisé non relu

DE L'JIYPERTROPHIE DO COEUR

OD a pruîcida que Thypcrtropliie du ventricule gauche prédisposait aux hémorrhagics et an ramollissement du cerveau ; mais cette opinion, qui compte parmi ses défenseurs Legallois, MM. Bouillaud, firicheleau, Lallemand, Piorry, est contredite par M. Rocboux. Elle est aussi en opposition avec les faits nombreux que nous avons recueillis, ainsi qu'avec Les observations analysées par M. Louis. Ce dernier n*a jamais vu l'hypertrophie coïncider avec une hémorrhagie cérébrale, et il a noté le ramollissement du cerveau moins souvent dans les cas d'hypertrophie du CGBur que dans le cours de plusieurs autres affections, comme la phthisie, par exemple, dans laquelle le cœur s'amaigrit et acquiert un volume moindre. Nous avons également prouvé ailleurs, d'après les travaux du même observateur, que rhypertrophie du ventricule droit n'était pas, comme on l'a prétendu, une cause active d'hémorrhagie pulmonaire. L'apoplexie des poumons, si fréquente dans le cours des maladies cardiaques, ne se rencontre guère que dans les affections val- \ulaires, et elle dépend probad[)Iement bien plus de la stase, de la gêne de la circubtion que de Timpulsion exagérée du sang.

Dicupxostic. — On doit non-seulement reconnaître s'il existe une hypertrophie, mais il faut encore déterminer sa forme et son siège.

L'hypertrophie du cœur est surtout caractérisée par l'impulsion violente des battements et par le timbre sourd, obscur des deux bruits. Si, comme cela a lieu presque toujours, l'hypertrophie s'accompagne de dilatation, on constate une matité plus complète, plus étendue et plus résistante, phénomènes qu'on retrouve, quoique à un moindre degré, dans l'hypertrophie simple. Une impulsion violente des battements du cœur, des bruits sourds, obscurs, un pouls petit et dépressible, phénomènes coïncidant soit avec une matité peu considérable de la région précordiale, soit même avec une matité inférieure à celle que l'on constate dans l'état physiologique, caractériseront la forme d'hypertrophie que nous avons nommée concentrique. C'est en ayant égard à certains phénomènes qu'on pourra souvent déterminer quelle est la portion du cœur qui est spécialement ou exclusivement affectée d*hypertrophie. Ainsi la lésion occupe -t-elle le ventricule gauche ; l'impulsion existera surtout vers les cartilages des cinquième, sixième, septième et même huitième côtes; c'est aussi à ce niveau que la matité et la voussure sont à leur maximum; en même temps le |)ouls est fort, tendu, vibrant; la face est ronge, animée. Au contraire, dans l'hypertrophie du ventricule droit, Timpulsion, ainsi que la matité, existent à la partie inférieure du sternum ; le pouls n*a pas les caractères que nous venons d^indiquer, à moins que l'altération n'occupe en même temps le ventricule gauche. On a noté également, dans ce cas, des congestions pulmonaires fréquentes, on du moins une gêne beaucoup plus grande de la respiration, se traduisant par la dyspnée, l'étouffement, les accès de suffocation. A ces signes, Lancisi« I.aënnec et Hope, ajoutent le pouls veineux, ou tout au moins la simple dilatation, la turgescence des veines jugulaires. Toutefois on a contesté que ce phénomène appartînt à l'hypertrophie seule : peut-être, en effet, dépend-il moins de cette lésion que de ce que l'orifice auriculo-ventriculaire droit ne serait plus exactement fermé pendant la systole, ce qui s'explique d'ailleurs par la dilatation qu'il a subie et par linsuflisance de la valvule tricuspide, qui permetau sang de refluer dans l'oreillelte droite et dans les veines qui s'y abouchent. La coïncidence de ces derniers phénomènes avec les signes propres à l'hypertrophie du ventricule gauche n'indique pas pourunt que les deux ventricules sont simuUanément atteints ; nous b avons maintes fois observés dans les hypertrophies avec dilatation coasidèra\Ae do ventricule gauche, etiorsgiie le ventricule droit, refoulé en arrière en \uuU

T. Jh — éf* Éorr. il

n'avait phi^ qu'un très petit volume. On s'explique d'ailleurs très bien par cette sorte d'atrophie les troubles existant du côté de la respiration et de la circulation veineuse.

Un'y a aucun symptôme local, d'après Hope, qui puisse faire distinguer l'hypertrophie des oreillettes. Notons pourtant ici- que M. Beau a prétendu que, dans les cas où le ventricule seul était hypertrophié, l'impulsion était peu marquée (ce qui est en opposition avec les Idées généralement reçues), tandis que le contraire aurait lieu quand il existe en même temps une hypertrophie considérable de l'oreillette.

Les maladies principales avec lesquelles l'hypertrophie du coeur a quelque ressemblance sont la pérîcardite, l'endocardite, la pleurésie avec épanchement, l'empbysème vésiculaire, les anévrysmes de l'aorte et les palpitations nerveuses. Mais il suffit de la moindre attention pour établir dans tous ces cas le diagnostic difîérentiel. Ainsi l'hypertrophie se distingue de la pérîcardite par l'absence des phénomènes de réaction et des divers bruits de frottement, par l'impulsion vive des battements, qui sont au contraire obscurs et profonds dans la pérîcardite; enfin, la matité étendue, phénomène commun dans les deux affections, offre quelque différence dans l'une et dans l'autre : car elle est fixe et plus résistante dans l'hypertrophie, tandis que dans la pérîcardite le doigt qui percute a la sensation d'une résistance moindre, et, comme M. Piorry Ta prouvé le premier, on peut quelquefois la faire changer déplace en variant les positions des malades.

V endocardite, par la vivacité des battements et de l'impulsion, parles palpitations, par l'étendue de la matité et par la voussure, pourrait plus facilement en Imposer, et faire croire à une hypertrophie, si les bruits morbides qui existent communément dans la première, et mieux encore la marche aiguë de la maladie, ainsi que l'état fébrile, ne venaient révéler la nature de l'affection.

La pleurésie avec épanchement assez considérable pour refouler le cœur du côté opposé a des signes tellement faciles à constater qu'on ne pourra jamais commettre de méprise. Nous verrons également plus tard qu'on ne peut pas confondre une hypertrophie du cœur avec un emphysème vésiculairey pas plus qu'avec un anétrysme de V aorte. (Voyez ces maladies.)

Beaucoup de médecins confondent tous les jours avec l'hypertrophie les pal^ pitations purement nerveuses ou liées à l'état anémique ou chlorotique. Cependant rien n'est plus facile que de ne pas commettre une erreur aussi préjudiciable aux malades : car, dans tous ces cas, il n'y a ni voussure, ni matité plus étendue, ni œdème ; en outre, les palpitations nerveuses sont intermittentes, et dans lenr intervalle les malades ne présentent plus aucun trouble du côté du cœur. S'agtt-il enfin d'une personne chlorotique ou anémique, on constatera un bruit de souffle an premier temps, divers bruits morbides dans les artères, des douleurs névralgiques, des troubles particuliers du côté de l'estomac et la décoloration de la peau.

Pronostic, — Même en admettant la guérison comme possible, on n'en doit pas moins regarder l'hypertrophie du cœur comme une affection des plus graves. Elle est moins fâcheuse sans doute que les lésions des valvules et des orifices, car elle n^a pas peut-être le même cachet dincurabilité, elle produit des troubles moins ^ves, et permet au malade de vivre plus longtemps ; mais elle ne se termine pas moins, tôt ou tard, par la mort. D'après ce que nous avons dit plus haut, il est évident que l'hypertrophie du ventricule gauche est plus grave que celie du \tîntriculc droit ; le pronostic est aussi d'autant plus fâcheux que la dilatation des cavités est pàt9 Consîdéralie.

DE r/HYPRRTROPlIIB DU COkUR. ^

Eiiologie. -— Quelqo^ faits rapportés surtout par Lancisi, par Albertini et par Pincl, semblent prouver que Thypertrophie du cœur peut (^t^e Une affection hérédi-^ Uire. Les hommes y paraissent plus prédisposés que les femmes. D'après les releVés que M. Legroux a donnés dans le premier volume du journal i* Expérience, Thyperlrophie du oodur, peu commune a?ant la trentième année, augmenterait tout à coup à cet ige^ et se maintiendait peu à peu dans la même proportioii Jusqu'à soixante ans. On ne sait rien de précis sur rinfluencc exercée par les tempéraments et par les professions ; il n'est pas prouvé surtout, ainsi qu'on Ta admis tout à fait théoriquement, que la maladie soit plus fréquente chez les individus qui exercent no métier nécessitant des mouvements fatigants des bras.

Parmi les causes occasionnelles d(mt l'influence est le mieux démontrée , nous citerods Tétroitesse congénitale de l'aorte ou de l'artère pulmonaire, le rétrécissement d'un ou de plusieurs des orifices du cœur et l'insuflisancedes valvules, maladies qui, exigeant un surcroît d'activité dans les contractions du cœur, finissent par provoquer un excès de nutrition dans les parois de l'organe : certaines déformations du thorax semblent agir de la même manière. Parmi les maladies du poumon qui peuvent déterminer une hypertrophie du cœur, nous ne citerons que Temphysèmè vésiculaire ; car nous ne saurions admettre, surtout depuis les recherches de MM. Louis et Bizot, que la phthisie puisse avoir le même effet , ainsi que maints auteurs l'ont prétendu. Loin de là, les tubercules pulmonaires, comme nous le dirons, coïncident ordinairement avec une diminution dans le volume dn cœur.

On fait encore jouer un grand n)le pour la production de l'hypertrophie aux émotions morales, aux chagrins, aux excès vénériens , aux exercices violents, à l'abus des alcooliques, causes qui toutes ont pour effet d'exciter, d'accélérer la circulation. Disons toutefois que l'influence de ces causes est plutôt admise par voie d'analogie que par démonstration. Il est an contraire incontestable, surtout depuis les observations recueillies par MM. Andral, Bouillaud et Legroux , que l'inflammation du péricarde, et spécialement celle de l'endocarde, peuvent déterminer une hypertrophie du cœur. J'ai observé moi-même plusieurs cas de ce genre. M. Beau a prouvé également que les adhérences générales du péricarde pouvaient être aussi considérées conmie une cause d'hypertrophie excentrique, dépendant , nonobstant toutes ces causes, nous croyons encore que l'hypertrophie du cœur, dans l'immense majorité des cas, se développe lentement, spontanément, et sans qu'on piiisse saisir l'action d'aucune cause appréciable.

Noos dirons, en tenninant, que certaines causes penvent faire naître une hy-» pertropbie accidentelle et passagère. Ainsi, M. Beau [)ense que les pertes de sang répétées pendant plusieurs jours ont pour effet d'augmenter l'épaisseur des parois du cœur et la capacité des cavités de cet organe. Mais cette opinion a besoin, avant d'être acceptée, d'être appuyée de faits plus nombreux et plus variés. On sait aussi que MM. Ménière et torcher avaient considéré la grossesse comme une cause d'hypertrophie cardiaque : cette assertion émise dans les Archives en 1828, et dont chacun avait contesté l'exactitude , vient de recevoir une confirmation complète par les recherches dn docteur Ducrest , qui , ayant mesuré le cœur de cent lemroes âgées de vingt à trente ans mortes en couches, a vu que chez'clles le ventricoie gauche avait 0,005 niillim. de plus que le chiffre indiqué par M. Bizot (0,01 0) comme représentant l'épaisseur normale de ce ventricule chez la femme (1).

Traitement. — I^ première condition est d'éloigner tontes les causes d*excîl;^«

(i) Arrkitn ^héraie» ée màftcf/if, année iS^6, U X, p, il«

!80 DES ISSIONS D£ NUTRITION.

tion. Ainsi on recommandera aux malades le repos du corps et de l'esprit, une alimentation douce; on bannira du régime toutes les substances stimulantc3 : s*il existe de là dyspnée, de Tétouffement, des palpitations, si la face est rouge, on fera que saignée du bras, qui presque toujoure amène un prompt soulagement. Les émissions sanguines, que tout le monde conseille à titre de palliatif, ont été également prônées comme un moyen curatif : on les emploie alors à doses élevées, suivant là- méthode nommée méthode d'Albertini et de Valsalva. Laënnec s*est déclaré leur partisan. On sait que cet illustre médecin voulait qu'on pratiquât de très larges saignées à deux, quatre ou huit jours d'intervalle, et qu'on réduisît progressivement la quantité des aliments, de manière à ne permettre par jour à un adulte vigoureux que ^20 grammes d'aliments , dans lesquels les viandes blanches entraient seulement pour 60 grammes ; le vin était proscrit. Lorsqu'au bout de deux mois les palpitations et l'impulsion forte avaient cessé, Laênnec conseillait d'éloigner les saignées et de diminuer quelque chose de la sévérité du régime : mais si les accidents reparaissaient, il voulait qu'on revînt aux mêmes moyens, et qu'on n'eût confiance dans la guérison que lorsque tous les accidents, et surtout lorsque les signes physiques de l'hypertrophie avaient cessé pendant un an. Mais ce traitement presque barbare, qu'il faut continuer des mois et même des années, répugne au médecin comme au malade, et rarement il est permis de l'employer jusqu'au bout; d'ailleurs je ne pense pas qu'il ait jamais guéri personne, et souvent il a hâté la nx>rt : aussi croyons-nous qu'il est prudent de s'en abstenir. Nous voulons qu'on n'emploie la saignée qu'avec réserve et dans les cas seulement où l'indication est positive , c'est-à-dire lorsque la circulation est embarrassée ou trop active. Cependant la saignée ne réussit pas toujours à soulager les malades; elle échoqe surtout dans les cas où avec l'hypertrophie il existe une dilatation considérable des cavités. Hope a fait la même remarque. En pareille circonstance, nous croyons prudent de ne faire qu'une saignée exploratrice ou de recourir à une petite application de sangsues à l'anus, et, suivant les effets qu'on en obtient, on emploie le même moyen avec moins de réserve, ou l'on y renonce pour toujours.

Les purgatifs, spécialement les purgatifs drastiques surtout, préconisés par Laênnec, sont doublement avantageux, car ils agissent à peu près comme le fait la saignée, en diminuant l'énergie des contractions du cœur ; mais ils sont surtout utiles pour combattre les hydropisies qui arrivent à une époque avancée de la maladie. C'est dans ce cas aussi que les diurétiques sont indiqués. Quelques-uns ont recours à divers sédatifs tels que l'acide cyanhydrique médicinal et l'eau de lauriercerise; mais ces moyens sont d'un effet très incertain. Jl n'en est plus de même delà digitale, qui a incontestablement le pouvoir de modérer, de ralentir les contractions du cœur, en même temps que par ses propriétés puissamment diurétiques elle contribue également à combattre les hydropisies. La digitale se donne parfois en infusion à la dose de 50 centigrammes à 1 granime. Ou bien ou prescrit le sp. du Codex, dont 30 grammes représentent 20 centigrammes de poudre. Cependant la plupart des médecins français préfèrent donner la digitale en poudre ; celle-ci quoique sèche doit avoir une belle couleur verte et exhaler l'odeur de la plante. La poudre se prescrit chez les enfants à la dose de 1 centigramme ; on élève peu à peu la dose jusqu'à 1 décigramme. Chez les adultes , on donne progressivement de 5 centigrammes à 1 gramme, on peut aussi employer la teinture alcoolique, dont on prescrit de 6 à 36 gouttes dans unç potion. Mais il ne faut jamais, à l'exemple de beaucoup de médecins, donner la teinture éthérée qui est à peu prèsjnerte. JE'aâii on pent remphcer avec avantage toutes ces préparations par la digitaline

DE l'hypertrophie 110 FOIE. 181

qu*on donne à la dose de 1 à /i milligrammes, équivalant à 10 et /lO centigrammes de poudre. La digitale est un de ces médicaments auxquels on ne s'habitue guère, il arrive un moment où des cfnvies de vomir, Tinappétence, les défaillances et les vertiges forcent à en suspendre Tusage. On ne doit même pas attendre la manifestation de ces symptômes pour interrompre de temps en temps Tadministration du remède, attendu que son action se prolonge plusieurs jours encore, après qu'on en a cessé l'usage. Dans les cas où le médicament est difficilement toléré par l'estomac, on peut le faire pénétrer par la méthode endermique, un vésicatoire sera saupoudré de 15 à /iO centigrammes de poudre de feuilles de digitale. La digitaline ne saurait être prescrite par cette voie , à cause de son action très irritante et des douleins vives qu^elle produirait Nous ne dirons rien du sp. de pointes d'asperges employé comme succédané de la digitale , car cette préparation est absolument inerte.

Enfin, on a proposé divers moyens destinés à agir directement sur le tissu hypertrophié de manière à le ramener à son état primitif : tels sont les cautères , les moxas à la région précordiale, l'usage à l'intérieur de l'iode et de ses composés, les eaux minérales de Vichy, d'Ëms, de Garlsbad ; mais quoi qu'on en ait dit, ces divers médicaments ne paraissent pas avoir jamais guéri personne.

DE l'hypertrophie DU FOIE.

Caractères anatomiques,—lje foie hypertrophié a nécessairement un volume plus considérable : c'est ainsi qu'on le voit, débordant le rebord cosul , descendre jusqu'à l'ombilic et même jusqu'au niveau du bassin , occupant à la fois l'épigastre et les deux hypochondres. Dans quelques cas, son développement s'opéranl surtout de bas en haut, il refoule le diaphragme et le poumon, et peut s'élever jusqu'au niveau de la septième vraie côte. Le poids augmente dans la même proportion : c'est ainsi qu'on a vu des foies hypertrophiés peser jusqu'à 7, i^et 20 kilogrammes. En général , l'organe conserve sa configuration, pourvu pourtant (et c'est le caste plus ordinaire) que l'hypertrophie l'ait envahi dans toutes ses parties. Si par contre l'hypertrophie est partielle , le foie subit dans sa forme divers changements. Ainsi M. Andral a vu le lobe droit constituer à lui seul presque tout l'organe , et le lobe gauche n'apparaître que comme une languette mince surajoutée à l'autre. £n général , le foie hypertrophié a sa couleur et sa consistance normales ; d'autres fois il présente une teinte plus pâle , plus rouge , ou bien c'est la teinte jaune qui prédomine. Dans ce dernier cas , on consute facilement que les granulations jaunes sont augmentées de volume comme dans l'altération que nous décrirons sous te nom de cirrhose. Mais il existe entre celle-ci et la lésion que nous décrivons cette diflérence , que dans la cirrhose l'hypertrophie de la substance jaune coïncide avec l'atrophie de la substance rouge , de telle sorte qu'en définitive te foie conserve son volume normal , et plus souvent encore il a un volume beaucoup moindre. An contraire , dans l'hypertrophie , l'exagétation de nutrition affecUnt les deux Substances à la fois , quoique d'une manière souvent inégate , il en résulte toujours une augmentation plus ou moins considérable du volume de l'organe. Lorsque f hypertrophie porte spécialement sur la snbsUnce jaune , nous avons vu le foie , plus dense que de coutume , présenter une surface inégale , mamelonnée : chaque saillie était séparée par un sillon blanchâtre ayant l'aspect d'une cicatrice formée par le ratatinement de la capsule fibreuse , qui souvent nous a paru 6pùaa!i« ^ lieancôiip plus résistaoïe. Noaobstant i'exagératîon de nutrition du foie , Va VAia

1ê2 DES LftSlOMS D£ MUTBITION.

B*€8t pas sécrétée en plus grande quantité , et celle qui existe dans la vésicule est quelquefois plus aqueuse , filante et pâle:

' .Symptâmes, marche, terminaisons. — ' Sur les malades, au nombre de sept ou hait , que nous avons tus atteints d'hypertrophie générale, du foie , U nous a été impossible de fixer le début de la maladie. Tous se sont présentés à nous souffrant déjà depuis plusieurs mois et môme depuis plusieurs années. Le phénomène pré<dominant était une diminution progressive de Tembonpoint et des forces » même dans les cas où 4es fonctions digestives étaient dans un état d'intégrité parfaite. Cependant quelques malades avaient de temps en temps de la diarrhée, et Testomac digérait péniblement. Dans un cas observé par M. Andral il avait existé un ictère îrèa intense. Les individus atteints d'hypertrophie (l'accusent presque jamais de douleur ; à peine si quelques-uns se plaignent d'qn sentin^ent de pesanteur dans l'hypochondre droit. En découvrant leur ventre , on constate une ampliation de la base de la poitrine à droite et de l'hypochondre correspondant La palpitation Mt reconnaître une tumeur dure , ayant presque toujours une surface égale, lisse; elle est complètement mate , et très résistante à la percussion ; elle descend plus •o moins bas , et elle est circonscrite inférieurement par un rebord tranchant , sinueux , oblique de droite à gauche, et qu'on reconnaît aisémeqt pour appartenir au foie. On détermine facilement , à l'aide de la percussion et de l'auscultation quelles sont les limites supérieures de la tumeur. Les individus dont je parle ont, pour la plupart , les digestions pénibles, de la diarrhée de temps eu temps, et présentent une diminution considérable et progressive de l'embonpoint et des forces ; ib n'ont pourtant jamais de fièvre , à moins de complication. Chose remarquable, aonoi)stant le volume que le foie acquiert , on ne voit que rarement se former chex eux d'épanchements ascitiques , même dans les derniers temps de la maladie. . L'hypertrophie du foie est une maladie d'une durée toujours longue, et qui peut persister un grand nombre d'années. Elle peut à elle seule entraîner la mort ; mais presque toujours les malades succombent à quelque complication. On ne sait pas encore si l'hypertrophie du foie est susceptible d'une heureuse terminaison.

Diagnostic. — Le siège de la tumeur , sa forme, sa circonscription inférieurement par un rebord tranchant et sinueux , sont des caractères qui ne permettent pas de méconnaître une tumeur formée par le foie. En effet , en ayant égard seulement au bord tranchant qui termine la tumeur en bas, ainsi qu'à sa direction, on ne .pourra jamais confondre le lobe gauche du foie avec une tumeur squirrheuse de l'estomac ou de l'épiploon , et moins encora avec la rate , dont le bord , dirigé .verticalement ou obliquement de droite à gauche, est obtus. Le point difficile n'est donc pas de reconnaître si la tumeur est formée par le ioie , mais de déterminer quel est le genre d'altération dont cet organe est le siège. Le foie , en effet , peut augmenter de volume et simuler l'hypertrophie lorsqu'il contient beaucoup plus de sang que de coutume, ou lorsque certains produits morbides ont pris naissance dans son tissu. On reconnaîtra que l'augmentation de volume tient à une congestion -par la rapidité avec Uquelle elle survient assez communément , et parce qu'il suffit -souvent d'une émission sanguine pour ramener le foie à peu près à ses dimensions normales. Il n'est pas aussi facile de distinguer l'hypertrophie de l'augmentation de volume tenant au développement d'un produit morbide , tel que des kystes séreux ou bydatiques et des encéphaloKies. Mais nous verrons plus tard que dans les prenûers , indépendamment de leurs signes caractéristiques ( Quctuation , frémissement hydatique), il y a altéra tien dans la configuration du foie, ce qui n'a pas Mea àêDÊ PbjfwîropUe sunpie. ^Le cancer développe ntremoM 1^ ioie «a mtaoïe

De la cirrhose du foie. 193

degré que le fiit rbypertrophie ; d'ailleurs, la marche rapide de la maladie daûs ce, cas, la nature des accidents qu'on observe, la fréquence de Tascite, les signes de la cachexie cancéreuse , et la forme généralement bosselée de la tumeur, permettront toujours de reconnaître si le volume du foie tient au développement des masses encéphaloîdes. Les cas les plus difficiles sont ceui où le foie, surtout hypertrophié dans sa substance jaune , présente à sa surface une multitude d'inégalités qui , senties à travers les parois abdominales , ressemblent à s'y méprqndre à ces petites tumeurs encéphaloîdes qui sont si fréquentes dans le foie. Cependant , si l'oii réfléchit qup dans l'hypertrophie ces tumeurs sont toutes très dures et indolentes , tandis que dans le cas de cancer elles sont de consistance inégale , que quelquei unes sont presque fluctuantes, et se laissent, par la pression , déprimer en godet» si ou remarque en outre qu'elles se développent et se multiplient d'un jour à Tautre» on pourra, par ces divers caractères, aidés d'ailleurs de la considération des phénomènes concomitants, arriver à déterminer la nature de l'altération.

Pronostic, — D'après ce qui précède , il est inutile d'insister ici pour prouver que l'hypertrophie du foie est une maladie très grave.

Étiologie, — Nous ne savons rien de précis sur les causes de l'hypertrophie do foie. Il est probable que des congestions répétées peuvent unir par occasionner une exagération dans la nutrition du foie ; mais il n'y a encore à ce sujet rien de démontré. Dans le petit nombre de faits que nous avons observés, nous n'avons pu saisir l'action d'aucune cause spéciale : les individus ne commettaient point d'écarts de régime , et n'étaient pas sujets à des troubles des fonctions digestives ; tous étaient parvenus à la période moyenne de la vie.

Tmitemeni, — J'ai employé ou vu employer contre l'hypertrophie du foie les émissions sanguines, les purgatifs répétés, les mercuriaux à l'intérieur et en fric* lions, les pommades iodées, les alcalins en boissons et en bains, les exutoires profonds : tout cela sans aucun avantage marqué pour les malades. Nonobstant ces insuccès, nous recommanderons encore d'expérimenter les purgatifs et l'usage des eaux alcalines naturelles à l'intérieur, en bains et eu douches. De toutes les eaux naturelles celles de Carlsbaii, en Bohême, sont les plus efficaces : on prétend qu'en quelques semaines elles peuvent résoudre des engorgements énormes du foie; cette réputation attire tous les ans à cette source une foule d'Anglais atteints d'intuniescence considérable du foie par suite d'un séjour prolongé dans les Indes orientales.

DE LA CIRRHOSE DU FOIB.

Là cirrhose (de xi|Spoç, cire) est une altération spéciale du ioie, caractérisée par l'hypertrophie d'une partie des granulations de l'organe et par l'atrophie du plus grand nombre : les preoiières, en se développant, prennent la couleur de la cire jaune.

Historique, — S'il est vrai que la cirrhose a été indiquée par Morgagni dans sa XWVIII* lettre (§ 30), cette lésion pourtant n'a été réellement décrite pour la première fois que par Laénnec Mais ce médecin illustre eut le tort de considérer la cirrliose conune étant un produit de nouvelle formation qui, fréquent dans le foie, pourrait aussi se développer dans quelques autres organes. Des recherches akéneores ont déuaomré que h eirrhose appartient exclusiveoient au Ioie , et gs'aBe est constituée par une modification de nutrition do tissu sans production d*aa corps nouveau. Les auteurs qui, dans ces derniers temps, ont particub^reioftol éclairé l'histoire de la cirrhose, sont M. Boulland^ qui.a inaérè dan» Ve Umom HL

iSU D£S LÉSlOPrS DE HUTRITION.

des Mémoires de la Société d'émulation un petit travail presque entièrement anatomique; MM. Andral et Gruveilbier, qui dans leurs ouvrages d'anatomie pathologique ont élucidé plusieurs questions importantes; M. Becquerel, qui, dans les Archives de médecine de Tannée 1860, a non-seulement étudié la cirrhose sous le point de vue anatomique, mais qui a tracé en outre un tableau fidèle des accidents produits pendant la vie par cette grave altération. Citons enfin quelques études de M. Monneret insérées dans les Archives de 1852, et une thèse rédigée par M. Gubler au concours de Tagrégation pour Tannée 1853.

Anatomie pathologique. — On a distingué trois degrés dans la cirrhose ; mais il n'en est que deux qui soient encore parfaitement établis et dont les caractères soient bien tranchés.

Dans le premier degrés rien n'est changé dans la configuration de Torgane, qui conserve en outre son volume normal ; parfois même celui-ci est devenu plus considérable. C'est ce que M. Requin a vu en i^kky c'est aussi ce que j'avais moi-même observé en 1836 sur une malade morte à la clinique de M. Chomel, et dont la pièce pathologique a été conservée pendant plusieurs années dans le musée Dupuytren.

Lorsqu'on divise un foie atteint de cirrhose, Taspect granité que son tissu présente souvent à Tétat normal est exagéré. Ainsi, au lieu d'un granit à deux espèces de grains, les uns brun foncé et les autres jaunâtres, ou bien au lieu d'une surface d'un rouge intense sillonnée par des lignes d'un blanc rosé et diversement entrecroisées, on trouve le tissu hépatique généralement jaune, marbré de ligues rouges et sinueuses très irrégulières. Le fond jaune, qui est prédominant, est constitué par des corpuscules, par des granulations arrondies plus grosses que les granulations hépatiques : on en trouve quelquefois qui dépassent le volume d'un pois, et qui ressemblent assez bien aux lobules de graisse durcie et roussâtre qu'on rencontre dans les membres infiltrés. Cependant il ne nous paraît pas qu'une seule granulation hépatique puisse acquérir cet excès de volume; aussi lorsque la disposition dont nous parlons existe, elle nous semble résulter plutôt de la réunion d'un plus ou moins grand nombre de granulations : c'est la cirrhose en masse de Laên • nec. Quelquefois, au lieu d'être à peu près uniformément disséminée dans le foie, les corpuscules jaunes se soudent, forment des plaques plus ou moins étendues et assez uniformes : c'est cette disposition que Laênnec désignait sous le nom de cir^ rhose en plaques,

La substance jaune ainsi hypertrophiée parait être tout à fait imperméable ; car, à Texemple de M. Becquerel, j'ai bien souvent constaté que chez les individus atteints de cirrhose qui succombaient avec des symptômes d'asphyxie, ou dans le cours d'une maladie organique du cœur, avec le foie gorgé de sang, on ne voyait jamais ce fluide pénétrer dans les granulations jaunes; aussi celles-ci conserventelles tout à fait leurs nuances propres.

Non-seulement la substance propre du foie est altérée dans la cirrhose, mais le tissu cellulaire est devenu plus dense et comme fibreux. Il forme alors des espèces de cloisons blanches ou grisâtres entre les lobules hypertrophiés; ces cloisons enveloppent les vaisseaux et elles s'insèrent à la capsule de Glisson. Cette hypertrophie de Télément celluleux ou plutôt de la charpente fibreuse du foie avait été reconnue par letf médecins français, mais ils ne l'avaient pas décrite avec le même soin que quelques observateurs étrangers, notamment Kiernan , en Angleterre, Hallmann, à Berlin, qui ont fait jouer un rôle important à cette altération dans la production de la cirrhose.

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