DE L* ATROPHIE DU FOIE ET DES VOIES BIUAIRES
. Le foie peut être atrophié, c'est-à-dire qu'il peut perdre de son poids et de son volume, par suite de la diminution des granulations qui le constituent
Caractères anatomiques. — Le foie peut être atrophié dans toute son étendue, ou seulement dans un de ses lobes, ou dans une portion de lobe. Le volume de Torgane est presque toujours diminué, il peut l'être à un point extrême ; c'est ainsi qu'on l'a vu être réduit au volume du poing (Storck), et même d'une petite pomme (Portai). Le poids absolu est presque toujours moindre ; il peut néanmoins être conservé, et dans quelques cas rares être même augmenté. La forme du foie est rarement altérée.excepté |)ourtant dans le cas où l'atrophie est partielle. Le tissu est presque toujours plus pâle et jaunâtre ; il peut avoir de la cousislance, ou bien être induré ou ramolli. Il est une autre forme d'atrophie du foie que M. Andral a décrite avec soin sous le nom d* atrophie avec raréfaction. Dans cette lésion, le tissu du foie est poreux, raréfié ; il disparaît par places, et est remplacé par du tissu ceUuiaire. On conçoit que dans ces cas l'organe peut conserver sa forme et son volume ; celui-ci peut même être augmenté, mais le poids est toujours moindre ; fré-« quemment alors on trouve dans le tissu hépatique diverses productions morbides, telles que des kystes séreux ou hydatiques. L'atrophie partielle coïncide le plus souvent avec des calcuk biliaires engagés dans les canaux provenant des parties mêmes qui sont atrophiée^
Symptômes, marche, terminaison. — L'atrophie du foie débute d'une manière obscure ; les individus commencent par pâlir, ils perdent de leur embonpoint et de leurs forces ; leurs digestions sont parfois plus pénibles, d'autres fois elles restent intactes. C'est ordinairement après un ou plusieurs mois de cet état de malaise qu'on voit le ventre se développer et présenter les signes d'un épanchement séreux. Dans ce cas, la maladie continue à s'accroître lentement, et se termine constamment par la mort après un temps plus ou moins long. Pendant toute la durée de raOéclion, le^ malades ne présentent auciui trouble spécial vers les fonctions hépatiques: ainsi il n'y a jamais de douleur à l'hypochondre, et l'on n'observe presque jamais d'ictère. Les fonctions digestives sont intactes ; si parfois elles sont troublées, elles ne présentent rien de spécial dans leurs désordres. La nutrition seule est constamment altérée. L'exploration de la région du foie par la [)ercussion fait constater presque toujours une diminution considérable dans le volume de l'organe.
Diagnostic. — On peut soupçonner ou deviner l'atrophie du foie sans qu'on
DE L'aTIIOPHIE MUSCUIAIRE. P^O?
poisse la diagnostiquer sûrcmcnL L*ascito csi le symplômc qui éveille rattenlion sur le siège de raltératlon. £n eiïct, un épanchemoiu ascitiquc qui se forme lenteaient sans être précédé d'cedèiue nulle part, sans douleur vive dans le ventre, san» qu'il existe dans cette cavité aucune tumeur appréciable, devra,, par voie d'exclusion, faire admettre, soit une atrophie simple du foie, soit une cirriy>8e ; mais il n*est pas possible de préciser davantage le diagnostic. On |)onrrait pèHftant, en pareil CU9 parier plutôt pour Texistence d'une cirrhose que d'une atrophie simple, par la raison seule que la première lésion est infmiment plus commune que la seconde; mais on ne tirera aucune lumière de la considération des antécédents, de la marche de la maladie et des symptômes actuels, attendu que tout leur est com^ mon. L'asdte, dans les cas d'atrophie du foie, s'explique par la géoe que la circo» btion éprouve dans la veine porte, par suite du retrait du foie.
Pronostic. — L'atrophie du foie est une affection probablement toujours incurable.
Étiologie. — L*atrophie peut exister seule, sans lésion antécédente, et il n'esC guère possible alors de dire les causes qui y donnent lieu ; d'autres fois l'atrophie est évidemment consécutive à diverses lésions du parenchyme et des vaisseaux du foie : ainsi des tumeurs diverses, des kystes, produisent quelquefois une atrophie partielle de l'organe ; le même effet peut résulter de l'oblitération d'un vaisseau sanguin, et môme, comme nous l'avons dit, de l'oblitération de quelques-uns des conduits dont la réunion forme le canal hépatique.
Je ne dirai rien de l'atrophie de la vésicule, altération fréquente, mais ne se révélant pendant la vie par aucun trouble fonctionnel appréciable. La vésicule atron phiée peut être réduite au volume d'une noisette ; ses parois sont flétries, celluleoses ou bien dures, complètement fibreuses et cartilagineuses. Presque toujours Q existe encore au centre une petite cavité remplie par un calcul ou par du mucus» CeUe altération peut être le résultat de l'inflammation de la vésicule ; mais presque toujours elle est consécutive à l'oblitération du canal cystique, oblitération qui est généralement produite par un calcul, lequel, ne permettant pas à la bile de refluer dans son réservoir, amène peu à peu l'atrophie de celui-ci.
DE l'atrophie musculaire.
Les muscles sont fréquemment atteints d'atrophie. La compression ou la disteU'* sion de ces organes, un long repos, la compression ou l'oblitération des vaisseanit 00 nerfs qui s'y rendent, l'inflammation, etc. , ont souvent pour effet de produire l'atrophie de certains muscles, dont le tissu s'amoindrit de plus en plus, et finit pai^ sahir la transformation ou Gbreuse ou graisseuse. Je n'ai pas h m'occuper ici de cette lésion toujours symptomatique; maisj'appellerai un instant l'attention du leclevr sur une autre forme d'atrophie musculaire, fort judicieusement nommée />ro-' grttiive par M. Aran. Elle consiste dans une disparition ou dans une transfonnatioa fibreuse ou fibro-graisseuse de la fibre musculaire, affectant irrégulièrement eertains muscles, tandis qu'elle en respecte d'autres ; alors même qu'elle s'est éCeadue à toute la longueur d'un membre, souvent il est quelques muscles qu'elM n'iatéresse point. Elle a d'ailleurs de la tendance à s'étendre, à aflecter de la même manière les musclas du côté opi)osé, envahissant ainsi quelquefois l'ensemble du système musculaire.
BiUorique, — Cette aflcclion remarquable, signalée parVau-Swiéten (1), plus
(I) OmmtnU in Boerkaavii aphoris, t, Jll, p. 370, ■ k
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clairement indiquée par Charles Bell (1), par Âbercrombie (2), par Romberg (3), et par Darwal (^), a élé décrite dans ces derniers temps avec une grande préci" sion par le docteur Aran d*abord (5), et plus récemment par M. Tbouvenel (6) ; c'est à ces deux travaux, au premier surtout, que j'emprunterai les principaux détails qui VOQI. suivre.
Symptùamel marche, — Sans cause connue, quelquefois après une exposition au froid, après une fatigue, il survient dans certains muscles des crampes, des soubresauts, des contractions fibrillaires, ou seulement des engourdissements. Bientôt survient un amaigrissement qui ne porte pas sur tout le membre à la fois, comme dans les paralysies, mais sur quelques-uns de ses muscles seulement, d'où résultent des déformations singulières et la perte de certains mouvements. Les muscles ainsi affectés diminuent de volume, leurs fibres s'amoindrissent, se transforment en tissu cellulo ou fibro-graisseux ; si on les presse, alors on ne sent plus une résistance élastique comme à Tétat normal, mais une surface molle, incapable de se contracter, et si le muscle a disparu, on sent des cordons fibreux, ou les surfaces osseuses. D'ailleurs, tant que le tissu musculaire n'a pas été entièrement détruit ou transformé, on voit dans cette affection la fibre musculaire conserver son irritabilité et sa sensibilité électrique.
L'altération , plus ou moins rapide dans sa marche , atteint bientôt d'autres muscles, surtout les muscles homologues du côté opposé. Cependant, quelque étendue qu'elle soit, l'alTection musculaire reste toute locale, et l'on ne voit point les principales fonctions subir sympathiquement aucun trouble. Ainsi la circulation â'exécuté normalement ; il en est de même de la respiration, à moins pourtant que les muscles, à l'aide desquels la dilatation thoracique s'opère, ne soient eux-mêmes atteints. L'appétit est conservé, les digestions sont bonnes, les facultés intellectuelles sont intactes, la sensibilité générale ainsi que les sens ne présentent aucun affaiblissement.
Dans l'atrophie musculaire progressive, on a donc affaire, dit M. Aran , à des sujets dont la santé générale est et reste parfaite jusqu'à la fin. Si l'atrophie est généralisée, on les voit avec des membres profondément amaigris, exécutant à peine quelques mouvements, semblables à des squelettes, manger néanmoins, digérer parfaitement, conserver la liberté de leurs excrétions, rendre un compte fidèle de leur état, posséder enfin l'intégrité de toutes les fonctions autres que celles de la locomotion.
C'est le plus ordinairement par les membres supérieurs que la maladie débute, et souvent ]>ar les petits muscles de la main. Ainsi les éminences thénar et hypothénar s'affaissent, les espaces intra-métacarpicns se dépriment, la peau s'y enfonce, h main est décharnée, et à la face palmaire on voit se dessiner les tendons des flé« chisseurs. Bientôt l'avant-bras s'affecte à son tour ; il est aplati, mollasse, sans reliefs musculaires ; il en est de même du bras, jusqu'aux deltoïdes, qui sont comme membraneux, et laissent sentir toutes les saillies de Tarticulalion scapulo humérale. Les membres inférieurs se prennent de la même manière, et aloi*s la marche et la station peuvent devenir impossibles. Si les muscles vertébraux s'affectent à leur tour, le cou, le tronc se plient en avant, et le menton vient se coller sur la poitrine.
(i) Physiol, et pathoL du syst, ncrv, , p. 160. — (2) Maladies de l'encéphale, p. GÎ2. — fS) Lekrbueh der ncrven krankeiten der mentchen, Berlin, 1851. — (&} London médical Ca» ttttey t. VH,p. 381^ — (5) Archiva gêner alet de médecine, k* série, t. XXIV, p.5. — (0) Thèses do Paris année t851, n* 255.