DU R AMOLLISSEMENT DE LA MOELLE ÉPIMÈRE
fréqoàiiiment des douleurs dans les membres paralysés, sans direction déterminée, eu bien suivant le trajet d'un cordun ner\'eux. Chez d'autres, ce sont des douleurs transversales ou en ceinture. Les paralysies de la vessie et du rectum sont également des symptômes beaucoup moins constants dans le ramollissenieot chronique que dans le ramollissement et dans les myélites aigus, maladies dans lesquelles ils manquent très rarement.
Lorsque le ramollissement ne remonte pas à une grande hauteur, la respiration est libre, les mouvements du cœur sont réguliers, les digestions sont faciles, et ja nutrition peut se faire assez complètement, excepté pourtant du côté des membres paralysés, qui , soit par suite de l'immobilité à laquelle ils sont condaninés , soit aossi à cause de la diminution de Fiuflux nerveux, s'atrophient, perdent leur chalear, et s'infiltrent même assez souveut.
Les symptômes précédents peuvent offrir certaines diiïérenccs : ainsi l'étendue et la marche de la paralysie varient suivant la hauteur à laquelle le ramollissement est situé, suivant aussi qu'il occupe la moelle dans une partie ou dans la totalité de son épaisseur.
Le ramollissement occupe-t-il la région dorsale ou la région lombaire, les membres inférieurs étant seuls paralysés , on dit qu'il y a paraplégie. La vessie et le rectum participent souvent à la paralysie des membres, il y a alors incontinence ou rétention d'urine, et les fèces s'échap|)ent involontairement. Si le ramollissement envahit le renflement cervical, les membres su|)érieurs sont atteints au môme degré que les inférieurs ; les muscles thoraciques étant eux-mêmes frap[)és à leur tour, on voit la res|)iration s'accélérer , se faire presque uniquement par le diaphragme; l'hématose est incomplète, et beaucou)) de malades succombent au [)rogrès d'une asphyxie lente. Les troubles respiratoires sont d'autant plus graves, que le ramol- Ussement se rapproche davantage du bulbe. Si celui-ci était envahi brusquejne:it« coinme dans le raptus héinorrhagiciue, la mort arriverait inslaiitanément par la suspension delà respiration. Mais, lorsque la lésion se forme lentement, on voit les malades présenter d'abord des troubles du côté de la sensibilité et de la motilité des membres; bientôt la déglutition se fait péniblement et devient même impossible, la voix s'affaiblit, enfin il y a une dyspnée qui va croissant jusqu'à ce que la mort arrive.
La lésion pouvant être circonscrite aux faisceaux antérieurs ou aux faisceaux postérieurs, on aura, dans le premier cas, une lésion portant exclusivement sur la motilité, dans le deuxième, sur la sensibilité. Si un seul faisceau est atteint, il y aura, dans le côté correspondant, altération de sensibilité ou de motilité, sui>ant que ïc ramolUseement aflectera un faisceau postérieur ou antérieur. Cependant celte localisation est très rare, même au début de l'affection. Presque toujours, eu eiïet, ainsi que nous l'avons dit précédemment, il y a à la fois abolition du sentiment et du mouvement, parce que , dans l'immense majorité des cas , le ramollissement intéresse la moelle dans toute son épaisseur.
Il importe d'être prévenu que, lorsque le ramollissement atteint les cordons postérieurs de la moelle, il n'en résulte pas seulement une paralysie du sentiment, mais encore un désordre, un défaut de coordination dans les contractions njusculaires; car l'individu , n'ayant plus la sensation des mouvements qu'il exécute, ne peut plus coordonner, harmoniser la contraction musculaire, qui a pourtant alors toute son énergie.
Comme cela a lieu dans la myéhte et dans les autres affections de h mov^Wv^ ^ ç^u voit, dans le ramollissement , Ja paralysie marcher de bas en haut, c'ebl-U-A\ve iV^*
buter simultanément ou snccessivement par les deux membres pelviens. Quelquefois elle procède, au contraire , de haut en bns, c'est-à-dire qu'elle commence par affecter un bras , puis l'autre, et ne s'étend que cousécutivemeiit aux membres inférieurs. On dit même avoir vu ces derniers exercer encore des mouvements volontaires lorsque les bras étaient déjà tout à fait perclus. Il faut en conclure alors que le ramollissement n'était pas assez complet pour interrompre absolument la communication des portions dorsale et lombaire avec le cerveau , ou plutôt qu*il n'y avait d'Intéressées que les fibres qui vont animer le membre thorapique. La moelle, en effet, représente un volumineux cordon composé de fibres qui restent distinctes et chargées chacune d'une fonction spéciale. Il n'y a donc rien d'extraordinaire qu'un membre pelvien soit frappé de paralysie plus ou moins longtemps après le membre supérieur. C'est là un fait analogue à celui qu'on produit chez les animaux, chez lesquels, en dilacérant certaines fibres du sciatique, on paralyse les muscles de la cuisse sans influencer ceux de la jambe.
Les cas où la motilité et la sensibilité auraient persisté dans les parties situées au-dessous d'^in ramollissement complet de la moelle sont excessivement rares ; on se rend compte, pour plusieurs, d'une pareille anomalie en supposant que les racines des nerfs qui vont aux membres pelviens, suivant une direction oblique, se détachent de la moeUe au-dessus du point ramolli , ou bien encore que le ramollissement n'a envahi toute l'épaisseur du cordon spinal qu'au moment de l'agonie et même après la mort, ou pendant les manœuvres de l'autopsie. Knfin il est bien certain que quelquefois on a pris pour des mouvements spontanés ce qui n'était à vrai dire que des mouvements spasmodiques, comme on en observe si souvent chez les sujets atteints de maladies de la moelle.
Ces circonstances expliquent pourquoi on a pu croire que la locofhotîon pouvait encore s'effectuer après la destruction complète d'une partie étendue de la moelle. Cette idée a été surtout émise à propos d'un fait publié par Rullier (1), et relatif à un homme qui, marchant peu de jours avant sa mort, présenta à l'autopsie une moelle complètement ramollie dans une étendue correspondant à huit ou neuf paires de nerfs. En raison de ce fait devenu célèbre parmi les physiologistes, les uns admirent que l'influx nerveux s'était propagé par les membranes restées intactes; d'autres supposèrent que celte transmission s'était opérée à travers les anses nerveuses que les nerfs rachidiens forment au-devant des apophyses transverses; enfin quelques-uns en conclurent que toutes les parties du système nerveux pouvaient exercer leurs fonctions indépendamment les unes des autres. Mais M. Longet, dans une critique judicieuse, objecte à tous que rien ne déniontre que les lésions aient existé au même degré pendant la vie; que le cadavre ayant séjourné pendant trente heures dans un lieu chaud , il y a lieu de rechercher avaut tout si la lésion n'était pas en partie cadavérique.
Durée , terminaison. — Le ramollissement chronique de la moelle a une durée indéterminée, variant depuis quelques mois jusqu'à un nombre d'années parfois considérable, comme quinze ou vingt ans. La mort est la terminaison presque constante de la maladie. Nous croyons la guérison possible dans quelques cas fort rares: on voit alors les malades recouvrer l'intégrité des mouvements et de la sensibilité des parties paralysées. Mais le plus souvent ces individus restent infirmes ; leurs membres sont tremblants, pouvant à peine soutenir le poids du corps; souvent même ils s'atrophient; ils restent privés de mouvement pendant tout
fi) Journal de phytiologie de Mageqdie, avril 1823.