‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 70 sur 265 · DU RAMOLLISSEMENT DE LA MOELLE ÉPINIÈBE · texte numérisé non relu

DU RAMOLLISSEMENT DE LA MOELLE ÉPINIÈBE

le reste de la vie; et quaud ces personnes succombent après un tjemps plus ou moins long, on trouTÇ nne poriioii de la moelle ratatinée, indurée, atrophiée, ou convertie en une trame celluleuse infdtréé de sérosité ou d*un liquide trouble, ou bien creusée de cavités. C'est, je crois, à un ramollissement et à l'absorption consécu-^ tire de la pulpe nerveuse qu'il faut rapporter ce canal de 2U à 27 centimètres de long que M. Maisonneuve trouva creusé dans l'épaisseur de la moelle, à sa partie moyenne et aux dépens de la substance grise, chez une femme de trente ans qpi succomba, au bout de quatre ans, à nue paralysie du mouvement et du sentiment des membres supérieurs^ et du mouvement seul des membres inférieurs.

Diagnostic. — Quoiqu'il soit difficile de distinguer les caractères qui différencient le ramollissement simple de celui qui dépend d'une inflammation du tissu de la moelle, on peut établir pourtant que, dans la myélite, indépendamment d'un appareil fébrile médiocre qui est presque constant» on observe, plus souvent que dans le ramoUissenicnt simple, une douleur locale au niveau du siège de l'altération, des douleurs et des mouvements spasmodiques dans les membres ; la maladie soit en outre une marche plus aiguë.

La compression de la moelle, par une tumeur osseuse ou autre, pourrait en imposer facilement pour un ramollissement ; il importe donc, dans tous les cas, de taire coucher les individus à plat ventre et sur un des côtés, et d'explorer avec une minutieuse attention le rachis. On recherchera s'il n'est pas dévié, si les apophyses ue sont pas plus saillantes ou plus volumineuses. Dans ces cas de compression de la moelle par une tumeur, les accidents qui arrivent tout d'un coup ou progressi- ' vement présentent en général des alternatives très grandes en bien et en mal. Ceci s'explique par une congestion qui peut paraître et disparaître rapidement; il est possible aussi que l'organe surpris d'abord par la compression s'y habitue ensuite, et reprenne en partie ses fonctions, jusqu'à ce que cette compression soit devenue trop forte ou qu'un ramollissement consécutif ait été produit.

Pronostic, — Le pronostic est extrêmement fâcheux; car si les malades ne sue. combent pas, ils restent presque toujours infirmes. La maladie est d'autant plus fâcheuse et le péril d'autant plus grand, que le ramollissement envahit un point plus élevé de la moelle, et que l'altération suit une marche plus rapide. L'amaigris ' srment des membres est une circonstance qui ôte tout espoir d'amélioration.

Etiologie. — Les causes du ramollissement de la moelle sont peut-être encore plus obscures que celles du ramollissement cérébral ; on peut même affirmer que nous ne possédons sur ce sujet aucune donnée positive. Il paraît que cette affection est plus commune chez Thomme que chez la femme, et, contrairement au ramollissement cérébral, elle semble plus fréquente dans la période moyenne de la vie qu*à un âge avancé. On accuse, comme pouvant surtout la développer, les fatigues corporelles, les excès vénériens. C'est une lésion qui n'est pas rare dans le mal de Pott au niveau des vertèbres malades.

Traitement. — La thérapeutique a généralement peu d'empire sur la marche du ramollissement ; d'ailleurs les indications à remplir sont peu précises. Si le snJeC est Jeune et fort, ou du moins s'il n'existe pas des signes de faiblesse, d*adynamie, on devra appliquer quelques ventouses le long du rachis pour combattre la congestion qui existe quelquefois ; mais il faut surtout se hâter de mettre, dans le voisinage de la partie malade, desexutoires profonds, tels que deux, quatre, six oa boit cautères ou moxas, dont on entretient la suppuration. On a aussi conseillé en {lareil cas la cantérisation transcurrente. A une époqne plus éloignée, ou ai&aùmBr irera les bains de mer ou les bai^s sulfureux, nçiturcis ou artiûdels^ Oyil àSixi^^Xi^

également sur le racbis des douches aromatiques ou bien salines ou sulfureuses, froides ou à la température de 30 à 35 degrés, suivant la manière dont elles sont suppoiiécs par les malades.

Les malades seront en outre entourés de soins spéciaux : on entretiendra la chaleur aux extrémités, toujours promptes à se refroidir; on videra la vessie s'il y a rétention d'urine; pq s'oppqsera aussi à la stase de$ matières dans le rectum à l'aide de lavements ; on variera les positions du malade, qui sera couché sur un lit élastique et tenu très proprement, afin de prévepir le développement des eschares qui se forment si facilement dans le cours des maladies de la moelle. Les malades seront alimentés convenablement, et placés dans les qieilleures conditions hygiéniques. Il n'y a aiicun agent rationnel à ^qnner à l'iptérie^r : les mercuriaux qu'on a proposés sont nuisibles ; les préparations d'io4ç que nous avons données souvent nous semblent absolument inutiles. Cependant si l'on découvrait, ou s} seulement on soupçonnait que le ramollissement de Iq moelle se lie à un gondemei^t des vertèbres, on administrerait le sublimé ou l'iodure de potassium, si l'altération était vénérienne ; l'iodure de fer, ainsi que l'huile de foie de morue, s'il y avait une diathèse scrofulcuse.

Nature. — Voir plus haut, page 2u/i, ce que j'ai dit de la nature du ramollissement cérébral.

nu RAMOLLISSEMENT DU CGEUR.

Le ramollissement du cœur signalé par Morgagni, mais confondu, même par les auteurs du dernier siècle, avec la gangrène, n'a été convenablement décrit que depuis Laënnec. Dans cet état, le çcpur, fût il même hypertrophié, est devenu mou, flasque; ses parois sont affaissées; on le roule et on le tord comme on le ferait d'un linge humide; le doigt le pénètre plus ou moins facilement, et cette diminution de consistance peut même être portée jusqu'à une sorte de demi-liquéfaction. Ce ramollissement peut Otre partiel, oq epvahir la totalité du cœur. En même temps que je ccpur est inodifié dans sa consistance, il a éprouvé aiissi certains changements dans sa coloration, et c'es^ surtout d'après eux, et d'après quelques autres modifications, qu'on a djstingiié plpsieprs espèces de ramollissements, savoir : les ramollissements rouge, blanc , jaune, (jélatini forme.

Dans le ramollissement rouge, les fibires charnues sont d'un rouge violacé, et le tissu cellulaire qui les sépare est ordinairemept infiltré d'un liquide rougeâtre, couleur Uc de vin, (|ui est proçluite par du sang aUéré ; plus rarement on voit dans la partie ramollie une multitude de points noirâtres formés par du sang extravase et constituant tout autant de petits foyers apoplectiques (c*est le ramollissement opoplecti joigne de M. Cruveilhier). Les parties ramollies, au lieu d'être rouges, présentent souvent une color^tiqq grisâtre ou même tout à fait pâle : c'est le ramollissement blanc on grisâtre ; il coïncjde souvent avec la péricardite : on ne saurait néanmoins, pas plus que le précédent, le rattacher h une inflammation. C'est tout à fait sans fondeinent que M. Bouillaud considère le ramollissement blanc ou gris comme étant le deuxième degré dp ramollissement rouge, et se rapprochant de l'hépiiiisaiion grise de la pneumonie. Dans le ramollissement jaunâtre, que Corvisart a décrit le premier, le cœur a la couleur jaiinàtre de la graisse un peu pale, ou plutôt, connue dit Laêimec, il a la coloration des feuilles n^ortes. Cette forme n'existe guère que chez des sujets débilités , anémiques, et qui succombent a\t»i: qnekiue diathèse. Knfin Akcnside, sous le nom de 7*âmollissement nélatini- /onne, et jM. Blat)^, sous çeluj (le ramoll^issement sénilc, ont décrit une altération

DU lAMOLUSSEMEirr GADAYÊRIQUE DES PAROIS DE L'ESTOMAC. 23t

da cœur dans laquelle le tissu musculaire ramolli, décoloré, est infiltré d*une sérothé gélatinîfonne.

Le ramollîssement du cœur est une altération presque toujours consécutive , coiocidant souvent avec l'inflammation des enveloppes du cœur ou avec des lésion! organiques de l'organe ; on le rencontre plus souvent encore chez ceux qui succombent à l'une de ces maladies qui impriment aux liquides de Téconômie une modification profonde : tels sont les fièvres typhoïdes, les résorptions purulentej), Içs maladies gangreneuses, certains empoisonnements, la diath{>se cancéreuse, ^tc Ces raoQollissements se développent indépendamment de tout travail inflammatoire : 00 peut voir, en effet, combien ils diffèrent de ceux que la card^ détermine.

Sjfmptâmes, — Toute la symptomatologic du ramollissement du cœur reste ei|r core à faire. La faiblesse du pouls, celle des battements et des bruits du cœur, 1^ syncopes, la couleur violacée de la face, sont des symptômes insuffisants. M. Piofirv indique aussi un défaut de résistance au doigt lorsqu'on percute. Quoi qu'il en soit, nous verrons plus tard que le ramollissement du cœur est sopvent une des causes de la rupture de l'organe.

Ne pouvant pas reconnaître la maladie pendant la vie, il est inutile de rechercher quels doivent en être le proqostic et le traitement.

DES RAMOLLISSEMENTS DE L'eSTOMAC.

De toutes les altérations que les parois de l'estomac peuvent présenter, la pli}8 fréquente est, sans contredit, le ramollissement d'une ou plusieurs des tuniques qqi entrent dans leur composition. De ces diverses membranes, la muqueuse est celle qui se ramollit le plus souvent; l'altération peut gagner aussi les tuniques subjatentes et jusqu'^ la membrane péritonéale ; il suffit alors d'exercer une légèfe traction pour voir s'opérer une déchirure plus ou moins large. Cependant les lésions, quelque profondes et quelcfue étendues qu'elles soient, ne sont pas toujours le vest%e d'une maladie réelle ; quelquefois, en effet, elles sont purement cadavériques, non pas qu'elles soient précisément le résultat de la putréfaction, mais elles se produisent sous l'influence d'une cause spéciale à l'estoiiiac, l'action dissolvant^ que le suc gastrique exerce sur les parois de ce viscère. Il importe de bien çoqoaitre ce g^nre de ramollissement : aussi allons-nous en traiter en détail avant de parler de celui qui est pathologique.

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