‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 71 sur 265 · DU RAMOLLISSEMENT CADAVÉRIQUE DES PAROIS DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

DU RAMOLLISSEMENT CADAVÉRIQUE DES PAROIS DE L'ESTOMAC

Boerhaave, voyant pendre au derrière d'un chien un morceau d'intestin que l'animal avait avalé, supposa que le tube digestif était réfractaire à l'action digestiv^; mais il n'en est rien, ainsi que llunter le prouva pour la première fois en 1772. Dans une communication 2i la Société rovalc de Londres , cet illustre auteur démontra (|ue la portion splénique de l'estomac était souvent trouvée, sur les cadavres, ramollie, dissoute, et que cette altération était identique avec celle que présentent les morceaux de viande ï moitié digérés dans un estomac vivant. Knfin, il établit que Paclion dissolvante était produite par le suc gastrique, et que ce liquide pouvait ramoUir, dissoudre, liquéfier les parois de l'estomac, lorsque la mort avait enlevé à cet organe la faculté qu'il a de résister pendant la vie à l'action du suc qu'il sécrè^ pour le travail de la digestion.

Les idées de tiuiiter furent confirniées bientôt par plusieurs au leurs, entre autres par Spallanzani et surtout par Âllan Burns. Cependant, au commencement de c« siècle, Jxger contesta que le suc gastrique put produire, quand il n'est pas.altéréi les lésions que Hunier avait observées. L'auteur allemand admit, en effet, qu'il fallait que le suc gastrique fût devenu extrêmement acide sous l'influence d'une modification particulière du systèine nerveux, pour qu'il pût opérer la dissolution des parties qui étaieot en contact avec lui. Jaeger croyait d'ailleurs que raltération de l'estomac pouvait s'opérer pendant la vie comme après la mort. L'action dissolvante du suc gastrique sur les parois de l'estomac a été encore démontrée en Angleterre par ^ilson Philip, par Gairdner, d'Edimbourg, et en Allemagne par Camerer. Ce dernier a démontré , dans sa thèse inaugurale soutenue en 1818 à Stuttgart, sous la présidence d'Autenrietb , qu'en examinant comparativement l'estomac de lapins et de chats, les uns tués, les autres morts de maladie, on trouvait l'estomac ramolli, perforé chez les premiers et intact chez les seconds. Il prouva encore que le suc gastrique recueilli sur des enfants atteints de ramollissement et introduit dans un estomac sain dissolvait celui-ci, tandis qu'il n'exerçait aucune action sur lui quand l'animal était encore vivant, à moins pourtant qu'on n'eût coupé d'abord les nerfs pneumogastriques et trisplaucbniques, car alors ' l'estomac se ramollissait comme celui d'un cadavre. D'autre part, John Gairdner pense que le ramollissement peut bien être produit par le seul fait du suc gastrique; mais que, dans quelques cas aussi, il y a eu pendant la vie une affection préalable de l'estomac qui a rendu ses parois plus solubles, plus attaquables par les fluides gastriques. iMais on comprend que c'est là une supposition, et que rien ne peut en démontrer la valeur.

^ Le travail le plus complet que nous ayons sur le ramollissement chimique de l'estomac est celui que le docteur Carswell a publié en 1830 dans le Journal heb" domadaire de médecine. Ce savant médecin a conclu d'expériences nombreuses et variées, et il a mis hors de doute que le ramollissement, l'érosion et la perforation de l'estomac pouvaient se faire après la mort chez des individus bien portants, mourant par accident pendant le travail de la digestion, ou bien chez ceux qui sont empoilés par diverses maladies. Toutefois l'altération est plus fréquente et plus étendue chez les premiers que chez les seconds ; elle arrive surtout lorsque la mort survient pendant le travail de la digestion, ou lorsque l'estomac contient un corps étranger, ou bien lorsque certaines substances médicamenteuses, ayant été introduites peu de temps a\ant la mort, ont excité la sécrétion du suc gastrique, qui agit alors sur les parois mêmes de l'estomac. M. Carswell a bien démontré également que ces lésions sont le produit de l'action du suc gastrique , qui dissout l'estomac et les autres organes avec lesquels on le met en contact, comme il dissout les aliments , sans qu'il soit nécessaire qu'il ait subi préalablement aucune altération, ainsi que Ja^er l'avait supposé.

Les propositions de M. Carswell sont exactes et s'appuient sur des expériences positives ; néanmoins ce médecin distingué nous parait avoir été au delà de la vérité lorsqu'il a semblé rattacher à des effets purement cadavériques les ramollissements que MM. Louis et Cruveilhier ont décrits comme des états pathologiques.

Tout en reconnaissant l'influence qu'exerce le suc gastrique sur la dissolution des parois de l'estomac, il faut néanmoins admettre que cette action n'est pas constante, et qu'elle exige le concoiu^s de plusieurs circonstances qu'on n'a pas encore déterminées. C'est ce qui explique pourquoi on a souvent trouvé l'estomac intact chez des sujets qui succombiieni pendant le travail de la digestion , c'est-à-dire

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dans les conditions les plus favorables à la production du ramollissement dont nous parions : 31. Louis a rapporté deux faits de ce genre, et j'ai eu moi-même locca^ sion d*en observer un autre.

Les ramollissements chimiques peuvent exister sur tous les points de l'estomac \ mais on les remarque surtout dans son grand cul-de-sac et à sa face postérieure, où, en raison deTobliquité des parties et delà position des cadavres, les liquides s'accumulent en plus grande quantité. L'estomac exhale alors une forte odeur acide ; le sang contenu dans les vaisseaux est noirâtre; la muqueuse, décolorée, molle, s'enlève sous forme de pulpe ; Souvent le ramollissement envahit toute l'épaisseur des parois, qui peuvent même être complètement détruites dans une grande étendue. Les matièxes contenues dans l'estomac s'épluchent alors dans le ventre. Mises en contact avec divers organes , elles les ramollissent à leur tour : c'est ainsi qû*on a vu maintes fois le diaphragme et la rate être altérés ; plus souvent encore le diaphragme était tout à fait détruit, de sorte que les fluides, pénétrant dans la poitrine, avaient agi sur la plèvre et le poumon lui-même. Les lèvres de toutes ces solutions de continuité sont molles, amincies, déchiquetées, inégales ; nulle part on ne trouva de vestige du. travail inflammatoire, preuve certaine que ces graves désordres ne sont point survenus pendant la vie. Mais, s'il est facile en pareil cas de déterminer l'instant où les lésions se sont produites, il n'en est plus de mên^e quand le ramollissement, n'atteignant guère que la muqueuse , siège ailleurs que dans le grand cul-de-sac; souvent l'inspection anatomique seule étant insuflisante, on doit alors rechercher s'il a existé pendant la vie quelques troubles notables du côté de l'estomac Cependant nous ferons remarquer avec M. Carswellque, dans le ramollissement cadavérique, la muqueuse est toujours pâle, transparente, tandis que, dans le ramollissement morbide, elle est parfois rougeâtre ; et quand elle est blanche, elle a Fopacité de la crème mêlée à une certaine quantité de farine. Nous devons encore faire obsener que le siège du ramollissement pathologique, son étendue, sa disposition, sont indépendants de toutes les conditions physiques, mécaniques, quiexpiiqoent toujours le siège et les formes variées du ramollissement cadavérique. Ainsi nous avons vu que l'éclat décUve du grand cul-de-sac expliquait pourquoi le ramol- Ussementsiégeaît le plus ordinairement dans cette partie de l'estomac ; l'altération s'étend au loin, et est disposée par bandes étroites uniformément réparties sur toute la surface de l'organe, dans les cas seulement où l'estomac n'ayant plus son volume ordinaire, sa muqueuse présente un grand nombre de replis plus ou moins rapprochés les uns des autres , qui empêchent le liquide de se répandre également sur tonte la surface de cette membrane , et de se mettre partout en contact avec elle. Le ramollissement qui est la conséquence de l'action chimique de ce liquide ne peut alors être produit que sur les bords saillants de ces replis, là où la membrane muqueuse est libre, tandis que sur les parties où elle est lisse , le ramollissement a lieu uniformément ou par plaques plus ou moins larges (Garswell).

Il importe de savoir que la même dissolution peut adecier les parois de l'œsophage. Le docteur ^ilkinsen King a appelé en 18^2 l'attention des médecins sur ce phénomène cadavérique. 11 se produit lorsque, dans certaines positions du cadavre , les liquides de l'estomac refluent dans l'œsophage. Dans ces cas ce canal étant plus ou moins revenu sur lui-même , les plis saillants de la muqueuse sont seuls attaqués , Undis que le fond des sillons , qui n'est pas en contact avec le suc gastrique, reste intact. Cependant, dans quelques cas, la dissolution atteint uniformément la muqueuse et même toutes les tuniques de l'œsophage.

On s'est demandé pourquoi h suc gastrique, qui peut dissoudre VesVouuc àm

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cadavre, ne pouvait pas opérer le même eiïet sur le vivait. Cela tient sans doute, dit le professeur Bérard, aux phénomènes moléculaires qui sont les conséquences de la vie. Parmi ces actes nous citerotis surtout avec lui le renouvellement incessant de Tépithéliu m et la sécrétion du mucus, lesquels sont. passablement réfractaires à l'action du suc gastrique, et se repioduiseqt d'ailleurs à mesure qu'ils sont

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