‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 77 sur 265 · DU RACHITIS · texte numérisé non relu

DU RACHITIS

affection aîguê des poumous et des bronches s^accompagiie d*une dyspnée et d*une aniiété extrêmes. Beaucoup de ces individus, en raison des causes nombreuses qui gênent la circulation et i*hématose , ont les lèvres , les pommettes et la pulpe des doigts violacées, cyanosées ; ils ont les yeux saillants et larmoyants ; leur parole est brève , difficile ; ils sont pris de temps en temps d*orthopnée , et meurent suffoqués; d*autres périssent avec les symptômes d*une asphyxie lente, ainsi que M. Forgel Ta démontré, en 1 836, dans le Journal hebdomadaire. La plupart succombent à des maladies inflammatoires de la plèvre, des bronches et des poumons, affections qui souvent seraient insuffisantes pour produire la mort chez des sujets bien constitués; enûn beaucoup d'autres sont emportés par des maladies du cœur. Il est, au contraire, assez rare de voir ces sujets devenir tuberculeux; il résulte, en çffet, des recherches de MM. Rufz et Guersant, que Taffection tuberculeuse est moins commune chez les enfants rachitiquos que parmi tous les autres.

Diagnostic. — Le diagnostic n'est incertain que dags la première période et . lorsqu'on n'observe encore qu'un ensemble de symptômes généraux. Dès que la déformation du squelette commence, la maladie est bien caractérisée, et ne pourrait être confondue qu'avec Tostéomalacic : mais nous dirons bientôt en quoi celle-ci diffère du rachitis. Faut-il rapporter à cette dernière aiïection toutes les déviations des os qu'on observe dans le jeune âge? Faut-il notamment regarder comme un effet du rachitis des déviations qui affectent si souvent la colonne épi- DÎère des jeunes personnes, sans que les autres parties du squelette présentent une altération analogue? Cette question est difficile à résoudre ; néanmoins nous croyons que beaucoup de gibbosités ne reconnaissent point pour cause le rachitisme, car elles surviennent à un âge où celte affection n'est pas ordinaire; elles se déclarent le plus souvent au milieu d'un état de santé parfaite; de plus, on ne trouve pas dans les vertèbres les altérations que nous avons vues précédemment dans tous les os rachitiques. Toutes ces raisons portent à penser que ces gibbosités tiennent à quelque autre cause : c'est ainsi que la contraction umsculaire , des positions vicieuses, Tusage de certains corsets, et peut-cire le relâchement des ligaments vertébraux peuvent, dans beaucoup de cas, rendre compte de leur développement.

Pronostic. — Le rachitis partiel , n'affectant que les membres à un faible degré, est une maladie peu grave ; car non-seulement elle peut guérir, mais, quand elle laisse des traces après elle , elle n'empêche pas les individus de poursuivre assez loin leur carrière. Il n'en est plus de même quand le rachitis déforme le squelette à un haut degré, spécialement la cage thoracique ; car alors, non-seulement les (.s ne se redressent pas, mais leur déformation entraîne les conséquences les plus funestes.

Etiologie. — Le rachitis est une maladie propre à l'enfance, survenant presque toujours à ré|X)que de la première et de la seconde dentition ; la maladie a son maximum de fréquence de un à trois ans, et surtout dans le cours de la seconde année, d'apK»s les relevés de M. Guérin. On cite des cas de rachitis congénital; cependant il n'est pas bien certain que l'altération des os du fœtus, qu'on a regardée comme une variété du rachitis, appartiennent réellement à cette aiïection. La maladie peut aiïecter les sujets de toutes les constitutions; la plupart des enfants observés par M Rufz étaient bruns, et avaient le système pileux développé ; le rachitis parait plus commun chez les filles que chez les garçons. On avait dit que la proportion était comme 15 est à 1 (Dufour), ou môme comme 20 est à 1 (Marjolin) ; mais M. Guérin a prouvé que la différence entre les deux sexes èUiV \tvtviv\ment moindre, puisgue^i/r 3â6 racbJuques , il en a trouvé iki apparVeu^LWV «OL

2/l6 DES LÉSIONS DE NUTRITION.

sexe masculin et 198 au sexe féminin. Une habitation humide et froide, iine nourriture grossière, insuffisante ou trop substantielle, trop animalisée et fatiguant les organes digestifs, le défaut d'exercice enfîn , sont les causes les plus ordinaireàdu rachitis. M. J. Guérin en a démontré la réalité expérimentalement : ainsi il a développé la maladie chez des chiens qu*il privait d'exercice, et auxquels il donnait une nourriture insuffisante. Ayant également soumis des chiens d'une même portée, les uns à un régime exclusivement animal , les autres à celui du paih et du hit, il a produit le rachitisme chez les premiers, tandis que les seconds en étaient préservés.

Traitement. — Quand le rachitis est simple , il faut ranimer la vitalité en soumettant les malades à une bonne hygiène et à l'usage des toniques. Ainsi, on conseillera dans tous les cas l'habitation à la campagne dans un lieu bien exposé, biett aéré; l'alimentation sera plus spécialement surveillée. Si l'enfant tette encore, on examinera les qualités du' lait de la nourrice. S'il est sevré, on le nourrira avec des bouillons, des potages gras, des œufs frais. On ne lui donnera des aliments plus solides que lorsque les dents seront assez nombreuses pour permettre une trituration parfaite. Les malades boiront du bon vin de Bordeaux , coupé avec des eaux ferrugineuses. On dit d'administrer les amers, les toniques, le kina , l'extrait de gentiane. Mais à ces moyens généralement peu efficaces, on préférera l'huile de foie de morue préconisée en .\llemagne, employée en France par une foule de médecins, spécialement par MM. Brctonneau , Bonnet (de Lyon), Guersant, Trousseau, (^e médicament jouit de propriétés toniques, analeptiques, et j*ai moi-même, en pareil cas, constaté maintes fois son utilité. On le donne chez les enfants depuis 1 ou 2 grammes jusqu'à 60 ; le plus souvent on commence par de faibles doses. Malgré son odeur et sa saveur désagréables, l'huile de foie de morue est bue par la plupart des enfants sans trop de répugnance. Rarement il est nécessaire de prendre ce médicament dans une émulsion ou dans un liquide aromatique. Aux moyens précédents il faudra joindre les frictions sèches, aromatiques, les bains d'eau salée, ou mieux les bains de mer, les bains sulfureux, iodés, ou les bains d'air comprimé , préconisés par M. Pravaz. Dans les deux premières périodes, dans la seconde surtout, il faut que les enfants restent le moins possible debout, afin que le poids du corps n'augmente pas l'incurvation des os. On laissera donc les malades en plein air, exposés au soleil s'il n'est pas trop ardent, et couchés sur des matelas on des plantes aromatiques ; on les promènera de temps en temps dans de petits chariots. Quand les os cessent de se déformer, et que la conslitulion des enfants reprend de la vigueur, il faut leur permettre de l'exercice : la gymnastique pourra dès lors leur con\enir, en ayant soin de provoquer surtout la contraction des muscles qui peuvent opérer le redressement des os. C'est aussi vers cette époque qu'on ix)urra recourir à quelques moyens orthopédiques.

Nature. — Le rachitis est une altération de nutrition du tissu osseux dont la nature nous est complètement inconnue. Pendant longtemps on a fait du rachitis un vice particulier; d'autres, et Rosen spécialement, ont regardé le rachitisme comme une vérole dégénérée ou dénaturée, en passant des pères aux enfants; mais jusqu'à présent rien ne prouve que cette opinion ait quelque fondement

ni- I/OSTÊOMALACIE.

Vosléoinalacw (de p^rcov, o^*, et ptsXaxo;, mou) est le ramollissement des os dans /%6' adulte.

DE l'ostéomalâgie. IUI

Cette maladie, qu'un médecin arabe du nom de Gschusius parait avoir observée le premier sur un homme dont les membres se pliaient comme un vêtement, a fixé Fattention de plusieurs médecins, qui ont recueilli sur cette affection singulière des observations nombreuses. Une des plus remarquables est celle que Morand fils a publiée en 1752, dans les Mémoires de r Académie des sciences, concernant la femme Snpîot, dont le squelette se trouve ad tnusée DupUytren sous Ieil° hu1> Lodwîg,?. Frank, Van der tîaer, Lobsteih, ihm son Anatomie pathologique ; M. Decbambre, MM. Stanski et Buisson dans leurs Thèses soùteilues à Paris, lé premier en 18S9, le second en 1851, ont rapporté des faits non moins intéressants. Leur nombre s*élève aujourd'hui à une cinquantaine, d*apr^s la liste qui eu a été faite par le docteur Buisson.

Caractères anatomiques. — Si les os sont faiblemeiit ramollis, ils conservent leur formé, leur longueur et leur direction normales; mais lorsque le ramollissement est très avancé, on les trouve alors raccourcis, déviés, tbrdus de mille manières; d*aQtres sont fracturés, et presr|Ue toujours alot-s sans traces de consolidation. t)ans an degi^ peu avancé de l'Ostéomalacie, les os ont uiie structure spongieuse; leuré parois soUt amincies: les cellules et les aréoles, agrahdies, sont baignées d'un liquide sanguinolent qui s'écoule par la pression. A une époque encore plus avancée de li thaladie, là substance osseuse a presque disparu ; l'os, toujours recouvert par lè périoste, est réduit en une lamelle mince comme la toquille d'un œuf et formée par Une matière mollasse, comme cartilagineuse, glutineuse, ressemblant d'autres fob au tissu des gencives. Dans cet état, l'os est mou, flexible en tout sens. Sa mollesse varie depuis celle qu'àcquiet-t un os qu'on fait macérer dans un acide jusqu'à celle d'un muscle, de la cire, ou même d'une matière pulpeuse. Ces organes sont aussi plus ou moins fragiles et cassants ; l'altét^ation , généralement plus avancée dans les os des membres et du t^achis, peut envahit* presque tout le système osseux; les muscles sont pâles, infiltrés, déformés. Les expériences des chimistes ont démontré que, dans l'ostéomalacie, il y a constamment diminution considérak>le des phosphates de chaux , puisque les sels calcaires , qui , d'après Bostock, Ibmient dans l'état normal plus de la moitié du poids des os, ne comptent plus que pour un cinquième ou un huitième, même dans les cas où ces organes sont aBectés de ramollissement.

Symptômes, marche, durée, — La plupart des malades commencent par éprouver des douleurs, d'abord légères, puis vives, térébrailtes, dans les os des membres, du bassin, du rachis; | lus tard apparaissent les nodosités qui sont surtout appréciables au tiiveau des saillies artictdaires. La niarchc devient alors pénible, chancelante, puis impossilJe ; et c'est alors que les os se coutbeUt , se dévient et se déforment par le poids du corps ou par la simple contraction musculaire. Les membres se courbent, se tassent et se placent sUr les côtés du corps; le bassin se rétrécit et laisse à peine de place aux organes qu'il |)rotége. Le rachis se raccourcit et se dévie; le thorax prend des formes insolites, et il n'est pas jusqu'à la mâchoire inférieure qui quelquefois ne s*altère; on dit même avoir vu les dents ramollies (Leblanc) et cartilagineuses (Krause). Les os du crâne, quoique participant aussi à Taltération commune, ne sont presque jamais aiïectés au point de modifier la configuration des parties. Les déviations dont je parle sont encore augmentées par les luxations complètes ou incomplètes qu'elles amènent, et surtout par les fractures qui s'opèrent chez beaucoup de ces individus au moindre effort qu'ils font, ou bien lorsqu'on veut les soulever, \vs remuer; ces fractures ne se consoWdenV çves\\w^ jamais. Dans cet é»at, la laiDe peut être dinmuée à un |H)int tel c\u'ou 3^ \v\ A^

ces individus, ayant auparavant une haute stature, devenir aussi petits que des nains.

Malgré ces déformations, il est assez commun de voir la plupart des fonctions, et la nutrition surtout, s'opérer assez régulièrement. Les femmes peuvent continuer à être réglées, et quelques-unes sont devenues enceintes : toutefois la mort arrive tôt ou tard, soit par affaiblissement général, soit par quelque complication ou par ]e trouble survenu dans les organes de la respiration et de la circulation , qui sont plus ou moins gênés dans leurs fonctions. Les douleurs si vives du début persistent rarement pendant toute la durée de Taffection. Les urines paraissent quelquefois contenir, comme chez la femme Supiot, dont Morand parle, un sédiment de phosphate calcaire.

Diagnostic. — L'ostéomalacie ne pourrait être confondue qu'avec le rachitisme ; mais elle en diffère en ce qu'elle n'affecte guère que les adultes, tandis que le rachitis est propre à l'enfance. Celui-ci se forme lentement sans souffrance, les douleurs du moins sont rares, la maladie enfm tend à s'arrêter par les seuls prog;rès de l'âge ; tandis que l'ostéomalacie, précédée constamment de douleurs vives, souvent atroces, a une marche presque toujours croissante. Ajoutons que, dans le rachitis, les os ne sont jamais ramollis au point où ils le sont dans l'ostéomalacie ; on ne peut, comme dans celle-ci, les plier et les tordre comme on le ferait d'un muscle. En effet , dans l'ostéomalacie la structure osseuse a disparu , tandis que dans le rachitisme elle n'est que modifiée. Enfm, le pronostic et la thérapeutique sont essentiellement différents dans les deux cas.

L'ostéomalacie ne doit pas non plus être confondue avec la fragilité des os ; car, dans cet état, les tissus osseux, contrairement à ce qui existe dans le ramollissement, contiennent une moindre quantité d'éléments organiques, tandis que les substances terreuses sont en plus grande proportion ; les os, devenus secs, sont cassants, mais ils ne sont point flexibles.

Pronostic. — L'ostéomalacie est une affection qu'on peut regarder jusqu'à présent comme étant tout à fait incurable.

Etiologie. — L'ostéomalacie est plus fréquente chez la femme que chez l'homme, et cela, d'après Gaspari, dans la proportion de 10 à 3. Rare avant la puberté, plus commune à l'âge adulte, et chez la femme à l'âge de retour, on l'a surtout observée chez les individus affaiblis par la misère, les privations, chez ceux qui habitent des lieux humides et malsains ou qui sont atteints de quelque affection chronique qui les a profondément débilités.

Traitement. — Il faut soutenir les forces par une alimentation succulente, par l'emploi des toniques et par une habitation convenable; combattre les complications qui surviennent, calmer les douleurs par l'opium, placer les malades dans le repos pour empêcher les défonnations et prévenir les fractures. Rien ne prouve d'une manière positive que l'huile de morue ait dans l'ostéomalacie l'efficacité qu'elle a dans le rachitisme.

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