BE LA «AN«RËNE
La gangrène est la mortification des parties molles, c*cst la mort complète d*aQ point da corps. Dans nn organe ou an tissu gangrené, il n*y a plua ni circulation, ni innerration, ni acte nutritif : aussi la sensibilité et la chaleur y sont éteintes; la partie rentre sons Fempireseul des lois physiques; et si la vie se prolonge assez longtemps, cette partie est séparée, éliminée des tissus vivants comme le serait un corps étranger.
Quoique les mots gangrène et spkacèle soient généralement employés comme synonymes, le premier pourtant désigne plutôt la mortification superficielle, le second la gangrène qui envahit toute une partie, un membre, par exemple, dans tonte son épaisseur. La partie du corps qui est mortifiée se nomme eschare.
Caractères anatomiques de la gangrène. — Les parties gangrenées ont toujours subi une altération de couleur. Elles sont grisâtres, noires, brunes, jaunes, blanchâtres ou d*un vert foncé. Ces colorations différentes peuvent dépendre de plusiears circonstances : par exemple, de la cause qui détermine la gangrène ou du tissa qui en est atteint On sait que l'acide sulfurique produit deseschares noires, Facide azotique des eschares jaunes, etc. Le tissu fibreux mortifié conserve une couleur blanche, mais qui est mate et sans poli ; les muscles deviennent d'un brun violet foncé, les intestins d'une couleur jaune feuille-morte, etc.
La consistance et le volume des parties gangrenées sont non moins variables. Tantôt pénétrées de liquide, leur volume est plus ou moins augmenté; elles sont molles, friables, se réduisant en détritus, en putrilage, à la moindre pression; ailleurs, au contraire, les tissus, revenus sur eux-mêmes, sont desséchés, durs, parchemioés, et résonnent à la percussion presque comme un morceau de bois : on croirait voir alors des portions de momies d'Egypte. On dit, dans le premier cas, que la gangrène est humide ; elle est nommée sèche dans le second. M. Lebert rapporte avoir vu une main atteinte de cette forme de gangrène qui, ayant été amputée par Maunoir, put sans préparation préalable être collée à une pierre et servir de serre-papiers.
Les parties mortifiées se refroidissent, elles se mettent en équilibre de température avec les corps qui sont en contact avec elles.
Les tissus gangrenés exhalent une odeur vive et pénétrante, d'une fétidité partientière et caractéristique ; cependant il importe de dire que cette odeur n'est pas toujours la même dans les divers tissus : c'est ainsi que le poumon gangrené exhale plutôt une odeur de pourriture ou de macération que l'odeur propre à la gangrène. On a dit que le contact de l'air était nécessaire pour faire naître la puanteur gangreneuse ; mais il n'en est rien, car on la constate quelquefois dans les mortifications qui se forment au centre des viscères parenchymateux, à l'abri par conséquent du contact de l'atmosphère.
La fermentation putride qui a lieu dans les tissus a pour effet de dégager des gaz qui s'infiltrent non-seulement dans les parties privées de vie, mais aussi dans les tissus environnants. Ces gaz révèlent leur présence par la crépititiou(\u'o\iv^^ duit en pressant avec la niain sur ks tissua où ih sont infUtirte»
Les tissus gangrenés ne conservent presque pins aucune trace d'organisation ; tous les organes, tous les tissus envaliis tendent de plus en plus à se confondre et à devenir homogènes ; les parties tendineuses et les os seuls restent toujours plus ou moins distincts, quoique colorés en noir par le putrilage. Les parties molles qui résistent le plus à l'envahissement de la gangrène sont la graisse et les vaisseaux. Il n'est pas rare, en eflet, de trouver cetix-ci encore intacts et obstrués par de la Fanie fétide ou par un sang noirâtre et coagulé. Quelle que soit d'ailleurs la cause de là gangrène, les vaisseaux sont souvent oblitérés à une certaine distance âil delà ; ils le sont nécessairement quand cette oblitération est la càiise de la maladie. Il li'est pas rare non plus de rencontrer au ceritre d'une escharc des fragmenu; de tissu adipeux parfaitement reconnaissables. Cependant, au bout d*un temps plaft ou moins long, tous les tissus deviennent homogènes et méconnaissables. La gangrène >est tantôt circonscrite, tantôt elle est diffuse. Les parties environnantes sont souvent œdémateuses ou infiltrées d'une matière sanieuse.
Symptômes, maixhe, — La gangrène s'annonce ordinairement par un chàMgetnent de coloration dans les parties ; celles-ci deviennent communément bleiiâtres, violacées ou noires; la circulation capillaire languit et s'arrête; la chaleur diminué puis elle s'éteint tout à fait, et la partie se met en équilibre de température avec l'extérieur. La gangrène dès lors est confirmée.
La partie modifiée peut, ainsi que nous l'avons dit, être dure et sèche; d'autre» Ibis elle est imprégnée de liquides, et elle se réduit, par la pression, ert bouillie putrilagincuse. C'est dans celte dernière forme surtout qu'on observe une inllltrâ*' tiôh séro*sanguinolente et emphysémateuse des tissus environnants et l'odéUr^ngréneuse.
La mortification des parties molles s'accompagne communément de symptOtiieil généraux graves, dépendant d'abord de la cause qui produit la gangrène, et plus tard de l'influence délétère qu'exerce sur la constitution l'absorption dcâ matière^ putl*ides. Ainsi, pour peu que la gangrène soit étendue, on observe là prostHItioft des fbrces, et cette série d'accidents adynamiques et ataxiques que nous âvoUS M déjà si souvent l'occasion de sig laler et de décrire. Cependant ce ferait une et*reùr de croire qu'une gangrène, môme assez étendue, entraîne nécéssaireitiettt OU appareil symptomatiqile aussi grave. C'est ainsi qu'on voit des individus qui, nonobstant une gangrène qui occupe une surface assez large, conservent néanmoins de l'âppétît, de l'embonpoint, et assez de force poUr pouvoir se lever et marcher. Disons pourtant que ces faits sont rares et tout à fait exceptionnels. Ces anotnalies fl'ortt guère lieu d'ailleurs que dans les cas de gangrène par cause externe, lorsque l'altération n'est pas très étendue, lorsqu'elle n'atteint pas un organe important, et lorsque enfin elle se limite promptement.
La gangrène une fois bornée, on sait qu'il s'établit sur ses limites un travail iiiflatnmatoire qui a pour effet de séparer les parties mortes des parties vivantes. L'n cercle rouge, ayant communément de 1 à .'î ou 6 centimètres, se montre d'abord tout autour de l'eschare ; celle-ci semble déprimée en raison du gonflement dé la |>artie enflammée. Bientôt de petites crevasses, puis une plus lat*ge solutioU de cootinuité sépare les parties malades des parties vivantes. Une sut)pUration sanieUse s'établit entre elles. La séparation, après s'être faite extérieurement, s'opèrfe bientôt plus profondément; et l'eschare, de plus en plus mobile, finit par se détacher tout à fait. Cette élimination s'opère plus ou moins rapidement, suivant le plus ou moins de profondeur de l'eschare, le degré de vitalité des tissus et la nature de la cause (juJ amène la morllùtàtion. Ainsi les escliares formées par la |)ean se détachent