‹ Traité élémentaire sur l'emploi légitime et méthodique des émissions sanguines dans l'art de guérir. Avec application des principes à chaque maladieChapitre 31 sur 77 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De l'indication des émissions sanguines ; prise de la qualité du sang, Le état d épaississement. Vs

CCD TLC LES LIT

M 1h re ct à du sang a .été s dans | tous les tems, considérée comme. un moyen d'éclairer le diagnostic et le pronostic de quelques maladies. On s’est servi de cette inspection. pour se déterminer à cesser de saigner ou à saigner davantage.

Ce fluide, en apparence homogène , d’une consistance visqueuse ; est néanmoins trèscomposé. Lorsqu'on le laisse refroidir , 1l cifre un caillot qui nage dans un fluide séreux. Si la sérosité prédomine, on dit .

avec raison que le sang est clair et séreux ; si le caillot emporte par son volume ,

| on

(137) on dit que le sang est sec et épais. Dans ce dernier état, il circule difficilement dans les vaisseaux, et &évient susceptible de former des stases , des engorgemens dans les parties du corps où les propriétés vitales des vaisseaux se trouvent avoir moins d'activité et d’énergie : c’est alors que le seul épaississement du sang consütue un état pathologique qui exige des émissions sanguines artificielles ; car, séjournant à la tête, il disposera aux vertiges, aux étourdissemens , à l’assoupissement à l'apoplexie ; séjournant à la poitrine , il produira des palpitations, une oppression sourde , de la dyspnée ; au ventre, il amènéra des embarras dans les viscères, des obstructions, des hémorroïdes , et toutes les misères que peut occasionner Pengorgement du systéme de la: veine porte ; dans les membres, il proyvoquera des engourdissemens , des lassitudes.

ins cet ‘état , le sang tiré offrira une consistance Ave plus épaisse; son refroidissement fera apercevoir un coagu:

Jam très-volumineux , en proportion de Ja sérosité. L'épaississement du sang devient donc bien légitimement un motif de recourir aux étmissions sanguines. On devra ,

(: 138 ) dans ce Cas, la préférence à l'ouverture des grandes veines , faite largement. C'est

dans des Gihponétantes semblables, que,

par des évacuations de sang répétées ; aidées d’un régime aqueux, lon -opêre

bien réellement cet eflet de la saignée ;

nommé spoliation; c'est-à-dire , que par ce moyen, prudemment dirigé, on parvient, si lon peut s'exprimer ainsi, à reni sde le sang , en enlevant, peu à peu, le plus épais; et, pendant ce tems , on dirige : la titi de manière à obtenir une sanguification plus conforme au libre exercice de toutes les Lee

L’épaississement du sang 4 porté à à un haut degré, peut: amener un état maladif difficile à juger, jusqu’à ce qu'on ait pu inspecter, ce fluide, : voici un exemple très ficheux de sa trop grand consistance.

M. FH... , âgé de quarante ans, d’une constitution athlétique, d’an tempérament lymphatico-sanguin ; ayant de l’emibons point, le teint ‘fleuri ; mangeant beaucoup ; surtout des viandes; buvant habituellement des vins généreux et des liqueurs fortes, est atlemt de vertiges et. d'éblouissemens ; il-est FAens à diverses reprises , et chaque

fois on retire un sang plus épais... Les accidens se renouvellent , se compliquent de mélancolie, et le ARE annonce: tranquillement qu'il Jui a pris envie de se jeter à la rivière... Sa famille et ses amis sont alarmés; M." /7...... est époux et père

tendrement chéri ; c'est un négociant honorable dont les affaires sont dans le meilleur état possible....: Des accidens nouveaux font revenir à la saignée, et le sang se montre | toujours très-noir et très-épai 5... À l’entrée du printems, M, 7... se jette par une fenêtre, se fracture la cuisse, est relevé dans un état apoplectique ; plusieurs veines sont largement ouvertes, on üre trois à quatre livres de sang... Le malade revient à un état de tranquilité et de raison, la fracture se consolide , la tête est saine pen dant six mois. . L'embonpoint redevient prédominant , les vertiges reparaissent, on ouvre la saphène, le sang sort avec peine, il a la consistance de gelée. Les idées de suicide se reproduisent ; eu van M 4...

est surveillé ; dans un DATA où il parait calme et ill: au milieu d’une itéressante famille qu'il adore , il feint-d’avoir besoin d’aller à la garde-r obeet sy coupe la gorge avec un rasoir (1).

(1) VILe Observ. de l'Auteur,

(66) | J'ai dit que, lorsque le caillot était très « volumineux , proportionnément à la sérosité, il Ÿ‘uvait épaississement du sang; mais la forme du caillot, sa con-

‘sistance particulière et sa couleur ont

encore offert aux praticiens l'indication des émissions sanguines artificielles, surtout

‘quand le caillot s’est trouvé ramassé en cul-

d’artichaut , et recouvert d’une membrane jaunâtre, uommée couenne (1). Gelte qualité

(1) MM. Deycux et Parmentier ont trouvé dans la couenne, tous les caractères de la fibrine , et ont

‘confirmé sur ce point les observations de Leveling. Ces savans chymistes ont observé que lorsque cette

concrétion membraheuse était très-épaisse et trèsdense, le caillot était moins solide et donnait moins de fibrine, MM. Fourcroy , Vauquelin et Fhenard ont reconnu que la couenne était formée de fbrine, et surtout d’albumine dans un état concret, ce qui la rapproche beaucoup, quant à sa composition, des caractères des fausses membranes que l’on retrouve dans quelques phlegmasies,

à CERTA Il faut en convenir, la couenne n’appartient pas

“exclusivement aux maladies inflammatoirés ; on l'a

rencontre , quoique moins fréquemment, dans les fièvres continues de tous les genres , surtout vers le

début de la maladie ; dans les fièvres intermittentes,

dans quelqes névralgies., et dans la plupart des maladies qui offrent une réaction fébrile plus où moins pro=

noncée. La couenne offre alors des caractères très-différens, quant à sadensitéet à sa conleur, Danses fluxions

de poitrine et dans le rhumatisme inflammatoire, elle est épaisse de plusieurs lignes , très-compacte,

| se*contracte peu à peu par l'effet de la rétraction

F (14) du coagulum, qui se rencontre dans les maladies inflammatoires, mais plus particulièrement dans les phlegmasies de poitrine , et dans les affections rhuinatismales

aiguës, exige l’ouverture des grandes veines ;

et tant que la force du pouls est en rapport avec la présence de la couenne , la

de son tissu, de manière à offrir une surface concave ; sa conleur est d’un blanc jaunâtre. Dans les maladies qui n’appartienent pas aux phlegmasies franches , ou dans celles qui présentent des complications inflammatoires avec d’autres affections, les caractères physiques de la. couenne sont très-variables ; ainsi dans les pleurésies bilieuses, elle est d'un jaune plus ou moins foncé; elle est molle, gélatineuse , grise ou verdâtre, dans la période d’irritation des maladies qui tendent à devenir adynamiques ou ataxiques , etc, ( |

‘La couenne est donc modifiée suivant la nature

* de la maladie et l’état particulier des principes cons-

titutifs du sang; et cette considération justifie déjà Vimportancé que la plupart des praticiens y ont attaché. H me semble donc qu’on doit avec Sydenham; Boerhiaave , Van Swieten , Stoll, Cullen , Macbride, Grimaud , Bordeu et beaucoup d’autres praticiens recommandables, mettre la densité de la couenne et celle de la surface du caillot, au nombre des caractères généraux , communs aux phlegmasies , sans néanmoins qu’elle puisse seule autoriser l'emploi des émissions sanguines artificielles. Cependant, dans quelques maladies inflammatoires obscures , où le praticien ne s’est déterminé à faire une petite’ sai-

l gnée , que comme moyen d'exploration , la présence

de la couenne peut dissiper ses incertitudes , et Île conduire à réilérer use saignée pour laquelle it n'aurait pas osé se décider avant linspection du sans, :

( 142 ) consistance du caillot, sa couleur noire; tant que, d’un are côté, les accidens continuent à sévir, on peut pousser très-loin les saignées. |

Ainsi, lors d’épaississement manifeste du sang, il faut, par des émissions sanguines répétées suivant le besoin, aidées d'un régime délayant, corriger cette aliération, et prévenir des congestions fàcheuses : par ce moyen, on dépouille peu à peu la masse générale du sang de fibrine et d’albumine , qui, dans ce cas, prédominent sur ses autres principes constitutifs.

Selon le docteur Greiner , l’inflammation est une maladie artérielle, et la congestion une maladie vemeuse; dans l'an et l'autre état, les vaisseaux capillaires viennent partager les dispositions du syséme affecté; ensorte que dans ce qu'il nomme lurtériellité, le vaisseau capillaire devient artère, et que dans la congestion désionée sous le nom de vénosité, le.

vaisseau capillaire est suffoqué par le sang veineux (1). |

(1) Dans l'inflammation il y a angmentation d’ae- Uvité du systéme artériel , exaltation, du système nerveux ; accumulation et concrétion de:fibrine, etc,

Le fait suivant semble venir à Pappui

He considérations qui Per ; 1l à été.

consigné par M; le pf olesseur Leroux ,

dans le Journal de méd. (tom. IX; p. 132).

Le: jeune Fortassin, d’un tempérament sanguin, d'une str on ioyenne, d'une constitution très-vigoureuse , ayant le col

court, la peau brune, le visage coloré,

sujet aux hémorroïdes, ressentait des malaises assez fréquens , toussait habituelles ment sans être enrhumé ,:.6i avait souvent de l’oppression.... Il s'était couché à onze heures , assez bien portant , et fut trouvé mort à trois heures, éiendu sur le ventre, sa main gauche sous sa poitrine... Les personnes avec lesquelles il avait passé la soirée , avaient remarqué qu'il avait les yeux cernés , et que la couleur noire de ses paupières descendait presque jusqu'aux ailes du nez.

L'inspection cadavérique fit voir ce qui suit. Le visage, le col et la poitrine injectés, et les vaisseaux. capillaires dé ces

La congestionest au contraire marquée par une diminution dans l’activité de la circulation, par un sentiment obscur de compression, par } abohdance ‘d’un sang veineux et carboné , lequel agit comme narcotique.

parties tellement remplis de sang , que la

‘ peau en était noire comme à la suite d’une

fortè meurtrissures… En incisant le pounon gauche, on découvrit dans sa partie supérieure un engorgement sanguin ; les bronches du même côté contenaient une

certaine quantité de sang noir. La cavité

droite du thorax était remplie d’un fluide

noir coagulé; tout le poumon en était gorgé;

sa surface offrait plusieurs déchirures profondes ; la substance ce de viscère était tellement dénaturée, tellement confondue avec les caillots très-compactes dont elle était environnée , qu'on ne pouvait l'en séparer qu'avec beaucoup de peine. Presque partout, lorsqu'on tranchait cette masse avec le scalpel , on ne pouvait distinguer où fi-

nissait le poumon, et où comimencaient les caiilots. Les ects du côté droit

étaient pleines d’un sang noir ; la trachéeartère , le larynx , la gorge et les fosses nazaies en contenalent aussi...

Voilà un état de congestion sanguine bien manifeste, qui est venu envahir le poumon et qui a donné la mort. L'ouverture du

cadavre a fait rencontrer PARTONS un .

Sang noir et carboné. Des saignées pro

phylactiques., dirigées avec prudence, in-

Cas) diquées d’ailleurs par la constitution du ‘malade , et par l’oppressign qu'il éprouvait habituellement, auraient prévenu cet accident qui a enlevé à la médecine un sujet distingué. : QE ?

. J’ai dit que lorsqu'un sang épais séjournait vers la tête, 1l y produisait des vertiges , des éblouissemens, et quelquefois le trouble passager des fonctions intellectuelles ; mais pourrait-on , par la stase d’un sang de cette nature, rendre raison du penchant au suicide observé chez quelques individus , dont la constitution physique se trouvait en rapport avec cet élat des humeurs ? ou en d’autres termes , la congestion d’un sang épais, portée à un haut degré ) €Xerçani une Com pression lente sur le cerveau, serait-elle capable d'amener ce désordre moral qui conduit l’homme à méditer-sa destruction? Un évènement semblable à celui que j’ai déjà cité, vient de se reproduire sous nos yeux. Le sujet qui fournit cette seconde observation de suicide , réunissait tous les indices de la congestion sanguine. pds

MB... , âgé d'environ cinquante ans, ? L s 4 d’une constitution replète, mangeant abon-

RUN «ET AD PES damment des viandes, et buvant. habituellement des vins de Bordeaux purs , attemt de somnoïlefce après chaque repas, s'est ouvert, avec un rasoir, l'artère brachiaie au pli du bras et au poignet (1), apres avoir passé la soirée, avec sérénité, dans un cercle nombreux, M° B....:..

d'un caractère naturellement mquiet et pusillanime, très-riche , célibataire, était généralement aimé et estimé; le commerce voyait en lui un négociant honorable, et les indigens trouvaient un bienfaiteur. El avait chez l'Etranger des relations fondées sur la confiance qu'inspirait sa probité. Aucune circonstance légitime ne pouvait le conduire a se donner la mort. Cet acte prémédité à Paris, a reçu son exécution deux jours apres son arrivée à Nantes. Une fächeuse disposition des humeurs, et surtout leur état habituel d’épaississement, en ont été probablement la seule cause (2).

(1) Le sang qui a coulé de ces blessures était trèsépais; la fibrine et l’albumine y prédominaient sur le serum. | |

(2) Le suicide est plas commun chez les Anglais que chez tonte autre nations; leur constitution est en général lymphatico-pléthorique ; ils mangent beancoup de viande ,et boiven ahondamment des liqueurs spiritueuses , ainsi qu'une bière forte, ce qui doit lenr procurer nn sang trés-épais.,..... e

(2) VIII Observ. de l’Aut. | 14

(147) L’épaississement du sang constitue donc un état maladif très-réel, anquel il conviendra toujours d’oprôser des émissions sanguines réitérées , les boissons aqueuses , la diète végétale, l'exercice , etc.

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