CHAPITRE SIXIÈME
DES TEMPS, DES PAS, DES ENCHAlNEMENS ET DE l'^TRECUAT.
* XJlTtachîz-vous à la correction et à la précision dans votre danse j que tous vos temps soyent règle's d'après les meilleurs principes que vous avez reçus, et que l'exe'cution de vos pas soit toujours e'ie'gante et gracieuse *.
Il faut que les mouvemens des grands temps soyent larges, moelleux, et faits avec majesté', et qu'en les exécutant, le danseur montre une grande pre'cision , de la fermeté' et de l'aplomb en les terminant. Dans les temps terre-à-terre, vous ne sauriez assez faire jouer le ressort des coude-pieds, pour en rendre l'éxecution plus agre'able i et plus gracieuse , et renforcer et baisser les pointes pour la rendre vive et brillante.
L'artiste doit s'attacher à nuancer ses pas le plus qu'il lui sera possible, et il faut que son exécution correcte en marque la
diversité; c'est-à-dire , que dan» les pas
d'aplomb et d'attitude il montre de la souplesse, et se dessine scrupuleusement dans toutes les règles de l'art j il faut que dans les pas d'e'le'vations il déployé sans cesse un mâle vigueur» et que ses pas terie-à« terre viennent faire opposition à ces derniers , par l'agilité' qu'il aura dans les jambes. Mais qu'il se rappelle que le choix des pas soit toujours propre au genre qu'il a adopte , et convenable à sa construction physique.
Dans les enchaînemcns , c'est la variété et la nouveauté qu'on doit rechercher ; il faut que l'artiste en dtudie soigneusement la composition, et que son goût lui indique l'art d'être agréable. Ne mettez jamais dans un enchaînement de grands temps , des pas de force, ou d'une e'ie'vation exagérée; évitez de rallentir et de refroidir par des poses ou des développemens, l'effet d'un enchaînement de temps , de pas de vigueur, réglés sur un motif musical , vif et précipité (l). : • , :
Soyez vigoureux, mais sans roideurj
(i) Voyea U uQie (a), pag. 3a.
que YOtre entrechat (i) soit croise, et pass<? avec franchise et netteté'. Travaillez pour
(i) Entrechat: saut léger et brillant, pendant lequel les deux pieds du danseur se croisent rapidement, pour retomber à la cinquième position, ou en attitude sur une jambe (a)j comme dans l'entrechat h cinq, à sept, à neuf; dans la cabriole , dans les brisés , etc. , dans les ronds-dejamhes en Pair, etc. \S entrechat se prend sur place, par un assemblé, par un coupé ou par un jette. Le corps s'élance en l'air, et les janibea passent à la cinquième position. On passe des entrechats à quatre , à six , à huit , à dix , et même on peut les passer à douze. L'on a vu un danseur le frotter jusqu'à quatorze ; mais ce sont des tours de force, toujours désagréables, et qui ne produisent autre chose que l'étonnement de la force musculaire du sauteur. Le danseur ne peut alors achever ses temps, et son corps ébranlé par des mouvemeus aussi rapides, fait des contorsions qui blessent la vue. Les plus beaux entrechats sont l'entrechat à six et l'entrechat à six ouvert, qui se fait en ouvrant le troisième temps ( voyea pi. XII, fig. 4 )» 6^ l'entrechat à huit
(a) On peut terminer tous les entrechats que l'on finitsurune jambe, ainsi que les ronds-de-jambes en Tair, dans les attitudes et les arabesques qu'offrent les plancitet iodique'es daus le chapitre précèdent.
acquérir une ^e'vation facile; c*cst une belle qualité chez le danseur qui lui est néces-
Entrechats différents; entrechat à cinq dessus; entrechat à cinq dessous; brisé de côté , dessus et dessous; en nirière et en avant; entrechat h cinq de côté, et en arrière; sissonne battue eu avant et flissonne battue derrière; entrechat h auatrc sur une janibe ; entrechat à sept en avant et en ariière ; ia cabriole à un et «i deux temps; la cabriole italienne en avant et en arrière; les deux ronds-dejanibes en dehors et en dedans, etc.
On fait aussi tous ces entrechats en tournant, excepté les biisés dont j'ai pailé, les entrechats k cinq de côté et en arrière, et la cabriole. L'entrecliat à sept en avant est de ce nombre. L'en- Irechat à six se fait en tournant.
Observations siif l'entrechat, et sur ia manière de battre et croiser les temps y des danseurs jarretés et arqués.
Jarret^ s. - i •■ ■
La contraction des muscles dans le» efforts dusaut roldlt les articulations, et contraint chaque partie à rentrer dans sa place et i revenir h sa forme naturelle ; les genoux , ainsi forcés , se portent donc en dedans, ils reprennent leur volume; ce volume met un obstacle aux battemens de l'enirechai. Plus ces parties se joignent, et plus celles qui leur sont inférieures s'éloignent, les jambes ne
saire pour l'exécution des temps , de force
pouvant ni battre ni croiser, restent comme immobiles air moment de l'action des genoux , qui roulent désagréablement l'un sur l'autre; et l'entrechat n'étant ni coupé» ni battu , ni croisé par le bas , ne saurait avoir la vitesse et le brillant qui en font le mérite.
La manière d'étudier, comme je l'ai déjà difc au chap. H, Étude des jambes ^ et le temps, parviennent à corriger ces défauts, '
Arqués.
Ds sont nerveux, vifs et brillants dans les choses qui tiennent plus de la force que de l'adresse; nerveux et légers, attendu la direction de leur4 faisceaux musculeux, et vu la consistance efc la résistance de leui-s ligamens articulaires ; vif* parce rju'ils croisent plus du bas que du haut, et qu'ayant, par celte raison, peu de chemin à faire pour battre les temps, ils le» passent avec plus de vitesse ; brillants parce que le jour perce entre les parties qui se croisent et se décroisent. Ce . jour est exactement le clair-obscur de la danse ; car, si les temps de rcnirechat ne sont ni coupés ni battus y et qu'ils soyent au contraire frottés et roulés l'un sur l'autre, il n'y aura point de clair qui fasse valoir les ombres , et les jambes trop réunies n'oJDCriront qu'une masse indistincte, et san5 effet» Les Arqués ont «n général peu d'à» •
et de vigueur (i). Si vous vous procurez
de la vivacité' , elle donnera du brillant à
dresse , parce qu'ils comptent sur leur force , et que cette même force s'oppose en eux à la souplesse et h l'aisance.
(i) Observations sur ceux qui sautent.
« La natura opéra ed insegna senza alcuu di- « scorso del saliatore, che quando vuol saltare, « egli alza con impeto le braccia e le spalle , le « quali seguitando l' impeto, si muovouo iusierae « con grau parle del corpo, e levansi in alto, sino a « lanto che il loro impeto in se si consumi : il quai « impeto è accompagnato dalla subita estenslone del « corpo incurvato nella schlena, e nella giuutura « délie coscie, delle ginocchia e de'picdi, laquai «( estensione è falta per obbllquo, cioè innanzi ed « ail' insu ; e cosi il moto dedicalo ail' andare iu- « nanzi poita iuuauzi il corpo che salia , ed il m. moto di andare ail' iusù alza il coipo , c fagli far« « grand' arco , ed aumcuta il salto. »
Léonard définit parfaitement l'aclion de l'horarac qui saute, et les raovens qu'il employé pour s'élévcr de terre. D nous démontre la force , l'impétuosité des raouvemens des bras et des épaules, qm entraînent le corps , lequel déjà courbé et parfaitement posé sur les hanches et sur les genoux , ployés et préparés à prendre leur élans, que doit faciliter le ressort des coude-pieds , saute et «niraîne tous les autres membre* , et s'élève de
Tos pas, et vous enohanterez les yeux. Soyez léger le plus que vous pourrez ; le
teiTC. Cependant le danseur qvii s'élèverait et « qui ( pendant sa danse ferait mouvoir le corps par « secousses, qui hausserait ses épaules par le ( contre-coup des jambes, qui plierait ou lâchec rait les reins, pour faciliter l'exécution des temps c d'élévation, serait blâmable ( chap. I ). 11 faut f que le corps soit tranquille, inébranlable, et tou- M jours posé gracieusement. »
Dans les entrechats et dans les temps d'élévation, on peut se dessiner presque dans toutes les altitudes et arabesques. Selon moi, les plus belles positions sont celles qu'offrent les fig. i, 3, 3 et 4 de la plane. Xlll. Position du danseur dans Ten- Irechat droit, fig. 4^ p'- ^D.
Entrechat et temps d'élévation , où le corps est penché en avant, fig. a et4i pi- XIIl. Entrechat «et temps d'élévation, où le coips est penché en arrière , fig. 3 , même planche. Elévation ordinaire du danseur , mesure de deux pieds , fig. 5 , plane. XII.
Observations physiques sur l'homme qui s'élève de terre.
Corne nel saliar dell' uorao in alto vi si trovano tre moti.
« Quando l'uomo salta in alto, la testa è tré <; yolte piii yelgoe ch^ il calcagno del piede ,
spectateur veut trouver dans un danseur
quelque chose d'aérien ; celui qui est pesant et lourd , ne produit qu'un vilain effet, et trop éloigne de ce que l'on attend de lui. Éludiez le ballon j j'aime à vous voir parfois bondir dans un pas, et faire preuve d'agilité, de souplesse : que je puisse croire que vous effleurez à peine la terre, et que vous êtes prêt à voler dans les airs *.
Attitudes du danseur dans les temps d'élévation et dans les entrechats , fig. 4 , pi. XII; iig. I, a, 3 et 4, pi XIII.
Élévation de deux pieds de hauteur , fi g. 5,
pl. XII.
NB. Le danseur peut prendre dans l'instant de son clcvalion toute espèce d'allilude et d'araLcsquc, comme je l'ai déjià dit.
« innanzi che la punia del piede si spicchi da M terra, è due volte plîi veloce che i fianchi; e « questo accade, perché si disfanno in un raedc- « simo tempo ire augoli, dei quali il superiore è « quello dove il buslo si congiunge con le coscie « dinanzi , il secoudo è quello dove le coscie di ff dietro si congiungono cou le gamhe di dietro , m il lerzo è dove la gamba diuanzi si congiunge «COQ r osso del piede. k , .,
( Léon. , Tratt. di Pittura ).