‹ Traité élémentaire théorique et pratique de l'art de la danseChapitre 11 sur 19 · DES PIROUETTES · texte numérisé non relu

DES PIROUETTES

Vc la manière de les prendre ou préparer ^

. de celle de les faire et de les Jiler; des

diverses positions ou attitudes que Von

peut avoir en tournant, et des différentes

manières de les arrêter et de les terminer.

VJi EST aux progrès ëtonnants de la danse moderne (i) que nous devons les pirouet-

(i) L'art de la danse a été porté par Dauberval, Gardel, Vesliis, et quelqu'autre grand artiste , à un si haut degré de perfection , qu'elle a du surprendre Noverre lui-même (a). Les artistes du siècle passé sont inférieurs à ceux des dernières années de la même cpocjue, et à tous ceux du commencement de celui-cL On ne peut s'empêcher d'iidmirer la rapidité des progrès qu'a fait

(a) Ce grand talent a dû en avoir la preuve convain» cantej il s'est trouve aussi à la plus belle époque de» progrès de la danse, et il n'y-a que très-peu d'année» qu'il' est mort.

tes ; nos anciens danseurs , ainsi que Noyerre, ne les connaissaint point, et ils pen-

l'art moderae. Nos danseurs possèdent un goût plus épuré, leur danse est remplie de grâces et de charmes ( qualités qui n'ont jamais existé chez nos anciens artistes ), les plus heaux temps d'aplomb, d'équilibre, étaient ignorés; les poses gracieuses , les belles attitudes , les séduisants arabesques , n'étaient pas en usage. L'exécution vigoureuse et brillante, la muluplicllé des pas, la variété des enchaîucmens, les difTérentes pirouettes, n'erabellissalent pas encore l'art naissant; et l'exécution de l'artiste était boniée par la plus grande simplicité (a).

11 faut avouer cependant, en faveur des anciens danseurs, de nos premiers maîtres, qu'ils se sont distingués dans le genre grave ou sérieux , beaucoup plus que nous et que les Dupré , et Ves- Iris père, ont été les modèles les plus parfaits de ce genre si vanté, et qu'ils ont eu très-peu de bons imitateurs (voyez la note (i), pag. 89). H est vrai que ces danseurs n'avaient pas une exécution variée, et qu'ils n'étaient pas fécond* en pas, mais ils étaient parfaits dans le peu qu'ils

(a) Pour vous satisfaire pleinement, et pour vous douaer des preuves certaines de ce que j'avance h l'égard des danseurs anciens, et modernes , liseï dans l'Encyclopédie les articles sur la dansé; rédigés par Nowrre.

8t^ saient qu'il était impossible de surpasser les trois tours sur le iJoade-pied. Les meilleurs danseurs d'aprësent prouvent le contraire. L'exécution actuelle des diverses pirouettes est vraiment extraordinaire, en ce qu'on est parvenu à faire l'aplomb le mieux conserve', et à maintenir le corps dans l'équilibre le plus parfait (i). L'on devrait peut-être regarder MM. Gardel et Vestris comme les inventeurs des pirouettes ; ce dernier est celui qui, en les perfectionnant, les a multipliées, et les a mises plus à la mode. D'autres excellents danseurs ont encore enche'ri sur lui , et en ont fait de surprenantes , presque dans toutes les manières.

faisaient. Maintenant que l'art de la danse est si compliqué, et que presque tous les élèves de nos jours se destinent à tous les genres, il est diflîcile de trouver un artiste parfait.

u Qui trop embrasse mal étreint. »

(i) Les jeujies danseurs seniiront parfaitement ce que je dis; ils sauront déjà ce qu'il en coûte, pour parvenir seulement à se soutenir sur une jamLe, et puis après sur la pointe du pied,; et quel travail il faut riisulte pour tourner dans une position quelconque, sans jam£Û^ ébranler aucune parila du • corps.

Une pirouette de trois à quatre fours, filc'e à la seconde et arrôtoe dans la même position , ou en altitude , est la preuve du plus grand aplomb que le danseur puisse avoir. Rien dans la danse ne surpasse celle difficulté.

La pirouette demande un grand travail.

L'homme que la nature aura favorise dans sa construction , parviendra à les exécuter avec grâce; mais celui qui sera serré des hanches , et qui se trouvera gôné dans le développement des jambes , ne réussira que faiblement , et ne pourra bien tourner que 6ur le coude-pied ; il faut qu'il abandonne les grandes pirouettes. Le danseur d'une construction trop vigoureuse ou arquée, éprouvera le m(5me sort ; la force musculaire lui enlèvera la souplesse, le moelleux des jambes, et la tranquillité que doit avoir le corps , pour conserver un parfait équilibre. Les jarretés et les constructions délicates l'emportent sur ces derniers,* ils auront plus de douceur , plus de facilité dans les membres, et seront beaucoup plus tournés. Il faut être très-en-déhors pour de- Tenir un bon Pirouetteur (qu'on nous permette ces expressions d'école ).

* Daus vos pirouettes, observe? l'équili-

bre le plus parfait (i), el soyez toujours bien placd en les commenrant (2), en

(i) « La plante du pied est la vraie base sur « laquelle porte toute notre machine. Un sculpteur « coureralt risque de perdre son ouvrage s'il ne « rétayait que sur un corps rond et mouvant; la « chute de la statue serait inévitable j elle se rora- « perait et se briserait iufailliblemcnt. Le danseur, « par la même raison , doit se servir de tous les « doigts de ses pieds, comme d'autant de bran- M elles, dont Vécartement sur le sol, augmentant p l'espace de son appui, alTemiit et maintient son « corj)S dans l'équilibre juste et convenable ; s'il « néglige de les étcudre; s'il ne mord en quelque « façon la planche, pour se cramponner et se tenir u ferme , il s'ensuivra une foule d'accidens. Le « pied perdra sa forme naturelle, il vacillera sans « cesse et du côté du petit doigt au pouce , et K du pouce au petit doigt; cette espèce de roulis « occasionné par la fonne convexe que l'extrémité « du pied prend dans cette position , s'oppose à « toute stabiUlé 3 les chevilles chancellent , et Xùr « plomb se perd. »

(2) Voyez la plane. VH, fi g. 3. D faut que ïe corps soit bien assuré sur ses jambes dans cette position, et que les bras soyent prêts à donner le mouvement et la force au corps pour le faire loiuner, et qu'en même-temps il prennent leur position , sei-vcnt de balancier pour • conserver

les tournant (i) et en les terminant. Ar-

l'équilibrc de toutes les parties du corps qui se trouvent appuyées sur une seide jauibe, et sur rcxiréniiié de la pointe (a).

(i) Les posiiious , jes aitiiudes du danseur, les plus connues et les plu» usiices dans les pirouettes, sont; à la seconde ( voyez pi. VI, fig. i ), en ûitiiudc ( voyez pL VllI , lig, i ) et suj' le coudepied ( voyez pi. IX , fig. 4 )• Pourquoi les danseurs en général soul-ils aussi limités que cela dans la manière de se poser en tournant? Car lorsqiie l'artiste est pa^^'enu ^ filer y à pirouetter, le travail peut aussi le faue parvenir ii tourner en arabesque, ou dans quekjuc autre attitude différente ; j'ai été le pronùcr à m 'écarter de la rè- ^ gle conuuune , et ayant de la facilité pour pirouetter , j'ai réussi avec quelque succès dans ces nouvelles pirouettes, dont la première, est de filer trois tours, par exemple, à la seconde, et de placer ensuite la jambe et les bras dans la position de l'arabesque qu'offrent la Cg. 4 de lu pi. X ,

(fl) Avant de préparer la pirouette en-dehors ou eu dedans, le danseur peut rester placrf dans toutes les altitude! ou arabesques qui icrrainent sou enchaînement- Cependant les positions les plus usitées, et celles qui facilitent la préparation de la pirouette, parce que le corps se trouve droit, et qu'il est dcji en aplomb sur ÏC8 jambes, sont les positions, y?f^. 3, 4 et 5, pi. \;fs. 4» Vh IV i /?g. i et 4 , pi. Y i fg, i, pi. VI, J!g. ,, pL yHl

rèlez-les avec ' aplomb et assurance ; que

et de tourner tfois ou quatre tours dans celte attitude en l'arrêtant dans la môme position. L'exécution parfaite de cette pirouette est d'un e£fet uès-agréaLIe et très-gracieux.

Une autre pirouette (pii est d'une grande difficulté , et qui est d'un uès-bel effet , est celte autro f|ue j'ai faite; pour cela, après avoir fdc à la seconde, il faut filer dans la position de l'arabesque à dos-tourné , que représente la fig. 3 de la pi. XI. IjC corps doit alfjrs ^e bien allongé et bleu penché, et les bras et la tête doivent gracieusement accompagner le mouvement. Cette pirouette a quelque chose qui étonne; car le corps du danseur est si penché, que l'on dirait qu'à charpie tour qu'il fait il est prêt à tomber, ou qu'on croirait qu'il y-a quelque chose d'Incompréhensible qui lo soutient , parce que la position du corps , des bras, de la jambe -qui est eu l'air, et la vitesse avec laquelle on tourne, dissimule le centre de gravité. Cette plroueile , selon moi , est la phis difficile de toutes «celles que l'on peut faire. J'ai aussi tourné dans l'altitude fig. 4 ^^ '^ p'- ^^^' Celle piroueue est, d'uu grand effet. La position angulaire du bras droit doit ajouter au brillant de la pirouette. On peut s'en servir dans un pas de caractère.

Dans un rôle de Mercure que je représentais* je pris, en plroucUant, raliilude de la slaluc de

ae

le dessin de la position de votre corps',

/. Bologne (voyez la fig. i, plane. IX ); cette belle position est irès-diflîcile ; et si l'on n'est point canil)ré naturellement, on n'y réussira pas , et eUe ne pourra même produire aucun effet. U faut rpie le corps soit trcs-penché en avant, et que le bras droit se développe presque en entier. La jambe qui est en altitude doit se plier, et par son mouvement elle doit accompagner le contour arrondi de la position du corps. Afin de rendre cette attitude encore plus gracieuse pour un danseur , on doit étendre le bras gauche qui tient le caduccej en enlevant cet anjjle que produit l'action du bras, cela rend la pirouette beaucoup plus agréable. Dans le geste indicatif de l'action, cette pose est remplie de vérité , et ne doit pas êue modifiée. Je terminerai cette note sur les pirouettes, en disant à l'élève qu'il peut tourner dans toutes sortes d'altitudes et d'araljcsques , pourvu que le dessin de son corps, de ses bras et de ses jambes soit gracieux et facile, et que le mouvement de toutes les pai-lics du corps soit naturel, et dénué d'une pénible ei désagréable afiectation.

En terminant, on peut arrêter les pirouettes dans toute sorte de poses, d'attitudes et d'arabesques. Genres différents de pirouettes; pirouette à petits baltcniens sur le coude-pied j à rond-de-jambe ; à la seco'.idej h la seconde avec grand rond-de-jambe i avfc fouetté; pirouette eu altitude, en arabesque j

«7 de vos bras, de vos jambes soît correct , et prononce avec grâce. On ne saurait trop vous recommander de filer délicatement la pirouette sur la pointe; ce qui présente la plus agre'able exc'cution , et en m«îme- temps la plus parfaite; car rien n'est plus rebutant à voir qu'un mauvais danseur, qui tournaille tantôt sur la pointe, et tantôt sur le talon , et qui sautille par secousses à chacun des tours de la pirouette *.

Position du danseur en prenant les pi' rouettes en dehors , fig. 3 , pi. VIL NB. Les pieds doivent être placés entre la seconde et la quatrième position.

Position du danseur en prenant les pi' rouettes en dedans , fig. 4 * P^* ^^^'

pirouette sur le coude-pied j pirouette en dedaûs à la seconde 3 sur le coude-pied et en attitude j plloueue renvei-sée, pirouettes composées, etc.

V 'rv

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