ÉTUDE DES JAMBES
Là ÉTUDE principale qu'exigent les jambes, est celle de parvenir à les tourner entièrement. Tâchez d'acquérir de la facilite dans les hanches , pour que le mouvemeut des cuisses soit libre , et pour que les genoux se placent en dehors; les développes seront | faits avec aisance et grâce. Un exercice continuel et raisonne' vous y fera parvenir.
Un danseur qui n'est pas en dehors dans toutes ces parties , et qui est serre' des hanches, n'est pas beaucoup estimé , et l'exécution de sa danse perd de son prix. <
Il y a des jeunes gens qui sont dispo-
Gardel , dont rorlgine , ainsi que celle des §
Opéras et des spectacles, se doit à Bergonce de |
Botta, gentilhomme de Lombardic, qui signala |
son goût par une fête éclatante (ju'il prépara |
dans Tortone pour Galeas , duc de Milan , et !
pour Isabelle d'Aragon, sa nouvelle épouse. Ce j fut. vers la fin du XV siècle.
,( V, Art. Ballet, Encyclopédie).
ses nBtuTeWement en dehors 'y qui ont les haDches ouvertes , les genoux et les pieds tournes en dehors ; ces principales qualite's facilitent l'ëtude du danseur, et il réussira avec beaucoup d'avantage ; mais celui ijui est naturellement en dedans^ malgré le travail le plus opiniâtre, échouera dans son entreprise. Ses pieds peuvent encore se tourner, et les pointes se baisser à moitié, mais les hanches et les genoux resteront toujours dans leur état primitif (i).
Rien n'est plus agréable à voir qu'un danseur qui possède les belles qualités dont j'ai parlé, et qui vous montre sans cesse un pied bien attaché, et dont les pointes sont fermes et basses.
(a) * Dans vos exercices, dans la leçon,
(i) Pour éviter ces grands inconvénienâ à ceux qui désirent devenir des danseurs , on ne saurait trop examiner leur structure et leurs formes, avant de les destiner à l'art de la danse, dans lequel on ne peut réussir sans les dons de la nature.
(a) Nous observerons ici que tous les articles marqués d'une étoile *, et qui se trouvent plusieurs fois dans cet ouvrage , n'ont été répétés que par rapport à la nécessité de les rappeler dans ces passages , san^ renvoyer le lectçur aux chapitres qui les renferme.
soignez également vos jambes , de Sorte que
l'une dans son éxecution ne le cède point à
l'autre. J'aime à les voir lutter d'égale force,
et que toutes deux me prouvent qu'elles
ont vaincu les grandes difficultés. *
Dans votre étude soignez les coude-pieds;
gardez-vous de les lAcher , ce serait un
grand défaut , ainsi que d'avoir les pointes
hautes ou inégales ; mettez de la souplesse,
de la grâce dans leurs mouvemens (i), et
(l) MOUVEMENS DES JAMBES.
Le mouvement du coude-pied est celui qui consiste dans rëlévation et rabaissement de la pointe du pied. De tous les mouvemens ^ c'est le plus nécessaire parce qu'il soutient le corps entier dans son cfqnilibrc- Si vous sautez , le coude-pied par sa force, vous relève avec vivacité, et vous fait tomber sur les pointes.
Le mouvement du genou ne diffère de celui du coude- pied qu'en ce qu'il n'est parfait qu'autant que la jambe est étendue et la pointe basse. 11 est inséparable du mouvement du coude-pied. *
Le mouvement de la bancbe est iiu mouvement qui conduit celui du coude-pied et du genou. Il est impossible que les genoux et les pieds se meuvent , si les banches ne se tournent pas les premières. Il y a des pas où la hanche seule agit, comme dans les entrechats et Içs battcmeus tendus, etc.
fortifiez-les pour les temps de vivacité' , de vigueur et d'élévation. Des danseurs qui n'ont pas une élévation naturelle , ou qui sont faibles des jarrets , doivent avoir recours aux coude-pieds ; ils pourront en obtenir quelque avantage compensateurjmais cela demande un grand travail, qui ne soit jamais interrompu par un jour de relâche: ils parviendront aussi à acquérir de la vi- I gueur , et plus encore de la vivacité. Attachez-vous surtout à gagner de l'aplomb , et soyez inébranlable dans l'exécution générale de votre danse.
Les développés des jambes doivent <ître faciles, moelleux et faits avec élégance (i);
(i) n Quanlilë de danseurs s'imaginent qu'il « n'est quesiion que de plier le genou très- « bas, pour être liant et moelleux j mais ils « se trompent à-coup-sur ; car la flexion trop « outrée donne de la sécheresse à la danse. « On peut être tr(Ss-doux et saccader tous les « mouvemcnSj en pliant bas comme en ne « pliant pas. La raison en est simple , natu- « relie et évidente, lorsque l'on considère que t( les temps et les niouvemens o i danseur sont « exactement subordonnés aux temps et aux « mouvemens de la musique. En partant de « ce priacipc, il n'est pas douteux qu<i fléchis-
il faut que leurs mç>uvemens s'operènl tou-
jours suivant les règles , et que leur dessin gracieux soit sans cesse en harmonie avec la position du corps et des bras (ij.
« sant les genoux plus bas qu'il ne faut, relaie tivemcnt à l'air sur lequel on danse, la rae- « sure alors traîne, languit et se perd. Pour * regagner le temps que la flexion lente et « outrée a fait perdre, et pour le rattraper, il « faut que l'extension soit prompte; et c'est « ce passage subit et soudain de la flexion à « l'extension , qui donne h l'exécution une sé- « cherèsso et une dureté tout aussi choquan- « les et aussi désagréables, que celles qui ré- K sullent de la roldeur.
M Le moelleux dépend en partie de la flexion « proportionnée des genoux ; mais ce mouve- « ment n'est pas suffisant: il faut encore que « les coude-pieds fassent ressort , et que les « reins servent , pour ainsi dire , de contre- « poids à la machine pour que ces ressorts « baissent et haussent avec douceur, et qu'ils « accompagnent et soyeut en harmonie avec « le contour. »
(i) Si le danseur est long de buste, il doit 8 appliquer à lever les jambes plus haut qu'à l'ordinaire; par ce moyen il fera disparaître le défaut qui existe dans la longueur de sa construction; et s'il est court de buste, il doit sans
Dans les pas, dans les temps de vigueur, mettez de la force et de IVaergie 5 mais prenez garde que ces qualite's ne de'geuèrent en défauts , c'est-à-dire par de la roideur , et par une pénible et désagréable tension de nerfs.
Le sujet qui est arqué doit s'exercer continuellement à tendre les genoux, et à leur donner du moelleux et de la souplesse , pour faire disparoître la roideur qui lui sera naturelle ; cependant un tel danseur ne réussira jamais complettement dans la danse noble ; il faut alors qu'il s'adonne au demi-caractère, et peul-<ître ferait-il beaucoup mieux d'embrasser le genre villageois, et de s'éludier dans les pas caractéristiques.
Le jarreté doit s'appliquer toujours à ployer un peu ses genoux , et à ne jamais les maintenir tendus; surtout dans les temps de vigueur et dans l'entrechat (à la fin des développemens , des pas, des altitudes ou des poses , cette règle veut des exceptions).
La construction du jarreté est la plus agréa-
cesse maintenir ses jambes au-dessous de la hauteur que prescrit la règle commune.
( Voyez en même-temps la note (i), pag. 59).
Lie, et est assez convenable au genre sérieux et au domi-caractùre. Un danseur jarrété sera en gênerai beaucoup plus adroit que le danseur arqué \ il aura plus d'aisauce , plus de grâce dans Texe'cution ; ses mouvemens seront faciles et délicats; mais . il n'aura pas toute cette force qui de'ge'nère parfois en roideur , et que l'on trouve presque toujours chez le second (i). Ce danseur pourra nnîrac prétendre à parvenir dans tous les genres qu'il adoptera , pourvu que la hauteur de sa stature ne s'y oppose pas (2).
(i) Comme cet artiste n'aura pas aussi une ■ grande vigueur, il sera obligé alors, comme je l'ai déjà dit, de recourir aux moyens qu'offrent les coude-pieds j quoique son entrechat ne soit pas aussi brillant, d sera plus correct cl plus gracieux.
(Voyez chap. 6, Entrechat.)
(2) ce Un homme est jarrété , lorsque ses « hanches sont étroites, et en dedans, ses'cuis- « ses rapprochées l'une de l'autre, ses genoui « gros et si serrés qu'ils se touchent et se « collent étroitement, quoique ses pieds soyent « distants l'un de l'autre, ce qui forme à-pcu- « près la figure d'un triangle , depuis les ge- « noux jusqu'aux pieds j on observera encore
Simple position desJamheSy 6g. i , planche I.
Premières positions de la danse.
Première position , 6g. i , plane. I.
« un volume cnorme dans les chevilles inté- « rieures, une forte élévation dans le coude- « pied, et le tendon d'Achille est en lui non- « seulement grêle et mince, mais il est même <( fort éloigné de l'aniculaiion.
( Voyez plane. 111, flg. 5 ).
« Le danseur arqué est celui eu qui on retf marque le défaut contraire. Ce défaut règne « également depuis la hanche jusqu'aux pieds; « car' CCS parties décrivent une ligne qui donne * en quelque sorte la figure d'un arc; en effet t les hanches sont évasées , et les cuisses et . «r les genoux sont ouverts, de manière que le a jour qui doit se rencontrer naturellement « entre quelques-unes de ces parties des ex- « trémilés inférieures lorsqu'elles sont jointes, u perce dans la loiallté , et paraît beaucoup K plus considérable qu'il ne devrait l'être. Les u personnes ainsi construites ont d'ailleurs le u pied long et plat, la cheville extérieure « saillante, et le tendon d Achille gros et rap- « proche de l'aniculaiion.
(Voyez plane. III j fig. 4)- ' e< Ces deux défauts diamétralement opposés l'un « à l'autre, prouyent avec plus de force que
Seconde position f û^, ii, pi. lï. v . ,> f
Seconde position sur les pointes , fig. 3 ,
plane. II.
(( tous les discours, que les leçons, qui court vienueot au premier, seraient nuisibles au a second, et que l'étude de deux danseurs, c aussi diffcrens par la taille et par la forme, « ne peut être la même. Celui qui est jarreté ' «f doit s'appliquer continuellement à éloigner « les parties trop resserrées; le premier moyen « pour y réussir, est de tourner les cuisses en « dehors, et de les mouvoir, dans ce sens, en « profitant de la liberté du mouvement de « rotuiion du fémur dans la cavité cotjloide « des os des hanches. Aidé par cet exercice, j^' « les genoux suivront la même direction, et, «t rentreront, pour ainsi dire, dans leur place. « La rotule qui semble destinée à limiter le m rejet du genou trop en arrière de l'ariicu- « lation, tombera perpendiculairement sur la
* pointe du pied; et la cuisse et la jambe ne « sortant plus de la ligne, en décriront alors •< une droite qui assurera la fermeté et la sta- « bilité du tronc.
« Le second remède à employer, est de con-
* server une flexion continuelle dans l'ariicu- « lation des genoux , et de paroîire extrême- « ment tendu sans l'être en effet ; c'est là « l'ouvrage du temps . et de l'habitude j lori-
Troisième position , fi g, 3 , plane. I.
Quatrième position (vue de profil J y fig. i ,
plane. II.
a qu'elle est fortement contractée, il est cora- « me impossible de reprendre sa position na- « turelle et vicieuse , sans des efforts qui « causent dans ces parties un engourdissement u et une douleur insupportables. Ceux qui sont « arqués^ ne doivent s'attacher qu'à rappro- « cher les parties trop distantes, pour diminuer « le vide qui se rencontre principalement entre tt les genoux ; ils n'ont pas moins besoin que t( les autres de l'exercice qui meut les cuisses K en dehors , et il leur est môme moins facile « de déguiser leurs défauts. Communément ils « sont forts et vigoureux , ils ont par consé- « quent moins de souplesse dans les muscles , « et leurs articulations Jouent avec moins d'ai- « sance. On comprend au surplus que si ce « vice de conformation provenait de la diffor- « mité des os, tout ce travail serait inutile , et •< les efforts de l'art impuissans. J'ai dit que « les danseurs jarretés doivent conserver une « petite flexion dans l'exécution j ceux-ci, par « la raison contraire, doivent être exactement « tendus, et croiser leurs temps bien plus « étroitement, afin que la réunion des parties « puisse diminuer le jour ou l'inteavalle qui K les sépare naturellement. »
Cinquième position , fig. 4, plane. I.
Cinquième position sur les pointes , fig. 5»
plane. I.
NB. A la seconde position , la distance qui existe d'un talon à l'autre n'est que de la Ion. gueur du pied. A la troisième position , . le» pieds ne doivent être croises qu' à moitié.
Ployé à la première position, fig. 4» pl- H.
NB, On a omis, pour ne pas multiplier les planches, les positions sur les pointes, de la première, de la troisième et de la quatrième; | ainsi que les ploycs des quatre autres preniiè- \\ res positions de la danse j ces positions sont j très-faciles, et l'on peut, sans les figures, en \\ concevoir et en produire l'effet.
Manière (le se tenir en s exerçant , fîg. 5,
plane. II.
Construction physique du jarrel^ , fig. 5 , À
plane. III. f
Construction physique de /'arque , fig. 4 , t
plane. III. I
NB, Le dessinateur a un peu exagéré le» contours de ces figures, pour faire mieux sentir à l'élève les défauts de ces constructions.
Danseur à la seconde en Voir , et sur le talon, fig. 5 , plane. II.
Danseur à la seconde en l'air , et sur les pointes , fig. I , plane. VI.
Danseur h la seconde en Tair , en avant
(vt\ de profil) , fig. i , pi. IV.
Danseur à la quatrième en Voir , en avantf sur les pointes (vu de face) , fîg. 2 , planche IV.
Danseur à la quatrième , en lair , derrière (vu de profil) , fig. 3 , pi. IV.
Positions des jambes dans les poses, et dans différentes attitudes , plane. V, VI, VU , VIII et IX.
Positions des jambes dans les arabesques -, plane. X , XI et XII.
NB. Dans les arabesques , et dans diverses attitudes , les pieds ne doivent pas être entièrement tournés; sans cela ces positions n'auraient point de grâce.