RETOUCHE
Un autre moyen tout aussi pratique et efficace consiste à immerger la plaque dans une [solution de bleu-gris d'aniline; la couche s'imbibe de ce colorant en proportion inverse de la quantité d'argent réduit formant l image. On arrive à atténuer ainsi les contrastes trop violents et à suppléer dans une certaine mesure au manque de dégradation des demi-teintes1.
On peut aussi retoucher localement à l'aide du réducteur de Farmer ou de tout autre réducteur chimique. On mouille d'abord la couche, on enlève l'excès d'eau avec un papier buvard et on traite avec un pinceau trempé dans le bain réducteur les régions à affaiblir; dès que l'effet est obtenu, on lave la couche à grande eau et on laisse sécher.
Les retouches locales exécutées à la surface du négatif se font soit au crayon, soit au pinceau, surtout s'il s'agit de boucheries à-jours connus sous le nom de trou d'aiguille (G, 1665), défauts que l'on évite presque toujours par un époussetage rigoureux de la plaque, des châssis et de l'appareil, et par l'immersion préalable de la couche dans l'eau pure avant le développement. Pour que ces retouches locales se fassent commodément, il est bon d'étendre avec un tampon de coton un très léger enduit obtenu en dissolvant 30 grammes de baume du Canada dans 60c. c. d'essence de térébenthine; cet enduit, appliqué sur La partie à retoucher, se Bêche lentement; au préalable, il convient de vernir la couche avec une solution de ."> grammes de coton-poudre dans un mélange de 500 c. c. éther et 500 c. c. alcool : cette couche de vernis est très efficace contre l'action de l'humidité et son emploi est tout aussi facile que celui de la dissolution aqueuse de gomme laque obtenue par ébullition de cette substance en présence de borax ou de carbonate de soude.
La retouche au crayon peut aussi se faire très facilement en étendant sur la surface du vernis ou môme de la gélatine une très mince couche d'essence grasse. Ce corps n'altère en rien la transparence de l'image et permet de faire les retouches presque aussi facile nient que si l'on opérait sur le papier. On étend l'essence avec un petit tampon de flanelle, on enlève l'excès avec un linge non pelucheux. (Juand, par évaporation, L'essence est devenue trop épaisse, on l'additionne de quelques gouttes d'essence de térébenthine. L'essence grasse est un produit «pie l'on trouve chez tous les marchands de couleurs qui livrent aussi des couleurs toutes préparées pour la retouche. Grasshof a indiqué la formule2 d'une mixtion non cassante, ne s'enlevant pas par écailles. On mélange un jaune d'o-uf avec la moitié ou les
deux tiers de son volume d'huile de lin ou mieux de vernis à L'huile de lin ; Le mélange se t'ait en remuant avec une spatule en bois jusqu'à ce que
les deux corps forment une masse assez homogène; 01) peut aussi y ajouter un peu d'eau. C'est le véhicule que L'on ajout.' au lieu de gomme à la couleur finement broyée avec de l'eau, en pâte épaisse, jusqu'au point où la couleur étendue sur du papier prend un faible lustre et cesse de déteindre lorsqu'on La frotte avec le doigt sec ou Le revers de la main. On utilise comme couleur soit Le brun de Van Dyck, soit Le noir. La terre de Sienne calcinée, l'ombre, etc. Cette couleur se conserve en flacons bouchés; elle se sèche lentement.
1. La Photographiet L904, p. il.. — i. Bulletin belge de la photographie) 1866, p. 2-iO.
La retouche par soustraction du dépôt d'argent s'est faite pendant longtemps en traitant la couche par une aiguille plus ou moins fine. M. R. Demachy 1 a insisté sur l'emploi de quelques outils de graveur tels que le burin ou échoppe, le grattoir triangulaire, le pinceau plat, garni en guise de soies d'un faisceau de fils souples d'acier glissant à frottement dans le manche, ce qui permet de régler à volonté l'élasticité et le mordant de ce pinceau. Cette sorte de balai (que l'on trouve chez les fournisseurs d'articles de peinture) use progressivement le dépôt d'argent et, par suite, diminue son opacité sans altérer le dessin. Il permet, en insistant davantage, d'effacer entièrement un objet encombrant avec plus de sûreté qu'on ne peut le faire avec un affaiblisseur appliqué localement. L'échoppe, dont la lame est tenue entre l'index et le pouce et entre le petit doigt et l'annulaire, permet d'enlever de minces copeaux, d'attaquer des taches très menues et de créer des accents très nets. Le grattoir triangulaire ou grattoir baïonnette sert à la transformation rapide des fonds unis et plus généralement de toutes les surfaces de quelque étendue.
Un autre procédé permettant de diminuer localement l'opacité d'un négatif est celui qui consiste à user les noirs au moyens d'un tampon d'ouate trempé dans l'alcool, puis passé sur la poudre de tripoli : on utilise l'ouate hydrophile, l'alcool absolu et la poudre de tripoli impalpable. On garnit d'ouate l'extrémité d'un morceau de bois taillé en pointe plus ou moins fine; à l'aide des estompes ainsi préparées et du tripoli, on dessine en blanc sur le négatif. On dispose à côté du pupitre à retoucher un tampon d'ouate imbibé d'alcool pour nettoyer de temps en temps le négatif sali par le tripoli et constater l'avancement du travail 2.
1879. Auto-retouche. — M. Gibson Bowles a indiqué un procédé original pour supprimer le halo et diminuer les contrastes. On commence par faire un négatif compensateur (A. 1183; B, 1431) en exposant une surface sensible dans la chambre noire, le côté verre étant tourné vers l'objectif. L'exposition doit être assez courte pour que dans le négatif produit les ombres soient représentées par le verre transparent et que seules les grandes lumières soient développées ; on termine ce négatif et après séchage on le replace dans la chambre noire rigoureusement dans la même position qu'il occupait précédemment en appliquant une autre plaque non exposée, gélatine contre gélatine, derrière la première : on fait alors poser pendant le temps nécessaire pour [obtenir des ombres bien détaillées. Si l'intensité du premier négatif est convenable, le second donnera une belle gradation de teinte. Ce procédé est d'une application délicate et nécessite l'emploi d'un matériel de haute précision et de grande stabilité.
Il est plus simple, pendant le tirage de l'épreuve, de superposer au négatif une image positive de faible intensité. On corrige fort bien un négatif trop dur en tirant sur papier une épreuve positive faible que l'on rend transparente par imbibition de cire ou de vaseline et que l'on superpose au négatif original.
L'emploi du châssis auto-retoucheur de Joux permet de donner automa- 1. La Revue de Photographie, 1905. — 2. La Photographie, 1905, p. 114.
CONTRETYPES.
tiquement aux épreuves photographiques de portraits la douceur et le modelé que l'on obtient à L'aide de la retouche. On imprime les ('preuves en deux t'ois : la première fois par contact direct, suivant la méthode ordinaire, l'épreuve étant poussée un peu au-dessous de son impression normale; la seconde fois un positif direct à grands contrastes, dur en un mot, est interposé entre le papier et le négatif; dans certains cas, on interpose un verre diffuseur. Les dispositifs adoptés dans le châssis Joux assurent un repérage parfait du négatif et du papier lixé soit par un, soit par deux de ses côtés sur une sorte de planchette stirator. M. E. Artigue a montré qu'au lieu d'intercaler, en cours de tirage, entre le négatif et l'épreuve sur papier, au moment où les noirs de celle-ci sont en bonne valeur, un positif sur verre, Créé à cette intention avec de très grands contrastes, il suffit d'intercaler une feuille 'le papier sensible transparent, assez lent et donnant des images
dures. Les réserves nécessaires pour arrêter l'action de la lumière dans les ombres, [tendant qu'elle se continue dans les grands blancs sont ainsi créées dans le châssis lui-même et par conséquent en repérage rigoureux avec l'image, cequi, comme nous l'avons vu (( l, 1841). est avantageux pour l'impression des paysages.
% 2. — Contretypes .
1880 Contretypes par l'emploi de la chambre noire. — La confection des contretypes, c'est-à-dire des phototypes, identiques au négatif original, ou renversés par rapport à celui-ci, peut être réalisée soit par l'emploi de la chambre noire, soit par impression au chàssis-presse.
Le premier procédé consiste à reproduire à la chambre noire le négatif original; on obtient une image positive «pie l'on inverse après développement.
Les avantages de ce procédé résident en ce que l'image peut être diminuée ou agrandie et t| ne l'on peut tirer parti des négatifs qui, sans ce moyen, ne seraient pas utilisables par suite de la trop grande transparence de l'image. M. Abnev a recommandé le procédé suivant1 de reproduction sur bromure d'argent à la chambre noire : il est basé sur ce fait que l'opacité d'un négatif dans les Impressions par contact e>t deux fois plus faible que l'opacité du négatif placé à distance de la surface sensible. De plus, la gradation des teintes obtenue en employant la lumière rouge est plus vigoureuse qu'en utilisant la lumière bleue ; par suite, en éclairant le négatif par de la lumière transmise au moyen d'un \<;-re rouge doublé d'un verre orangé (pour arrêter toute radiation bleue), on obtient une image relativement vigoureuse; on augmente encore les contrastes en diminuant Pouverture du diaphragme. La durée du temps de pose est fort longue et peut dépasser une heure et demie. On recommence ces opérations en utilisant le positif obtenu, si par inversion il ne peut donner un négatif assez intense; souvent même on sera conduit à faire par ce procédé un agrandissement sur papier au bromure en éclairant à la lumière rouge orangé et diaphragmant l'objectif, ce qui nécessite une très longue durée de pose. L'image positive agrandie