APPLICATIONS DIVERSES
Williams \ après avoir obtenu un certain nombre de photographies du disque de Jupiter, a pu évaluer la durée de la rotation de cette planète aussi exactement qu'on pourrait le faire par la discussion de mesures micrométriques réparties sur plusieurs années : les images sur lesquelles il a opéré avaient 0"017 de diamètre; Jes mesures ont été faites à une demi-minute près.
M. Schœberlé a aussi photographié à l'observatoire de Lick la planète Saturne. Il s'est servi d'un télescope Cassegrain, dont le miroir convexe donnait un foyer équivalent de 75 mètres : les images obtenues sont pleines de détails; l'anneau de Saturne présent*' 0.(11.") de diamètre.
La durée de la rotation d'une planète étant connue, la vitesse à la surface dépend du diamètre adopté: or, les photographies de spectre donnent directement cette vitesse: par suite elles permettent d'apprécier dans quelle mesure le diamètre apparent est faussé par l'irradiation et la rétraction. M. Bélopolsky a appliqué cette méthode à Jupiter, à Saturne et à son anneau : ses mesures, d'accord avec celles de MM. Keeler et Deslandres, ont montré que sur L'anneau la vitesse est plus grande que sur le disque de Saturne, mais qu'elle décroît de l'intérieur à l'extérieur; il faut donc considérer l'anneau comme formé de particules qui cheminent d'une manière indépendante, résultai démontré antérieurement par les calculs de Tisserand. La discontinuité îles lignes dans le spectre de l'anneau, photographiés Lick par M. Campbell2, semble indiquer plus de divisions que n'en révèlent habituellement les meilleures lunettes.
M. Max Wolf et Charlois onl découvert un très grand nombre de petites planètes. Gomme le fait remarquer le Dr Max Wolf (qui n'a jamais vu dans le ciel une seule des planètes dont ses photographies lui ont démontré l'existence) la photographie ne supprime pas l'observation visuelle, mais elle lui donne l'occasion de s'exercer plus utilement et à moins de frais, en indiquant à l'avance la meilleure direction à donner au travail. La photographie a permis de retrouver bon nombre de planètes égarées et de les retrouver assez, loin des positions calculées. Il faut avoir travaillé à la Carte du ciel ou à la recherche des planètes par l'observation visuelle pour comprendre combien ces recherches auraient été longues si pénibles s'il eût fallu les faire par les anciens moyens dont disposaient les astronomes3.
1490. Applications diverses. — M. G. Higgs4, de Liverpool, a obtenu une carte photographique du spectre solaire qui est probablement la plus complète qui existe. La lumière du soleil, recueillie par un héliostat, était dispersée par un réseau de Rowland. < )u s'est servi d'une dissolution de bleu d'alizarine pour la reproduction des rayons rouges et d'un écran de quartz argenté pour la photographie «le l'ultra- violet. Un écran opaque tournant autour d'un axe vertical BOUS l'action d'un mouvement d'horlogerie assurait une densité uniforme du négatif dans toute l'étendue du spectre.
La photographie du spectre des étoiles a permis de découvrir les étoiles doubles dont la duplicité ne peut être constatée oculairement, et de déter-
1. Aitron. Nachr., a* 8,825. — 3. Tbid., a« 8,818. — 8. Tbid., n° 8,319. — 4. Astronowy tind (istro-pln/sic, février ÎX'.H.
miner les très courtes périodes de rotation de l'une des composantes autour de l'autre.
M. Deslandres a conclu du changement de position des raies de l'étoile Altaï?- que cette étoile serait au moins triple : l'aspect de certaines lignes métalliques indiquerait d'ailleurs la présence d'une atmosphère, première constatation de ce genre qui ait été faite sur une étoile1.
M. H. -G. Vogel a fait à Postdam un très grand nombre d'observations spectrophotographiques en vue de déterminer la vitesse des étoiles suivant la ligne de visée. La mesure des spectres stellaires ainsi photographiés est beaucoup plus exacte que celle que donne l'observation directe, et les troubles de l'atmosphère ont dans le même cas une influence beaucoup moins considérable.
Les photographies de spectre des étoiles peuvent s'obtenir par deux procédés distincts. Dans le premier (prisme-objectif), on établit devant l'objectif d'une lunette astronomique un prisme volumineux; le second procédé consiste à faire tomber l'image de l'étoile sur la fente du spectroscope. Le premier procédé donne de beaux spectres, mais ne permet pas la comparaison avec un spectre terrestre juxtaposé; le second se prête, au contraire, à l'emploi d'un spectre terrestre et à la mesure des vitesses radiales, mais nécessite de grands instruments d'un maniement difficile. M. l^eslandres2 a imaginé une méthode mixte des plus ingénieuses : il réunit dans le même appareil un prisme-objectif et un spectroscope à fente, mais en leur donnant le même prisme et la même chambre photographique; le prisme-objectif donne et juxtapose les spectres terrestres. La variation de vitesse d'une étoile à la voisine est représentée parle déplacement des spectres stellaires, diminué du déplacement des spectres terrestres. La photographie peut indiquer si les étoiles ont occupé, pendant la durée de la pose, la même position relativement à la ligne de visée de la lunette, ce qui est indispensable à l'exactitude de la comparaison.
M. E. de Gothard, employant le prisme-objectif, a obtenu de nombreuses photographies des spectres de nébuleuses; MM. Keeler et Campbell ont obtenu des négatifs montrant de nouvelles raies dans le spectre des nébuleuses, en particulier dans celui de la nébuleuse d'Orion3. M. Barnard a photographié cette région avec un objectif de 10 centimètres de foyer, de façon à obtenir sur une plaque presque toute la constellation. La photographie montre que la célèbre nébuleuse est entourée d'une nébulosité beaucoup plus vaste et d'un très faible éclat4.
M. Elkin a construit en vue de la photographie des météores un équatorial portant à la fois plusieurs appareils à grand champ et à court foyer. Les étoiles filantes peuvent laisser sur les plaques des traînées visibles, et les astres fixes donnent en même temps des images nettes pouvant servir à fixer la position des trajectoires.
M. Schœberle a constaté que les négatifs de l'éclipsé totale de soleil du 16 avril 1893 montraient une comète nouvelle. M. Perrine, à Prague, a découvert deux comètes à peu de distance l'une de l'autre; ces découvertes
1. Comptes rendus, t. CXXI, pp. 629, 632. — 2. Bulletin de la Société astronomique de France, déc. 1895. — 3. Publications de l'observatoire Lick, III. — 4. Sirius, décembre 1894.
MÉTKOPHOTOGRAPHIE.
sont dues à la photographie. L'étude photographique de la comète de Gale a montré les nombreux changements qu'elle subissait en vingt-quatre heures.
Les observations photographiques permettent de déterminer les variations de grandeur des étoiles; la durée du temps de pose et la nature du développement ont une très grande importance pour ces déterminations : certains astres paraissent d'ailleurs plus brillants photographiquement que par l'observation directe.
§ 3. — Applications a la géodksie.
1491. Appareils. - MM. J, et II. Vallol 1 ont fait construire bous le nom de phototachéomètre un appareil photographique destiné au lever photographique des cartes de montagne. Cet instrument remplit toutes les conditions de légèreté, de solidité et de précision que l'on exige des appareils destinés aux travaux de cette nature. Un pied d'une grande stabilité porte une plaque tournante sur laquelle peut se placer an petit théodolite répétiteur et un appareil 13 X 18 en métal et a foyer fixe; sur sa face antérieure très étroite se place un objectif capable de couvrir la plaque 18 x 24 : il peut être monté dans trois positions différentes, soit au centre, soit à quelques centimètres au-dessus et au-dessous du centre. Des repères au voisinage de la plaque sensible portent ombre sur celle-ci et indiquent les traces du plan d'horizon et du plan vertical contenant Taxe optique de l'instrument : l'angle de rotation de la chambre entre deux photographies successives se fait automatiquement et la mise en plaque peut se faire sans verre dépoli au moyen d'alidades montées sur la paroi supérieure de l'appareil.
MM. Starke et Kanunerer. de Vienne, ont construit t r< »i - séries d'instruments analogues ;'i celui de MM. Yallot. L'un de ces appareils, construit pour M. Ilartl2, comporte un cercle horizontal gradué, un cercle vertical également gradué, la chambre noire étant placée entre les deux.
M. V. Pollak 3 a fait établir par Lcchner. de Vienne, un photothéodolithe dans lequel la lunette astronomique est remplacée p;ir la chambre noire photographique munie d'un anastigmal de Zeiss. Bien que cet appareil Boit lourd, volumineux et d'un maniement délicat, il a permis d'obtenir rapidement de bonnes cartes I.
M. O. Ney, constructeur à Berlin, a divisé l'appareil photogrammétrique en deux parties5 : le théodolithe et la chambre noire. Cette dernière est en aluminium et acajou: les deux formats adoptés sont la plaque 18 X 18 centimètres et celle (ie ix x l\. M. Meydenbauer6 préfère le formai 9 x 12 ou le 18 x 18, formats avec lesquels la photographie Instantanée est toujours
possible en utilisant les objectifs do ible-anastigmats de Zeiss ou tous les bons objectifs lumineux.
t. Bulletin de la Société française de photographie, 1895, p. 54. — 2. Mittheilunr/en des /<. ttnd /;. mififar-t/eof/raphigchen Tnstitutes, 1891, pp. 257, 260; 1 89*2 , p. 178. — 8. Zeitschrifi des œsterreichischen Tngenienr-und Architekten- Vereins. Wien, 1894, p. 189. — i. Mittheilungen des h. und h. militar-geograph. Institutes tu Wien, 1893, p. 88; 1894, p. 10; 1895, p. L4. — 5. Zeitschrifi fUr Instrumentenkunde, 1804, p. 85. — 6. Phot. Rundschau, 1894, n° -2.
C'est surtout dans la haute montagne que la photogrammétrie peut rendre des services, comme l'ont démontré MM. Vallot. M. Ott 1 a construit, d'après les indications du Dr Finsterwalder, un appareil très léger pour le format de plaque 12 X 16 centimètres, muni d'un double anastigmat de Gœrz de 15 centimètres de longueur focale. Cet appareil est à la fois remarquablement léger et d'une stabilité largement suffisante, étant données ses faibles dimensions.
Tous ces instruments constituent des modifications plus ou moins heureuses du théodolite photographique de M. le colonel Laussedat, seul inventeur de la méthode photogrammétrique. Le principe est toujours le même; les détails de construction, détails dont l'utilité est souvent discutable, diffèrent seuls de l'instrument primitivement décrit et construit par Brunner en 1858, à la demande de M. Laussedat. MM. Ducretet et Lejeune ont récemment établi, conformément aux plans de M. Laussedat, un nouveau théodolithe photographique plus en rapport avec les progrès de l'optique et des procédés que ne l'était l'appareil de Brunner.
M. le commandant Legros2 a fait construire par M. Fleury Hermagis un appareil photogrammétrique qui est avant tout un appareil photographique. Ses organes caractéristiques essentiels sont : une glace quadrillée de précision et une platine supérieure articulée qui, concurremment avec la bascule de la glace dépolie, permet d'amener rigoureusement à la verticale les verticales du quadrillage. Comme tous les appareils similaires, il est monté sur un cercle divisé, pourvu d'un niveau à bulle d'air; mais grâce aux organes spéciaux qui viennent d'être mentionnés, il peut se mettre en station sans le secours d'un théodolite, et cela très rapidement, en utilisant une glace quadrillée de précision qui joue un rôle essentiel. La visée simultanée de deux fils à plomb, placés en avant de l'appareil, aux bords opposés du champ, permet d'amener à la direction verticale, grâce à une platine supérieure articulée, un des systèmes de lignes rectangulaires gravées sur la glace. On fait tourner l'appareil, on examine les images que l'objectif donne des points voisins de l'horizon : on détermine ainsi la ligne d'horizon vraie; on compare ces déplacements à ceux de l'appareil lui-même sur le cercle divisé horizontal qui le supporte, ce qui permet de déterminer la verticale principale et la distance de l'image au point de vue. Au moyen de deux vis de rappel qui permettent de déplacer la glace parallèlement à elle-même suivant deux directions rectangulaires, on amène alors à coïncider avec les lignes fondamentales deux des traits gravés, et des repères mobiles en assurent le report exact sur le négatif.
L'erreur de collimation, qui provient de ce que l'axe de rotation ne passe pas par le point nodal d'incidence de l'objectif, se corrige très simplement sur les minutes; cette erreur est d'ailleurs très faible, le format de l'appareil étant 13 x 18 et la distance focale de l'objectif étant environ 145 millimètres.
Les objectifs de cette longueur focale sont adoptés par la plupart des observateurs; ils fournissent, en effet, un champ assez étendu pour permettre d'avoir effectivement le tour complet d'horizon en six épreuves du
1. Zeitschrift fiir Instrumentenkunde, 1895, p. 371; 1896, p. '235. — 2. Bulletin de la Société française de photograpïrie, 1895, p. 269.
MKTKUl'IIUTOGftAPrtM.
formai 13 x 18. D'après le br Koppe, de Brunswick1, le collinéaire 1 : 6,3 de Voigtœlnder est L'un des meilleurs objectifs que l'on puisse employer pour la photogrammétrie.
1492. Procédés. — Les procédés photographiques employés sont ceux du gélatino-bromure. La linesse des plaques est suffisante pour permettre un agrandissement moyen très util*- pour la construction des cartes. On Utilise surtout les plaques ortliocliromatiques avec verre jaune devant l'objectif, de façon à obtenir des lointains très netg et très détaillés, l'objectif étant fortement diaphragmé : on choisit les plaques orthoohromatiques lentes, et les temps de pose sont compris entre l'A) cl ôu secondes.
M. Deville, arpenteur général du Canada, a exécuté à l'échelle de 1 30000 la carte d'une partie des montagnes Rocheuses du Canada. Ce travail a été fait dans des conditions tellement difliciles qu'il eût été impossible de l'exécuter sans le secours de la photographie. Ces négatifs du format 12 X 10,."» centimètres mit été f;iits à l'aide d'un objectif de 15\ii»i»ô de foyer; ils ont été agrandis «jeux fois linéairement, ce qui porte à 805 millimétrés la distance du point de vue au tableau pour chacune des perspectives géométriques planes et verticales dont il s'agit. Les résultats obtenus par M. Deville sont peut-être les plu- remarquables de .-. ux qui ont été fournis par la méthode Laussedat, méthode essentiellement française et qui rendrait de grands services à nos explorateurs ; mai-, il faut le reconnaître, tandis (pie l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie consacrent des sommes considérables 2 à l'enseignement et aux applications de la photogrammétrie, cette belle invention est à peu prés complètement délaissée en France.
M. le colonel Laussedat s ;, montré que l'on peut obtenir des mesures topographiques au moyen de deux simples photographies, si l'on connaît nettement la distance focale de l'objectif, ainsi que le pied de la perpendiculaire abaissée du centre optique sur le plan du tableau ou le centre de ce tableau que l'on repère aisément. 11 suffit de disposer quatre pointes convenablement placées sur les quatre côtés du bâti de la chambre noire;
on cherche le point de convergence ou le point de fuite des perspectives des verticales, on joint ce point au c< ntre de la photographie et Ton mesure la distance de ces deux points. L'inclinaison du plan du tableau est alors l'angle aigu inférieur d'un triangle rectangle dont l'un des côtés de l'angle droit est la distance focale de L'objectif el l'autre la distance mesurée. Toute horizontale du plan du tableau est perpendiculaire à La direction «le la lieue menée du point de fuite au centre, cl la Ligne d'horizon Be détermine facilement, car sa distance au centre du tableau est un côté de L'angle droit du
triangle rectangle dont L'autre coté est la distance focale de l'objectif, l'angle aigu oppose étant égal à l'inclinaison connue du tableau par rapport à la verticale. Dans Le but d'utiliser les photographies au lever de plans, il est bon d'inscrire sur chaque épreuve ou sur le négatif, et cela d'une manière apparente, la longueur focale principale de l'objectif employé.
L. Eder, Jahrbuch fUr Photographie, L897, p. 247. —2. Eder, Ibid., 1897, p. 331 ; Allgemeine Zeitung, 1896, a« 258. — '-i. Bulletin de la Société française de photographie, 1898, p. L06.
§ 4. — Ghronophotographie.
1493. Photographie des projectiles. — M. Boys1 dispose deux condensateurs, un grand, formé d'une plaque isolante revêtue d'étain sur les deux faces, et un petit, constitué par une bouteille de Leyde. Les circuits sont établis de manière à ce que la balle, en passant, provoque la décharge de la bouteille de Leyde, et l'étincelle produite complète le circuit du grand condensateur, qui donne une étincelle brillante. Cette étincelle projette l'ombre de la balle sur la plaque photographique; la décharge de la bouteille donne une étincelle trop faible pour agir sur cette plaque. La bouteille de Leyde est chargée par le grand condensateur à l'aide d'un fil humide, qui, durant la décharge brusque, se comporte comme un isolant, propriété qui a permis à M. Boys de concentrer sur le point utile toute la décharge du grand condensateur. C'est en employant un procédé analogue au précédent que M. Battoncle a photographié le passage d'une balle à travers une plaque de verre.
1494. Analyse des mouvements. — La photochronographie permet d'analyser toute espèce de mouvements à l'aide d'une série d'images prises à des intervalles réguliers. On peut obtenir ces images soit sur une plaque fixe, le modèle étant sur fond noir ou l'objectif se déplaçant, soit sur plaque mobile avec un seul objectif, et par suite un seul point de vue. Cette dernière solution du problème est théoriquement la plus exacte. M. Marey (IV, 961; A, 1269) a d'abord opéré par le premier procédé ; mais récemment, dans son chronophotographe à bandes pelliculaires , donnant des images de 9 X 9 centimètres, il a adopté le second procédé. L'idée première et l'application pratique de la chronophotographie sur plaque mobile appartiennent incontestablement à M. Janssen. Le revolver astrophotographique employé en 1874 pour le passage de Vénus est le type primitif des chronophotographes actuels. Le fusil photographique de M. Marey permettait l'application de la photographie à l'analyse du mouvement des objets terrestres.
Au lieu d'employer une plaque fixe, on peut utiliser une série de plaques séparées, l'image se formant sur chacune d'elles par l'emploi d'un objectif différent, comme le faisait Muybridge, le déclenchement de chaque obturateur étant produit par le courant électrique, ou encore par le passage d'un disque moteur, comme dans l'appareil de M. le général Sébert. Dans l'appareil de M. Londe, appareil à douze objectifs, très habilement exécuté par M. Lucien Leroy, le déclenchement de chaque obturateur s'effectue électriquement, et l'ordre des déclenchements est fixé par la liaison des fils des contacts avec tel ou tel obturateur. Le format de la plaque contenant les douze images est 24 X 30 centimètres. Ce format est assez grand pour la netteté des images; il est d'ailleurs assez réduit pour que, pratiquement, les images soient comparables, bien que, par suite de la position des divers objectifs, l'objet à photographier ne soit pas vu exactement sous le même angle par chacun des objectifs. Cet inconvénient ne présente une certaine gravité que lorsqu'on opère très près du sujet à étudier2.
1. British Association , Congrès d'Edimbourg, 1894. — 2. Voir : Dr Le Bon, L'equitation actuelle et ses principes ; P. Richer, Physiologie artistique.
CHKONOPHOTOGRAPHIE.
Les photoehronographies exécutées à l'aide de surfaces sensibles mobiles peuvent être obtenues par l'emploi de plaques ou de pellicules. M. Kohlraueeh1 utilise an appareil à quatre objectifs formant leurs images sur vingt-quatre plaques mobiles et placées dans leurs châssis. M. Christophe a imaginé un appareil à un seul objectif dans lequel de longues plaques renfermées dans des châssis métalliques du format 3 X 24, comportant dix poses, sont amenées successivement devant l'objectif. La pose et renimagasinement des plaques s'elfectuent par un procédé analogue à celui employé pour le chargement automatique des armes à répétition, le châssis métallique jouant ici le rôle de la douille de la cartouche du fusil. Cet appareil, (l'un volume de 4,500 c. c. et d'un poids relativement faible, est l'un des plus pratiques que puissent employer les amateurs.
Parmi les innombrables appareils à pellicules destinés à obtenir des photographies animées, il convient de citer le chronophotographe de M. Marey, le cinématographe de MM. Lumière, celui de M. Demény, le kinétographe d'Kdison, etc.
L'emploi de pellicules sensibles, que l'on fait arrêter derrière l'objectif à des intervalles de temps très courts et pendant une minime fraction de seconde, permet d'obtenir un très grand nombre de photographies. Dans L'appareil d'Edison, la pellicule est déroulée d'une façon continue. Elle marche par saccades dans ceux de If. Marey, dans le cinématographe Lumière2, etc. Chaque période a une durée de 1 L5* de seconde; La pellicule reste immobile pendant 2/45e de seconde et emploie à se déplacer le dernier 1/45*.
1495. Synthèse du mouvement. - L'analyse des mouvements étant obtenue par la photographie, on peut en faire la synthèse et obtenir l'illusion du mouvement au moyen de séries de photochronographies par un procédé semblable à celui que Plateau utilisait dans le phénakistoscope. M. Marey a utilisé d'abord le zootrope, puis a construit «1rs images en relief exécutées d'après les attitudes recueillies de trois stations pendant le vol
d'un oiseau. Théoriquement, pour éprouver L'illusion du mouvement par le simple examen des chronophotographies, il suffit d'éclairer fortement l'image positive obtenue en utilisant le négatif de la taire repasser dans
l'appareil. Pour obtenir par la persistance des impressions rétiniennes la continuité de la sensation lumineuse, dans l'hypothèse d'un mouvement saccadé dont La période est de 1 l.V de seconde, il suflit de faire passer quinze épreuves par seconde. Dans ce cas, la durée d'éclairement pour chacune d'elles est encore assez grande pour qu'il ne soit pas nécessaire d'employer une source lumineuse d'intensité extraordinaire.
En général, le nombre des images est de plusieurs centaines, La durée de l'observation pouvant atteindre plusieurs minutes dans le cas d'un très grand nombre d'images.
Les interruptions nécessaires au changement d'images produisent une espèce de scintillation qui, à La longue, fatigue h- spectateur. Pour éviter cette fatigue. M. (iaumont3 emploie une sorte d'éventail perforé que l'on
1. Phot. Mittheilungm, 1804, &• 9. — 2. Bulletin de la Société française de photographie, 1895, p. 505. — 8. U>i<l., 1897] p. 808.
balance devant les yeux et qui permet de supprimer à peu près complètement l'effet des scintillations.
§ 5. — Applications a la physique.
1496. Spectrophotographie. — Pour écarter toutes les causes d'absorption des radiations extrêmement réfrangibles, M. Schumann1 a construit en spath-fluor toute la portion optique, prismes et lentilles de son spectrographe, et fait le vide dans l'espace qui sépare le système optique de la couche sensible. En utilisant un dépôt de bromure ou de bromoiodure d'argent pur sur lame de verre nue ou recouverte d'une mince couche de gélatine, il a pu obtenir soit dans le spectre de l'hydrogène, soit dans celui de divers métaux, l'image de régions et de raies absolument inconnues jusqu'à ce jour. En étudiant le spectre de l'air, il a reconnu l'existence d'une bande d'action se rapprochant beaucoup, comme énergie photographique et comme étendue, de ce que lui avait donné l'hydrogène. Ce gaz, en couches relativement épaisses et surtout s'il n'est pas parfaitement desséché, absorbe d'une façon notable les radiations les plus réfrangibles.
Le Dr Eder et Valenta ont étudié le spectre de l'argon, et ont publié par la photographie le spectre de cet élément2. Le professeur Liveing, de Cambridge3, a photographié l'étendue du spectre comprise entre X =z 550 et X = 214.
1497. Météorologie. — M. Sigson a obtenu de très belles photographies de flocons de neige. Les flocons, recueillis sur du drap, sont déposés sur un réseau formé de fils de coton tendus au travers d'un trou pratiqué dans une carte; cette carte est placée sur le porte-objet d'un microscope; on éclaire latéralement et de telle façon qu'une moitié du champ soit seule illuminée de façon uniforme; avec un oculaire photographique de Zeiss et un grossissement de quinze diamètres, la pose est de deux à cinq secondes avec les plaques Lumière.
M. Angot4 a insisté sur l'utilité des plaques orthochromatiques employées avec écran jaune pour la photographie des nuages. L'écran jaune est constitué par une cuve à faces parallèles contenant des solutions de bichromate de potasse additionnées d'acide chlorhydrique. Les plaques Lumière, sensibles au jaune et au vert, les plaques Edwards sont celles qui fournissent les meilleurs résultats. Si l'ensemble des nuages présente de grands contrastes d'ombre et de lumière, il est mieux de développer avec l'acide pyrogallique. On note exactement le jour et l'heure de la pose des nuages, la direction qui correspond à l'axe de l'objectif, et, si cela est possible, on fait deux photographies à trois ou quatre minutes d'intervalle, sans changer de l'une à l'autre l'orientation de l'appareil.
M. Teisserenc de Bort 5 a fait construire un théodolite photographique
1. Revue générale des sciences , 1895. — 2. Académie des sciences de Vienne, 1896. — 3. British Journal of Photography , 1891, p. 356. — 4. Bulletin de la Société française de photographie, 1893, p. 381. — 5. Ibid., 1894, p. 350.
RADI< «GRAPHIE.
destiné à mesurer la hauteur et la vitesse de déplacement des nuages en grandeur et en direction. Deux appareils de ce genre, installés sur des piliers dont la distance est exactement mesurée, servent à prendre simultanément deux photographies instantanées permettant de calculer trigonométriquonient l'altitude et ta distance du nuage. Les appareils construits pour les mêmes observations à l'observatoire d'Upsal, sur les données de- M. Hildebrandsson, présentent un réticule constitué par deux fils tendus devant la surface sensible.
M. Jennings' a obtenu des photographies d'éclairs en se servant d'une simple chambre noire à main. Le champ tout entier de l'image est couvert d'un tissu de lignes irrégulières ressemblant à des branches d'arbre, et parmi elles on remarque une ligne spéciale qui passe à travers les branches.
1498. Enregistrement des phénomènes physiques. — Les enregistreurs photographiques peuvent, dans bien des cas, remplacer l'observateur. MM. Violle et Vauthier les <>m utilisés en 1mm; pour l'étude delà
propagation du son dans les tuyaux cylindriques. M. Chauveau a t'ait observer que pour éviter les traces de doigts qui pourraient se produire au moment de l'enroulement de la bande de papier sensible, il faut enrouler la bande de papier sur la bobine en mettant la l'ace sensible en dessous. On produit l'impression lumineuse à travers l'épaisseur on papier; cette impression est cependant très nette. L'emploi du papier est très suffisant pour les enregistrements «le phénomène! météorologiques; ce n'est que lorsqu'il s'agit de mesures très exacte-, que l'on ;i recours à l'emploi de bandes de celluloïd qui donnent des images moins déformées que celles obtenues par l'emploi du papier.
s Radiogbaphix.
1499. Rayons Rœntgen. M. le professeur Rœnl i n b constaté qu'une feuille de panier enduite de platinocyanure de baryum s'illuminait jusqu'à
:1 mètres de distance d'un tube «le Crookes en communication avec nue bobine de llhumkorlT; cette illumination «lu papier se produisait encore quand le tube était enveloppé de papier noir ou de carton. En remplaçant l'écran phosphorescent par une plaque photographique, il constata qu'elle était impressionnée, et l'action de cette lumière produite par îles radiations de nature inconnue et qu'il a désigné sous le nom de rayons X se produit malgré l'interposition d'une lame de bois épais, de plaques d'ébonite, etc., tandis qu'une lame de métal n'est pas perméable fi ces rayons;en développant la plaque sensible, on trouve l'ombre de la plaque de métal formant un négatif.
MM. Kder et Valenta ont trouvé que. de toutes les préparations photographiques, les plaques sèches au gélatino-bromure extra-rapides sont celles qui fournissent les meilleurs résultats. Les préparations au collodion ne sont pas ou sont très peu sensibles aux rayons X. Depuis peu de temps, MM. Lumière et plusieurs autres fabricants livrent des plaques spécialement préparées en vue de la photographie par les rayons X.