Moniteur universel, 29 juillet 18G
HISTORIQUE
que de l'expédition. Cet ingénieux physicien, qui était habitué depuis de longues années aux manipulations photographiques, avait fait monter équatorialement une chambre noire ordinaire pourvue d'un objectif double à large ouverture et à court foyer; l'appareil portait un chercheur: on pouvait maintenir à la main l'astre sur la croisée des fils de l'oculaire, et, par suite, son image immobile sur la plaque collodionnée. Foucault obtint six impressions, dont trois accidentelles. Tout était disposé pour obtenir trois images en des temps de pose de dix, vingt et soixante secondes : niais, dans la précipitation des manœuvres, des déplacements ont été involontairement imprimés au châssis qui portait la première plaque alors que l'objectif était déjà démasqué, il en est résulté trois images qui se sont formées en des temps très courts et qui n'offrent pas une n présentation complète de l'auréole ; les trois autres montrent la couronne, et la grandeur de celle-ci croit • avec le temps de pose. L'épreuve obtenue en soixante secondes montre l'auréole s'étendant à une distance égale à trois fois le rayon du disque central. Suivant certaines directions particulières, cette auréole offre dans son intensité des variations positives et négatives qui figurent les rayons d'une gloire. La second»* < lommission (nommée par le Ministre de la Guerre, le 19 juin, un mois avant l'observation du phénomène) était composée de MM. Laussédat. professeur de topographie à l'École polytechnique; Bour, Manheini, Salins, répétiteurs, et A. (iirard, conservateur de chimie à la même école. M. Laussédat1 avait voulu adapter une chambre noire à la lunette de C au choix, dont l'objectif avait <)"><); de diamètre el 0"70 de distance focale; niais le temps nécessaire pour établir cette installation faisant défaut, on disposa la lunette horizontalement, suivant une orientation déterminée (est-ouest): les rayons solaires étaient renvoyés dans la lunette à. l'aide du miroir plan d'un héliostat. Une petite chambre noire de Omri de côté surOm30 de longueur, et dans laquelle pénétrait le tube de la lunette, se trouvait fixée sur une planchette; l'image solaire était projetée sur la couche sensible à l'aide de l'oculaire; le disque du Soleil mesurait sur la plaque 0m05 de diamètre. Entre l 'héliostat el l'objectif, et presque an contact de ce dernier, niais complètement isolé de l'appareil, on avait disposé sur un pied un obturateur instantané, se fermant au moyen d'un volet à chute libre, muni d'une rainure dont on pouvait à volonté faire varier l'on verture. Cet instrument permettait d'obtenir des temps de pose très différents et ne pouvait, pendant son fonctionnement, communiquer aucun déplacement û la lunette. Cette installation8 est d'une remarquable simplicité; elle a été adoptée depuis 1X70 à Harvard ( lollege pour obtenir des photographies solaires. Les missions françaises ainsi qu'une partie des missions américaines et anglaises, envoyées pour observer le passage de Vénus sur Le soleil, en [Si i, ont adopté l'appareil de M. Laussédat. On y a trouvé le double avantage d'éviter l'emploi des incommodes et coûteuses montures parallactiques et d'obtenir de plus grandes images du Soleil en augmentant autant qu'on le voulait la distance focale des lunettes sans inconvénient sensible dans la manœuvre des appareils, c'est évidemment le meilleur système d'observation et de photographie qu'on pourra adopter dans l'avenir pour toutes les
1. Bulletin de la Société fiança Lie de photographia, 1SG0, p. 295. L\ Voir Fayc, Comptes rendus, 18G0.
études de la physique solaire1. La difficulté qu'il y avait autrefois d'obtenir des miroirs plans d'une surface de trois pouces sur six n'existe plus aujourd'hui; on possède des méthodes de travail très perfectionnées. La mission de M. Laussédat employa le procédé Taupenot au collodion albuminé pour la reproduction des phases partielles de l'éclipsé; il suffisait d'une fraction de seconde pour obtenir une bonne image ; l'emploi du collodion humide était réservé à la photographie de la couronne. Les négatifs obtenus sur collodion albuminé sont d'une finesse remarquable.
Maxwel-Lyte et Michelier ont photographié cette même éclipse dans les Pyrénées à une altitude de 2,400 mètres2. MM. Lamey et Goulier3, à Metz, Vernier fils, à Belfort, Trutat et Bianchi, à Toulouse, ont aussi photographié cette éclipse.
Le P. Secchi observa ce phénomène au Desierto de las Palmas. La lunette de Cauchoix, de l'Observatoire du Collège romain (ouverture, 0m162, distance focale, 2m50), avait été transformée en instrument photographique. M. Monserat, professeur de chimie à l'Université de Valence, était chargé de la partie photographique ; il obtint cinq épreuves des protubérances et de la couronne. Ces images, qui n'ont que 0m15 de diamètre, sont extrêmement fines et ont montré que les protubérances, mobiles par rapport au disque lunaire, étaient bien des flammes appartenant au Soleil.
Warren de la Rue photographia l'éclipsé du 18 juillet 1860 avec l'héliographe de Kew; il obtint4 à Rivabellosa, dans la vallée de l'Èbre, trois épreuves qui montrent à la fois les protubérances et la partie inférieure et circulaire de la couronne. Cette partie inférieure de la couronne se montre aussi dans les trois épreuves au collodion faites par MM. Duchochois et W. Thompson, chargés du service photographique de la mission américaine qui s'était rendue dans le Labrador pour observer la même éclipse; les images étaient obtenues au foyer d'une lunette qui avait lm85 de distance focale 5 .
En résumé, il ne fut pas possible d'obtenir dans cette éclipse une représentation complète des rayons de la gloire; il en fut de même pour l'éclipsé du 18 août 1868. H. Vogel, chargé de photographier le phénomène à Aden, vit ses opérations contrariées par le mauvais temps; il obtint cependant de bonnes reproductions des protubérances6. Le colonel Tennant et le sergent Philipps, qui avaient établi leur station à Guntoor, ne purent obtenir que de faibles traces de la couronne, malgré une exposition de dix secondes au foyer d'un télescope à réflexion de 0in23 de diamètre et de 1^40 de distance focale.
C'est pour la première fois, en 1809, pendant l'éclipsé du 7 août, que furent obtenues de bonnes images de la couronne. Winlock et Wipple 7 obtinrent d'excellentes photographies, en quatorze secondes de pose, au foyer
1. Mouchez, La Photographie à V Observatoire de Paris, p. 102.