GÉNÉRALITÉS
1011. Mesure des actions chimiques de la lumière. — La pholo-
mêtrie a pour objet de comparer les intensités des diverses sources de lumière; s'il s'agit de la mesure de l'activité chimique de la lumière, on emploie le nom d'actinométrie. On se propose de mesurer un travail chimique: dans ce but on emploie certaines réactions ; mais la difficulté réside dans le choix de la réaction qu'il convient d'adopter. En effet, les divers rayons chimiques n'agissent pas de la même manière sur tous les corps sensibles; de plus, comme l'a montré Berthelot1, on devrait choisir une réaction endolher mique (qui absorbe de la chaleur) et non pas une réaction exothermique (qui dégage de la chaleur); or, ce sont précisément ces dernières que Ton choisit d'habitude. La lumière provoque de nombreuses réactions exothermiques, telles que la formation de l'acide chlorhydrique, les nombreux phénomènes d'oxydation observés en photographie, la réduction des sels d'argent, d'or, de peroxyde de fer, etc., opérés avec le concours d'une substance oxydable. Dans ce groupe de réactions, la lumière détermine le phénomène chimique, mais ce n'est pas elle qui effectue le travail principal, c'est-à-dire qui fournit la chaleur mise en jeu; la lumière, en un mot, joue un rôle analogue à celui d'une allumette qui servirait à incendier un bûcher. Dans les réactions endothermiques, au contraire, c'est la lumière qui effectue elle-même le travail chimique; ainsi, c'est elle qui décompose l'acide carbonique dans lanutrition aéiïennedes végétaux; par suite, d'après Berthelot, l'exactitude des méthodes fondées sur des phénomènes tels que la combinaison du chlore et de l'hydrogène, donne des résultats de même ordre que ceux que l'on obtiendrait si l'on voulait déterminer la chaleur produite par la combustion du soufre d'une allumette, en pesant le bois brûlé dans le foyer auquel cette allumette communique le feu. Pendant la réunion du chlore avec l'hydrogène, la combinaison développe un travail positif énorme qu'il est impossible de séparer et même de distinguer du travail de la lumière, lequel est beaucoup plus petit. Cette objection enlève toute valeur théorique au procédé dans lequel on emploie le chlore et l'hydrogène; il en est de même de celui basé sur l'action du sesquioxyde de fer sur l'acide oxa-
1. Annales de chimie et de phi/siqîœ, sept. 1869, 4e série, t. XVIII, p. 83.
PHOTOMETRES.
MU
lique. Ces réactions dégagent par elles-mêmes de la chaleur indépendamment de l'action de la lumière, qui est simplement agent provocateur; les affinités chimiques effectuent les travaux accomplis dans cette circonstance. Entre 1»' travail de la Lumière qui détermine la combinaison et entre la chaleur totale dégagée par celle-ci, il n'existe pas plus de relation qu'entre le travail de la main qui ouvre le robinet d'un réservoir et le poids de l'eau qui s'échappe ensuite du réservoir. Par conséquent, la mesure du travail de la lumière solaire doit être cherchée dans les réactions qui s'accomplissent avec absorption de chaleur, la lumière étant la cause efficiente de la réaction; encore faudrait-il, même dans ce cas. distinguer les elfets spéciaux de chaque espèce de radiation lumineuse, ces effets n'étant pas applicables à la mesure totale des effets dus à l'ensemble des radiations1.
On a répondu à cette objection qu'il était certain que 1»' travail chimique obtenu n'était pas l'équivalent du travail accompli par la lumière, mais qu'il pouvait servir à représenter ce dernier par une unité de convention ; de plus, Bunsen et Roscoëont prouvé que. dans l'action de la lumière sur le mélange de chlore et d'hydrogène, la quantité d'acide chlorh vdrique est toujours prO: portionnelle à l'intensité de la lumière employée; en outre, on a constaté que pour une quantité donnée d'action chimique produite au sein du mélange gazeux il y a absorption d'une quantité déterminée de Lumière.
1012. Historique. Les premiers essais qui ont été faits pour comparer les intensités de deux lumières remontent à Ifaurolious en lô"25 et à Huyghens. François Mari.', en 1700, cherchait le nombre de lames «le verre qu'il fallait placer devant chacune des deux lumières pour qu'elles parussent du même éclat. l.ampadius interposait des lames de corne, d'autres des feuilles de papier jusqu'à ce .pie les Lumières disparussent. Celsius cherchait à quelle distance il faut se placer des deux lumières à comparer
pour cesser de distinguer des cercles «»u autres >ign<'s trac s sur une feuille
de papier, qu'il nommait lucimètre. Etaler s'est occupé de cette question à un point de vue théorique. Lambert, iurtoul Bonguer, ont fait «les recherches étendues sur la photométriej ÀragO, Foucault, Masson, etc., se sont surtout occupés «h- photométrie optique*. Draper1 parait être le premier qui ait Bérieusement essayé «le mesurer la force «lu sol. -il à l'aide d'un réactif approprié: il se Bervait de chlore et d'hydrogène et appelait son appareil tUhonornètre. Bunsen et Itoscoë publièrent, en lsôi;. la description de leur photomètre à chlore et à hydrogène, L'actinomètre <lont ils se sont servis est fondé sur l'emploi d'un mélange à volumes égaux de chlore et «l'hydrogène. <|ui s«> conserve indéfiniment dans l'obscurité, mais qui se transforme en acide chlorhydrique lorsqu'on l'expose à La lumière. En 1867, Draper4 a fait connaître un autre procédé pour mesurer La force chimique d<' La lumière. Ce procédé repose sur La propriété que possède l'oxalate ferfique de se transformer en oxalate ferreux jaune, insoluble, avec dégagement d'acide carbonique, lorsqu'on expose une dissolution acide «le ce sel à