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PROTUBÉRANCES SOLAIRES

projettent sur le disque du soleil en se confondant avec les facules, les raies noires du calcium offrent toujours un renversement double bien net, semblable à celui de la nouvelle étoile. M. Deslandres a signalé le premier cette propriété des facules que M. Halle a confirmé dans des recherches parallèles. M. G.-E. Halle* a photographié, le 25 mai 1893, le spectre d'une protubérance métallique qui contient toutes les raies ultra-violettes signalées jusqu'ici , ainsi que quatre raies nouvelles. Le môme astronome obtient journellement des photographies de la chromosphère qui montrent sur tout le pourtour solaire les formes exactes des protubérances, tandis que d'autres obtenues avec un nouvel appareil spécial montrent les facules même au centre du disque.

La méthode qu'emploie M. Halle ^ dans son spectrohéliographe est fondée sur ce fait observé par lui en avril 1891, que les raies H et K du calcium sont plus brillantes que les raies de l'hydrogène dans chaque protubérance solaire. Les fonds sombres sur lesquels se projettent ces deux raies brillantes lui ont permis, en mai 1892, de photographier les formes des protubérances dans ces raies avec une simple fente élargie. Mais on ne peut photographier ainsi toute la chromosphère; il faut recourir à l'emploi du spectrohéliographe dont les parties essentielles sont deux fentes mobiles, dont l'une est dans le plan focal du collimateur d'un grand spectroscope à réseau, et dans le plan focal pour la raie K de l'équatorial auquel le spectrohéliographe est attaché; l'autre fente est un peu en avant du plan focal pour la raie K de la lunette appartenant à ce spectroscope. La plaque sensible est en dehors de la seconde de ces deux fentes, dans le plan focal pour la raie K. Pour faire une photographie de la chromosphère, on tourne le réseau jusqu'à ce que la raie K dans le quatrième spectre passe à travers la fente et tombe sur la couche sensible. Les fentes sont mues par un appareil hydraulique, de telle façon que la raie K reste toujours exactement au milieu de la deuxième fente. La lumière directe du disque solaire est exclue par un diaphragme (concentrique avec l'axe du collimateur) qui couvre le disque jusqu'à la base de la chromosphère. L'image solaire est maintenue dans la même position par le mouvement d'horlogerie de l'équatorial, pendant que les fentes se meuvent à travers le disque.

Pour photographier les facules, les taches et même les protubérances (quand celles-ci ont un assez grand éclat sur le disque), il suffit de procéder comme pour la chromosphère, mais on accélère le

1. ComjfUt rendvtj 1892, II, 735. — 2. Ibid,, 1892, 1, p. 60.

mouvement des fentes et on ne fait pas usage du diaphragme. On peut obtenir sur la môme plaque les facules, les taches, la chromosphère et les protubérances. On opère ainsi : après que la fente a passé à travers le disque en faisant une photographie de la chromosphère, on éloigne le diaphragme et on fait passer la fente à travers le disque en sens inverse et d'un mouvement plus rapide ; c'est à quoi Ton parvient sans peine à Taide des robinets de l'appareil hydraulique.

§ 4. — SÉLÉNÉPHOTOGRAPHIE.

1257. Photographies lunaires. ^ On a obtenu à l'Observatoire de Lick une photographie du cratère lunaire désigné sur les cartes par le nom de Vendelinus ; le négatif a été obtenu dans la nuit du 31 août 1890. L^agrandissement présenté par M. Weineck est de vingt fois et a exigé un travail de cent vingt-deux heures. Examinée à la loupe, celte photographie montre une foule de détails nouveaux, analogues à ceux qu'offre le Cirque Petavius. On voit toute la surface mamelonnée parcourue en tous sens par des rigoles qui font penser à des rivières desséchées. MM. Faye et Daubrée sont d'avis que ce sont des coulées de laves qui se sont fendillées en se contractant par refroidissement *.

1258. Eclipses de Lune. — M. Rayet a photographié l'éclipsé totale de Lune du 15 novembre 1891. Ces photographies montrent que par une atmospht'^re saturée d'humidité, peu transparente pour les rayons chimiques, une portion très notable de la Lune comprise dans ce que les calculateurs considèrent comme le cône d'ombre pure peut être photographiée avec des expositions de 2 minutes environ.

M. A. Gautier a fait observer que les corps isolés semblent conserver pendant quelque temps une partie de ce pouvoir que Bunsen a appelé induction photochimique, et ce serait peut-être à un phénomène de cette espèwî que la surface de la Lune devrait cette propriété qu'elle a d'agir sur la plaque photographique, surtout si celle-ci est d'une très grande sensibilité'.

Dans une série de photographies de l'éclipsé de Lune du 15 novembre 1891, nous avons constaté, avec M. Andoyer*. que les plaques au collodiobromure d'argent rendues orthochromatiques sont plus sensibles aux radiations rouges et jaunes que les plaques au gélatino-bromure préparées dans le môme but.

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