FONDS DÉGRADÉS
main, dans ces boites et casiers mobiles, les cuvettes et les flacons; ces derniers peuvent renfermer 1 litre de liquide et sont au nombre de neuf. Un réservoir contenant environ 7 litres fonctionne à Taide d'un robinet, et une cuvette de zinc reçoit les eaux de lavage et les rejette dans un seau placé sous la table; un couvercle glissant à tiroir couvre et découvre les cuvettes des bains selon le besoin. Tout cet agencement, portefeuille comme matériel, est dressé en trois ou quatre minutes et resserré dans le même laps de temps. Lorsque les casiers, boites et cuvettes sont dans la caisse qui les contient, ils sont prêts à voyager sans aucun danger. Le poids de ces appareils est de 14 à 15 kilogrammes.
Pour les épreuves de dimension moyenne (0"21 X 0™27 et au-dessous), M. Poitrineau construit un petit^laboratoire que Ton peut
Fig. 105.
porter à la main : il est formé par une boite (fig. 105) ayant comme dimension 0"60 X 0"»40 X 0"11 ; dans le couvercle se trouvent trois panneaux qui se développent et forment ainsi le laboratoire ; un voile noir l'entoure et le ferme. Placé sur une table ordinaire, Topérateur, assis sur un tabouret, a la tête, les bras et le buste dans Tintérieur et est hermétiquement enveloppé par le rideau. Il a à sa disposition deux ou trois flacons contenant les bains principaux , trois cuvettes, un couvercle à tiroir, une cuvette en zinc formant le fond de la boite pour recevoir les eaux. Une carafe pleine, posée en dehors de l'appareil, permet, à l'aide d'un caoutchouc formant siphon et d'un petit robinet, de laver les épreuves. L'intérieur est éclairé au moyen d'un jour garni d'un verre rouge. Cet appareil, qui peut remplacer un cabinet obscur et que l'on peut à la rigueur installer en plein air, permet de charger et décharger très rapidement les châssis négatifs.
1143. Appareil pour fonds dégradés. — On peut obtenir des négatifs de portraits présentant un fond dégradé, de teinte plus ou moins claire, de telle sorte que l'impression de l'image positive puisse s'effectifer directement sans employer d'artifices spéciaux
pour le tirage. Dans un carré de carton stuqué blanc d'environ 0^30 X 0"40, on découpe une ouverture ovale de dimension appropriée au format du négatif à obtenir, par exemple 0"»088 x 0"»06 pour un portrait-carte, 0"10 x 0"15 pour un portrait-album. Le pourtour de cette ouverture est découpé en forme de dents de scie. Il faut que ces dents soient plus larges et plus longues dans le bas du dégradateur que dans le haut, où elles doivent être plus ânes et moins profondes. On perce le carton de deux petits trous vers les angles du haut de la feuille ; un bout de ficelle est passé dans chaque trou ; chacun d'eux se termine par un anneau qui servira à suspendre le dégradateur à la tige d*un appui-tête. Cet appareil à dégrader est posé devant l'objectif, à une distance de 0"»30 à 0^40 en avant de la lentille frontale. Les négatifs dégradés, k fond plus ou moins foncé, sont obtenus avec des dogradateurs découpés dans du bristol plus ou moins foncé et en observant que le dégradateur soit plus ou moins éclairé pendant la pose. Pour obtenir les meilleurs résultats, il faut placer un fond blanc, un fond gris ou un fond noir derrière le modèle, suivant que l'on veut faire usage d'un dégradateur blanc, grisou noir. L'objectif que Ton emploiera pour produire les négatifs à fond dégradé par ce moyen doit être exempt du défaut connu sous le nom de tache centrale (61, 1105). Les négatifs obtenus avec certains objectifs de la forme Petzval ne sont pas brillants ; lorsque l'on se sert de ce moyen pour obtenir un fond dégradé, ils présentent presque toujours un léger voile dans les noirs, ce qui nuit à l'aspect de l'image.
1144. Cuvettes pour opérations photographiques. — On
a proposé l'emploi de nouvelles matières pour la confection des cuvettes destinées aux opérations photographiques. Le celluloïd fournit de bons résultats sous le rapport de la légèreté et de la durée. On a depuis peu fabriqué des plaques de celluloïd de couleur blanche qui servent à effectuer le dépouillement des photocopies sur gélatine bichromatée. Les cuvettes en celluloïd que l'on trouve dans le commerce sont de couleurs très variées, de telle sorte que l'on peut réserver celles d'une même coloration à une seule opération, comme développement, fixage, etc. Il faut absolument éviter de placer dans ces cuvettes des liquides contenant de l'alcool, de Téther et autres matières susceptibles de dissoudre soit le camphre, soit le coton-poudre.
âCLAIRAGE ARTIFICIEL. 201
L'aluminium en feuilles minces est employé à la confection des cuvettes ou des cuves à lavages ; la légèreté et la solidité de ce métal sont des qualités fort précieuses et que l'on doit considérer lorsqu'il 8'agit de photographie en voyage. Mais Taluminium est attaqué par les bains révélateurs alcalins, même lorsqu'ils ne sont pas trop concentrés; on devra donc proscrire l'emploi de ce métal pour la fabrication des cuvettes destinées à renfermer le bain de développement alcalin.
Le nickel est peu attaqué par la plupart des agents employés en photographie, et, en pratique, les cuvettes fabriquées avec ce métal laminé en feuilles minces sont d'un excellent emploi. Il faut éviter soigneusement de placer dans ces cuvettes des acides énergiques, tels que l'acide azotique, les solutions acides de chromate de potasse, etc.
1146. Eclairage artificiel au magnésium. ^ Il peut arriver quelquefois que la lumière naturelle soit insuf&sante pour photographier un sujet; dans certains cas, cette lumière fait absolument défaut, par exemple lorequ'il s'agit de photographier des grottes, cavernes, etc. On a généralement recours à la lumière produite par la combustion du magnésium. Ce métal peut brûler à Tair libre; il brûle rapidement s'il est mélangé à Fétat de poudre âne avec certaines substances destinées à lui fournir Toxygène nécessaire à sa combustion.
L'éclair magnésique produit par les divers procédés connus (224) peut avoir des durées extrêmement diiférentes. Le Dr Eder a déterminé la durée de ces éclairs et s'est servi du dispositif suivant : une sorte de grande roue en bois noirci reçoit, au moyen d'une manivelle, un mouvement de rotation qu'il est facile de maintenir uniforme et de régler, par exemple, à la vitesse d'un tour par seconde; sur la roue se trouvent deux petites demisphères à surfaces bien réfléchissantes. Tune au centre, l'autre à la périphérie. L'appareil étant en marche dans une pièce obscure, on le photographie au moyen de l'éclair magnésique. On obtient sur l'épreuve, au centre de la roue, un point brillant, et sur la circonférence un arc plus ou moins allongé dont l'étendue permet de calculer la durée de l'éclair, puisque Ton connaît la vitesse de rotation de la roue. La poudre de magnésium projetée dans une flamme au moyen des systèmes les plus communément employés donne, pour un poids de métal variant de un quart à un demigramme, un éclair dont la durée est comprise entre un treizième et un quart de seconde. L'inflammation par mèche d'un mélange explosif formé de 3 parties de perchlorate de potasse, 3 parties de chlorate de potasse et 4 parties de magnésium, donne, pour un demi-gramme de métal, un éclair dont la durée, beaucoup plus courte, peut descendre jusqu'à un quatre- vingtième de seconde *.
Londe a vérifié expérimentalement ces résultats et a montré que, dans
1, JBntt^n de la Shdété /rançaiu de photographie^ 1891, p. 24.
dQ2 TRAITÉ ENGTGLOPÉDIQUE DE PHOTOGRAPHIE.
certains cas, il était indispensable d'employer l'éclair magnésiqne, par exemple lorsqu'il s'agit d'obtenir un portrait, dans plusieurs applications de la photographie à la médecine, etc. Il a constaté que par remploi de diverses lampes il était à peu près impossible d*obtenir une image dans lesquelles les yeux du modèle soient nets, car, chez un sujet normal, la réaction, sous l'influence d'une lumière vive, se traduit par l'occlusion des yeux. Si on cherche à photographier une hystérique, en se servant comme source de lumière d'une lampe brûlant du magnésium pur insufflé dans une flamme d'alcool, la malade est photographiée précisément pendant le passage de l'état de veille à l'état de catalepsie : l'image manque de netteté; au contraire, lorsque l'on se sert de l'éclair magnésique, la malade est saisie dans son attitude naturelle avant qu'elle ait eu le temps de réagir ; si l'on fait partir immédiatement un deuxième éclair et que l'on photographie le sujet dans ces conditions, on constate qu'il est en catalepsie.
Pour obtenir une bonne lumière-éclair, la poudre de magnésium ne doit pas être mélangée à une trop grande quantité de chlorate ou de nitrate de potasse, car la masse de ces composés ne peut que ralentir la combustion du métal. A l'aide de poudres bien préparées, on peut obtenir des images d'objets en mouvement. On emploie un objectif très lumineux , d'ouverture //4 à f/6. S'il s'agit d'obtenir des portraits , il est nécessaire que le local dans lequel on opère soit bien éclairé; cela facilite la mise au point et permet aux personnes photographiées de conserver leur expression naturelle qu'elles perdraient dans Tobscurité. Cet éclairage ne produit pas de voile sur la plaque si on a soin de n'ouvrir l'objectif qu'un instant avant la production de l'éclair. Il faut aussi que la flamme se trouve au-dessus et près de l'appareil pour éviter les ombres portées. Il est bon de fixer un cône de papier noir à l'avant de l'objectif; ce cône fait l'office de parasoleil et empêche la production du voile *.
Depuis que Troost a proposé de brûler le magnésium dans l'oxygène, bien des appareils ont été construits pour atteindre ce résultat. M. Humphery * s'est servi d'un flacon de verre rempli d'oxygène dans lequel était brûlé un ruban de magnésium. On suspend le flacon en le balançant pendant la pose, comme on fait habituellement avec la lumière électrique quand on s'en sert pour le portrait. L'emploi de ce flacon n'étant pas trop commode, M. Humphery a imaginé une lampe dans laquelle le magnésium est brûlé dans la flamme produite par la combustion du mélange d'hydrogène et d'oxygène. Cette lampe consiste en un corps de forme ovoïde muni de tuyaux de communication pourvus de robinets d'arrêts pour l'oxygène et l'hydrogène. Le réservoir ovoïde contient une certaine quantité de magnésium qui est entraîné par le courant d'hydrogène; ce gaz vient brûler entre deux couches d'oxygène dont l'excès permet la combustion du magnésium. La flamme obtenue est d'une telle valeur actinique qu'une épreuve aux sels de platine peut être complètement imprimée en moins d'une minute.
La combustion de la poudre-éclair s'obtient très simplement en plaçant celle-ci sur quelques fragments de fulmi-coton ou de papyroxyle, comme l'ont indiqué depuis longtemps plusieurs opérateurs *. L'inflammation du
1. Phat. Wœhenhlatt, 1890, n» 1. — 2. Phot. News, !•' février 1892. — 8, Bulletin dr VAiêûciatùm helçe de phatoçraphis, 1888.
LAMPES A HAOMâSIDH. 203
coton-poudre peut être produite soit à l'aide de l'électricité, soit, plus simplement, îi l'aide d'une bande de papier ou d'une mèche analogue à celles employées pour enflammer la poudre.de mine.
S'il s'agit de hrûler la poudre de magnésium à l'nir libre , on peut employer !e dispositif signalé par le D"" Miethe '. On injecte du magnésium en poudre dans la flamme d'un bec de Bunsen ; celte opération s'effectue au moyen d'une poire pneumatique. Un peu au-dessus de l'ouverture du bec de Bunsen se trouve un disque de cuivre laminé, incliné en avant d'un angle de 450; dès qu'on presse la poire pneumatique, la poudre de magnésium est projetée contre le disque de cuivre, qui la disperse ainsi dans toutes les directions et réalise sa combustion complète. Afin d'éviter des ombres trop dures lorsqu'il s'agit d'obtenir un portrait, on emploie deux lampes dont les deux tubes sont réunis à la même poire.
M. Wilde, de Gorlitz, indique le moyen suivant comme permettant de produire une lumière très intense à l'aide de la poudre de magnésium.
Fig. 106.
A l'aide d'un fil de cuivre recouvert d'étoffe de coton et par-dessus celle-ci d'étoffe d'amiante perforée, il forme une hélice de 0"! à 0™ia de longueur et d'environ 0in04 de diamètre, le pas de l'hélice étant de On>01 à 0">015. Cette hélice est placée devant une tûle de nickel bien polie; & l'une de ses extrémités se trouve un tube de veiTe d'environ OmOl de diamètre dans lequel on met de 0,5 grammes à 1 gramme de poudre de magnésium; ce tube est relié ft une poire de caoutchouc. Pour faire fonctionner l'appareil, on immerge un instant l'hélice dans de l'alcool mélangé d'un peu d'éther Bulfuriqne, on allume, puis on presse la poire : le magnésium produit une lumière très intense suffisante pour photographier un groupe*.
M. P. Nadar* a fait construire une lampe permettant d'employer lapoudre de magnésium d'une manière continue. Un réservoir à air communique à l'aide d'un tube dans un récipient contenant du magnésium et projette celui-ci au milieu de la flamme d'une lampe à l'alcool. L'éclairage est continu, ce qui est fort utile quand il s'agit de photographier des intérieurs ; l'intensité de la lumière obtenue équivaut & 3,000 carcels environ.
MM. Poulenc brûlent la poudre de magnésium dans la flamme de l'alcool et se servent d'un dispositif très simple *. La lampe qu'ils contruisent se
1. Plrt. JV«M, 1890, n* 1833. — 2. Phot. XaekricUm, 1890, n* 2. — 3. ParU-Pluito. mplu, 189). — i. BMfti* de la SociHé françaite d» pMagraphit, 1891, p. 16a
compose de deux parties {fig. i06) : l'une est un réservoir pour la poudre de magnésium, l'autre est une lampe à alcool à mèche circulaire au centre de laquelle vient aboutir le tube par lequel la poudre est insufflée dans la flamme. Pour opérer, on verse l'alcool dans la lampe au moyen de rouverture fermée par un bouchon vissé qui se trouve sur le côté, la poudre de magnésium est versée dans le réservoir B ; on ne doit pas remplir ce réservoir au delà des deux tiers. On débouche la lampe proprement dite A en enlevant le bouchon C, on élève la mèche d'environ 1 centimètre et on allume cette mèche ; on presse brusquement la poire pour projeter dans l'alcool enflammé la poudre de magnésium et obtenir un éclair d'autant plus vif que la pression aura été plus forte. Si un éclair ne suffit pas, une nouvelle pression donnera une nouvelle projection de poudre de magnésium et, par conséquent, un nouvel éclair.
La lampe BlansdorfT, le tube-bougie actinique de Bergeot, le tison-éclair, rhélios de Hesse et Fribourg, la lampe de Mendozza, celle de Boyer, etc., sont construites sur le même principe indiqué par Guébhardt et sont destinées à brûler d^ la poudre de magnésium. Pour photographier l'intérieur des grottes, M. J. Vallot donne la préférence » la lampe-signal du Dr Regnard^ Cest une lampe Berzélius à alcool, à bec circulaire, portée sur trois pieds et au milieu de laquelle vient déboucher le tube contenant le magnésium. Le bec a QinOi? de diamètre intérieur, le tube à magnésium a 0d>006 de diamètre; il se recourbe en forme d'U sous la lampe et vient se fixer au bord du réservoir. L'une des branches de l'U vient déboucher au milieu du bec à alcool et son extrémité doit être au niveau de la mèche ; cette extrémité ne doit pas être rétrécie sous peine de donner de mauvais résultats. L'autre branche de l'U sert à l'introduction de la poudre de magnésium à l'aide d'un petit entonnoir. Pour opérer, on allume la lampe à alcool et l'on monte suffisamment la mèche pour avoir une flamme de 0ml &0>°15 de hauteur, on verse le magnésium, on remplace l'entonnoir par un tube de caoutchouc fixé sur un soufflet et l'on souffle vivement : la combustion est instantanée et complète. Pour obtenir une belle lumière de près de 2 mètres de hauteur, il faut employer 2 grammes de magnésium. La poire de caoutchouc n'est pas suffisante pour lancer vigoureusement une quantité de magnésium considérable ; l'emploi d'un soufflet ordinaire est indispensable. S'il s'agit de reproduire un intérieur, une grotte de dimensions considérables, on se servira d'un tube en U de O^Ol de diamètre, que l'on garnira avec 4 grammes de magnésium ; dans ces conditions, l'extrémité du tube qui se trouve dans la flamme doit être légèrement rétrécie, son diamètre ne doit pas dépasser OmOOS: la flamme obtenue est fort actinique.
Pour obtenir un portrait exempt d'ombres portées trop dures, M. Goderus' dispose le modèle devant un fond à la manière habituelle. Du côté de l'éclairage, à 1 mètre environ de la personne qui pose et un peu en avant, on place un écran blanc de ImoO de côté; de l'autre côté du modèle se trouve un réflecteur blanc; derrière le transparent, préalablement mouillé, on dispose quatre brûleurs permettant d'allumer à la fois quatre foyers lumineux. Les lampes destinées à brûler le magnésium sont reliées à une
1. Bullttin de la Soeiété française de phctographu, 1890, p. 141. — 2. BttUetiH de VAuooiatioH belge de photographie, 1890, p. 411.