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CHAPITRE III

PROCÉDÉS ORTHOGHROMA.TIQUES.

1176. Émulsion orthochroxnatique au gélatino-bromure d'argent : matières colorantes. — Nous avons indiqué (1149) comment on peut obtenir de bonnes émulsions orthocbromatiques en faisant usage du collodion. Diaprés plusieurs auteurs ^ le collodion orthocbromatisé est beaucoup plus sensible aux couleurs que Témulsion au gélatino-bromure d'argent. Pour les études de paysage , les nuages sont bien mieux rendus avec une plaque ortbocbromatique qu'avec une plaque ordinaire.

Le plus souvent, on se sert avec ces plaques d'un écran jaune pâle qu'on introduit soit dans l'objectif, soit à l'avant ou à Tarrière de cet instrument (472). La coloration que doit posséder cet écran est fort importante, surtout quand on photographie des paysages avec lointains; si Técran est d'une teinte trop foncée, la distance des objets situés h l'horizon paraît plus faible qu'elle ne l'est en réalité.

On peut obtenir très facilement des écrans colorés en utilisant les petites lamelles de verre servant de couvre-objets (ronds) pour les préparations microscopiques. On choisit ces lamelles aussi minces que possible, on les enduit de collodion coloré à l'auranlia et on les dispose sur l'ouverture des diaphragmes, dans une petite gorge que Ton fait ménager dans l'épaisseur de ceux-ci : les lamelles étant de trois à quatre millimètres plus grandes que l'ouverture du diaphragme peuvent se loger, vu leur faible épaisseur (1/12» à l/20« de millimètre), dans la petite rainure enduite de cire molle que l'on fait construire pour cet objet.

M. le Dr Eder a recommandé la cyanine chlorurée comme sensibilisateur pour le rouge *. La cyanine du commerce est un iodure et souvent l'on obtient par son emploi des plaques susceptibles de donner des images voilées. En transformant l'iodure en chlorure on obtient une substance qui ne donne plus lieu à un tel insuccès. On effectue cette transformation en plaçant la cyanine en poudre dans une capsule de platine ou de porcelaine et la recouvrant d*un mélange d'eau et d'acide chlorhydrique; on évapore à seo au bain-marie, et on élimine à Tétuve ou au bain-marie les dernières traces d'acide chlorhydrique libre; le résidu est constitué par la cyanine chlorurée.

Le colonel Waterhouse a employé comme sensibilisateur pour le rouge

1. Brîtifh Journal of Phatagraphy, 1891, n» 1626. — 2. Buttetin de la Société français dâ photographiât 1891, p. 265.

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le bleu (i*alizarine et le bleu d'anthracéne. Les plaques sont immergées dans un bain contenant 1 décigramme de chacune de ces substances pour 1 litre d*eau additionnée de quelques gouttes d'ammoniaque. Le même auteur a essayé pour cet objet une matière qu'il nomme rhodamine : ce corps est un amidophénolpbtaléine dont la couleur ressemble à celle des éosines les plus bleues. La rhodamine présente une forte fluorescence écarlatc qui n'est pas détruite par la présence d'un acide , comme c'est le cas pour les éosines. Quand on remploie en solution au dix-millième avec 1 pour 100 d'ammoniaque, elle sensibilise très fortement pour les rayons jaunes toutes les plaques à la gélatine bromurée, mais son action n'égale pas celle de l'érythrosine.

Vogel 1 a fait observer que l'on pouvait diviser en deux catégories les plaques préparées avec de Téosine. Les premières, que l'on peut désigner sous le nom de plaques à l'éosine simple, ne contiennent comme sensibilisateur optique que de Téosine simple, tandis que les secondes (plaques à l'éosinate d'argent) contiennent une combinaison d*éosine et de sel d'argent qui agit non seulement comme sensibilisateur optique, mais aussi comme sensibilisateur chimique. Les plaques à l'éosine argentique sont environ cinq fois plus sensibles pour les rayons jaunes que les plaques à l'éosine simple; mais ces plaques sont moins sensibles que les premières lorsqu'on les expose à la lumière bleue. 11 en résulte que lorsqu'on se sert de plaques à l'éosine ordinaire on doit en môme temps interposer un écran jaune sur le trajet des rayons lumineux. Il n*est pas nécessaire d'opérer ainsi avec les plaques & l'éosinate d'argent, excepté dans le cas où on aurait à reproduire un tableau ayant des parties peintes en bleu vif.

Il convient donc d'ajouter h l'éosine et à l'érythrosine une petite quantité d'azotate d'argent si Ton ne veut pas employer d'écran coloré. Mais l'éosinate et Térythrosinate d*argent sont des composés très instables; les acides, môme faibles, les détruisent; de là l'utilité de rendre alcalines les émulsions auxquelles on ajoute ces matières colorantes; il suffit d'ailleurs d'une petite quantité d'ammoniaque pour obtenir ce résultat

On a constaté que par addition d'un excès de matière colorante la sensibilité des plaques diminuait. Pour expliquer ce fait, on admet que la teinture ne peut s'unir qu'en faible quantité aux composés sensibles, et que, si l'on dépasse une certaine proportion, l'excès de matière colorante forme h la surface de la plaque une couche absorbant les ra3'^ons actiniques et les empêchant d'agir sur les couches sous-jacentes.

Le capitaine Abney explique l'action de la lumière sur les plaques orthochromatiques par une décomposition d'ordre chimique. Parmi les teintures employées pour sensibiliser les plaques, certoines appartiennent à la classe des coulews fugitives et sont altérées par la lumière; c'est ainsi, par exemple, que la cyanine est oxydée, et par suite décolorée par les rayons lumineux. Lorsque de la cyanine est ajoutée à une couche sensible et qu'elle est frappée par les rayons qu'elle peut absorber, l'oxydation se fait aux dépens du composé halogène de la couche; de là une réduction partielle de la matière sensible et un commencement de développement de l'image que le révélateur n'a plus qu'à achever. Quant aux teintures que

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les rayons lumineux ne décomposent pas, elles s'uniraient au bromure d'argent et donneraient des combinaisons mécaniques analogues aux laques, combinaisons qui seraient décomposables par la lumière comme le sont les teintures fugitives.

Le Dr YogeU a fait une objection sérieuse à cette hypothèse : l'expérience montre que l'action de la matière colorante se fait sentir, quelque courte que soit l'exposition des plaques à la lumière; il admet difficilement que la sensibilité de la matière colorante ne le cède en rien à la sensibilité du bromure d'argent.

1177. Préparation des plaques orthochromatiques. —

G. Harrisson a montré que l'on pouvait obtenir de bonnes reproductions de tableaux en se servant de plaques ordinaires que Ton immerge pendant deux minutes dans une solution contenant 1 gramme d'érythrosine pour un litre d'eau; la plaque est abandonnée à la dessiccation dans une obscurité complète. Au lieu d'érythrosine, M. Forrest ' se sert de quinoline. Les plaques ordinaires sont plongées dans un bain' de 8 grammes de quinoline pour 10 litres d'alcool méthylique.

Les plaques ainsi préparées sont moins sensibles que celles obtenues par mélange de la matière colorante à l'émulsion (482); de plus, elles sont sujettes à donner des images présentant des taches au développement.

On trouve actuellement dans le commerce des plaques orthochromatiques préparées avec diverses matières colorantes. Les plaques de M. Attout-Tailfer, de Paris, celles de MM. Lumière, de Lyon, permettent d'obtenir de bons négatifs de sujets réputés autrefois très difficiles à photographier. La fabrication de ces plaques s'effectue d'une foçon tout aussi régulière que celle des plaques ordinaires au gélatino-bromure.

11 est indispensable d'éviter l'action des radiations orange^ jaune ou verte pendant le développement des plaques orthochromatiques. La lumière rouge rubis doit être aussi faible que possible, et il est utile de commencer le développement de telle sorte que les rayons rouges n'arrivent pas directement sur la plaque; le mieux est de développer dans une cuvette de porcelaine que l'on recouvre d'un carton noir. Les plaques préparées à l'azaline nécessitent certaines précautions, qui sont souvent inutiles avec celles contenant de Féosine ou de l'érythrosine. Le révélateur le pins employé pour ces sortes de plaques est l'acide pyrogallique avec sulfite et potasse caustique. Il vaut mieux développer énergiquement le négatif, sauf

1. A. de La Banme-Plnyinel, Za/armoHdm des image» pheiograpkiqttâ» , 1891, p. 202. ^. BnUefin de la Société françahe de photographie^ 1891, p. 188,

il diminuer son intensité, que de le renforcer, car le renforçage d'une plaque orthochromatique réussit rarement d'une manière convenable. Souvent ces plaques fixées dans un bain légèrement acide montrent une sorte de voile, mais qui est sans influence pour Timpression des positives. Si la couleur sensibilisatrice adhère encore quelque part dans la couche après le lavage final, il suffit de plonger la plaque pendant quelques minutes dans raleool: il dissout très facilement la matière colorante.

1178. Sensibilité des placpies ortliocliroxnatiqaes. — Pour déterminer la sensibilité des pliR{ues orthochromatiques, M. Vidal ^ se sert d'un sensilocolorimètre, appareil permettant de comparer la sensibilité de deux plaques, l'une orthochromatique, l'autre ordinaire. Cet appareil est analogue au sensitomètre destiné à mesurer le degré de sensibilité des couches sen sibles : il se compose essentiellement d'une échelle formée de quatre bandes de papier vitrail bleu, vert, jaune et rouge foncé. Pour se placer dans les

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