CHAPITRE II. 3q r
Les résultats obtenus par MM. Hansteen et Morlet se rapportent à l'équateur magnétique de 1780. M. Arago les a comparés (1) et en a déduit les faits suivants :
MM. Hansteen et Morlet placent l'équateur magnétique, en totalité, au-dessus de l'équateur terrestre, entre l'Afrique et l'Amérique. Le plus grand écartement de ces courbes correspond à environ s5° de longitude occidentale ; il est de i3 ou i4° dans la carte de M. Hansteen ; on trouve dans celle-ci un nœud en Afrique, par 7.10 de longitude orientale; M. Morlet le place 4° plus à l'occident.
Suivant l'un et l'autre, si l'on part de ce nœud, en s'avançant du côté de la mer des Indes , la ligne sans inclinaison s'éloigne rapidement vers le nord de l'équateur magnétique, sort de l'Afrique, un peu au-dessus du cap Gardafui, et parvient dans la mer d'Arabie à son maximum d'excursion boréale (environ 120), par 6u° de longitude orientale. Entre ce méridien et le 17^° de longitude, l'équateur magnétique se maintient constamment dans l'hémisphère boréal; elle coupe la presqu'île de l'Inde, un peu au nord du cap Comorin ; traverse le golfe de Bengale, en se rapprochant légèrement de l'équateur terrestre, dont elle n'est éloignée que de 8°, à l'entrée du golfe de Siam ; remonte ensuite un tant soit peu au nord ; est presque tangente à la pointe septentrionale de Bornéo; traverse l'île Paragua, le détroit qui sépare la plus méridionale des Philippines de l'île Mindanao, et, sous le méridien de Waigiou, se trouve de nouveau placée à ç)° de latitude nord.
De là, après avoir passé dans l'archipel des Carolines, l'équateur magnétique descend rapidement vers l'équateur terrestre,' et le coupe, d'après M. Morlet, par 17/1°, et, suivant M. Hansteen, par 1 870 de longitude orientale. Il y a beaucoup moins d'incertitude sur la position d'un second nœud situé aussi dans l'océan Pacifique, dont la
(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxx , p. 348.
3c)2 DE LEQUAT. MAGNÉT. , OU LIGNE SANS INCLIN.
longitude occidentale doit être de iqo° environ. Mais, tandis que les recherches de M. Morlet l'ont conduit à admettre que l'équateur magnétique, après avoir touché seulement l'équateur terrestre, s'infléchit aussitôt vers le sud , M. Hansteen suppose que cette courbe passe dans l'hémisphère nord, sur une étendue d'environ i 5o° de longitude, revient ensuite couper de nouveau la ligne équinoxiale, à 23° de distance de la côte occidentale d'Amérique. Du reste, pour qu'on ne s'exagère point cette discordance, nous devons dire que, dans son excursion boréale, la courbe sans inclinaison de M. Hansteen ne s'éloigne pas de l'équateur terrestre de plus de i°^-;et que, en définitive, cette ligne et celle de M. Morlet ne sont nulle part à i° de distance l'une de l'autre, dans le sens des cercles de latitude.
Les observations directes des nœuds semblent indiquer un mouvement de translation d'année en année; en effet, les deux nœuds de M. Hansteen et le nœud tangent de M. Morlet, dans la mer du Sud, se trouvent situés entre le 108 et le 126° de longitude occidentale. M. Freycinet a trouvé, en 18 19, à bord de YUranic, que ce nœud était placé vers le r3i° de longitude (1). Suivant le capitaine Sabine, comme on peut le voir dans son ouvrage publié par ordre du bureau des longitudes de Londres, le point d'intersection des deux équations, qui était situé dans l'intérieur des terres et assez loin des côtes en 1780, s'est avancé d'orient en occident jusque dans l'océan Atlantique.
M. Morlet avait indiqué ce mouvement de translation de l'équateur, mais avec une certaine défiance, parce que
(i) Nota. Nous ferons remarquer ici, que les observations de M. de Freycinet n'ont point été faites à l'est du i5oe degré de longitude occidentale ; qu'en conséquence il est impossible d'en déduire la position d'un nœud par i32° de longitude. (Voyez, à la suite de cet article, les tableaux delà ligne sans inclinaison qui ont été dressés par M. Duperrey).
les mesures anciennes d'inclinaison n'avaient pas été obtenues en changeant les pôles de l'aiguille. Il regarde comme très-probable que la forme et la position de la ligne sans inclinaison règlent, d'un pôle à l'autre, le sens dans lequel doivent avoir lieu, dans chaque point du globe, les variations annuelles de l'aiguille aimantée. En appelant latitude magnétique d'un point la distance de ce point à la ligne sans inclinaison , mesurée sur le méridien magnétique, considéré comme un grand cercle, M. Morlet a trouvé que l'inclinaison de l'aiguille diminue là 011 le mouvement de translation de l'équateur tend à diminuer la latitude magnétique, et qu'elle augmente, au contraire, partout où la latitude magnétique s'agrandit. Nous aurons l'occasion plus loin de montrer que cette conjecture se trouve confirmée par des observations postérieures.
M. Duperrey a fait, durant son voyage sur la corvette ht Coquille , de nombreuses observations qui l'ont mis à même de déterminer, pour l'année iSa/j , l'équateur magnétique dans la presque totalité de son cours, INI. Arago, au nom d'une commission de l'Institut, a fait un Rapport sur les observations magnétiques de ce voyage (1). Il y est fait mention du déplacement probable de l'équateur magnétique. La Coquille avant coupé six fois cette courbe, il a été possible de déterminer directement la position de deux des points d'intersection, situés dans l'océan Atlantique. Dans la carte de M. Morlet, les latitudes des points de la ligne sans inclinaison, qui correspondent aux mêmes longitudes, sont de i°/i3' à i°5o' plus sud; il semble résulter de là que l'équateur magnétique s'est rapproché de l'équateur terrestre d'une quantité égale : les mêmes différences se trouvent sur la carte de M. Hansteen.
Le travail auquel M. Duperrey s'est livré pour obtenir de ses observations la figure de la ligne sans incli-
1) Annal, de Ch. et de Phvs. , t. xxx.
3g4 NOUV. DÉTF.PMIN. DELA LIGNE SANS INCLIN., ETC.
naison, à laquelle il a consacré une carte particulière, se trouve dans les Annales de Physique et de Chimie, t. xlv, p. 37 1, et dans la Partie physique de son voyage. Nous en avons déjà rendu compte (1). Nous croyons d'autant moins nécessaire de le rapporter ici, que depuis cette époque M. Duperrey a de nouveau fixé la position de la ligne sans inclinaison, pour Tannée i8qi5, d'après ses propres observations, auxquelles il a réuni celles de tous les voyageurs contemporains. Ce dernier travail est celui que nous présentons dans l'article suivant, tel qu'il nous a été communiqué par son auteur.
§ II. Nouvelle détermination de la ligne sans inclinaison, pour Cannée 182 5 (2), par M. L. /. Duperrey.
«J'ai donné en 1829 la figure de Péquateur magnétique, déduite des observations de l'inclinaison de l'aiguille aimantée que j'avais faites, de 1822 à 1825, durant le voyage de la Coquille • d'une inclinaison observée en 1822, dans l'île San-Tomé, par le capitaine Sabine, et des observations que M. de Blosseville venait de recueillir tont récemment dans la mer des Indes.
« Le but que je me propose aujourd'hui, est de faire connaître la figure que j'ai obtenue, en joignant, à mes observations particulières, celles de tous les voyageurs qui ont opéré, vers la même époque, dans l'intérêt de cette recherche.
« Les observateurs qui ont ainsi contribué à la nouvelle détermination de l'équateur magnétique, dont je vais présenter la configuration pour l'année 1825 , époque moyenne de la totalité des observations recueillies, sont, par rang de date :
(1) Tome 1 , page Zjoo.
(2) Dans les planches XIV et XV de l'atlas, la ligne sans inclinaison est représentée par une ligne ponctuée ; dans les planches XVII et XVIII, elle est représentée par une ligne pleine.