CHAPITRE Vf
La différence qui existe donc entre un condensateur et un ëlectrophore est que, dans ie premier, on se sert d'un conducteur non isolé, pour augmenter la charge d'un corps électrisé; tandis que, dans l'autre appareil, c'est le corps isolé et électrisé qui détermine cette accumulation.
Cet appareil conserve, pendant plusieurs mois, la propriété de donner des étincelles, sans avoir besoin de frotter la résine. Il est emplo^'c fréquemment dans les laboratoires de chimie pour les expériences eudiométriques.
Lorsqu'on veut se procurer de l'électricité négative, on charge le gâteau de résine d'électricité positive en le mettant en contact avec le conducteur d'iuie machine électrique.
Lichtemberg, pliysiclen allemand, a fait avec l'électrophore une expérience curieuse (pie je ne dois pas oublier de mentionner i-ci. Ayant tracé des figures sur la surface du gâteau de résine avec une tige métallique, possédant tantôt une électricité, tantôt l'autre, il projeta dessus, au moyen d'uiie espèce de soufflet, un mélange de soufre et de minium triturés ensemble; les parcelles de soufre se rendirent sur les figures négatives, et le miniinn sur les figures positives. Jj'explication de ce phénomène est facile : pendant leur projection, les poussières s'électrisèrent par leur frottement mutuel, le soufre prit l électricité positive, et le minium J'éleclricité f négative : ces deux corps durent donc se port(!r sur les figures possédant l'électricité contraire à la leur,
l § IIL De la bouteille de Leyde et des batteries f électriques.
\L\\ . On peut obtenir des décharges électriques énergiques avec le condensateur, en faisant comnujuiquer une i des faces métalliques avec une machine électricpic, et ; l'autre avec le sol. Si ces décharges passent à travers le i corps, on éprouve dans tous les organes qui se trouvent sur le trajet de l'électricité une secousse d'autant plus
2^4 BOrTEILLK DE M-YDi: F.T BATTERIES KLEC.
vive que le condensateur est plus grand, la charge plus considérable, et l'iiitervalle entre les plateaux moindre; mais comme on ne peut augmenter indéfiniment l'étendue des surfaces, on est forcé d'avoir recours à d'autres appareils dont la construction repose sur le même principe, si l'on veut se procurer des décharges plus considérables (jue celles que l'on obtient avec le condensateur ordinaire. Le premier appareil de ce genre est la bouteille de Levde, ((ui joue un si gi-and rôle dans l'histoire de Téleclrici té. Cet te bon teille (53 bis) se compose d'un llacon en verre, revêtu extérieurement d'une feuille d'étain qui monte jusqu'à quelques centimètres du goulot et est rempli intérieurement de feuilles de clinquant chiffonnées, de grenailles de j)lomb,ou d'une substance conductrice dont la surface peut être aussi étendue qu'on le veut, pourvu qu'elle oceupe un petit espace. Le haut de la bouteille est recouvert d'ime couche de vernis à la gomme laque. Une tige en laiton, dont le bout supérieur est tourné en crochet , passe dans le bouchon du goulot pour se rendre dans l'intérieur. On donne ordinairement le nom d'armature extérieure à la lame d'étain qui est appli(|uée sur le verre. Celte bouteille est un véritable condensateur , dans lequel les parois remplacent le plateau isolant. Veut-on la charger, on la prend dans une main par l'armature extéiieure, et l'on met en connnunication le crochet avec ime machine électritpie. Celle-ci donne continuellement à la suiface intérieure de l'électricité positive, (jui agit par influence sur réiectricité naturelle de la main et de la terre, à la manière des condensateurs ; de sorte qu'il s'accumule^ sur les deux surfaces une quantité considérable d'électiicités contraires. Aussitôt cjue l'on établit la communication, au moyen d'un cxcitateiu", entre le crochet et l'armature extéiieure, il y a recomposition innnédiate des i\cu\ fluides, laf|uelie est accompagnée d'un choc plus ou moins fort, suivant la charge; quanti celle-ci est trop forte, le verie est (piekjuefois perce , ou bien la décharge s'opère naturellement du crochet à la feuille d'étain : c'est pour
(Chapitre vi. aaS
éviter cet inconvénient que l'on tient l'armature extérieure à quelques pouces de distance du goulot. Le verre ne perdant pas entièrement sur-le-champ les deux électricités qui adhéraient^ aux deux surfaces, il s'ensuit qu'en employant plusieurs fois l'excitateur, même après un temps assez long, on obtient encore des décharges assez sensibles. On mesure la charge d'une bouteille de Leyde avec l'appaieil décrit figure 12,
Si l'on suspend dans l'air, avec un cordon de soie, une bouteille de Leyde électrisée, l'action absorbante de ce fluide n'agit que sur les quantités d'électricité qui se trouvent successivement libres sur chacune des garnitures, puisqu'elle ne peut rien sur celles qui sont dissimulées; aussi, avec le temps, la bouteille se trouvet-elle complètement déchargée.
En plaçant la bouteille de Leyde sur un plateau de résine et la prenant ensuite par son crochet , on rend libre sur la garniture extérieure une certaine quantité d'électricité négative. On se sert souvent de ce procédé pour se procurer de l'électricité négative.
Pour décharger une bouteille de Leyde, on se borne à mettre en communication l'intérieur avec l'extérieur au moyen d'une chaîne de métal , sans craindre que la décharge s'opère à travers le corps, attendu que l'électricité suit toujours les meilleurs conducteurs ; mais il est nécessaire de s'assurer préalablement que la chaîne n'a pas de solution de continuité, et qu'elle est assez grosse pour donner passage à tout le fluide. Dans le cas contraire , si l'on tenait la panse et un bout de la chaîne dans une main, et l'autre bout dans l'autre main, une partie de la décharge passerait par le corps.
Quand la décharge ti'averse le corps, elle produit ce qu'on appelle la commotion de la bouteille de Leyde. L'effet peut être dangereux dans le cas où les surfaces ont beaucoup d'étendue. Si l'on tient la panse d'une main et que l'on touche le bouton de l'autre, la commotion se fait sentir dans les bras et la poitrine. Avec de faiir. i5