CHAPITRE III. l3l
plus grand nombre, on ne pourrait pas leur attribuer une oi'igine chimique.
Nous ne savons pas encore au juste jusqu'à quel point les corps, en réagissant chimiquement les uns sur les autres, dans leur frottement mutuel, donnent naissance à des phénomènes électro-chimiques, qui ont des rapports pkis ou moins directs avec les phénomènes électriques de frottement proprement dils. Celte question a besoin d'être examinée avant de passer outre.
Wollaston (i), désirant savoir si l'oxidation contribue au dégagement de l'électricité dans le frottement , monta , dans un vase où l'on pouvait changer l'air à volonté, un appareil électrique de frottement, formé d'un plateau de verre et de deux frottoirs enduits d'un composé métallique oxidable. Ayant éîectrisé le plateau dans l'air et dans un milieu rempli cle^ gaz acide carbonique, il tiouva que dans ce dernier cas tout développement d'électricité était suspendu.
Ce résultat attira peu l'attention, parce qu'à l'époque où il fut publié, on était loin d'attaclier autant d'importance que maintenant aux effets électro-chimiques; cependant il était assez concluant, puisqu'il indiquait la nécessité d'une action chimique pour qu'il y ait dégagement d'électricité clans le frottement d'un plateau de verre et de deux coussins enduits d'un composé métallique oxidable.
■yô. Pour déterminer jusqu'à quel point les effets électriques de frottement peuvent dépendie de réactions chimiques produites dans le frottement même, il faut montrer quelle peut être la nature de ces réactions ; 'car, dès l'instant qu'il sera démontré qu'il y a action chimique, la question' sera résolue, puisqu'il n'y a pas d'actions de ce genre qui ne soient accompagnées d'effets électriques. Si l'on porphyrise dans un mortier d'agate un cristal de mésotype, qui est un double de silicate de soude et d'alumine, la poudre jouit de la propriété alcaline à un
(i) Annal, de Ch, et dePhys., t. xvi, p. 53.
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degré assez marqué pour rougir le papier de curcuma. L'effet produit est dû à l'alcali mis *en liberté par la trituration , et non à l'action de l'eau et des matières colorantes sur les parties tiès-divisées de la mésotype; car la poudre ne réagit plus à la manière des alcalis, aussitôt qu'elle a été lavée, à plusieurs reprises, avec de l'eau distillée. Toutes les laves et les substances qui rcnfcMuient de la potasse ou djî la soude se comportent de même.
Ce mode d'action est tel, qu'il peut être employé avec succès pour prodniie de doubles décompositions. Lorsque l'on passe rapidement, par exemple, un cristal desulfate de potasse surime plaque de calcaiie, il y a aussitôt formation de sulfate de chaux et de carbonate de potasse, que les réactifs ordinaires reconnaissent aisément. Le sulfate de potasse et le carbonate de baryte donnent des effets qui sont bien marqués.
En broyant dans un mortier d'agate un fragment de pyiite de fer, non décomposable à l'air, il se forme du proto-sulfat<> de fer. Le deuto-sulfure d'étain, parfaitement neutre, donne naissance à un sous-sulfate d'étain, acide ti'ès-facile à reconnaître.
Ces trois exemples montrent, i° que la porphyrisation, ou, ce qui revient au même, le frottement, peut, dans plusieurs cas , séparer les éléments des corps qui se trouvent combinés ensemble d'une manière intime; i" qu'il peut s'opérer des doubles décompositions par le frottement nuituel de deux corps l'un contre l'autre ; S^'que les sulfures des métaux oxidables se changent immédiament en sulfate. D'après cela, dans l'examen des effets électri([ucs de frottement, nous devons tenir compte de ceux qui proviennent des changements chimiques. Cette question sera traitée avec plus de développements dans le troisième volume. Mais nous croyons d(*ja pouvoir annoncer (|ue le frottement, dans un grand nombre de cas, fiit naîtie des réactions chimiques et que l'on a attribué quelquefois à des causes purement physiques des effets électriques qui ont une origine chimique.