‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 129 sur 141 · CHAPITRE SrXli^:ME · texte numérisé non relu

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donc plus qu’à admettre, ce qui du reste est déjà démontré, que toutes les parties matérielles de la tene sont douées de magnétisme, et (jue celles qui participent aux influences calorifiques de l’atmosphère, éprouvent dans leur magnétisme des variations diurnes et annuelles de la [)art de la chaleur solaire. Dès lors diverses causes locales et la nature des roches doivent influer sur ces vai’iations. Je crois que c’est là le point de départ pour remonter à la cause du magnétisme terrestre. S’il existe des courants électri(|ues, comme l’identité de l’électricité et du magnétisme semble l’indiquer, C('S courants doivent être moléculaires, c’('st-à-dii e qu’ils doivent circuler autour des molécules, comme M. Ampère l’admet pour les aimants.

La supposition que le globe tei’restre doit son mar gnétisme à une propriété inhérente à toutes ses parties,résulte des faits qui ont été observés sur le magnétisme de tous les corps. IMais, pour donner un degié de plus de probabilité à cette supposition, je vais rapporter les observations que M. de Huniboldt a faites (i) sur le magnétisme polaire d’une montagne schisteuse et de serpentine.

Le Heideberg, près de Zell, s’élève au milieu d’un vaste plateau à la pente N. O. du Ficbtelgebirge ; la montagne est dirigée du S. O. au N. E. , comme celle des roches primitives et intermédiaires de ces contrées. Elle appartient au groupe des serpentines enclavées dans les schistes chloriteux et arnphiboliques. Dans la chlorite, les parcelles de fer oxiduié sont visibles à l’œil nu, tandis que, dans les autres roches, on découvre le fer en pulvérisant la masse et en la remuant avec un barreau aimanté. Les strates de toutes ces roches sont pai’allèles à l’axe longitudinal de la montagne, qui agit à vingt pieds de distance sur les boussoles de mineur.

On a cru observer que les roches du Heideberg qui

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxv..

53o MAGNÉTISME POLAIRE d’uNE MONTAGNE.

ont le plus de magnétisme polaire, sont aussi celles dont la pesanteur spécifique est la plus grande.

Ce qu’il y a de remarquable dans le magnétisme de cette montagne, c’est la distribution et le parallélisme de ses axes magnétiques. M. de Humboldt a observé que les pôles nord sont tous situés à ia pente sud-est et les pôles sud à ia pente nord-ouest; de sorte que les pôles homonymes occupent une même pente. Le parallélisme • des axes est constant à l’extrémité nord-est et dans son centre, mais il est peu sensible à l’extrémité sud-ouest, où les roches ehloriteuses , ampbiboliques et talqueuses passent à la vraie serpentine. Les points d’indifférence sont pla'cés aux extréin tés nord-ouest et sud-ouest de la montagne, c’est-à-dire aux extrémités de l’axe longitudinal du Meideberg, ou selon la ligne qui détermine la direction des couches. Les axes magnétiques sont perpendiculaires à la direction de celles-ci.

M. Lichtenberg a énoncé les conjectures que ces axes peuvent bien être l’effet de tremblements de terre^qui , dans les grandes catastrophes de notre planète, ont agi long-temps dans une même direction. M. de Humboldt a cru voir changer en effet une seule fols , dans l’Amérique méridionale, l’inclinaison magnétique à la suite d’un tremblement de .terre. L’intensité des forces était restée la même.

11 serait à desirer que l’on pût savoir si la direction de Taxe magnétique est constante, ou si elle change avec la direction du méridien magnétique de la contrée voisine.

Le magnétisme polaire de ces roches qui renferment quelques parcelles de fer oxidulé, est souvent bien plus puissant que le magnétisme polaire de ces grandes masses de fer oxidulé qui forment des couches dans lesmonlagnes primitives, et qui ne sont point en contact avec l’atmosphère ou rapprochées de la surface du globe.

M. de Humboldt a trouvé près de Voisaco, entre Almaguer et Pasto, à io45 toises de hauteur au-dessus de la mer, une roche de porphyre trachitique, qui offrait

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en petit presque les mêmes phénomènes que la montagne magnétique de Franconie. Sur la pente orientale du (dîiinborazo, MM. de Humboldt et Bonpland ont trouvé aussi un groupe "de porphyre tracbitique en colonnes pentagones, dont le magnétisme polaire agit à trois pieds de distance.

Ces exemples prouvent que, dans les observations relatives au magnétisme terrestje , il serait peut-être essentiel d’expérimenter sur le magnétisme des roches qui constituent le pays ou l’on est, ou du moins, de déterminer jusqu’à quel point elle diminue l’amplitude des oscillations de l’aiguille aimantée sans changer leur nombre.

Il ne serait pas impossible que des actions de ce genre fussent produites en Auvergne dans le voisinage des formations stéascbisteuses , oii l’on dit que la boussole éprouve quelquefois des déviations qui contrarient les opérations géodésiques.

§ X. De V électricité atmosphérique sur les montagnes.

Pour ne rien omettre de ce qui peut avoir rapport aux réactions chimiques qui ont lieu dans l’interieur du globe et à sa surface, je crois devoir ivapporter les observations de De Saussure (i) sur l’électricité de l’atmosphère dans les montagnes, laquelle peut exercer une certaine influence sur ces réactions.

Au passage des Fours, le soleil réchauffait les bassins du Mont-Jovet et du Plan-des-Dames , d’ou s’élevaient des vapeurs qui venaient se condenser au-dessus de lui sous la forme de petits nuages blancs. En élevant audessus de sa tête un petit électromètre, il obtint des signes d’électricité seulement à l’instant du passage de ces nuages. Il crut s’apercevoir (jue cette électricité venait des régions supérieures, et que les petits nuages ne faisaient seulement que l’office de conducteurs.

(i) Voyage dans les Alpes, t. ii, p. 194.

d3‘2 DR l’ÉLEC, ATMOSPJI. SUR LES MONTAGNES.

Il eut loccasioii de vérifier cette conjecture sur la cime des fours, le 7 août 1 78 1 . L’électricité qu’il a ainsi reciu'illie était toujours positive, l! la tiouvee (.onstamment telle dans les temps sereins, soit dans les plaines, soit dans les montagnes, par tous les vents et dans toutes les saisons, meme pendant que la terre était couverte de nei^^e. Il a reconnu f|ue l’électricité varie suivant les localités; quelle est en général plus forte dans les lieux les plus élevés et les plus isolés; nulle dans les maisons, sous les arbres, dans les rues, etc.; mais quelle est sensible cependant dans les villes, au milieu des grandes places, et principalement sur les ponts, ou elle parait plus forte qu’en rase cam|)agne.

*11 rapporte ensuite d’autres observations que j’ai déjà fait connaître, et sur lesquelles par conséquent je ne reviendrai pas. Je me bornerai seulement aux faits dont il n’a pas été question précédemment. Il a reconnu qu’en été l’électricité de l’air serein est beaucoup moins forte qu’en hiver. En général , dans la saison des chaleurs , lorsque la terre est sèche en raison de la sécheresse des jours précédents, l’électricité de l’air va en croissant depuis le lever du soleil jusqu’à 3 ou 4 heures de l’aprèsmidi, ou elle acquiert un maximum; elle diminue ensuite graduellement jusqu’au moment de la. chute de la rosée.

De Saussure a cru reconnaître, dans ces nombreuses

observations, que la quantité absolue de fluide électrique est réellement plus grande dans les couches les plus élevées de l’atmosphere.

Il fit sur le Môle une expérience intéressante, qui tend à prouver que l’électricité était inhérente au point de l’espace oîi il se trouvait. «Les nuages que j’avais traversés, dit-il, et que j’avais laissés sous mes pieds en arrivant à la pointe du Mole, se dissipèrent peu à peu, et à la fin il n’en resta plus du tout; ils ne parurent pas

(1) Voyage dans les Alpes, t. ii, p. 1S2.

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