‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 26 sur 141 · DISTRIBUTION DE L ELECTRICITE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DE L ELECTRICITE

qu’il y eût égalité de surface, la forme du corps n’était pas sans influence sur la répartition de l’électricité.

Volta, en 1778, publia un travail sur ce sujet, dans lequel il prouva que de deux cylindres de même surface, le plus long recevait la plus forte charge, et en conclut ({lî’il y avait un immense avantage à substituer aux larges conducteurs des machines électriques, un système de très-petits cylindres, quoique en somme ceux-ci ne formassent pas un volume plus grand. Il avança* même qu’en combinant douze fils de mince bâton argenté, de mille pieds de longueur chacun, on se procurerait des étincelles capables de tuer les animaux les plus gros.

A plusieurs reprises l’on s’était occuyié de la propriété dont jouit l’étincelle électrique d’enflammer raicoo! , 1 éther, la fumée d’une chandelle; mais Volta , en î 777, fut le premier qui fit l’expérience d’enflammer le gaz inflammable dans des vaisseaux clos. En 1781 , Cavendishseservit de ce procédé pour opérer la composition de l’eau au moyen de l’éti ocelle, et Volta lui-même y trouva le germe de son eudiomètre pour l’analyse des gaz, qui est encore le meilleur appareil de ce genre que nous possédions.

Coulomb, de 1785 à 1787, (i) fit plus, pour la statique électrique, que tous ceux qui l’avaient précédé, aussi est-il regardé à juste titre comme le fondateur de cette partie de la physique. Il fut le premier qui porta dans les recherches sur l’électricité une précision mathématique dont on n’avait pas cru possible cette branche de la science. Il découvrit d’abord les lois suivant lesquelles s’opèrent les attractions et répulsions électriques, lois qui sont les mêmes que celh's qui régissent le mouvement des planètes autour du soleil : muni d’une balance de torsion de son invention, il compara les intensités des forces électriques , à diverses distances, à des forces capables de tordre un fil de métal d’un certain

(ij Mémoires de l’Académie des sciences.

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nombre de degrés, et trouva par ce moyen qu’elles agissaient en raison inverse du carré de la distance (i). En substituant au fil de métal un fil de soie, te! qu’il sort du cocon, il transforma la balance de torsion en un électroscope d’une extrême sensibilité, qui lui servit a faire de nombreuses expériences sur le développement

de l’électricité par frottement.

Il découvrit ensuite les lois suivant lesquelles l’électricité accumulée sur une surface se perd par le contact de l’air, et les supports qui ne la retiennent qu’imparfaitement (2); pour un même état de l’air dans un temps très-court, la déperdition est propoî’tionnelle a son intensité, indépendamment delà nature de la substance. Relativement à la faculté isolante, il détermina le degré de réaction électrique auquel chaque sup|}ort commence a isoler parfaitement; l’intensité de cette réaction est proportionnelle à la racine carrée de sa longueur. Cette loi n’a lieu que pour des supports cylindricjues très-fins, dont la longueur seule est inégale et dont la nature et la grosseur sont les mêmes, car elle varie avec la nature des substances.

Etant parvenu, au moyen du calcul, a ramener la réaction électrique des corps à un état constant, malgré la déperdition continuelle qui s’opère par l’air et les supports, il chercha le mode de distribution de l’électricité entre les diverses parties d’un même corps, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur; question qui avait attiré, avant lui, l’attention des physiciens.

Il démontra d’ahord (3) , comme l’avait fait Beccaria, avec son puits électrujiie, que le fluide électrique se portait en entier à la surface des coi’ps conducteurs, sans qu’il en restât aucune trace à l’intérieur , et de plus, qu’il y était retenu par la pression de l’air ambiant, et

(i) Mémoires de TAcadémie des sciences, 1786, ]). âôy.

(1) Mémoires de l’Académie des sciences, 1785, p. Gii et suivantes.

(3) Mémoires de l’Académie des sciences, 1786, p. 67.

6o DISTRIBUTION DE l’ÉLECTRICITÉ.

y formait une couche très-mince, dont il détermina Tépaisseur en différents points, en touchant ces points avec un plan d’épreuve qu’il transportait ensuite dans sa balance, pour déterminer la quantité d’électricité enlevée.

Il appliqua ensuite sa méthode à la distribution de l’electricité sur des corps de forme cylindrique et conique, ainsi que sur des lames minces et isolées ( i ). Dans ces corps, la couche électrique n’a pas partout la même épaisseur ; dans des lames très-minces , par exemple , il y a accumulation d’électricité aux extrémités : il trouva, dans ce fait^ une explication très-simple du pouvoir des pointes; car la tension électrique étant très-grande à leurs extrémités, ne fait plus équilibre à la pression de l’air et doit s’échapper.

Jusqu’ici je n’ai parlé que des phénomènes dont l’origine électrique a été bien constatée; il me reste à exposer ceux dans lesquels on soupçonnait la présence de l’électricité.

L’aurore boréale est un des phénomènes qui excitèrent le plus la sagacité des physiciens. Les uns pensaient que cette lumière était produite par la réfraction des rayons solaires, d’autres eurent recours au fluide magnétique. Euler crut que la matière de l’aurore boréale était la même que celle de la queue des comètes. Mairan s’imaginait qu’elle résultait d’un mélange de l’atmosphère du soleil avec celui de la terre ; mais, quand les propriétés de la lumière électrique eurent été bien étudiées, toutes ces hypothèses furent abandonnées. Eberhart, professeur à Halle, et Paul Frisi, à Pise, furent les premiers qui proposèrent d’expliquer l’aurore boréale par l’électricité, en s’appuyant sur les faits suivants :

i® L’électricité qui passe dans le vide s’y montre sous diverses apparences lumineuses , qui sont les mêmes que celles qu’on observe dans l’aurore boréale.

L’air devient moins dense à mesure qu’il s’élève

(i) Mémoires de l’Aeadémie des sciences, 1787, 1788.

rô ^ ^

I PERIODE, CHAPITRE PREMIER. 6l

dans l’atmosphèfe. Dès lors ils regardèrent les aurores iDorëales comme des décharges électriques , qui ont lieu dans des régions élevées où l’air est très-raréfié. Cette théorie fut adoptée et perfectionnée par Canton , Beccaria, Wilke, Franklin et d’autres physiciens. Nous verrons plus loin que des découvertes récentes ont donné uiidegre déplus de probabilité à cettemanièrede voir(i ).

On chercha à expliquer aussi au moyen de l’électricité les autres météores, tels que les trombes, les tourbillons, la grêle, etc. On avança que les trombes se formaient d’ordinaire dans un air orageux et rempli de nuages ; qu’on les voyait quelquefois lancer des éclairs; que le capitaine Cook fut témoin d’une trombe qui s’évanouit immédiatement après avoir lancé un éclair; qu’on aperçut de petits nuages attirés et repoussés pendant la formation d’une trombe ou peu avant; qu’on a vu, selon Beccaria, des trombes s’évanouir par l’établissement de conducteurs pointus ; enfin, qu’il était possible d’imiter les trombes par l’électricité naturelle. Si tous ces faits avaient été bien constatés, il n’y a pas le moindre doute que l’on ne pourrait refuser une origine électrique aux trombes.

Quant au rôle que peut jouer l’électricité dans les tourbillons de vent, la pluie, les brouillards et la grêle, je ne m’y arrêterai pas pour l’instant, attendu que dans cette période, on ne fit aucune observation capable d’ap- ,puyer sur des bases tant soit peu solides les idées théoriques qui furent successivement mises en avant.

§ -Applications de l électricité à la végétation., a la physiologie animale, a la médecine et à la phosphorescence.

On s occupa a diverses reprises de déterminer l’influence que pouvait avoir l’électricité libre sur la germi-

(i) Lettere delT elettricismo, p. 272. Phil. Trans., vol. XLviir, part. I , p. 358. Priestley, Hist de félectr., t. iii, p. 82.

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