APPLICATION DE L ELECTRICITE
nation et la nutrition des plantes. On avança inerne que l’électricité atmosphérique exerçait une influence déteriniriante sur la végétation, et que dans les années orageuses, par exemple, les récoltes de céréales et de légumineuses étaient ordinairement plus abondantes que dans les années ordinaires; mais, si les observateurs eussent tenu compte des effets produits par la température elevée de Fair et les vapeurs qui accompagnent toujours les orages dans les saisons où ils éclatent, ils eussent été plus circonspects dans les conséquences qu’ils tirèrent de leurs observations.
Bertbolon, dans un ouvrage assez volumineux, rapporte un grand nombre d’expériences touchant l’influence de l’électricité sur la végétation, lesquelles sont pour la plupart dénuées d’intérêt. La seule conséquence plausible qu’il en tire, est que les graines électrisées lèvent plus promptement et en plus grand nombre, dans un temps donné, que celles qui ne le sont pas, et que l’accroissement des plantes électrisées se fait aussi plus promptement que les autres. Jalabert fut conduit aux mêmes résultats; il paraîtrait donc que le fluide électrique agirait comme excitant sur les végétaux; mais d’autres observateurs trouvèrent le contraire.
Les applications de l’électricité à la physiologie animale et à la médecine furent encore nombreuses, tant on était persuadé dans les premiers temps que l’agent électrique était un principe universel.
On doit faire remonter à la découverte de la bouteille de Leyde les premières expériences qui furent tentées pour déterminer l’influence de l’électricité sur l’économie animale. Cette expérience produisit un effet tel sur ceux qui reçurent les premiers la commotion, que Muschencbroeck écrivait, à ce sujet, à Réaumur, qu’il ne la répéterait pas, quand bien même on lui donnerait la France entière. L’impression morale qu’il éprouva fut telle qu’il en perdit la respiration et, que deux jours après, il était à peine revenu de l’émotion et du malaise qu’il avait ressentis. Winkler assura aussi que la prêïnièré décharge dé la
PERIODE
bouteille de LiGydc lui <ivait occrsioiig uiig crRmpG dsDs tout 1g corps GtquG sou sang en avait été tGllement agité, que, craignant une fièvre chaude, il avait gu recours à des remèdes rafraîchissants. Les préjugés sur les dangers de 1 Gxperience de Leyde s étant afiaihlis, on s’occupa de son application médicale. Nollet paraît être le premier qui ait mis en pratique le fluide electi'Kjue en médecine 5 il commença par chercher les effets (pi’il produisait sur les liquides pendant une action prolongée. 11 ohst'rva (ju’il accélérait leur évaporation, et que celle-ci était d’autant plus forte que les vases (|ui les renfermaient avaient une ouverture plus large et étaient formés de substances conduisant mieux 1 electricite. Boze, dans le même temps, observait que l’eau électrisée sortait des tubes capillaires en forme de rayons, au heu d en sortir goutte à goutte, quand elle ne 1 était pas. Ces deux expériences fui’ent regai dees comme fondamentales par tous les physiciens qui s’occupèrent de l’application de l’électricité à la médecine.
On se livra à des recherches touchant les effets produits par l’électricité sur les corps organisés; on tua des animaux, on fit périr des plantes, elc.
On donna la commotion d’une batterie de 6 pieds carrés à une grenouille dont on avait ouvert la poitrine, pour voir le battement du cœur au moment de la commotion Les poumons se gonflèrent et furent expulsés du corps ainsi que les autres parties contenues dans la poitrine. Le cœur continua à battre, et pendant dix minutes on n aperçut pas d autre signe de vie; ensuite 011 vit quelques mouvemens sous les mâchoii’cs (i).
13ans une autre grenouille qui reçut une commotion avec une batterie de 33 pieds carrés à travers la tête et le corps, il y eut une espèce de distension de tous les muscles et elle resta ridée. On aperçut ensuite un mouvement sous les mâchoires, puis le long des cotes, et
(i) Priestley, t. iii, p. 3a 2.
64 APPLICATIOIY DE lVxECTR ICITÉ.
une heure après , elle redevint en apparence ce qu’elle était avant.
Lorsque l’on découvre dans la nature un agent énergique, 1 homme qui souffre et celui qui cherche à apporter des adoucissements à ses maux essaient son action sur les organes malades, dans l’espoir d’arriver à une guérison vainement tentée par d’autres moyens; il n’est donc pas étonnant que, dans le dix-huitième siècle, tous les esprits préoccupés des singuliers phénomènes de l’électricité, l’aient regardée, surtout à l’époque où tous ces phénomènes n’avaient pas encore été bien analysés, comme le feu élémentaire, comme la cause qui en tretenait la vie dans les corps organisés. Ces corps cessaient-ils d’être dans leur état normal par un trouble quelconque dans le jeu des fonctions, il y avait diminution de fluide électrique; dès lors il fallait leur en redonner une certaine dose. Une théorie aussi spécieuse, que l’enthousiasme seul avait fait naître, ne tarda pas à être renversée; mais si le fluide électrique n’est pas la panacee universelle, il n’est pas dit pour cela qu’il soit sans action sur réconomie animale. Cette action , quelle est-elle? nous l’ignorons encore à l’époque actuelle.
D’un autre côté, cet agent a prêté et prête encore à 1 illusion chez les personnes dont le système nerveux est tres-exci table , de sorte qu on lui a attribué probablement quelquefois des effets qui sont le produit de leur imagination.
PoLir-appliquer l’électricité à l’art de guérir, les physiciens se servirent de machines assez puissantes pour fournir un courant continu d’étincelles plus ou moins foi tes , de bouteilles de Leyde de diverses grandeurs, d un tabouret et d excitateurs de diverses formes, qu’ils prônèrent comme des moyens infaillibles de guérison. Avec les boutedles, ils donnèrent des commotions; avec les excitateurs, ils tirerent-des étincelles de diverses parties du corps du patient. Ils administrèrent encore l’électricité sous forme de bain , et crurent reconnaître que lelectiicite était de quelque utilité dans quelques*
re ^
I PERIODK, CHAPITRE PREMIER. 65
contractions qui dépendent de l’affection d’un nerf* 2® dans les entorses, relâcheinenis, foulures, etc., lorsque l’inflammation est passée; 3^ dans les tumeurs indolentes ; 40 dans quelques cas de paralysie. Je ne m’étendrai pas davantage sur l’exposé des cures plus ou moins miraculeuses que l’on a attribuées à l’électricité, attendu que les essais tentés jusqu’ici n’ont pas toujours été couronnés de succès. On ignore meme encore si les résultats que 1 on a obtenus, dans quelques circonstances , doivent être attribués plutôt à la nature qu’à l’art (j). ^
Aucune expérience ne pourrait mieux nous faire connaître le rôle que joue le fluide électrique, dans les phénomènes de la vie, que celle qui nous donnerait l’explication des commotions produites, dans les corps organisés, pai les poissons électriques ; le physicien qui nous révélerait ce mystère ferait faire un grand pas à la plivsiologie.
Dans le commencement du xviii" siècle, les poissons électriques commencèrent à être l’objet des recherches des physiciens. On croyait jadis que les secousses vives que produi^sent la torpille, le gymnote et autres poissons du même genre, quand on les touche, étaient dues à une propriété engourdissante qu’ils possèdent. Réaumur, en 1714 donna une auti'e explication; il essaya d’assimiler l’organe de la torpille à un ressort qui, en se débandant, produit des effets analogues à ceux que 1 on epi Olive a 1 instant ou 1 on touche un corps sonore fortement ehranle. Aussitôt que ATuschencbroeck eut reçu la commotion de la houteille de I^eyde, qui produisit sur lui une impression si forte, qu’il n’eût pas voulu la recommencer pour tout le royaume de France, il la compara sur-le-champ a la secousse que donne la torpdle , on commença alors, d apres ce simple rapproche-
(i) Mémoire sur les moyens d’administrer l’électriené par Mauduit, p. 5. ^