PHÉNOMÈNES GA.LORIF1QUES DE LA PILE
moins fortement que lorsque l’on employait le fil qui avait servi à transmettre le courant voltaïque.
§ YlII. Suite des phénomènes de chaleur et de décomposition produits par la pile.
Depuis la decouverte de la pile, on n’avait pas cessé de s’occuper de ses effets chimiques; mais on ne les avait pas encore analysés de manière à établir leurs rapports mutuels, et l’on avait négligé surtout l’examen des phénomènes de chaleur qui sont produits dans les mêmes circonstances, à l’exception de Davy qui préludait déjà aux brillantes découvertes dont il devait enrichir plus tai’d les sciences physiques et chimiques ; mais ses travaux n’avaient pas encore acquis l’importance qu’ils eurent ensuite, comme nous allons le voir.
Il se livra, dans le laboratoire de rinstitution rovaie de Londres, à quelques expériences relatives à l’action de l’électricité galvanique sur la production de la chaleur et aux changements qu’elle occasionne dans différents fluides (ij. Il examina en même temps rinflueiice des piles à larges plaques sur faction chimique.
Fourcroy, Yauquelin et Thénard avaient prouvé qu’il valait mieux, employer, pour les phénomènes de combustion , les batteries à larges plaques que celles qui avaient de petites dimensions; en conséquence, Davy opéra avec un appareil galvanique composé de 20 couples carrés de pièces de cuivre et zinc de i3 pouces de côté. Fhi la chargeant avec de l’eau pure, il obtenait des effets très faibles; avec une dissolution de sel marin, faction fut augmentée; avec f acide nitrique elle le fut encore davantage, puisqu’il put rougir à blanc trois pouces d’un fil de fer de de pouce de diamètre. Ayant comparé
les effets produits au moyen de l’acide nitrique avec ceux que donnait une solution concentrée de carbonate de potasse, il observa que les premiers étaient plus forts que
(i) Annal, de Ch., t. xliv, p. 206.
les seconds, ce qu’il attribua à l’action chimique. U en conclut qu’il était probable qu’avec de l’eau pure privée d’air et de tout sel, on n’obtiendrait aucun résultcU. Lorsque la batterie galvanique était en pleine action , un fil de fer de 2 pieds de loiîg et 3V de pouce de diamètre, placé dans le cercle galvanique, acquérait assez de chaleur pour faire bouillir promptement beau. Il en fut de même quand le fil plongeait dans l’étlier, l’alcool , les huiles, etc.
En terminant les deux conducteurs par deux petits morceaux de (diarbon bien calcine ou un morceau de charbon et un fd métallique, on vit une abondante production de gaz, et les extrémités du charbon parurent d’un rouge blanc quelque temps après le contact. Il obtint également des étincelles dans les acides nitrique et sulfurique. Ayant soumis l’eau à l’action des étincelles qui jaillissaient de deux morceaux de charbon, il obtint un gaz composé de d’oxide de carbone, de -J d’oxigène et de - d’un gaz inflammable. Avec l’or et le cbai'bon, le premier étant positif, les gaz produits parurent être un mélange d’oxigène et d’hydrogène. Il examina aussi l’action des étincelles sur l’alcool, l’éther, etc., et trouva que les gaz produits étaient des mélanges d’oxigène et de gaz inflammables.
Ces produits devaient leur origine, suivant toute apparence, à la décomposition de l’eau que renfermaient ces liquides. Il attribua l’ignition apparente du charbon, dans différents fluides, à ce qu’au moment du contact il se trouvait entouré de globules de gaz qui empêchaient la chaleur dégagée de se communiquer immécliateinent au liquide.
En employant des fils d’or attachés aux extrémités de la batterie, il remarqua, dans ce cas, (pie le pouvoir conducteur des fluides agissait plus puissamment sur le dégagement des gaz que lorsqu’il employait des piles a petites plaques. En étudiant l’action d’une grande batterie composée de 20 plaques qui avalent chacune 5 pouces de large, il (Observa, à plusieurs reprises, que
I ‘^6 PHEJNUMKJN JtS CALUlilElQUES DE EA PlEE.
les gaz se dégageaient plus rapidement et en plus grande quantité des fils métalliques correspondant à de larges plaques, que des autres, tandis que les deux batteries exerçaient à peu près k même action sur l’eau ; ce qui semblait prouver que rélectricité|produite dans les piles composées de larges plaques peut passer plus facilement à travers les meilleurs conducteurs que celles des piles à petites plaques.
Davy examina ensuite les effets de l’ignition du charbon dans le chlore; le charbon fut maintenu * rouge blanc pendant près de deux heures; le volume du chlore diminua très- peu, et il se forma une grande quantité de matière blanche sur le charbon qui n’avait pas été sensiblement consumé. L’eau absorba les trois quarts du gaz; le résidu était inflammable. Quand l’étincelle était vive, on remarqua constamnient un nuage blanc qu’il fallait attribuer, suivant Davy, à la décomposition de 1 eau dissoute dans le gaz par le charbon et le mercure qui y adhéraient. La matière blanche était probablement du chlorure de mercure.
Brugnatelli (t) a fait aussi plusieurs expériences du rneme genre, en fixant au bout des conducteurs métalliques des morceaux de charbon de bois bien tendre ; les étincelles furent plus belles et plus suivies; il observa , comme Davy, que la propriété dont jouit le charbon de provoquer des étincelles n’est nullement diminuée quand il est plongé préalablement dans les acides nitrique, sulfurique, l’éther, etc.; que tous les charbons ne sont pas également propres à produire cet effet; que les amalgames, et particulièrement celui d’argent , surpassent le meilleur charbon pour transmettre des étincelles, et que le phosphore se comporte comme le zinc dans la galvanisation des animaux nouvellement morts.
Les premiers effets de la pile ont été observés par Nicholsoh, Carlisle et Gruikshanks; ils établirent bien que 1 hydrogène et les bases étaient transportés au pôle
(i) Journ. de Ch., n® 12, p. 76.
^ PERIODE, chapitre PREMIER. 12*7
négatif, 1 oxigene et les acides au pôle positif^ mais il restait à analyser des phénomènes qui se rattachaient à ces décompositions, et surtout les réactions produites sur les fils conducteurs plongeant dans les dissolutions. MM. Berzelius et Hisinger (i) reprirent cette question; en opérant avec des fils de fer et une dissolution étendue de sel ammoniac , ils obtinrent de fhydrogène et de l’oxide de fer : la liqueur se troubla, et il se déposa sur le verre un peu d’oxide de fer.
L ammoniaque concentrée, traitée delà même manière, donna de l’hydrogène au pôle négatif, et de l’azote au pôle positif. Un peu d’oxide de fer fut dissous.
Avec l’ammoniaque étendue d’eau, l’eau seule fut décomposée. Le sulfate d’ammoniaque avec excès d’acide donna de l’hydrogène du côté négatif, et de l’oxigène du côté positif.
Plusieurs sels neutres alcalins et métalliques furent successivement décomposés par le même procédé, sans présenter des faits nouveaux.
Le prussiate d’ammoniaque donna du côté positif du prussiate de fer avec excès d’oxide.
Le muriate de soude, décomposé par des fils d’argent, fournit du côté positif du chlore et du chlorure d’argent, le côté négatif était alcalin ; au bout de trentesix heures, tout le chlorure fut dissous. Le sulfate de potasse , décomposé par des fils de plomb , donna de l’oxide puce de plomb et de l’oxigène au pôle positif, et de l’hydrogène au pôle négatif.
MM. Berzelius et Hisinger remarquèrent que le dégagement de gaz continuait encore long- temps après même qu’oii avait séparé les tubes de la chaîne; c est surtout dans cette experience que le fil négatif présentait ce phénomène d’une manière frappante; et même lorsqu’on le retirait, quoiqu’on l’essuyât bien et qu’on le replongeât dans la liqueur électrisée, le dégagement
(i) Journ. de Ch. de Van Mons, 2® cahier.
128 RECHERCHES HE BERZELIES ET HISIIVGER.
de gaz recommençait. Si, après avoir blem essuyé le fil de fer, on le portait sur la langue, et qu’on le mît en contact avec les lèvres ou avec les dents, on sentait une saveyr acide très-sensible. Ces phénomènes étaient une confirmation de ceux qui avalent été observés par Rltter et autres. Avec le sulfate de potasse et des fils d’argent ils obtinrent, du coté négatif, de la potasse, et du coté positif, du sulfate d’argent.
Le meme sel, décomposé par des fils d’or, donnait, du côté négatif, de l’alcali, et du côté positif, de l’acide; mais lorsqu’on agitait les deux liqueurs ensemble, il se formait du sulfate neutre, sans qu’il se précipitât aucune trace d’oxide noir. L’eau de chaux électrisée avec des fils de fer ne fut pas altérée.
Un siphon dont la courbure était trouée afin de laisser passer les gaz, et à travers les extrémités duquel on avait fait passer des fils de fer, fut rempli aux deux tiers, d’un côté avec du muriate d’ammoniaque, de l’autre avec du sulfate de potasse; les liqueurs furent mises en contact avec de l’eau distillée , qui remplissait aussi lesipbon; vingt-huit heures après, la liqueur négative qui contenait du sulfate de potasse était devenue alcaline, par suite de l’ammoniaque rendue libre; laliqueur positive contenait de l’acide sulfurique, de l’ammoniaque, de l’acide muriatique et de l’oxide de fer; le sel du côté négatif avait donc cédé une portion de son acide au sel du pôle positif, et celui-ci avait cédé une portion de son alcali à l’autre. De toutes ces expériences, MM. Berzelius et Hisinger tirèrent les conséquences suivantes : Lorsque l’électricité traverse une liqueur,
les principes qu’elle renferme sont séparés, l’oxigène et les acides sont transportés au pôle positif, l’bydrogène, les alcalis et les terres, et en généi’al les bases, sont transportés au pôle négatif. La quantité relative de la dé- ‘ composition dans les liqueurs composées est en proportion de leur efficacité et de leur point de contact avec les conducteurs. 3° Les phénomènes de la décomposition sontdéterminéspar l’affinité desparties composantes pour
2'’ PEiUUDE, CiiAS^ÜKj-. PivhiUiEii. i 2^
le conducteur, autant qu’elles peuvent entrer en combinaison avec lui; par l’affinité réciproque des corps composants, lorsqu’il y en a plusieurs à la fois. Les faits Cités en premier lieu étaient déjà connus, les autres leur appartiennent.
§ IX. Action chimique de la pile su?' les substances
organiques.
On ne se borna pas à étudier l’action de la pile sur les sels et les acides, plusieurs physiciens cherchèrent aussi comment elle se comportait par rapport aux subtances organiques.
Brugnatelli soumit a son action diverses humeurs animales, au moyen de deux lames de platine en communication avec les deux pôles. Le sang de bœuf placé sur la lame positive se décolora et se coagula, sur le pôle négatif il prit seulement une couleur noire.
Le lait se coagula également au pôle positif, et prit une saveiii acidulé agréable; le pôle nega.tif se couvrit de sucre de lait. La salive ne donna qu’un léger caillot aü j)ôle positif. La bile de bœuf donna au même pôle un cadlot semblable a la substance que l’on obtient en traitant la bile avec un acide; ce caillot paraissait être de nature résineuse. L’urine déposa l’urée sur le pôle positif et du phosphate d’ammoniaque de l’autre côté. Le blanc d œuf se coagula au pôle positif Brugnatelli examina ensuite 1 alteration que les rondelles de drap imprégnées d’eau salée éprouvent quand la pile a fonctionne long-temps. Il trouva quelles se transformaient en savon delaine par suite de la combinaison delà soude avec la matière animale. Lai'cber Daubencourt et Zannetti(2)se sont aussi occupés (lel’action de la pile sur différents liquides animaux, particulièrement sur l’urine la bile, le lait et le sang. L urine a donne un précipité sans
(1) Journ. de Van Mons, lo, p. ii5.
(2) Annal, de Ch., t. /,5 , p. xlv.
l3o PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES DE LA PILE.
qu’il se soit opéré de décomposition ; ce précipité était composé d’une partie des substances salines contenues dans l’urine*, le précipite fourni par la bile provenait de la décomposition partielle de ce liquide, puisque ces observateurs paraissaient avoir isolé une petite quantité de substances alcaline et résineuse.
Benoît Mojon (i) présenta des réflexions sur la théorie des sécrétions développées au moyen de l’électrieite animale. Il essaya de prouver que les différents liquides animaux sont sépares du système glandulaire au tnoyen d’une propriété électrique existant < soit dans les glandes, soit dans le sang qui les traverse, et dans les ramifications nerveuses dont elles sont garnies. On pourrait, de la même manière que l’on obtient de la salive, ajoute Mojon , se procurer de la bile, de l’urine et d’autres fluides. Il conclut de ces diverses observations que l’électricité a une action particulière sur les fluides animaux et sur le systeipe glanduleux. Il crut, comme Galvani , qu’il existe une électricité animale qui se transmet principalement des nerfs aux muscles, laquelle permet de considérer tous les êtres vivants comme autant de piles animales.
Aldini fit voir que la pile de Volta a la propriété de faire précipiter de furine différents sels qui y sont contenus; il annonça en même temps que ce phénomène avait lieu en partie sur la bile; que le sang et le lait se coagulaient promptement lorsqu’ils étaient soumis à son action; que, si l’on fait passer le courant à travers les glandes parotides, il en résulte une sécrétion salivaire. Aldini avait aussi fait cette remarque dans ses expériences sur les décapités.
§ X. Phénomènes physiologiques de la pde et faits qui en dépendent,
Nous avons déjà vu combien la découverte de la pile avait excité l’émulation des physiologistes. Cette ému-
(i) Journ. du Galvanis. , ii® cahier, p. i68.
s*" PEKlODli, CHAPJTKE PEEMIER. i3l
lation continua encore pendant quelques années , jusqu’à ce que les observateurs fussent bien convaincus que L’appareil dû au génie de Yolta ne leur dévoilerait probablement pas les mystères de la vie.
Gai vani, dans son premier Mémoire, de Virlbus electricitatis in niotu musciilari Commentarius , avait déjà indiqué des observations intéressantes sur l’électricité de la torpille; il revint plus tard sur cette question, dans un voyage qu’il fit sur les bords de la mer Adriatique, et dont je î'endrai compte plus loin.
Fourcroy s’est occupé des phénomènes chimiques qui ont lieu dans l’irritabilité, afin d’établir quelques rapports entre la force irritable et les forces chimiques (i ).
Les physiologistes, depuis Haller, avaient observé que les acides, les alcalis et les sels métalliques jouissaient de la propriété de faire naître, par le plus léger contact, la contraction des fibres. Ils en conclurent que la propriété contractile provenait de ce que la volonté et la puissance vitale portaient dans les muscles, pour les faire mouvoir, un stimulus capable d’y exciter la contraction , comme le faisait le corps âcre avec lequel on les touchait. M. de Humboldt reprit cette question ainsi que d’autres physiciens, et fit voir que les propriétés chimiques entraient pour beaucoup dans la puissance irritable des muscles.
Fourcroy donna une théorie des rapports qui existent entre ces propriétés chimiques et le pouvoir de l’irritabilité.
Tous 1 es physiologistes, à l’envi les uns des autres, recherchaient la cause de la vie dans les phénomènes galvaniques. Bichat, qui, à son début, s’était acquis une brillante réputation , publia, dans ses Becherches physiologiques sur la vie et la mort, le résultat de ses observations sur le galvanisme.
Bien que ses expériences se rapportent à de hautes questions de physiologie et de pathologie qui ne peu-
(i) Système des connais, chim. , in-8% t. vi, p. 3^4.
i3!2 phénümèives physiologiques de la pile.
vent trouver place dans rouvrage que je publie, je crois devoir rapporter quelques-uns de ses résultats, en raison des phénomènes galvaniques sur lesquels il s’appuie. Dans le chapitre où il traite de l’influence que la mort du cerveau exerce sur celle du cœur, après avoir avancé que ce n’est point immédiatement par l’interruption de l’action cérébrale que le cœur cesse d’agir, il chercha à confirmer ce fait en s’appuyant sur le galvanisme , afin d’établir par tous les moyens possibles que le cœur était toujours indépendant du cerveau. Voici plusieurs des expériences qu’il fit à ce sujet : « J’ai - « armé, dit-il, dans une grenouille, d’une part, son « cerveau avec du plomb; d’une autre part, son cœur « et les muscles des membres inférieurs avec une lon- « gue lame de zinc, qui touchait au premier par son « extrémité supérieure et au second par l’inféiéeure.
(c La communication établie avec de l’argent entre les t( armatures des muscles et celles du cerveau a détcr- « miné constamment des mouvements dans les membres;
« mais aucune accélération ne m’a paru sensible dans le « cœur lorsqu’il battait encore; aucun mouvement ne « s’est manifesté quand il avait cessé d’être en action.
« Quel que soit le muscle volontaire que l’on arme en « même temps que le cœur, pour comparer les phéno- « mènes qu’ils éprouvent lors de la communication mé- « tallique, il y a toujours une différence tranchante.
« J’ai armé, sur d’autres grenouilles, par une tige « métallique commune, d’une part, la partie cervicale « de la moelle épinière , dans la région supérieure du (c cœur, afin d’être au-dessus de l’endroit d’où les nerfs, cc qui vont au sympathique et de la au cœur , tirent « leur origine; d’autre part, le cœur et un muscle vote lontaire quelconque. J’ai toujours observé un résultat « analogue à celui de l’expérience précédente , en éta- « blissant la communication ; toujours de violentes agitâtions dans les muscles volontaires, jointes au dé- « faut de changement manifeste dans les mouvements « du cœur, se sont fait apercevoir.
« 3® J’ai tâché de mettre à découvert les nerfs qui <( vont au cœurdes grenouilles ; plusieurs filets grisâtres, « à peine sensibles, et dont, à la vérité, je ne puis « certifier positivement la nature, ont été armés d’un « métal , tandis que le cœur reposait sur un autre. La (c communication établie par un troisième n’a déter- « miné aucun effet sensible. »
Il envisagea ces expériences comme très - propres à montrer si le cerveau influence ou non directement le cœur, sur les animaux à sang chaud et froid.
Il fît divers essais sur des cadavres de guillotinés , chez lesquels toute espèce de motilité était éteinte; il ranima cette propriété avec le galvanisme; mais il lui a toujours été impossible de déterminer le moindre mouvement en armant , soit la moelle épinière et le cœur, soit ce dernier organe et les nei’fs qu’il reçoit des ganglions par le sympathique ou du cerveau par la paire vague, quoique les excitants mécaniques, appliqués directement sur les fibres cba mues, en occasionassent la contraction. Contre l’opinion de M. de Humboldt, il ne put exciter des contractions loi'sque l’on détache le cœui' promptement et avec le soin d’y laisser quelques-uns de ses nerfs isolés, que l’on arme d’un métal et touchant l’ai’inature avec un autre métal. Il dit qu’il a presque toujours réussi au contraireâ produii e des coii’ tractions chez les animaux à san^ i-oLUieet chaud , en leur arrachant le cœur, en le mettant en contact par deux points différents avec des métaux, et en établissant la communication. 11 a répété sur l’estomac, les intestins, la vessie, etc., les exj^ériences galvaniques qu’il avait faites sur le cœur. Ayant armé de deux métaux différents le cerveau et chacun de ces viscères en particulier, il n’eut aucune contraction sensible à l’inslant de la communication des deux armatures. I.,cs autres viscères ont produit les mêmes effets. Des expériences furent tentées également sur le même sujet par Dumas, Richerand et M. Dupuytren (i).
(i) Princip. de Physiol., t. ii, p. 3 12.
l34 PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES DE LA PILE.
Mais je m’éloignerais trop du but que je me suis proposé dans cette notice, si j’exposais ici tous leurs travaux.
Le 2 1 thermidor an x, MM. Vassali -Eaudi , Giulio et Rossi présentèrent à l’Académie de Turin le résultat de plusieurs expériences galvaniques sur le cœur, sur les artères, et sur les cadavres de sujets décapités, pendus ou noyés.
Ils ont essayé rinfluence galvanique sur le cœur de trois manières, i*^ en armant la moelle épinière par le moyen d’un cylindre de plomb enfoncé dans le canal des vertèbres cervicales d’hommes décapités et en portant ensuite une des extrémités d’un arc d’argent sur la surface du cœur et l’autre à l’armature de la moelle épinière; 2*^ en armant les nerfs vagues et le grand sympathique ; 3° en faisant usage de la pile.
Dans le premier mode d’excitation , le cœur, doué d’une grande vitalité, s’est contracté visiblement. Ils ont remarqué que, lorsqu’ils touchaient le cœur le premier, et ensuite l’armature de la moelle épinière, les contractions du cœur étaient et plus instantanées et plus fortes que lorsqu’ils touchaient d’abord l’armature de la moelle épinière et ensuite le cœur. La grenouille a présenté le même phénomène. En employant la pile, -ils ont trouvé que, lorsque le côté négatif communiquait avec la moelle de l’épine ou simplement avec les muscles du dos et de la poitrine mis à nu , et l’extrémité positive avec le cœur, on obtenait des contractions instantanées et violentes qui avaient également lieu lorsqu’on renversait le mode de communication. Ils ont reconnu que le cœur était un des premiers à perdre son influence galvanique. Ils expliquent par-là pourquoi Aldini et Bichat n’ont pas obtenu les contractions du cœur, car il perd ordinairement son excitabilité 4o minutes après la mort (i). Beaucoup d’expériences ont été faites sur les suppliciés et sur les grands animaux; mais le nombre en est si grand, qu’il est impossible
(ï) Journ. de Phys., floréal an xi, p. 378.
2® PIÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. l35
d’en donner ici le détail. Je dirai seulement qu Aldind conclut, d’expériences galvaniques faites à Londres sur un pendu le 3 janvier i8o3, que le galvanisme exerce une action puissante sur les systèmes musculaire et nerveux que cette action, comme stimulant, est plus énergique que ne l’est celle d’aucun agent mécanique quelconque; que l’action du galvanisme sur le cœur différé de celle sur les autres muscles, attendu que lorsque le premier ne se contracte plus, les autres muscles demeurent encore excitables pendant un certain temps; que le galvanisme offre un moyen puissant de rappeler à la vie les asphyxiés dans plusieurs circonstances , quand on combine les remèdes employés ordinairement avec le galvanisme.
Aldini présenta à l’Institut ( i ) une suite d expériences tendantes à prouver, comme Galvani lavait annoncé, qu’il s’exercait au contact des nerfs et des muscles une action analogue à celle qui se manifeste au contact des substances métalliques. L’expérience fondamentale appartient, comme on voit, a Galvani; mais le développement en est dû à Aldini.
On doit à Giulo (2) des recherches sur les effets du fluide galvanique appliqué à différentes plantes; il choisit pour sujet de ses observations celles c[ui sont douees d’une grande irritabilité dans quelques parties lorsqu’elles sont stimulées par des excitants mécaniques. Yoici les résultats auxquels il parvint : il arma les branches de la mimosa sensitive en deux endroits différents , avec des feuilles d etain et de plomb un peu épaisses; il mit une petite bande plus mince d un de ces métaux sur les muscles qui se trouvent dans la partie inférieure des articulations des pétioles communs des feuilles, et sur ceux par l’action desquels les divisions des feuilles et les folioles se ferment; le lendemain,
(1) Bulletin des Sc. de la Soc. philom. , brumaire an xi, n® 68,
(2) Journ. de Phys., frimaire an xii, p. 4ho.
l36 PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES DE LA PILE.
lorsque toutes les feuilles furent épanouies, il mit en communication les armatures des métaux différents sans l’intermède de la pile, et n’observa pas la moindre contraction dans les muscles des feuilles ni dans ceux des folioles; mais lorsqu’il établit la communication avec une pile de 5o couples de disques zinc et argent, les feudles latérales sur les muscles desquelles passait la petite bande de l’armature, se fermèrent aussitôt. Les deux folioles de cette plante armée se fermèrent assez fortement^ deux minutes après. Celles des feuilles latérales, qui n avaient point été armées par la petite bande de feuille de métal qui passait contre les muscles des autres, restèrent immobiles.
bfC mimosa pudica ayant ete arme de la même maniéré, une minute après que la communication fut établie, les feuilles qui étaient armées se plièrent sur leurs branches ; ensuite à différents intei'valles , d’autres feuilles ça et la dans différents endroits de la plante : les muscles qui se trouvaient dans l’articulation de la feuille totale avec la branche, furent en général les premiers a etre contractés; les contractions des muscles de l’articulation de chaque division, ou pinnule de la feuille, vinrent ensuite ; enfin eurent beu les contractions de chaque foliole.
Giulio tira la conséquence de ses expériences que, puisque la communication des armatures sans l’intermède de la pile est insuffisante pour produire les contractions, l’excitabilité de leurs muscles est beaucoup moindre que dans les muscles des animaux; qu’en employant la pile, les contractions sont lentes, successives et séparées par des intervalles considérables, tandis que, lorsqu’on en agit de la même manière avec les animaux, elles sont instantanées et violentes. Ces différences prouvent donc que les muscles et les nerfs dans les animaux sont des conducteurs du fluide électrique infiniment meilleurs que le tissu des plantes.
Il expérimenta sur d’autres mimosas, et reconnut également qu un plus long intervalle est nécessaire au fluide
gâl Vcinicjuc pour y dcvcloppcr uno üction irntântc 6t y produire des contrcictions visililes. Il essciyR ensuite Faction galvanique sur Xhedjsaruni girans^ dont les folioles sont douées de mouvements étonnants ; mais la pile ne put jamais produire le moindre changement ni la moindre altération dans les mouvements des folioles. Parmi les personnes qui ont travaillé sui* le galvanisme, je dois citer Berlmghieri , qui a fait des expériences sur les nerfs, Fontana, Gaillard, M. le Hot, etc., etc.
§ XL Application du galvanisme à la médecine.
En meme temps que l’on s’occupait de recherches physiologiques, on tentait d’appliquer le galvanisme à la médecine.
Galvani fut un des plus ardents à pai'coui’ir cette carrieie. Il indiqua d ahord la maniéré d’administrer l’électricité. Suivant lui, pour concevoir les différentes manières d’agir de l’électricité sur le corps humain, il faut avoir égard à trois circonstances principales : l à celle ou 1 électricité artificielle agit violemment sur 1 économie animale, comme dans 1 expeiaence de la bouteille de Leyde; 2° à celle oii cette même électricité agit d une maniéré lente et successive, et semble se combiner avec les fluides du corps humain : c’est la méthode du hain électrique; 3° enfin à celle ou l’on retire de l’animal une quantité donnée d’électricité , comme lorsqu’on emploie l’électricité négative.
Il s’attacha ensuite à démontrer que, dans les maladies convulsives, rien n’est plus important que de déterminer laquelle des deux électricités doit être employée, et fit plusieurs expériences pour prouver que l’étal électrique de l’atmosphère peut influer sur l’électricité animale; aussi recommande-t-il, avant d’entreprendre le traitement, d’éprouver l’état électrique des nuages avec des électromètres. Suivant lui, le moyen préférable a tous les autres, dans l’application de l’électricité négative, est de faire communiquer celle qui réside dans les