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forte attraction pour eux. Ayant placé du sulfate d’argent du coté négatif, de Teau du côté positif, une faible solution d’ammoniaque dans le tube intermédiaire, il trouva qu’en employant le pouvoir d’une pile composée de i5o couples, l’acide se rassemblait autour de la pointe positive après avoir traversé l’ammoniaque pour y parvenir, quoiqu’il eût une grande affinité pour cet alcali. Il varia cette expérience de beaucoup de manières, et arriva au même résultat.
Il soumit à l’expérience, avec un égal succès, les substances végétales et animales. Un pétiole frais de polianthus ayant été mis en communication avec le tube positif contenant une solution de nitrate de strontiane, tandis que le tube négatif contenait de l’eau pure, l’eau devint bientôt verte et donna la réaction alcaline. On y trouva de la potasse et de la chaux, et nulle trace de strontiane. Un morceau de chair musculaire de bœuf d’à peu près trois pouces de long ayant été soumis également à l’expérience, on obtint de la soude, de l’ammoniaque et de la chaux.
Davy (i)dans le Mémoire déjà cité, qui est un des plus remarquables qui aient paru sur l’électricité voltaïque , établit les bases de la nouvelle théorie électro-chimique telle qu’il r avait conçue. En 1 8o i , il avait démontré qu’en employant, comme éléments d’une pile, un métal, des solutions acides et alcalines , celles-ci étaient toujours positives lorsqu’elles étaient séparées du métal et des solutions acides négatives. Il partit de là ^ pour continuer ses recherches.
Il tâcha d’abord de déterminer, par le moyen d’instruments très-délicats, l’état électrique d’une solution acide et d’une solution alcaline simple, isolées après leur contact avec les métaux, mais les résultats ne furent pas satisfaisants. Il n’en fut pas de meme quand il expérimenta avec des substances alcalines et acides, qui peuvent exister sous
(i) Phil. trans. , vol. xci , p. 897.
la forme seche et solide. Les acides oxalique , succinique, benzoïque, etc., parfaitement secs , soit en poudre, soit en cristaux , dans leur contact avec le cuivre, pri^ rent rélectricité négative, et le métal l’électricité positive. L acide phosphorique dans l’état solide , qui avait été fortement chauffé et conservé avec soin hors du contact de lair , rendit positif un plateau de zinc isolé.
Quand il mit des disques métalliques en contact avec la chaux seche, la strontiane ou la magnésie, le métal devint négatif. La potasse ne donna, dans aucun cas, un résultat satisfaisant; il en attribua la cause à sa forte attraction pour 1 eau. La soude se comporta , dans un seul cas seulement, comme les autres bases.
On avait déjà démontré que, par le frottement du soufre et des métaux, le premier devient positif, et les métaux négatifs. Le plomb, suivant Wilke, faisait exception; maisDavy trouva qu’il se comportait comme les autres métaux. Peut-etre Wilke a-t-il été induit en erreur pour avoir employé du plomb déjà terni. Enfin, de ces résultats et d autres que je ne puis rapporter ici, Davy tira la conséquence que les cojys qui jouissent énergies électriques opposées, relativement a un seul et même corps , possèdent aussi respectivement entre eux des énergies opposées, et que ce n est pas une analogie trop éloignée que de considérer les substances acides et alcalines , en general V oxigene et l hydrogène , comme possédant des rapports électriques semblables, et que, dans les décompositions et les changements pi oduits par l électricité, les différents corps qui possèdent naturellement des affinités chimiques, paraisincapables de se combiner , ou de rester en combinaison, loi'squils sont mis dans un état d' électricité qui diffère de leur ordre naturel.
Parmi les substances qui se combinent chimiquement, dit-il, toutes celles dont V énergie électrique est bien connue , présentent des états opposés; ainsi le cuivre ^ et le zinc, Vor et le mercure, le soufre 6t les métaux, les substances acides et alcalines ,
I 5o DÉCOUVERTES ÉLECTRO-CHIMIQUES DE DAVY.
donnent des exemples conformes à ce principe. En supposant donc une liberté parfaite dans le mouvement de leurs particules.^ elles doivent s'attirer Vune Vautre en vertu de leurs pouvoirs électriques ; et .y si ces pouvoirs sont assez -exaltés pour leur donner une force attractive supérieure au pouvoir de V agrégation , il se formera une combinaison qui sera plus ou moins forte suivant que les énergies seront plus ou moins parfaitement balancées ; alors il se produira de la chaleur et de la lumière par la réunion des deux électricités. Telles sont les bases de la théorie électro-chimique conçue par Davy.
Il examina ensuite le cas ou plusieurs substances nt différents degrés de la même énergie électrique, relativement à un même corps, ainsi que celui ou deux corps qui se repoussent fun l’autre, agissent sur un même corps avec différents degrés de la même énergie électrique attractive. Il montre comment la combinaison peut alors s’effectuer. Nous ne pouvons entrer ici dans la discussion de ces cas composés. Un autre principe était encore nécessaire pour établir des relations entre les affinités et les forces électriques, il fallait admettre que lorsque deux corps vont se combiner, si l’on élève leur température, on exalte en même temps leur pouvoir électrique. Pour prouver ce fait, Davy échauffa ensemble un plateau de cuivre et un plateau de soufre, et examina leur électricité à mesure que la température s’élevait. Il trouva qu’à loo^ Fahrenheit, elle était déjà capable d’affecter les feuilles d’or de l’électroscope , non muni de condensateur. Son énergie devint encore plus grande à mesure que le soufre approchait du terme de sa fusion. Un peu au-delà de ce terme, les effets électriques disparurent et la combinaison eut alors lieu. Ainsi, suivant Davy, tous les signes d’électricité cessent à l’instant où la combinaison s’effectue.
Il chercha à se rendre compte du mode d’action de la pile sur les corps, lequel paraît être de rétablir leur équilibre électrique naturel.
2*^ PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. l5l
Les énergies électriques des métaux, les uns relativement aux autres, ou des substances dissoutes dans l’eau, semblent être la cause qui trouble l’équilibre, et le changement chimique la cause qui tend à rétablir l’équilibre. Ces phénomènes dépendent très-probablement du concours de leur action.
Pour expliquer tous ces phénomènes, il adopta la théorie du contact , mais il regarda la décomposition chimique du liquide, qui est traversé par le courant, comme la cause indispensable de sa circulation; tout en admettant l’action du contact de Yolta, il considéra néanmoins l’action chimique des liquides sur les couples métalliques, comme indispensable pour charger la pile; suivant lui, si le liquide intermédiaire était une substance incapable de décomposition, il y a tout lieu de croire que réquilibre se rétablirait et le mouvement de l’électricité cesserait. Il regarda cette théorie comme réconciliant les principes de Vol ta avec les opinions émises par quelques physiciens sur l’origine chimique.
Lorsqu’une décharge électrique est produite par le moyen de petites surfaces dans la batterie de Yolta, une chaleur sensible en est la conséquence. Il s’imagina alors que si la décomposition des agents chimiques était essentielle à l’équilibre des électricités opposées, l’effet qui résulte de cette décomposition devait se trouver, dans des circonstances favorables, accompagné d’une élévation de température. Cette supposition le conduisit a faire entrer en ébullition l’eau qu’il avait soumise à l’action d’une pile de loo paires. En soumettant à l’expérience du nitrate d’ammoniaque, la chaleur dégagée fut si intense, qu’elle fit évaporer toute l’^eau en 3 ou 4 minutes , avec un bruit semblable à une explosion. Tel était l’effet produit par l’addition dans l’eau de quelques gouttes d’une dissolution saline, mais , en y introduisant une certaine quantité de forte lessive de potasse, il n’eut aucun effet.
J’ai dit plus haut que Davy pensait que tous les signes d’électricité cessaient à l’instant ou deux "corps
iSa DÉCOUVERTES ÉLECTRO-CHIMIQUES DE DAYY.
entraient en combinaison. Il fit plusieurs expériences pour prouver ce fait qui n’est pas exact, comme je le dirai plus loin : car l’action chimique, au contraire, est une des causes les plus déterminantes du dégagement de rëlectricité. Voici, au surplus, comment il s’exprima à cet égard :
« Dans les simples cas de changements chimiques , il « ne se produit jamais d’électricité. Le fer qui brûle « dans le gaz oxigène, mis convenablement en commu- <c nication avec un électromètre condensateur, ne lui « donne point de charge pendant la combustion. La « potasse pure dans l’état solide, et l’acide sulfurique, « avec lequel on la combine dans un creuset de platine « isolé, ne donnent aucune apparence d’électricité. Un « amalgame solide de bismuth et un autre de plomb « deviennent liquides , lorsqu’on les mêle ensemble , (c sans qu’il y ait production d’aucun effet électri- « que, etc. »
Ce n’est que dans les cas d’effervescence, surtout lorsqu’elle est accompagnée de chaleur, que les vaisseaux métalliques, suivant Davy, deviennent négatifs; mais c’est un phénomène qu’il attribue à l’évaporation et non a des changements chimiques. Il est donc bien prouvé par-là qu’il n’admettait pas que l’action chimique fût capable de produire de l’électricité.
Dès l’instant qu’il eut adopté la théorie que je viens d’exposer, il prévit les applications que l’on pourrait en faire à la chimie, aux arts et à la nature. Il réalisa plus tard lui-même cette pensée dans quelques cas.
Il considéra aussi Faction de la pile comme un moyen très-puissant de retirer des minéraux et des substances organiques les matières acides alcalines qui y sont combinées intimement. Ainsi un morceau de fibre musculaire, de deux pouces de long et d’un demi-pouce de diamètre , ayant été soumis, pendant 5 jours, à l’action d’une pile de 1 5o paires, devint parfaitement sec et dur, et ne laissa aucune trace de matière saline dans l’incinération. La potasse, la soude, l’ammoniaque, avaient été trans-
portées au pôle négatif, les trois acides minéraux et lacide phosphorique au côté positif.
C est dans Inapplication de ce principe queles médecins peuvent esperer trouver quelque avantage à employer lelectricité dans l’art de guérir. Malheureusement iusqu’ici ils n’ont pas suivi cette direction, si l’on en excepte quelques-uns , entre autres M. le docteur Palaprat, qui a déjà tenté quelques essais à ce sujet, sur lesquels nous reviendrons dans le cours de cet ouvrage.
On voit que Davy avait déjà le pressentiment des grandes decouvertes dont il devait enrichir bientôt la science, puisquil avança que le mode d’action chimique de la pile pourrait conduire à la découverte des véritables éléments des corps, si les matériaux sur lesquels on agissait étaient employés dans un état de concentration convenable et si l’électricité avait une énergie suffisante. Il était convaincu , en general, que l’électricité devait jouer un grand rôle dans la nature , mais il se borna seulement a exposer ses vues a cet egard, sans les accompagner d’aucune expérience directe. On en a la preuve dans le passage suivant qui termine le Mémoire dont je viens de présenter les principaux résultats :
« On a, jusqu a présent, fait peu de recherches sur l’é- « lectricité naturelle, si ce n’est dans le cas oh elle se « manifeste dans l’atmosphère d’une manière évidente « et dans une puissante concentration. On trouvera « probablement que ses opérations, lentes et silencieuses « dans toutes les parties de la surface du globe, sont (( liees plus intimement et dune manière plus importante « avec l’ordre et l’économie de la nature; et des recber- « elles sur ce sujet ne peuvent guère manquer d’éclairer « les systèmes physiques de la terre; elles pourront « mettre de nouveaux pouvoirs à notre disposition.
Davy, qui ne perdait jamais de vue, dans ses recherches scientifiques, les applications aux arts, indiqua quelques circonstances ou la décomposition électrique des sels neutres pourrait être appliquée en grand à des usages économiques, en employant le charbon bienfait et la plombagine, ou le charbon et le fer.
l54 DÉCOUVERTES ÉLECTRO-CHIMIQUES DE DA-VY.
Il trouva que les pouvoirs électriques de décomposition agissaient aussi sur les feuilles des plantes^ ainsi que sur les plantes et les animaux vivants ( i )• H observa, par exemple, que les semences, placées dans l’eau pure a la partie positive du circuit, germent beaucoup plus promptement que dans les circonstances ordinaires et qu elles ne germent point du tout au coté négatif du circuit. Il avança meme que, sans supposer des effets particuliers des électricités différentes, on pouvait expliquer ce phénomène par la saturation d’oxlgène du côté positif et celle d hydrogéné du côté négatif. Relativement à faction de la pile sur les corps vivants, Davy observa que lorsque fon met les doigts bien lavés avec de feau pure en contact avec ce liquide, dans la partie positive du circuit, il se développé rapidement une substance acide qui a les caractères d’un mélange d’acides sulfurique , muriatique et pliosphorlc|ue. Une semblable épreuve, faite au côte nenatif, fournit une substance alcaline fixe. Il est aise d expliquer par-là les saveurs acides et alcalines qui sont produites sur la langue dans l’expérience de Sulzer, puisqu’elles proviennent de la réaction de l’acide et de l’alcali' provenant de la décomposition de la matière saline, contenue dans la substance animale vivante et peut-être dans la salive.
Davy, dès cette époque, conçut déjà la pensee d introduire dans les organes des animaux des substances acides et alcalines et même des acides métalliques pour modifier quelques-unes de leurs parties.
Guyton-Morveau (2) est un des chimistes qui partagèrent les idées de Davy sur le rôle important que devait jouer Fé fluide électrique dans la nature, et surtout dans la terre, ou il s’opère une foule de réactions lentes; il a même cherché à appuyer son opinion de quelques expériences. Il a d abord considéré un morceau d oxide d’antimoine natif, qu’on venait de lui remettre comme
(1) Annal, de Ch. , t. lxiii , p. 262.
(2) Annal, de Ch. , t. lxiii, p. ii3 et suiv.
Si® PÉRIODE, CHA^PITRE PREMIER. I 55
un passage de sulfure a celui d oxide pur, lecjuel avait du s operer au moyen de la décomposition de l’eau par une électricité souterraine semblable à celle de nos appareils. Ce minéral présentait encore la struc* ture de sulfure d antimoine cristallisé et conservait meme dans quelques parties son éclat métallique. En 1 examinant avec attention, il admit qu’une action lente avait change sa composition sans troubler l’arrangement des parties constituantes. Les idées philosophiques qui avaient été proposées sur le meme sujet par Davy, et dont j ai parlé précédemment, lui suggérèrent fidée de chercher à fortifier les conséquences qu’il venait de déduire par des expériences décisives.
Un fragment de sulfure d’antimoine ayant été soumis a 1 action dune pile suffisamment énergique, peu d instants apres une odeur d’hydrogène sulfuré se développa, la liqueur prit une nuance jaune, et le sulfure parut d un jaune plus foncé et comme irisé, ce qui annonçait un commencement de décomposition. J^a lame négative devint noire et l’autre se recouvrit d’un léger encroûtement jaune , qui jouissait des propriétés de l’oxide d’antimoine. Il regarda ce résultat comme une preuve que le sulfure d’antimoine pouvait être transformé immédiatement en oxide par l’action des forces électriques. Il opéra de la même manière sur d’autres sulfures naturels, qui le conduisirent à des résultats semblables.
§ XIV. Suite des travaux de Davy; décomposition
des alcalis et des terres.
Davy avait fait entrevoir, dans son dernier Mémoire, le parti que Ion pourrait tirer un jour de la pile, comme moyen de décomposition; il voulut joindre 1 exemple au precepte en recherchant les bases des alcalis et des terres (i).
(i) Annal, de Ch., vol. lxviii , p. 2o3.
l56 SUITE DES TRAVAUX DE DAVY.
Dans les premiers essais qu’il fit sur la décomposition des alcalis en dissolution aqueuse, il s’aperçut que la présence de l’eau était un obstacle à la production du phénomène. Il soumit ensuite à l’expérience la potasse à l’état de fusion ignée. Pendant toute la durée de l’expérience, on vit paraître au fil négatif une lumière trèsintense, et au point de contact une colonne lumineuse qui paraissait due au développement d’une matière combustible. Le platine était fortement attaqué, et il l’était surtout au plus haut degré dans le cas ou il se trouvait dans la partie négative du circuit; en opérant ainsi, il ne put jamais recueillir la matière combustible dégagépar l’action électrique. Il fut obligé d’employer l’électrie cité comme agent commun pour la fusion et la décomposition ; il y parvint, en humectant légèrement la potasse , qui fut placée sur une lame de platine mise en communication avec le pôle négatif d’une batterie de 2 00 plaques, tandis que le circuit fut formé au moyen d’un fil de platine. Une action très-vive se manifesta aussitôt, la potasse se fondit aux deux points électrisés. Du côté négatif il n’y eut aucun dégagement de fluide élastique, mais on y découvrit de petits globules qui avaient un éclat métallique très-brillant et brûlaient avec explosion et une flamme vive à l’instant de leur formation ; les globules qui n’étaient pas brûlés ne tardaient pas à se ternir et à se transformer en potasse. Ce principe inflammable était donc la base de la potasse.
La soude donna le même résultat, mais sa décomposition exigea une plus grande intensité d’action voltaïque. Il reconnut dans ces nouveaux corps les propriétés qui caractérisent les métaux, à l’exception cependant de leur pesanteur spécifique, qui se trouva être moins forte que celle de l’eau, dans le rapport de 0,^-7 à i pour la potasse, et de 0,93 à i pour la soude. Ces nouveaux métaux reçurent le nom de potassium et de sodium; pour les préserver de Faction de l’air , il fallut les conserver dans le naphte nouvellement distillé.
Il prouva que la vive déflagration qui avait lieu à
l’instant de leur contact avec l’eau, provenait de la prompte décomposition de celle-ci , qui cédait son oxigène au nouveau métal.
Leur action sur le mercure attira son attention; il profita des observations qu’il fit ace sujet, pour se procurer une plus grande quantité des nouveaux métaux , en les combinant immédiatement avec le mercure à l’instant de leur réduction et enlevant ensuite le mercure au moyen de la distillation.
11 cbercba ensuite à obtenir les métaux de la baryte et de la strontiane. En soumettant à faction d’une forte batterie des morceaux de ces bases humectés d’eau , il vit aux deux points de communication une action vive et une lumière brillante, puis inflammation à la pointe négative; la baryte ou la strontiane chauffée dans le circuit électrique par une flamme entretenue de gaz oxigène ne conduisait pas l’électricité, tandis qu’en la combinant avec l’acide borique, elle devenait conductrice, et on voyait alors sortir du côté négatif une matière qui brûlait avec une lumière rouge foncé; il ne put jamais recueillir cette substance inflammable qu’il annonça être la base de la terre.
En soumettant à l’expérience de l’acide borique humecté, il vit paraître à la surface négative une matière combustible de couleur foncée, qui lui parut être le résultat d’une décomposition. Il annonça alors qu’il était probable que les acides muriatique, fluorique et boracique devaient contenir de l’oxigène.
Dans un autre Mémoire (i), communiqué à la Société royale, le 3o juin 1808, Davy fit connaître de nouvelles méthodes pour décomposer les terres alcalines. La baryte, la strontiane et la chaux, légèrement mouillées, furent électrisées avec des fils de fer sous le napbte. Les terres, au pôle négatif, prirent une couleur sombre et montrèrent quelques points ayant le brillant métallique
(i) Annal, de Ch. , t. lxx, p. 189.
/58 DÉCOMPOSiTIOJy DES ALCALIS ET DES TERRES.
(jui blanchirent graduellement au contact de l’air. Il eut alors l’idée d’essayer si le potassium ne pourrait pas enlever l’oxigène aux terres. Il ne put réaliser ce projet; mais, ayant trouvé dans le cours de ses recherches sur le potassium que lorsqu’un mélange de potasse et d’un oxide de mercure d’étain ou de plomb était électrisé, la décomposition était très-rapide, et qu’il se formait aussitôt un amalgame de potassium; il appliqua cette méthode à la réduction des terres alcalines. En conséquence il électrisa des mélanges de ces corps avec les oxides d’étaih , de plomb, d’argent et de mercure. Ces essais furent plus satisfaisants que les précédents, car il se déposa, au pôle négatif, une petite quantité d’une substance ayant la blancheur de l’argent qu’il reconnut pour un amalgame; mais il paraît néanmoins que le résultat de ses expériences ne fut pas très- concluant.
Tandis qu’il était occupé de ces recherches, il reçut, au commencement de juin 1808, une lettre de M. Berzelius qui lui annonçait que, conjointement avec le docteur Pontin, il était parvenu à décomposer la baryte et la chaux en les électrisant négativement en contact avec le mercui’e. Il répéta aussitôt l’expérience avec sa grande batterie et obtint l’amalgame de barium qui, projeté dans l’eau, la décomposa; il se dégagea de l’hydrogène, et le mercure devint libre; la chaux et la strontiane donnaient des résultats analogues. Quant à la magnésie, il fallut continuer l’opération pendant long-temps pour produire l’amalgame; son action sur l’eau fut très-lente. L’opération fut plus facile, en employant le sulfate de magnésie mouillé au lieu de la magnésie. Désirant avoir des amalgames en quantité suffisante pour les distiller, il combina sa méthode avec celle de MM. Berzelius et Pontin.
Il donna à ces nouvelles bases les noms de barium, strontium, calcium et magnium.
L’alumine, la silice, la zircone et la glucine, soumises au même mode d’expérimentation, ne le conduisirent à aucun résultat. Il fut obligé, pour opérer leur
réduction, d’avoir recours à nu autre procédé, fondé sur l’affinité que le potassium pouvait avoir pour les métaux des terres. Il mit dans un creuset de platine un mélange d’une partie de silice et de six parties de potasse qu’il maintint en ignition, et établit ensuite la communication avec la grande pile; le creuset fut mis en rapport avec le pôle positif, et le menstrue alcalin avec le pôle négatif au moyen d’une tige de platine; il se fit aussitôt une effei’vescence, et des globules brillantes s’élevèrent à la surface. Il se forma autour de la baguette des écailles métalliques brillantes, qui blanchirent au contact de l’air et firent effervescence dans l’eau. L’addition de quelques gouttes d’acide hydro-cblorique en dégagea aussitôt de la silice. L’alumine donna un résultat semblable. Il conclut de toutes ces expériences que l’alumine, la zircone et la silice étaient, comme les terres, des oxides métalliques.
Une autre question attira son attention, c’est celle de la formation , de la nature et des propriétés de l’amalgame produit par l’ammoniaque. Ce nouveau composé provoqua une vive discussion entre Davy, Berzelius, d’une part, Gay-Lussac et lliénard de l’autre. Les premières expériences, pour obtenir cet amalgame, sont dues au docteur Seebeck (i), qui le découvrit dans les premiers mois de 1808 , en faisant réagir, au moyen de la pile, le mercure sur le carbonate d’ammoniaque. Il annonça le fait, sans donner aucune théorie. MM. Berzolius et Pontin, dans la communication qu’ils firent à Davy, lui annoncèrent qu’ils étaient parvenus à combiner lê mercure avec la base de l’ammoniaque, fait qui semblait prouver, suivant eux, que l’ammoniaque était un oxide à base ternaire (2). Ijorsque l’on forme l’amalgame ammoniacal, le mercure augmente graduellement de volume, et quand il est devenu [\ ou 5 fois plus
(1) Annal, de Ch., t. lxvt, p. 191.
(2) Bibl. Britann. , juin 1809, p. 122.
l6o DÉCOMPOSITION DKS ALCALIS ET DLS TERRES.
étendu que dans son état primitif, il devient solide et d’une consistance molle. Suivant MM. Berzelius et Pontin, cette matière est un compose de mercure et de la base désoxigénée de l’ammoniaque, parce qu’il se reproduit du mercure et de l’ammoniaque au contact de 1 air et de l’eau, et qu’il se dégage, dans ce dernier cas, de l’hydrogène, tandis que lé mercure devient graduellement libre. Davy partagea leur manière de voir et l’appuya de plusieurs expériences. Il s’attacha particulièrement à prouver l’existence de l’hydrogène dans l’amalgame ammoniacal. Il dit, à ce sujet, que plus on considère les propriétés de l’amalgame ammoniacal , plus elles paraissent extraordinaires, et qu’il ne peut concevoir comment une substance formant avec le mercure un amalgame aussi parfait, ne soit pas métallique dans sa propre nature. H donna le nom d ammonium au radical de l’ammoniaque.
MM. Gay-Lussac et Thénard n’adoptèrent pas cette théorie; ils communiquèrent à l’Institut, en septembre 1809, le résultat de leurs recherches sur la production d’un amalgame par l’ammoniaque et les sels ammoniacaux, au moyen de la pile (i).
Davy, qui avait considéré, à l’exemple de MM. Berzelius et Pontin, l’amalgame ammoniacal comme résultant de la combinaison du mercure avec l’ammonium , chercha , mais inutilement, à obtenir ce nouveau métal en distillant l’amalgame dans des vases à l’abri du contact de l’air, comme il avait fait pour le potassium et le sodium. Il ne put jamais obtenir que du mercure, de l’hydrogène et de l’ammoniaque. Il attribua dès lors la destruction de l’ammonium à une très- petite quantité d’eau dont on ne pouvait priver l’amalgame, et expliqua par ce moyen la présence de l’hydrogène et de l’ammoniaque. Suivant Davy, l’ammoniaque n’était plus un composé d’azote et d’hydrogène, mais bien un oxide
(i) Annal, de Ch., t. lxxiii, p. 193.