‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 161 sur 216 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

établi maintenant; mais quelle est la nature du courant qui produit la contraction dans le dernier cas? Vol ta est Je premier qui ait entrepris de résoudre celte question; voici comment il s’explique, à l’égard des contractions en général , dans son Mémoire sur l’identité des fluides électrique et galvanique: «Une telle contraction n’a lieu « qu’à la première irruption du courant électrique , et « quelquefois aussi au moment où, par la rupture du « circuit, ce courant se trouve arrêté, ou plutôt refoulé « en arrière, comme on peut se le figurer, par l’obstacle « instantané qu’il rencontre. » L’illustre auteur de la pile, qui attribuait les contractions, à l’instant de l’interruption ^lu circuit, à un reflux d électricité, pensait que ce reflux produisait un courant dirigé en sens inverse. Cette conjecture, c’est-à-dire l’existence du courant inverse, a été mise depuis hors de doute par l’expérience suivante :

Si l’on prépare une grenouille de manière que les cuisses ne tiennent au tronc que par les nerfs lombaires seulement, et que l’on place le tronc dans une tasse remplie d’eau qui communique avec le pôle positif d’une pile, et les deux cuisses dans une autre tasse en corn» munication avec le pôle négatif, toutes les fois que l’on ferme le circuit, ia grenouille se contracte. En le rompant, au contraire, l'agitation est très-faible ou tout à fait nulle. Bien entendu que l’expérience ne doit commencer que lorsque la grenouille a perdu de son excitabilité et le courant de son intensité. En faisant l’expérience d’une manière inverse, les eflets sont contraires. Ces faits prouvent donc, comme Volta lavait avancé, que la contraction, produite à l’instant ou l’on interrompt le circuit , est due à l’action d’un courant dirigé en sens inverse.

928. M. Marianini attribue la production de ce courant à une portion de l’électricité, qui, retenue dans le nerf même à cause de son imparfaite conductibilité, reflue aussitôt que le courant n’a plus lieu, et secoue les fibres auxquelles aboutit le nerf irrité II suppose donc

‘i4£> ANALY. DES EFF. 1MIOD. QUAND ON FERME, ETC.

que les organes du mouvement, soit par un défaut de conductibilité, soit par une propriété particulière, ne transmettent pas tout le courant qui les pénètre, et en retiennent une portion qui va toujours en s’accumulant. Cette électricité accumulée dans les nerfs s¥coulerait ensuite en les parcourant dans une direction contraire, et les forcerait à se contracter aussitôt que le courant primitif aurait cessé. Cette manière de voir, que nous ne partageons pas à cause de l’accumulation de l’électricité, a de l’analogie avec celle de Nolta.

929. M. Peltier a envisagé la question sous un autre point de vue. Reprenons l’expérience où les deux cuisses de la grenouille plongent chacune dans un vase rempli d’eau, communiquant ensemble avec une mèche de coton. Si on laisse circuler le courant pendant quelques minutes, les cuisses se polarisent absolument de la même manière que le font deux lames de platine plongées dans un vase rempli d’eau, et en communication chacune avec l’une des extrémités d’une pile. E11 effet , si, l’on enlève les deux lames de platine qui transmettent le courant, et que l’on plonge dans les deux vases d’autres lames de même métal, en communication avec le multiplicateur, on a un courant en sens inverse du premier, qui ne peut provenir assurément que de la polarisation des cuisses de la grenouille. M. Peltier infère de là que la contraction, qui a lieu à l’instant où l’on interrompt le circuit, est due à l’action du courant résultant de la polarisation des cuisses de la grenouille. Nous admettons , avec M. Peltier, les effets électro-chimiques qui polarisent les cuisses de la grenouille; mais ces effets qui produisent un courant, quand, après avoir retiré les deux lames de platine en communication avec la pile, on ferme de nouveau le circuit avec d’autres lames de platine, en donnent-ils un également lorsque le circuit n’est pas complété au moyen d’un arc métallique? C’est ce qui n’est pas démontré. Le lecteur verra plus oin comment nous concevons les contractions, nonsêulemént lorsqu’on ouvre, mais encore lorsqu’on inter-

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