‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 168 sur 216 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

dans les eaux froides ; c’est mie analogie de plus avec certaines propriétés électriques des corps, qui sont exaltées par la chaleur.

Le gymnote est le plus grand des poissons électriques connus. M de Humboldt en a vu de 5 pieds 3 pouces de long, dans le cano de Béra, dont la couleur était d’un beau vert-olive et le dessous de la tête d’un jaune mêlé de rouge. Deux rangées de petites taches jaunes étaient placées symétriquement le long du dos, depuis la tête jusqu’au bout de la queue. Chaque tache renfermait une ouverture excrétoire, d’oii sortait une matière muqueuse. Ce poisson est privé d’écailles , comme tous ceux qui possèdent la faculté de donner la commotion.

M. de Humboldt a remarqué qu’un gymnote de 3 pieds 10 pouces avait une vessie natatoire de 2 pieds 5 pouces de long , séparée de la peau extérieure par une masse de graisse, et reposant sur certains organes propres aux poissons électriques , qui remplit plus des deux tiers de sa capacité.

937. Voici les effets généraux que l’on obtient quand on touche l’animal : si l’on reçoit le coup avant qu’il soit blessé ou fatigué par une longue poursuite, la douleur et l’engourdissement qu’on éprouve sont si violents, qu’il est difficile de se prononcer sur la nature du sentiment qu’on éprouve.

M. de Humboldt n’a jamais reçu, suivant lui, par la décharge d’u »e grande bouteille de Leyde, une commotion plus énergique que celle qu’il a ressentie en plaçant immédiatement ses deux pieds sur un gymnote que l’on venait de retirer de l’eau. Il éprouva longtemps une vive douleur dans les genoux et dans presque toutes les jointures. Quand les gymnotes sont très-affaiblis, ils causent un tressaillement qui se propage depuis la partie appuyée sur les organes auxquels on attribue la faculté de lancer la commotion jusqu’à l’articulation voisine. Nous ajouterons que l’on croit sentir à chaque coup une vibration interne qui dure deux ou trois secondes, et à laquelle succède un engourdissement

douloureux, qui a de l’analogie avec le tressaillement dont M. de Humboldt a été saisi à chaque contact de deux métaux hétérogènes appliqués sur des plaies de vésicatoires qu’il s’était faites sur les deux muscles deltoïdes.

q38. La cause, quelle qu’elle soit, qui donne la commotion, dépend de la volonté de l’animal, puisqu’il arrive quelquefois que l’on ne la ressent pas quand on tente, isolé ou non, de le toucher. Par exemple, M. de Bonpland le tenait quelquefois par la tète ou le milieu du corps, tandis que M. de Humboldt le soutenait par la queue; et, quoiqu’ils fussent placés sur un sol humide et ne se donnassent pas la main, l’un d’eux seulement recevait des secousses. Ils ont remarqué aussi que les mouvements musculaires les plus violents n’étaient pas toujours accompagnés de commotions. Il semble donc résulter de là, qu’il dépend du gymnote de n’agir que dans le point vers lequel il se trouve le plus fortement irrité.

L’observation suivante, qui a été faite à Philadelphie, puis répétée à Stockholm , par MM. John William et Faklherg , sur de jeunes gymnotes transportés d’Amérique , met ce fait hors de doute : ces gymnotes, ayant jeûné longtemps, tuaient, de loin, les petits poissons qu’on plaçait dans le baquet. M. de Humboldt , à la vérité , n’a rien observé de semblable sur les gymnotes dans leur pays natal; mais il pourrait se faire que cette différence tînt à ce que le poisson , dans son trajet de Surinam à Philadelphie et à Stockholm, s’était habitué à la prison, et avait repris peu à peu dans le baquet les habitudes qu’il avait dans les rivières et les mares.

cj3c). La torpille ou raie électrique a été l’objet d’un plus grand nombre d’expériences que le gymnote , parce que nous la trouvons assez facilement dans les mers qui baignent notre continent. Les expériences que nous devons à MM. Gay-Lussac et de Humboldt sur ce poisson, nous ont fait connaître les phénomènes généraux des commotions, qui présentent quelques différences avec ceux

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qtte nous avons rapportés précédemment. Quand la tor* pille lance le coup, elle remue convulsivement les nageoires pectorales; le coup est plus ou moins douloureux, selon que le contact immédiat avec une partie du corps se fait par Pintermédiaire d’une surface plus ou moins large. Dans le gymnote, il n’en est pas ainsi : les nageoires, les yeux et la tête restent immobiles quand l’animal donne la commotion; dans l’un comme dans l’autre, il faut de toute nécessité irriter l’animal pour obtenir des effets, qui dépendent par conséquent de sa volonté. La torpille ne se borne pas à donner une seule commotion, on en distingue aisément plusieurs, qui sont lancées avec une célérité étonnante. Pour la recevoir, la personne n’a pas besoin d’être isolée.

M. Gay-Lussac a remarqué qu’une personne isolée ne ressent la commotion qu’autant que le contact avec le doigt est immédiat, c’est-à-dire , qu’il n’a pas lieu par l’intermédiaire d’un corps métallique.

Si l’on place la torpille sur un plateau de métal, de manière que ce plateau touche la surface inférieure des organes qui lui sont propres , la main qui le soutient n’éprouve pas de commotion, bien qu’une personne isolée excite l’animal, et que le mouvement convulsif des nageoires pectorales annonce des décharges fortes et réitérées. Ce fait rentre dans le précédent.

Quand le poisson est placé entre deux plateaux de métal dont les deux bords ne se touchent pas, et que l’on appuie en même temps les deux mains sur ces plateaux, la décharge doit s’effectuer par l’intermédiaire des deux mains, si le phénomène est dû à l’action d’un courant circulant du dessus au dessous. Il n’en est plus de même quand la torpille se trouve entre deux plats de métal dont les bords se touchent, parce que la décharge a lieu par l’intermédiaire du métal; l’effet est le même, comme on l’a dit plus haut, en touchant le poisson avec un morceau de métal.

MM. Gay-Lussac et de Humholdt n’ont pu reconnaître aucun effet de tension électrique à l’instant où la

a6o DES MOY. EMPL. POUR RÈCONN. i/ORIG., ETC.

torpille donne la commotion. Ce résultat était facile à prévoir, attendu que les décharges électriques 11e sont jamais accompagnées de phénomènes propres à l’électricité de tension.

Quand la torpille est très-vigoureuse, elle agit avec autant d’énergie dans l’eau que dans l’air.

y4°- Dans les expériences précédentes, on a cherché seulement à établir un rapprochement entre les commotions de .l’animal et celles qui sont dues à la décharge d’une bouteille de Leyde. On ne peut disconvenir que le rapprochement soit tel, qu’il soit bien difficile de ne pas apercevoir une origine commune. Ce premier aperçu ne suffit pas, il faut encore rechercher, dans les effets des poissons électriques, d’autres caractères propres aux décharges électriques, qui serviront à établir une identité parfaite entre les unes et les autres.

§ II. Des moyens employés pour reconnaître l’origine électrique de la commotion de la torpille.

Puisque l’animal lance une décharge , il ne faut pas chercher dans ce phénomène des effets de tension qui ne sauraient exister, mais des courants électriques qui produisent des décompositions chimiques, qui réagissent sur l’aiguille aimantée, et peuvent changer la polarité des aiguilles d’acier faiblement aimantées. Il faut se servir, par conséquent, d’instruments qui attestent la présence des courants électriques dus à des décharges électriques analogues à celles que l’on obtient avec la bouteille de Leyde.

941. Les multiplicateurs ordinaires ne doivent pas être employés, puisque les circonvolutions du fil étant imparfaitement isolées par la soie qui le recouvre, permettent à la décharge de passer de l’une à l’autre. Aussi est-il nécessaire d’employer le multiplicateur de M. G >1ladon, qui, cependant, a l’inconvénient, quand le fil a une très-grande longueur, de présenter un volume trop considérable pour que le courant qui parcourt les cir-

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