‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 182 sur 216 · THEORIES DES CONTRACTIONS · texte numérisé non relu

THEORIES DES CONTRACTIONS

§ 1er. Théorie de MM. Prévost et Damas.

965. La première théorie rationnelle qui ait été donnée des contractions musculaires produites au moyen de l’électricité, est due à MM. Prévost et Dumas. Elle est fondée sur l’action qu’exercent, à distance, l’un sur l’autre, deux courants dirigés dans le même sens. Pour la concevoir rappelons-nous la constitution des muscles et des nerfs, telle qu’elle a été admise par ces deux physiciens (pag. 216, 218.)

Suivant cette théorie, les ramifications nerveuses extrêmes qui partent du tronc principal se dirigent parallèlement entre elles et perpendiculairement aux fibres du muscle, puis elles retournent dans le tronc qui les a fournies ou bien vont s’anastomoser dans un tronc voisin, de sorte qu’elles 11’ont pas de terminaison. Cela posé, si l’on fait passer un courant électrique au travers d’un muscle, et qu’on examine ce muscle au microscope, à l’instant ou il est contracté, on voit que les sommets des angles correspondent précisément au passage de ces petits filets nerveux. Ils en ont conclu, dès lors, qu’il était probable que les filets nerveux, en se rapprochant, déterminaient le phénomène de la contraction. Pour faire marcher ainsi les filets nerveux l’un vers l’autre, ils supposent qu’ils sont parcourus par des courants électriques qui, étant dirigés dans le même sens, s’attirent. Si l’on admet, d’un autre coté , que le nerf transmette le courant plus facilement

ü8o THÉORIE DE MM. PREVOST ET DUMAS.

que la matière musculaire elle-même, on a alors toutes les données nécessaires pour expliquer les contractions. Le muscle vivant serait donc un véritable multiplicateur, que la petite distance qui sépare les branches conductrices d’une part, et leur ténuité de l’autre, devraient concourir à donner à cet appareil naturel une sensibilité extraordinaire. Maio cette théorie laisse à désirer, en raison du mode de terminaison des nerfs, qui n’est pas généralement admis.

MM. Prévost et Dumas ne se sont pas bornés à exposer purement et simplement la théorie électrique des contractions; ils ont encore cherché à prouver l’inverse de la proposition, c’est-à-dire, qu’il y avait dégagement d’électricité toutes les fois qu’il se produisait des contractions par les moyens mis ordinairement en usage. Tous les excitants sont regardés effectivement par Haller et ses élèves comme très-énergiques pour produire les contractions, mais ils le sont cependant à un degré moindre que l’électricité. Ces excitants, pendant qu’ils réagissent sur les nerfs, dégagent de l’électricité, puisqu’il n’y a jamais d’action chimique sans dégagement d’électricité. MM. Prévost et Dumas attribuent à cette électricité le phénomène des contractions. Le dégagement d’électricité dans ces diverses circonstances est incontestable; mais produit-il les contractions? C’est ce que nous aurons plus loin l’occasion d’examiner.

La théorie précédente suppose que les filets nerveux sont isolés des fibres musculaires; car, sans cela, l’électricité s’échapperait dans ces dernières. MM. Prévost et Dumas, qui admettent bien entendu cet isolement, l’attribuent à une matière grasse qui entoure chacune des fibres, et ne permet pas au fluide électrique de passer de l’une à l’autre. M. Person a contesté cet isolement des nerfs, au moyen d’une matière grasse ou du névrilème, qui est un des points fondamentaux de la théorie; ce jeune physicien a montré qu’un courant engagé dans un nerf, au lieu de suivre ses ramifications, passe dans le muscle dès l’instant que celui-ci lui offre un chemin

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