CHAPITRE PREMIER
effets chimiques produits dans la trituration, il est indispensable de se mettre en garde contre les effets que nous venons de signaler; mais ce ne sont pas les seuls dont on doive tenir compte. Si l’on fait passer à travers un filtre de papier joseph une infusion de chou rouge ou de bois de campêche, la première devient verte et la seconde violette; ce changement de couleur, qui annonce une réaction alcaline de la part du tissu, nous avertit de ne jamais filtrer les eaux de lavage. Quand on met séparément dans de l’infusion de chou rouge, nouvellement préparée, un cristal de spath d’Islande, un fragment de calcaire compacte ou cristallin, des concrétions calcaires poreuses, de la marne, de l’arragonite ou du spath d’Islande pulvérisé , tous ces corps verdissent plus ou moins rapidement l’infusion , à l’exception du premier qui, en raison de la force coercitive de ses parties, résiste long-temps à l’action de la couleur végétale. Dans ce cas, il est probable que la matière colorante exerce une action répulsive sur l’acide carbonique, du même genre que celle de l’hématine sur les sels à base de potasse et de soude, dont l’acide est faible. Il pourrait donc se faire que le carbonate de chaux ne devînt alcalin qu’après avoir été mis en contact avec la couleur végétale.
649. Si l’emploi des matières colorantes peut laisser des doutes dans l’esprit de l’observateur, on peut avoir recours à la méthode suivante : si l’on porphyrise, dans un mortier d’agate, un cristal de mésotype, qui est un double silicate de soude et d’alumine, la poussière nonseulement donne la réaction alcaline, avec les infusions de chou rouge et de bois de campêche, mais elle réagit encore sur le papier de curcuma , ce qui n’a lieu que lorsque l’alcalinéité est assez marquée. Il est facile de prouver que l’effet produit ici est bien dû à l’alcali mis en liberté, et non à la réaction des matières colorantes sur la mésotype. Il suffit, pour cela, de laver la substance réduite en poudre , à plusieurs reprises , avec fie l’eau distillée, jusqu’à ce quelle ne réagisse plus sqr
: 2 8 DES EEF. CfllM. ET DES EFF. ÉLEC. PROD. , ETC.
les couleurs végétales, d’y verser quelques gouttes d’acide hydro-chlorique, de faire évaporer, puis cristalliser, on obtient alors de petits cubes de chlorure de sodium, qui prouvent que réellement, dans l’acte de la porphyrisation, il y a eu décomposition partielle du double silicate et qu’une petite portion de soude a été mise à nu.
Le basalte, le feld-spath et différentes laves, qui renferment de la potasse et de la soude, laissent échapper également, dans la trituration, une petite portion de leur alcali.
Une question se présente ici : La chaleur, qui est dégagée dans Faction mécanique, est-elle la cause de la décomposition partielle? Nous ne le pensons pas, quoiqu’elle puisse cependant exercer une certaine influence; car si Ton élève jusqu’au rouge la température d’un fragment de mésotype et qu’on le place, après le refroidissement, sur un papier à réactif, avec une goutte d’eau, il ne se manifeste aucune réaction alcaline. Nous voyons par là que la désagrégation tend à détruire en partie l’affinité des éléments qui constituent les particules des corps composés.
65o. On opère également des doubles décompositions par le moyen de la trituration. Lorsque l’on broie dans un mortier d’agate, dont la surface est très-nette et trèssèche, parties égales de carbonate de baryte et de sulfate de potasse, chauffé préalablement au rouge pour en chasser l’eau interposée, il y a réaction des deux sels l’un sur l’autre; formation de sulfate de baryte d’une part et de carbonate de potasse de l’autre, dont la quantité est suffisante pour rougir assez fortement le papier de curcuma. Si l’on broie de meme du carbonate de chaux et du nitrate d’ammoniaque, il y a formation de carbonate d’ammoniaque qui se dégageet de nitrate' de .chaux, dont il est facile de constater l’existence.
On conçoit parfaitement que le mode d’action dont il s’agit doit avoir une limite. Lorsque les parcelles des corps ont atteint un certain degré de ténuité, elles glissent sous le pilon ou la molette et ne peuvent plus se