CHAPITRE PREMIER
diviser; dès lors la décomposition chimique n’a plus lieu.
J’ajouterai encore que plus le frottement est rapide, toutes choses égales d’ailleurs, plus les phénomènes chimiques sont marqués. Si l’on passe rapidement, avec pression, un cristal de sulfate de potasse sur une plaque de carbonate de chaux, le bout frotté devient assez alcalin pour rougir le papier de curcuma ; l’effet est d’autant plus marqué que le mouvement a été plus rapide. Les faits précédents montrent cjue beaucoup de corps peuvent se décomposer par l’effet du frottement ou de la trituration, et que dès lors il en peut résulter des phénomènes électriques lumineux et par suite de la phosphorescence.
§ III. De Vètat de F électricité dégagée dans les actions
chimiques en général.
65 1. Ayant déjà exposé (17 — 77) tous les phénomènes relatifs au dégagement de l’électricité dans les actions chimiques, nous n’y reviendrons pas. Nous avons avancé aussi (5q3 — 5q4) que la quantité d’électricité, que l’on suppose unie aux atomes de la matière, dans les composés, doit être énorme, ainsi que celle qui est mise en liberté à l’instant ou s’effectuent les combinaisons; mais comme 011 ne saurait apporter trop de preuves à l’appui d’une semblable assertion, nous allons faire connaître un nouveau fait, qui viendra à l’appui de ceux que nous avons déjà présentés, en faveur de la haute condition électrique des particules de la matière. Cette haute condition électrique est d’autant plus importante à apprécier que nous la considérons, sans aucun doute, comme la cause de la phosphorescence dans les actions chimiques vives ou lentes. Supposons, un instant, que cette haute condition existe : il s’ensuit que si l’on parvient à transformer en courant toute l’électricité qui se dégage dans la combinaison de deux corps, ce courant, convenablement dirigé, sera capable de décomposer la combinaison ellemême. Or on peut réaliser en partie cette supposition,
3o DEL ÉTAT DE l’ÉLEC. DÉG. DANS LES ACT. CHIM.
en mettant à profit les deux électricités dégagées dans la réaction d’un acide sur un alcali ; dès lors il sera prouvé qu’une quantité considérable d’électricité est associée aux particules de la matière. On prend un tube de verre, de 5 ou 6 millimètres de diamètre, rempli dans sa partie inférieure d’argile très-fine, humectée avec une solution concentrée de potasse à l’alcool, et dans sa partie supérieure d’une certaine quantité de la même solution. On plonge ce tube, par le bout préparé avec l’argile, dans un flacon rempli d’acide nitrique concentré, et l’on établit la communication entre l’acide et la solution alcaline au moyen de deux lames de platine unies ensemble avec un fil de même métal (flig. 7). A l’instant même, il y a un dégagement de gaz assez abondant sur la lame plongée dans la solution alcaline, et aucun dégagement sur l’autre lame. Le gaz recueilli est de l’oxigène pur; quant à l’hydrogène, il désoxide l’acide nitrique et donne naissance à du gaz nitreux, qui reste dissous dans l’acide nitrique. L’oxigène et l’hydrogène proviennent de la décomposition de l’eau, comme je le prouverai ultérieurement. Le courant qui a produit cette décomposition provient de la réaction de l’acide sur l’alcali, qui a rendu le premier positif et le second négatif. Cette expérience nous montre donc que l’électricité, qui est associée aux particules de î’oxide et à celles de l’alcali, peut, quand elle devient libre, à l’instant de leur combinaison, être recueillie en partie et produire un courant capable de détruire la combinaison elle-même.
632. Il est facile de concevoir maintenant ce qui se passe dans les corps mauvais conducteurs, toutes les fois que leurs particules perdent leur position naturelle d’équilibre, ou qu’elles sont décomposées. Les deux électricités dégagées ne pouvant se porter sur la surface extérieure de ces corps, restent engagées dans l’intérieur autour de chaque particule, et comme leur tension est considérable, leur recomposition doit être accompagnée d’une émission de lumière. La phosphorescence est due à un effet de ce genre, comme nous le verrons bientôt,