‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 200 sur 216 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

3oî

dont nous recherchons l’origine; ainsi les expériences de M. Donné, quoique intéressantes, n'ont pas résolu la question des sécrétions; elles montrent seulement que des réactions électro-chimiques peuvent être produites sur les surfaces des membranes qui séparent les substances acides et alcalines, par suite de l’action des courants électriques moléculaires qui parcourent toutes les parties organiques de ces membranes.

987. M. Matteucci , pour lever toute difficulté, a considéré les substances alcalines et acides reconnues par M. Donné, comme produites par l’état électrique contraire propre aux organes sécrétoires. Pour mettre ce fait en évidence, il a pensé que si le courant tient à l’action des acides et des alcalis sécrétés, il doit durer après la mort de l’animal : ayant pris un lapin, qui donnait une déviation de i5 à 20° au multiplicateur, quand on touchait l’estomac et le foie avec les extrémités en platine de l’appareil, il a coupé tous les vaisseaux sanguins, ainsi que les nerfs qui se rendent dans l’abdomen au-dessus du diaphragme, la déviation a été réduite à 3 ou 4° ; la tête ayant été coupée, la déviation a été nulle.

Il a expérimenté ensuite sur un lapin frappé de mort, après quelques mouvements convulsifs , au moyen de l’acide hydro-cyanique introduit dans l’intérieur de la poitrine. Le courant s’est manifesté et a disparu ensuite; de sorte que son existence lui a paru être liée avec les contractions. Nous ajouterons que M. Matteucci a tou-

jours vérifié, après la mort et la cessation des courants, l’acidité et l’alcalinéité de l’estomac et du foie; il avance en outre qu’on observe encore les courants, lors même qu’on a fait disparaître l’acide de l’estomac par un réactif convenable; il regarde donc l’existence de ce courant comme liée à celle de la vie.

Si de nouvelles expériences confirment les résultats que nous venons de rapporter, il faudrait eu conclure réellement que les organes qui sécrètent un liquide acide ou alcalin, ont des facultés électriques analogues

3 Q2 TENTATIV. FAITES POUR CONSTAT. UeXIS. , ETC.

à celles de la pile. N’ayant pu faire nous-même cette vérification, nous nous bornons à mentionner les faits signalés par M. Matteucci, sans en garantir l’exactitude.

988. Cette faculté électrique que posséderaient les organes avait déjà été pressentie par Wollaston en 1809, mais sans apporter aucune preuve à l’appui de son opinion. Cet habile et ingénieux physicien avait eu l’idée qu’il pouvait bien exister, dans le système des sécrétions animales, une influence semblable à celle de l’appareil voltaïque, qui tendrait à séparer les éléments d’un corps soumis à son action ; par exemple, que la surabondance d’acide dans l’urine, quoique provenant du sang qui est alcalin, paraissait indiquer dans les reins un état d électricité positive; et que, puisque la proportion d’alcali paraissait plus considérable dans la bile que dans le sang du meme animal, il n’était pas impossible que les vaisseaux du foie fussent dans un état négatif. Quelques physiologistes ont continué à l’admettre, et ont même cherché à l’appuyer de faits, dont quelques-uns ont éclairé la physiologie sur plusieurs points. Nous citerons particulièrement les expériences de Wilson Philip (1).

On a avancé que la communication entre le cerveau et les extrémités nerveuses dans un organe avait une grande analogie avec une chaîne électrique, et que, par conséquent , l’influence interrompue du cerveau pouvait être remplacée par celle d’un courant électrique. O11 a cité, à cet effet, l’expérience suivante du docteur Wilson Philip ,(2) : ce physiologiste ayant coupé à plusieurs lapins la 8e paire de nerfs allant à l’estomac, et servant à la digestion, immédiatement après, la respiration devint difficile ; du persil, qu’ils avaient mangé, resta sans altération dans leur estomac, et ils moururent quelques heures après. Une semblable opération ayant été faite

\t) Transac. philos. 18 1 6.

Transac. philos. 1816.

CH4P1TRE y.

sur d’autres lapins, Wilson Philip fit passer un courant, provenant d’une pile faiblement chargée, à travers le nerf, de telle sorte que l’un des conducteurs commua niquait avec le nerf au-cîessous de la section, et l’autre avec un disque d’argent étendu sur le corps, à la région de l’estomac ; la difficulté de respirer cessa aussitôt. L’expérience ayant été continuée pendant 26 heures, les lapins furent tués ensuite, et on trouva le persil aussi bien digéré que dans les lapins bien portants, nourris dans le même temps. L’estomac répandit, en outre, l’odeur particulière propre aux lapins pendant le travail de la digestion.

Ces expériences ont été répétées avec succès sur plusieurs animaux. Les résultats auxquels elles ont conduit ont donné lieu a une discussion entre les physiologistes, relativement au mode d’influence de l’électricité dans le rétablissement des fonctions respiratoire et digestive. Quelques-uns ont avancé que l’électricité n’agissait dans l’expérience du docteur anglais que comme une puissance mécanique. MM. Breschet et Mi lue Edwards ont soutenu particulièrement cette doctrine. Suivant eux, la section du pneumo-gastrique n’arrête pas la chilificaîion; elle la rend seulement plus lente, en paralysant l’action du tissu musculaire de l’estomac. Si l’électricité rétablit les fonctions digestives, cela tient à ce que cet agent entretient les contractions de l'estomac; puisqu’on obtient des résultats semblables en irritant le bout inférieur du nerf.

La question soulevée par le docteur Wilson Philip est toute physiologique, et n’est plus de notre ressort. Nous n’avons parlé seulement que de la partie qui concerne l’électricité.

Quoi qu’il en soit, on ne peut s’empêcher de croire que l’électricité n’intervienne dans la production des sécrétions; nous devons donc faire toutes les tentatives possibles pour prouver que l’on peut modifier les lois qui régissent les corps vivants, en modifiant l’état électrique des parties organiques. Nous aurons l’occasion

3o4 MOYENS EMPL. POUR ÀPPLIQ. i/ÉLEC. , ETC.

bientôt de développer cette pensée, qui contient, suivant nous, le germe d’applications importantes de l’action de l’électricité à la médecine.

§ III. Des moyens employés pour appliquer l'électricité à la médecine .

989. L’électricité agit de deux, manières sur l’économie animale, soit en produisant des contractions et autres dérangements dans l’équilibre des parties organiques, soit en faisant naître des réactions chimiques, qui favorisent les sécrétions ou nuisent à leur développement.

Quiconque veut essayer de retirer quelques avantages de l’application des forces électriques à l’art de guérir, doit avant tout acquérir une connaissance approfondie des propriétés générales de l’électricité agissant comme force physique ou comme force chimique; car, si l’on ne possède que des notions superficielles, on court le risque de porter du désordre là où l’on veut rétablir l’harmonie.

990. L’emploi de l’électricité, comme moyen thérapeutique, est encore un point de controverse entre les physiciens ; cependant il existe bon nombre d’observations qui tendent à prouver que son influence ne saurait être révoquée en doute, surtout dans les maladies nerveuses. On conçoit jusqu’à un certain point qu’il en soit ainsi : les phénomènes de contraction pouvant dépendre , suivant toutes les apparences, de l’électricité, doivent éprouver des modifications quelconques quand les nerfs sont traversés par des courants électriques , que nous supposons analogues à ceux que l’action vitale met en jeu; dès lors, il reste à déterminer quelle est la nature et l’intensité du courant qui peuvent convenir dans telle ou telle circonstance.

Commençons par exposer les divers procédés en usage pour faire réagir l’électricité sur l’organisme, quand elle

Page 1