‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 203 sur 216 · CHAPITRE "V · texte numérisé non relu

CHAPITRE "V

§ IV. Des cas pathologiques où h on applique

V électricité .

996- Les observations que nous allons rapporter montreront que l’électricité agit particulièrement sur le système nerveux, quand on l’emploie comme moyen de guérison.

Grapengiesser a reconnu que, lorsqu’il s’agit de stimuler le nerf optique dans l’affaiblissement de la vue et dans l’amaurose non complète, il faut mettre en contact la membrane des narines avec le conducteur positif, et une partie de la peau qui recouvre le trajet du nerf frontal avec le conducteur négatif. Le courant occasionnant quelquefois dans la membrane nasale une excoriation et une sensation insupportable, on applique le conducteur positif, quand cet inconvénient, a beu sur la mâchoire supérieure* ou, si la douleur est trop vive, sur la peau mouillée de la joue.

Le même expérimentateur conseille encore, comme le moyen le plus sûr d’irriter le nerf optique, de placer l’extrémité du conducteur négatif, ou celle de l’autre conducteur, sur la cornée, qui, en raison de l’humidité dont elle est imprégnée, transmet l’irritation jusqu’à la rétine. Ce mode d’application exige les plus grandes précautions, attendu qu’il provoque une abondante sécrétion de larmes, et occasionne quelquefois une rougeur trèsvive à la conjonctive, et même dans l’oreille une douleur insupportable.

ggy. Lorsque l’on veut soumettre les deux oreilles à l’action de la pile, il faut adapter à l’extrémité de chacun des conducteurs une tige de métal, renfermée dans un tube de verre et terminée par un bouton métallique, que l’on introduit dans les conduits auditifs. Le conducteur positif correspond à l’oreille la plus insensible. Les nerfs acoustiques sont alors très-irrités ; on entend un bourdonnement plus ou moins fort. L irritation s’étend quelquefois jusqu’au nerf optique.

3lO CXS PATHOL. OU LON APPLIQ. l’ÉLFC.

On peut encore appliquer les conducteurs sur deux plaies de vésicatoire faites derrière les oreilles, afin de provoquer en même temps un écoulement de sérosité.

Quand on ne veut agir que sur une oreille, on complète le circuit en portant la main mouillée sur le pôle non employé de la pile, ou bien on le fait communiquer avec un vésicatoire placé derrière l’oreille malade.

On voit donc, d’après les expériences de Grapengiesser, qui a appliqué l’électricité à la médecine avec beaucoup d’intelligence, que cet agent peut être employé avec un grand avantage dans la faiblesse de la vue et dans l’amaurose dues uniquement à l’inexeitabilité du nerf optique, dans les surdités et dans l’aphonie dépendante de l’affaiblissement du système nerveux. On s’en est servi aussi avec avantage dans la paralysie du sphincter de l’anus et de celui de la vessie.

M. de Humboldt a reconnu également l’efficacité de l’action d’un courant sur des malades affectés de cécité par suite d’un affaiblissement très-grand dans la sensilibité du nerf optique. Il conseille, à ce sujet, de couvrir toute la langue, le palais, et même l’intérieur de la bouche, de métaux très-actifs. Par ce moyen, toutes les ramifications de la 5e paire qui se distribuent à ces parties et celles qui se portent à la face, sont affectées en même temps. La prescription de M. de Humboldt est d’accord avec la théorie, puisque le métal le plus oxidable étant mis en contact avec le muscle, le courant chemine dans le sens opposé aux ramifications nerveuses, d’oii résulte une plus grande irritation.

998. Ces résultats ont été confirmés, en ce qui concerne les maladies des yeux, par M. Magendie dont l’aütorité est ici d’un grand poids. Ce célèbre physiologiste*, en dirigeant l’électricité voltaïque à travers les nerfs de l’orbite , est parvenu à la cure d’amauroses qui •avaient résisté à l’action des moyens les plus violents quel la chirurgie put employer, tels que vésicatoires-, moxasy etc. f les effets doivent être effectivement plut* pffîpaees cjue par toute rntfre application de réleetïdciié

Ctl A.PITRE V.

3ti

puisque les courants réagissent directement sur les nerfs. M. Magendie ayant remarqué que les principaux organes de la vue, le globe de l’œil et le nerf optique, cessent immédiatement d’agir dès qu’ils sont soustraits à f influence de la 5e paire, d’où résulte une véritable âmaurose, a été conduit par là à présumer qu’il existait deux espèces d’amauroses, l’une qui a pour Cause une affection spéciale de la rétine et du nerf optique, et l’autre qui dépend d’une maladie du nerf de la 5r paire. Il a pensé que, dans ce dernier cas, on pourrait retirer quelque avantage de l’excitation électrique produite sur les diverses branches de la 5e paire. Pour arriver à ce résultat, il a agi uniquement sur le nerf même, sans intéresser les parties environnantes. A cet effet, il a enfoncé des aiguilles de métal dans les nerfs, après s’être assuré, par des expériences préliminaires, que leur piqûre n’était pas aussi dangereuse qiiqn l’avait pensé. La première expérience fut faite sur un jeune homme atteint d’amaurose avec immobilité de la pupille, et qui n’avait éprouvé aucun soulagement des ressources de l’art. M. Magendie enfonça une aiguillé d’acier dans le nerf frontal, Ta oîi il vient de sortir du trou sourcillier. Il piqua également le nerf sous-orbitaire à l’instant où il sort de l’orbîte. Le malade ressentit chaque fois, dans toïit le coté correspondant, un effet semblable à celui qu’on éprouve quand on se heurte rudement le coude. Le lendemain, on répéta Texpérience, biais avec cette différence qu’au lieu de piquer lç nepi frôntal sur le front, on plaça l’aiguille dans Forlnte

sa longueur.

meme, vers le milieu environ de sa b

Il agit ensuite sur le nerf lacrymal, qui a des rapports Très- intimes avec Ta Vue, puisqu’il préside à la sécrétion des larmes. Ces diverses tentatives n’amenèrent àin cun changement dans l’état de l’amaurose. Il fit passer alors un courant dans les nerfs au moyen des aiguilles , afin cTexcitcr indirectement l’action de la rétine et du nerf optique. Deux jours apres, les aiguilles turent pla« çées ? Finie dans le nerf froptal , l’autre tlaqs le nerf

3l2 CAS PATHOL. OU LON APPLIQ. LELEC.

maxillaire supérieur, et mises en communication avec les deux extrémités d’une pile composée de 12 éléments de 6 pouces de diamètre en longueur et en largeur. A l’instant du contact, le malade éprouva une commotion douloureuse dans le trajet du nerf, la lumière l’affecta visiblement, et la pupille se contracta. Ap rès un traitement de i5 jours, l’amaurose s’améliora sensiblement et la pupille reprit ses dimensions ordinaires. M. Magendie a obtenu également des résultats avantageux dans le traitement de plusieurs amauroses incomplètes, avec ou sans paralysie des muscles de l’œil. Il en a été encore de même d'une amaurose qui ne frappait que la moitié externe de la rétine, et qui était accompagnée de la paralysie de la paupière supérieure et des muscles droit interne et droit supérieur de l’œil gauche. Il est essentiel d’observer qu’il n’a obtenu des résultats satisfaisants que sur des amauroses incomplètes.

999. Il a obtenu aussi deux cas remarquables de guérison d’une lésion nerveuse delà vue, sans agir directement sur le nerf.

Ier Cas. Paralysie du nerf de la 3e paire avec déviation de l’œil en dehors et en bas, et chute persistante de la paupière supérieure depuis plusieurs mois. Cette affection avait résisté à tous les moyens curatifs ordinaires employés par un des plus habiles médecins de Paris. Une seule application de courants électriques dirigés au moyen d’aiguilles de platine introduites, l’une dans le nerf surorbitaire, et l’autre dans le nerf sousorbitaire, a déterminé la guérison complète. Le lendemain, après une seconde application dont on aurait pu se dispenser, l’œil malade était revenu dans son état naturel.

‘X Cas. Paralysie du nerf de la 6e paire avec déviation de l’œil en bas et en dedans, avec vision double. Cette affection avait résisté également aux secours ordinaires de la chirurgie ; traité par les mêmes moyens

VJ

CHÀPITKE V.

que ci-dessus, l’œil est revenu graduellement dans son état normal; mais il a fallu i5 applications pour obtenir un rétablissement complet.

M. Magendie emploie dans sa pratique le courant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; suivant lui, dans les deux cas, l’électricité agit comme excitant, mais il a reconnu cependant que la douleur est beaucoup plus vive quand le courant chemine dans le sens opposé aux ramifications nerveuses , que dans l’autre : ce fait annonce bien une différence dans les effets produits. Si cet habile physiologiste employait des courants moins intenses , il trouverait dans les effets une différence très-marquée, que nous avons signalée à plusieurs reprises dans ce chapitre.

M. Magendie a enfin reconnu que l’électricité voltaïque agit particulièrement dans les névralgies, surtout quand on fait passer le courant dans le trajet du nerf malade.

1000. Continuons à rapporter les observations qui tendent à prouver l’influence de l’électricité dans les maladies ou les nerfs sont affectés.

Le docteur Philip Wilson a observé que le galvanisme soulage, et meme guérit l’asthme qui provient d’une affection nerveuse, et cela dans la proportion de q malades sur io. Le galvanisé éprouve plus de facilité à respirer après un intervalle de cinq à dix minutes. Il s’est servi pour cela d’une batterie composée au plus de oo plaques, chacune de 4 pouces carrés. Le fil positif aboutissait à la nuque, et le fil négatif au creux de l’estomac; l’une et l’autre partie étaient recouvertes de feuilles d’étain, sur lesquelles l’auteur promenait les fils. L’opération ne durait pas au delà d’un quart d’heure.

1001. M. Fabré-Palaprat , atteint depuis un certain nombre d’années d’une maladie nerveuse, eut l’idée de porter l’électricité, au moyen de l’acupuncture, le plus près possible du cervelet, qu’il considérait comme le siège principal de sa maladie. Une aiguille fut placée des deux côtés du crâne, dans la région du cervelet, sur

3 1*4 TRAITEM. ÉLEC. APPLIQ. A LA PAR AL. , ETC.

l’ôs même, et une autre dans une partie adjacente. Les deux aiguilles ayant été mises en communication avec une pile, il fut électrisé par commotion, c’est-à-dire, que L’on interrompit le circuit à des instants très-rapprochés. Le courant était dirigé tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Ce traitement, qui dura plusieurs mois, fut suivi d’une guérison complète.

Ce même médecin assure avoir obtenu des résultats satisfaisants, en appliquant l’électricité voltaïque à des rhumatismes aigus et à des engorgements lymphatiques.

§ V. Traitement électrique appliqué à la paralysie

en général.

1002. La paralysie est l’affection qui a le plus occupé les personnes qui ont appliqué l’électricité à la médecine :

tantôt des résultats satisfaisants ont été obtenus, tantôt il y a eu absence d’effets; d’après cela, nous serions disposé à croire que le traitement ne réussit pas dans le cas ou la paralysie est complète.

Nous allons passer en revue les differents modes d’expérimentation employés et les résultats qu’on en a

obtenus.

ioo3. M. Marianini (i) a employé avec succès, sur plusieurs personnes affectées de paralysie, le traitement Suivant, entre autres sur une jeune femme Je 23 ans, qui avait perdu subitement l’usage de ses membres; toute sensibilité y était également éteinte. Il se servit à cet effet d’une pile voltaïque, composée de 58 disques de cuivre et autant de zinc, chaque paire étant séparée de la suivante par une rondelle de drap trempée dans de l’eau salée. Une bande de plomb en communication avec le pôle positif entourait la jambe, et une bande semblable, communiquant au pôle négatif, aboutissait à une plaque d’étain placée entre le cou-de-pied et les orteils , chaque

OMI mnjfai. I. ■ «‘.il

(ï) Aurai. 4e Cil. et de Ptïys., T. ttv

Page 1