‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 205 sur 216 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tronc nerveux, et l’autre à ses ramifications. Pour obtenir quelque effet, il a reconnu qu’il fallait quelquefois employer un appareil voltaïque de 1 5o couples, tant la paralysie éteint l’excitabilité nerveuse.

1005. Quelques exemples prouvent que l’électricité peut agir avec efficacité sur des paralysies autres que celles qui affectent les organes de la vue.

Un individu était atteint (Y) de paralysie à la face, et principalement aux yeux. Pendant qu’il se promenait dans sa chambre, un coup de tonnerre le renversa sans connaissance; il revint à lui au bout de 20 minutes, mais il ne recouvra parfaitement l’usage de ses facultés que dans le reste du jour et de la nuit. Le lendemain, il se trouva parfaitement remis : depuis, sa paralysie ne s’est plus reproduite.

On a employé jadis, dit-011, avec succès, dans la Guyane hollandaise, les effets du gymnote pour guérir de la paralysie. Ce qui tend à donner de la vraisemblance à cette assertion, c’est que M. de Humboldt , après avoir fait des expériences pendant quatre heures avec des gymnotes, a éprouvé jusqu’au lendemain une débilité dans les muscles, une douleur dans les jointures, un malaise enfin qui était l’effet d’une forte décharge. La commotion donnée par le gymnote a donc une puissance d’action capable de réagir fortement sur le système nerveux.

1006. Nous avons vu que M. Nobili était parvenu a faire naître le tétanos dans une grenouille, au moyen des courants électriques. En étudiant une grenouille qui en était atteinte, il a observé qu’elle persistait dans cet état sous l’action d’un certain courant, et qu’elle détendait complètement ses membres sous l’action d’un courant contraire. Il ne put cependant réussir que sur quelques grenouilles frappées également du tétanos. Il a cru devoir en tirer la conséquence que

(1) Annales de Ch. et de Phys., t. xix, p. 69.

3 1 8 act. de l’élec. agiss. comme force CHIM.

l’action continue des courants électriques dans un sens déterminé, peut-être dans tous les deux, pourrait bien servir à calmer, sinon à guérir le tétanos. Quant à la paralysie et à son mode de traitement , voici quelles sont les vues de M. Nobili : en appliquant l’électricité à un membre paralysé , on a pour but d’exciter le système nerveux de manière à pouvoir déterminer le mouvement dans le muscle. L’action continue du courant tend, au contraire, à lui oter une partie de son irritabilité, puisqu’une grenouille, quand elle est restée environ une demi-heure dans le circuit d’une pile , ne se contracte plus sous l’action de la cause excitante qui l’agitait d’abord. L’action d’un courant discontinu tend à produire un effet contraire, puisqu’elle met en jeu l’excitabilité du nerf, au point de faire naître le tétanos artificiel. Dans la paralysie, le système nerveux a perdu de son excitabilité; dans le tétanos, cette excitabilité est portée au dernier degré. Le traitement dans l’un et l’autre cas , suivant M. Nobili, doit donc être opposé. Dans le tétanos, on emploiera l’électricité voltaïque en courant continu, pour paralyser le nerf; pour la paralysie, on emploiera les courants discontinus qui irritent le nerf à chaque instant. Ces vues sont certainement très-judicieuses et méritent de fixer l’attention des physiologistes.

§ VI. De l’action de l’ électricité agissant comme

force chimique.

1007. Nous avons à considérer maintenant de quelle manière l’électricité peut réagir chimiquement sur les organes.

Grapengiesser a reconnu que lorsque les conducteurs d’un appareil voltaïque sont appliqués sur la peau dénudée, l’action du courant, si elle est prolongée, active la sécrétion de la sérosité. Si la peau est simplement mouillée, il se forme assez promptement une escarre.

1008. M. de Humboldt a produit de l’inflammation à ne plaie de la main, par l’application de l’irritation

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