‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 206 sur 216 · CHAPITRE V. 3ig · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 3ig

métallique. Il s’était écorché le poignet à l’endroit oïl l’artère est très-superficielle. L’épiderme était enlevé, mais le sang ne coulait qu’en petite quantité. Il plaça une armature de zinc sur la plaie, et toucha ce zinc avec une médaille d’argent. Pendant le contact, il éprouva de la tension jusqu’au bout des doigts, un tremblement et un picotement dans toute la main. La douleur devint manifestement plus aiguë quand le bord de la médaille touchait le zinc, qu’elle ne l’était quand la surface plane était appuyée sur lui. L’irritation augmentait aussi l’écoulement du sang. Dès que le sang se caillait, l’armature produisait un effet beaucoup plus faible. En pratiquant des incisions légères, l’électricité appliquée pendant plusieurs jours produisait une inflammation t r ès-m a r q u ée .

1009. Le meme savant s’était fait appliquer deux vésicatoires, de la grandeur d’une pièce de cinq francs, sur les épaules. Quand on ouvrit les deux vésicules, la sérosité en sortit, comme à l’ordinaire, sans couleur. Il fit couvrir la plaie du côté droit avec une plaque d’argent. A peine en eut-on approché un conducteur de zinc, qu’on provoqua par ce moyen un nouvel écoulement d’humeurs, accompagné d’une cuisson très-douloureuse. Cette humeur n’etait pas, comme la première, blanche et d’un caractère doux. Elle prit en peu de secondes une teinte d’un rouge vif, et partout ou elle coulait elle laissait des raies d’un bleu rougeâtre. L’ulcère le plus malin ne fournit pas une humeur aussi âcre, et dont l’effet fût aussi prompt.

10 10. Reynnold a répété sur plusieurs malades l’expérience de M. de Hutnboldt , particulièrement sur un malade qui avait un ulcère vénérien prêt à se guérir. Le premier jour, démangeaison douloureuse; le troisième jour, le pus de l’ulcère ayant été enlevé, on vit suinter un autre pus d’un rouge pâle, qui produisait sur les bords de l’ulcère une inflammation âcre.

101 1. Dans la sensation produite par l’effet voltaïque, M. de Humboldt a distingué une pulsation forte et un

3ao ACT. DE l’élec. agiss. comme force chim.

sentiment de pression accompagné d’une cuisson prolongée. La cuisson était beaucoup pins marquée lorsque la plaie était couverte d’une armature d’argent et qu’elle était irritée avec une tige de zinc, que lorsqu’une plaque de zinc couvrait la plaie, et qu’une plaque d’argent servait à établir la communication. Cet effet se conçoit

très-bien à l’aide de l’observation de M. Marianini, que nous avons rappelée déjà plusieurs fois.

i o i ‘2. Les différents effets dont nous venons de parler peuvent être attribués aussi à faction décomposante de l’électricité. La plaie en rapport avec le pôle positif doit sécréter une humeur acide; celle qui est en rapport avec le pôle négatif, une humeur alcaline. Voyons de quelle manière on peut changer la nature d’une sécrétion, en s’appuyant sur les phénomènes électro-chimiques.

1013. Considérons un ulcère rebelle, et supposons qu’un examen préliminaire ait constaté son état positif, c’est-à-dire, la faculté dont jouit la partie adjacente de sécréter des matières acides. Pour détruire l’état positif qui prévaut, ne peut-on pas maintenir cette partie, pendant un temps suffisamment long, dans un état négatif assez énergique pour lui faire sécréter des humeurs d’une nature entièrement opposée à celles qui sont produites pendant l’état pathologique? Si faction résultant de ce nouvel état électrique est appliquée graduellement, il pourra se faire que les deux forces égales et contraires se neutralisent, et que la partie revienne à l’état normal. De même, si l’état négatif est exagéré, ne peut-on pas appliquer à l’endroit malade le pôle de nom contraire d’un appareil voltaïque, dont on a déterminé préalablement la force ?

Cette idée de réagir sur les sécrétions, comme on le fait sur un métal pour empêcher son oxidation dans un liquide, en le mettant en contact avec un métal plus oxidable que lui, est due à M. Orioli ; elle peut conduire à des résultats importants en physiologie.

1014. Mansford, qui a fait usage de ce mode d’expérimentation, s’est servi de deux disques, l’un de zinc,

CH A Pi TH I V. 3 Si i

l’autre de cuivre ou d’aigent, nuis ensemble au moyeu d’un fil métallique soudé; il les maintenait en place avec dès bandages convenables pendant des jours, des semaines et des mois, ne les nettoyant que de temps à autre, lorsqu'il y avait urgence. Celte méthode est, à la vérité, très-simple, puisque l’appareil peut être appliqué immédiatement, sans que l’individu soit forcé à un repos absolu; mais, d’un autre coté, les produits qui se déposent sur les lames de métal ne tardent pas à diminuer l’effet de l'action voltaïque, et même à l’anéantir. De plus, ces produits, qui sont des sels métalliques, peuvent réagit* sur les tissus environnants d’une manière nuisible; ainsi donc on ne peut employer cette méthode qu’avec une certaine circonspection. Il faudrait pouvoir agir avec deux lames de platine en relation avec un petit appareil que l’on porterait sur soi, puis nettoyer de temps à autre les lames de platine, pour enlever les produits secondaires.

‘ îoi 5. Dans quelques cas, il serait bon de baigner dans de l’eau tiède les parties trop sèches, et de renori- Veler le bain de temps en temps, pour augmenter la conductibilité. Quand il s’agit de plaies, on pourrait faire l’application immédiate de l’électricité; mais dans toute autre circonstance, on devrait employer un vésicatoire, ou bien le procédé de l’âcupuncturè.

1016. Il existe encore un autre inoven de faire reagir chimiquement l’électricité sur l’économie animale* c’est de se servir de son action pour transporter dans l’intérieur du corps un agent chimique quelconque, capable de produire tel ou tel effet sur un organe malade. M. le docteur Palaprat a fait quelques expériences à cet égard, dont voici les résultats : après avoir séché autant que possible les deux bras d’une femme, il a appliqué sur l’un d’eux une petite compresse imbibée d’une dissolution d’iodure de potassium, qu’il a recouverte avec une larrie de platine en communication avec le pôle positif d’une pile formée de trente éléments, et chargée avec un liquide suffisamment conducteur pour

322 l’élec. atmosphér. exerce-t-elle, etc.

opérer des décompositions. 11 a placé à l’autre bras une compresse humide avec de l’amidon, et l’a également recouverte d’une plaque de platine en communication avec le pôle négatif. Peu d’instants après, l’amidon a pris une teinte bleue , preuve que l’iode a été transporté de l’un des bras à l’autre. Ce transport a dû s’opérer dans l’intérieur du corps, puisque la peau, qui était suffisamment sèche, ne pouvait donner passage au courant. Dans une autre expérience, il a enlevé légèrement l’épiderme de la peau ; l’effet a encore été plus marqué. On savait qu’en réunissant l’acupuncture à l’action d’une pile, l’aiguille d’acier communiquant avec Je pôle positif s’oxidait, ce qui annonçait l’effet chimique de la pile. M. Fabré-Palaprat, profitant de cette observation , a cherché à transporter de l’iode ou d’autres réactifs, au moyen des aiguilles, dans une partie du corps. Pour cela, il a remplacé la plaque négative par plusieurs aiguilles en acier disposées comme dans l’acupuncture; aussitôt l’iode ou les autres principes électro-négatifs ont été transportés hc l’extrémité des aiguilles, et de là ont pu réagir sur les parties environnantes.

Ce principe, convenablement appliqué, est de nature à produire des effets avantageux dans des maladies organiques. M. Fabré-Palaprat nous a assuré qu’il l’avait employé avec succès pour fondre des engorgements qui avaient résisté à toutes les médications employées antérieurement.

§ VII. L'électricité atmosphérique exerce-t-elle une influence sur l' économie animale ?

Un grand nombre de personnes assurent que l’électricité atmosphérique exerce une certaine influence sur les êtres animés. Nous devons donc examiner jusqu’à quel point cette assertion est fondée : il suffit pour cela d’appliquer à l’homme les observations que nous avons déjà exposées, touchant faction présumée de l’électri-

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