‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 28 sur 216 · CHAPITRE 11. 4l · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. 4l

Cette propriété ne se manifeste pas dans tous les corps au même degré : le sulfate de potasse, les chlorures de sodium et de mercure, l’acide arsénieux vitreux ne donnent aucune lumière sur un support incandescent, tandis qu’ils en émettent beaucoup sur des supports échauffés à 200° environ. Cette différence se conçoit : si la phosphorescence, comme tout porte à le croire, provient de la recomposition des deux électricités dégagées par l’action de la chaleur, elle doit diminuer dans certains corps et même cesser quand ils deviennent bons conducteurs de l’électricité, par suite de l’élévation de température; dès lors les deux fluides, pour se combiner, n’ont plus besoin d’une tension aussi grande que lorsque les corps sont moins bons conducteurs. Comme nous ne connaissons pas les rapports de conductibilité entre les substances conduisant mal l’électricité, nous ne pouvons prévoir a priori quelles sont celles qui cesseront d’être phosphorescentes à un certain degré de température.

Suivant M. Dessaignes, à l’exception de la chaux fluatée, de la chaux phosphatée terreuse de l’Estramadure , et de quelques autres substances, qui ne brillent complètement qu’un peu au-delà de 35o°, la plupart de tous les corps organiques ou non deviennent phosphorescents sur l’alliage fusible de Darcet. Ce point de comparaison peut être utile quelquefois.

Il paraît qu’en général l’intensité de la lumière émise est en raison directe du degré de température auquel elle est produite, et sa durée en raison inverse.

Il est des corps qui perdent difficilement leurs propriétés lumineuses par l’action de la chaleur : ce sont les corps vitreux.

Passons en revue certains groupes de corps ou le phénomène se manifeste d’une manière caractéristique.

662. La phosphorescence des limaillesmétalliqueset de tous les sels métalliques, c’est-à-dire des corps qui conduisent le mieux l’électricité, est pour ainsi dire instantanée, puisqu’elle disparaît à une première projection sur une

[\‘l DE LA PHOSPHOR. PAR L ÉLÉVAT. DE TEMP.

cuiller de fer chauffée jusqu’au degré qui précède le rouge naissant; il n’en est pas de même des terres, qui conservent leur propriété lumineuse, quelle que soit la chaleur a laquelle on les expose; mais ordinairement elles brillent très-bien quand elles sont soumises à une température de 25o°.

663. La craie ordinaire, les carbonates de baryte et de strontiane artificiels deviennent lumineux quand on les calcine à une chaleur modérée; si l’on continue à élever la température, la lumière s’éteint peu à peu, disparaît tout-à-fait, puis se ravive quand on les a exposés pendant une demi-heure à une chaleur blanche, et continue à briller indéfiniment tant qu’on maintient la température. On voit parfaitement ici que la phosphorescence disparaît à l’instant ou le carbonate perd son acide pour se transformer en chaux, en baryte ou en strontiane. La phosphorescence paraissant dépendre de la dilatation, quand il n’y a pas de décomposition chimique, il est naturel de penser qu’elle ne peut se manifester que lorsque les corps sont définitivement constitués. Cependant, comme les décompositions donnent lieu aussi à un dégagement d’électricité, il est des circonstances ou elles deviennent elles-mêmes l’origine de la phosphorescence. Les autres sejs alcalins ou terreux hydratés, qui conservent leur acide à l’exposition au feu, perdent cependant plus ou moins leur phosphorescence par l’effet de la calcination ; dans ce cas ils abandonnent une partie de leur eau de combinaison ou de l’eau interposée qui est une des causes déterminantes de la production de lumière, car si on les expose pendant quelque temps à l’air pour qu’ils puissent reprendre l’eau que la chaleur leur a eulevée, ils recouvrent la propriété lumineuse qu’ils avaient perdue. Il n’en est pas de même des substances siliceuses et de celles qui sont insolubles, comme le quartz, l’adulai re, le verre, etc. Leur propriété lumineuse ne reparaît plus une fois qu’elle est perdue; il faut donc que la chaleur ait changé l’état d’agrégation des molécules.

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