‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 29 sur 216 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

664- On doit ranger encore parmi les corps phosphorescents par la chaleur, la houille, la tourbe, le carbure de fer, le succin, le jayet et le soufre; parmi les substances végétales, les fèves et le maïs en poudre, (a fécule, la farine, le seigle, le papier, la betterave; dans les substances animales, les dents, les os, le corail, les coquilles, et beaucoup d’autres substances.

Parmi les liquides, nous citerons les huiles volatiles qui deviennent phosphorescentes à la température de feau bouillante, tandis que les huiles empyreumatiques sont privées de cette faculté. En général , les liquides dont on peut porter la température jusqu’au degré de f ébullition sans les décomposer, tels que l’eau, le vin, les acides, ne manifestent aucune phosphorescence.

On doit rapporter aussi à des effets de ce genre les phénomènes lumineux que manifestent certains corps a une température élevée, et dont les propriétés chimiques sont changées, sans qu’il y ait addition ou dégagement d’aucune partie. Nous citerons particulièrement la zircone, l’oxide de chrome , et quelques antimoniates métalliques qui, chauffés à une haute température, laissent échapper de la lumière, et perdent alors la faculté de se combiner avec d’autres corps. Tout porte à croire que la répugnance qu’éprouvent certains corps à se recombiner et à se dissoudre après leur exposition au feu, provient d’une cause semblable, qui annonce un changement dans l’état d’agrégation des particules. Nous citerons particulièrement les oxides de fer et de titane. Nous sommes très-disposés à croire que la lumière cjui est produite dans ces phénomènes, provient d’une recomposition des deux électricités, qui deviennent libres quand les particules prennent un autre arrangement.

665. Dans la phosphorescence produite par la chaleur, on distingue deux lumières, l’une qui se montre par émanation , et l’autre par scintillation : les terres et les composés terreux et alcalins offrent un exemple du premier genre d’émission lumineuse; les métaux réduits en limaille fine, leurs oxides et tous les sels nié-

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taliiques, un exemple du second genre. Dans ce casci, l’oxidation a la surface des parcelles métalliques doit jouer un certain rôle dans l’émission lumineuse, puisque le zinc et l’antimoine produisent le phénomène au maximum, l’or et l’argent au minimum.

666. La lueur phosphorique varie avec la nature des corps : certains marbres et le succin donnent une lumière d’un jaune doré; le spath fluor et la chaux arseniatée, une lumière verdâtre; diverses variétés de spath fluor, une couleur bleu-violet; le grenat oriental, le sucre de lait, une lumière rouge; la dolomie, l’arragonite et quelques diamants, une lumière d’un blanc éclatant; l’harmotome, une couleur jaune-verdâtre; la chlorophane, une couleur verte, etc. Qui ne voit là les mêmes teintes que prend l’étincelle électrique quand elle éclate entre des corps plus ou moins mauvais conducteurs? Or comme nous ne connaissons pas les rapports de conductibilité entre tous ces corps, nous ne pouvons expliquer encore d’une manière satisfaisante la couleur de la lumière phosphorique émise par chacun d’eux, quand la chaleur dilate leurs particules.

667. Toutes les substances minérales qui brillent par l’élévation de température à raison de changements moléculaires, montrent les mêmes effets dans l’air, l’oxigène et différents gaz qui ne les attaquent pas. Il n’en est pas de même des corps organiques qui jettent plus d’éclat dans le gaz oxigène que dans les autres, ou ils s’éteignent pour reprendre leurs facultés lumineuses quand on les en retire.

668. Nous citerons quelques exemples de phosphorescence qui viennent à l’appui de l’opinion que nous avons émise. M. Dumas a remarqué que l’acide borique, fondu dans un creuset de platine, se fend au moment du refroidissement, en jetant une vive lumière qui suit la direction des fentes. Qui ne voit dans ces phénomènes un effet semblable à celui du dégagement de l’électricité avec lumière , dans le clivage des substances minérales conduisant imparfaitement l’électricité?

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