CHAPITRE ÏV
qu’entr’ouvre la proue, et clans les flots qui se brisent sur les rochers et les récifs; elle se montre enfin partout ou la mer est frappée. L’effet est souvent si remarquable , qu’un bâtiment, poussé par un vent violent, laisse au loin derrière lui une trace lumineuse qui s’efface insensiblement.
Il existe dans la mer une foule d’animalcules qui jouissent de la phosphorescence et dont les débris contribuent à rendre la mer lumineuse.
L’observation de MM. Quoy et Gaimard (i) prouve effectivement que les débris de corps organiques sont une des causes de la phosphorescence de la mer : étant mouillés dans la petite île de Rawak, placée sous l’équateur, ils virent un soir sur l’eau des lignes d’une blancheur éclatante; en les traversant avec leurs canots, ils voulurent en enlever une partie, mais ils ne trouvèrent qu’un fluide dont la lueur disparut entre leurs doigts. Peu de temps après, pendant la nuit, et la mer étant calme, ils virent près du vaisseau beaucoup de zones semblables, blanches et fixes; les ayant examinées avec soin, ils reconnurent qu elles étaient produites par des zoophytes d’une petitesse extrême, et qui renfermaient en eux un principe de phosphorescence si subtil et tellement susceptible d’expansion, qu’en nageant avec vitesse et en zigzag, ils laissaient sur la mer les traînées lumineuses dont nous venons de parler. Us mirent le fait hors de doute, en plaçant dans un bocal rempli d’eau deux de ces animalcules, qui rendirent immédiatement toute l’eau lumineuse. Us ont constaté en outre que la chaleur est une des causes déterminantes de la faculté lumineuse de ces petits animalcules.
717. Les observations que nous avons faites nousmême, conjointement avec M. Breschet, dans les eauxde la Brenta, confirment celles de MM. Quoy et Gaimard, et prouvent que la phosphorescence de la mer peut être
(1) Annales des sciences naturelles, t. iv, p. 12.