DE LA PHOSPHORESCENCE DE LA MER
due à une matière organique intimement combinée ou mélangée avec l’eau, analogue à celle qui recouvre les harengs et autres poissons de mer quand ils sont phosphoriques. Les eaux de cette rivière, à quelques milles de Venise, jouissent de la propriété, dans les gratides chaleurs, quand elles sont ébranlées par le plus léger choc, de devenir fortement lumineuses. L’effet peut être comparé, sans exagération, à celui que produit un bol de punch enflammé, que l’on agite avec une spatule. Le corps le plus léger que l’on jette dans l’eau suffit pour faire naître la lumière, non-seulement dans le point frappé, mais encore dans toutes les ondes provenant de l’ébranlement du liquide. Il en résulte que, dans l’obscurité la plus profonde, on peut suivre très-loin toutes les ondes liquides. Il est donc hors de doute que ce brillant phénomène est dû à l’ébranlement de l’eau , quels que soient les corps étrangers qu’elle tient en dissolution ou en suspension. Or, il ne peut y avoir qu’une matière intimement combinée ou mélangée avec elle qui puisse produire un semblable effet, puisque toutes les parties de l’eau sans exception possèdent la faculté lumineuse.
Nous devons faire remarquer que cette faculté lumineuse de l’eau diminue à mesure que l’on approche du bras de mer qui sépare Venise de l’embouchure de la Brenta, et il arrive un point où elle n’est plus sensible. Dès lors il est permis de croire que les matières organiques qui se trouvent dans l’eau stagnante de la rivière, et qui sont dans un état particulier de décomposition à la suite de la chaleur du jour, étant intimement combinées ou mélangées avec l’eau, éprouvent un ébranlement moléculaire par suite du choc communiqué à l’eau, qui suffit pour rendre celle-ci lumineuse.
Une preuve que ces matières organiques se trouvent dans un certain état de décomposition qui précède la putréfaction, c’est que si l’on tient l’eau renfermée dans des vases pendant quelques heures, elle perd sa propriété lumineuse.